Saint Anségise
Abbé et réformateur
Summary
Ami de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, saint Anségise fut un abbé réformateur majeur du IXe siècle. Il restaura la discipline et les bâtiments de prestigieuses abbayes comme Luxeuil et Fontenelle, tout en servant l'Empire comme diplomate et intendant. On lui doit notamment la célèbre collection des Capitulaires carolingiens.
Biography
SAINT ANSÉGISE,
ABBÉ ET RÉFORMATEUR DE PLUSIEURS ABBAYES DE FRANCE
Ami de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, honoré par eux dans tout le cours de sa vie, littérateur distingué pour son temps, restaurateur de la discipline régulière dans plusieurs abbayes qu'il dota de biens considérables, saint Anségise est un des hommes les plus justement célèbres du IXe siècle.
Dom Piolin, Éloge du Saint.
La famille de saint Anségise était d'origine franque, et, suivant quelques-uns, issue de sang royal. Son père s'appelait Anastase, et sa mère Himilrade. On ne connaît ni l'année de sa naissance, ni le lieu de son origine ; on présume cependant qu'il naquit vers l'an 770. Le moine qui nous a donné quelques détails sur sa vie ne les commence qu'au moment où il entra dans un monastère pour y faire son éducation, suivant l'usage des jeunes seigneurs de cette époque.
On fit choix pour lui du monastère de Fontenelle, dont l'abbé actuel, saint Girovald, était son parent. Il s'y fit bientôt remarquer par ses heureuses qualités, par ses vertus et son application à l'étude. « Deux choses », dit son historien, « le distinguaient particulièrement : l'art de bien vivre et l'art de bien enseigner ». Après avoir reçu la tonsure des mains de son parent, il fut conduit par lui au palais et remis aux mains de Charlemagne. Ce grand prince, si habile appréciateur du mérite, ne tarda pas à reconnaître le parti qu'il pourrait tirer de son jeune courtisan. Il le chargea tout d'abord de la direction de deux monastères : celui de Saint-Sixte, près de Reims, et celui de Saint-Mummier, vulgairement Saint-Mange, ou Saint-Memmie, au diocèse de Châlons. Sans doute, Anségise s'acquitta de cette commission à la satisfaction du prince ; car, en 807, Charlemagne le nomma, à titre de bénéfice, abbé de Saint-Germer, primitivement Flaviacum, dans le Beauvaisis. Ce monastère avait beaucoup souffert, et était, pour ainsi dire, en ruines. Anségise s'attacha à le rétablir en son entier, en fit reconstruire tous les édifices, et lui procura des revenus considérables. L'histoire fait remarquer qu'il était habile en agriculture, et que ce fut à cet art qu'il demanda non seulement de quoi entretenir le monastère, mais encore le moyen de subvenir aux besoins des pauvres de la contrée. Son active sollicitude s'étendait à tout ; son zèle même ne se bornait point à l'enceinte de
Saint-Germer : il prenait en main la cause des églises, celle des veuves et des orphelins; il nourrissait les clercs pauvres, il accueillait les pèlerins; en un mot, sa charité ne négligeait aucune occasion de s'exercer. Et, comme si ses occupations multipliées n'eussent encore point suffi à alimenter son zèle, Charlemagne le nomma intendant des édifices royaux, sous la direction de l'abbé Einhard. Anségise remplit ce nouvel emploi avec la diligence et l'habileté qu'il portait en toutes choses. Honoré par le prince de plusieurs ambassades, il s'en acquitta avec non moins de succès.
L'abbaye de Luxeuil n'avait pu échapper à l'injure du temps. Au rapport d'Adson, elle était bien dégénérée de sa ferveur primitive. Les troubles politiques qui suivirent la mort de Charlemagne réagirent sur les monastères, et y favorisèrent l'affaiblissement de la discipline. Néanmoins, Louis le Débonnaire s'était souvenu de l'éclat qu'avait jeté sur les siècles précédents l'œuvre de saint Colomban, et avait résolu de la relever, s'il était possible, de son état de décadence. Pour cela, il ne crut pouvoir mieux faire que de lui donner pour chef le sage et pieux Anségise. Dadin ou Dadem venait de mourir; Anségise fut nommé à sa place, à titre de bénéfice (817), et mit immédiatement ses soins à rétablir l'ancienne discipline. On ne peut douter qu'il n'y parvint : car, six ans après (823), ayant été nommé abbé de Fontenelle par le même prince et dans le même but, il estima que le meilleur moyen d'y restaurer la ferveur monastique était d'y conduire des moines de Luxeuil, dont les pieux exemples feraient plus d'effet que tous les préceptes et toutes les exhortations. Ce plan lui réussit. Le relâchement était grand, en effet, dans cette célèbre abbaye : outre que le nombre des religieux avait singulièrement diminué, à peine la règle de Saint-Benoît y était-elle encore reconnaissable. On y vivait, plutôt comme des chanoines que comme des moines. Saint Benoît d'Aniane avait déjà commencé cette réforme; mais il ne fut donné qu'à Anségise de l'accomplir. À l'aspect de leurs frères de Luxeuil, les moines de Fontenelle se piquèrent d'une noble émulation : et bientôt ce fut comme un combat de vertus, qui profita singulièrement aux uns et aux autres.
Du reste, Anségise était lui-même le premier modèle de ceux qu'il dirigeait; « et il n'y a pas lieu de s'étonner », dit son historien, « que des soldats du Christ aient marché noblement dans la voie royale de la croix, quand leur porte-étendard les y précédait si courageusement ». Chez lui, l'exemple venait à l'appui de la leçon; il prêchait par l'action ce qu'il avait d'abord enseigné par la doctrine. Il n'accordait rien aux sympathies personnelles; mais il cherchait en tout la vérité, et tenait pour tous la balance égale. Dans ses discours, il cherchait à instruire, et non à plaire; sa parole n'était jamais vide. Il possédait un talent particulier pour consoler les affligés; en un mot, tout en lui tendait à l'édification et à l'instruction du prochain. Son détachement des biens de la terre était complet; car, quoique, selon l'usage du temps, il lui fût permis de posséder, ou au moins d'administrer, des biens temporels et d'en jouir, son cœur cependant y tenait si peu qu'on pouvait le dire pauvre au milieu de la plus grande fortune. Les monastères et les indigents étaient les objets de ses largesses; il ne se regardait point comme le maître, mais seulement comme l'économe des biens considérables qu'il avait reçus de sa famille. En versant ainsi ses dons dans le sein des pauvres (et la plupart des monastères méritaient ce titre), il songeait à amasser pour lui-même des trésors inaccessibles à la rouille et aux vers. Sa foi vive, sa prudence, sa douceur, sa charité, son zèle, sa parole éloquente, tout contribuait à l'élever dans l'estime de ses subordonnés et à lui donner cet ascendant auquel rien ne résiste. Il ne négligeait point pourtant la correction fraternelle; mais il savait garder le milieu entre cette molle indulgence qui pardonne tout, et ce zèle âcre et inquiet qui n'excuse rien. Tempérant, par la douceur, l'amertume des reproches, autant il se montrait bienveillant envers ceux qui les acceptaient et en profitaient, autant il devenait sévère envers les obstinés qui persévéraient dans leurs écarts.
Louis le Débonnaire sut, aussi bien que son père, apprécier les éminentes qualités d'Anségise, et en tirer parti. Il l'employa souvent comme ambassadeur, notamment dans un démêlé qu'il eut avec un certain Gautselme, frère de Bernard de Septimanie et fils du duc Guillaume, relativement aux limites de la France et de l'Espagne. On mentionne aussi une ambassade au pape Nicolas, dont notre Saint aurait été chargé par Charles le Chauve.
Mais ces occupations temporelles ne détournaient point Anségise du soin de ses enfants spirituels. Les dons considérables qu'il fit aux diverses abbayes dont il était chargé témoignent du tendre intérêt qu'il leur portait. Il donna en particulier à celle de Luxeuil la croix qui l'accompagnait dans ses voyages, laquelle était toute en or, d'un travail merveilleux, ornée de pierres précieuses, et dont le bâton était revêtu d'argent; un offertoire en or, avec sa patène de même métal; trois calices d'argent doré, ornés de sculptures; un hanap en argent; une aiguière et un vase en argent: le tout artistement travaillé. Il enrichit de nombreuses images en argent l'autel de la sainte Vierge. Il donna encore à l'église du monastère un très-bel ornement couleur de rose; cinq chasubles; douze vêtements ecclésiastiques en soie ou en lin d'Égypte, de diverses couleurs; trois dalmatiques; six autres vêtements ecclésiastiques, et huit tapis précieux. De plus, il releva les murs de l'église Saint-Pierre, qu'il fit orner de peintures, en répara la couverture, et rétablit en entier le portique qui la reliait à l'église Saint-Martin. Les dons qu'il fit à l'abbaye de Fontenelle furent plus nombreux encore. Il enrichit aussi de ses libéralités le monastère de Saint-Germer, auquel il légua des fonds suffisants pour l'entretien des moines; il lui donna également sa bibliothèque, composée des ouvrages des saints Pères Augustin, Ambroise, Jérôme, Hilaire, Grégoire, etc., et fort considérable pour l'époque.
L'an 833, Anségise fut attaqué de paralysie. Sentant que sa mort était proche, il fit appeler les gens de sa maison et ses amis les plus intimes, et leur fit part de ses dernières volontés. C'était encore de nouvelles largesses, dont il confia la distribution à Hildemann, évêque de Beauvais, à deux laïcs, Bertening et Gerlon, et à un moine nommé Landon. Dans ce dernier partage des restes de son immense fortune, Anségise mentionne plus de soixante couvents, églises ou villes; mais, dans le nombre, sa chère abbaye de Luxeuil est encore privilégiée: car, tandis que les autres monastères n'obtiennent généralement qu'une, deux, cinq, quinze, vingt livres au plus, Luxeuil en reçoit vingt-cinq, dont dix pour elle, et le reste pour ses filles Annegray, Fontaine et Cusance.
Anségise mourut le dimanche XIII des calendes du mois d'août (20 juil let 833), dans un âge sans doute peu avancé, car sa mère vivait encore. Nous lisons, en effet, qu'il lui légua vingt livres pour être distribuées aux pauvres de Saint-Reginbert ou Ragnebert, monastère aux environs de Lyon, suivant les conjectures de dom Mabillon, et où il avait puisé les premiers éléments des lettres. Il avait été seize ans abbé de Luxeuil, et dix ans abbé de Fontenelle. Sa mort fut amèrement pleurée de tous ses enfants. Si l'on en croit l'historien qui nous sert de guide, il fut enterré à Fontenelle, dans le chapitre, près de l'abside de Saint-Pierre. Adson, un de ses successeurs à Luxeuil, insinue, au contraire, qu'il fut inhumé dans ce dernier monastère, dans l'église dédiée aussi à saint Pierre, et qu'il avait fait restaurer. Mais le premier auteur est plus digne de foi, puisqu'il fut à peu près contemporain du Saint.
On attribue avec fondement à saint Anségise la collection des Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, qui porte son nom. Quelques auteurs l'ont cru d'un autre Anségise, archevêque de Sens; mais Sirmond a victorieusement réfuté cette opinion. D'autres l'ont attribuée à un Anségise qui aurait été abbé dans le monastère de Lobbes, sur la Sambre, au pays de Liège; mais on ne trouve point ce nom dans le catalogue des abbés de ce monastère.
Saint Anségise était honoré, dans l'ancien calendrier de Luxeuil, le 20 juillet. On y faisait aussi mémoire, le 20 mai, de l'Invention des reliques de saint Anségise, abbé et confesseur. Les moines de Fontenelle honoraient ce Saint le 20 août et le 19 novembre. Du Saussay le mentionne sous le 18 juillet, et Chatelain sous le 20 juillet et le 20 août.
Extrait de la Vie des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège de Saint-François-Xavier de Besançon.
Key Events
- Entrée au monastère de Fontenelle
- Présentation à la cour de Charlemagne
- Nomination comme abbé de Saint-Germer en 807
- Nomination comme intendant des édifices royaux
- Réforme de l'abbaye de Luxeuil en 817
- Réforme de l'abbaye de Fontenelle en 823
- Rédaction de la collection des Capitulaires
- Attaque de paralysie en 833
Quotes
Deux choses le distinguaient particulièrement : l'art de bien vivre et l'art de bien enseigner