Saint Hilaire de Besançon
Évêque de Besançon
Summary
Diacre romain envoyé par le pape Sylvestre Ier, Hilaire devint évêque de Besançon au IVe siècle. Soutenu par sainte Hélène, il entreprit la construction de la première grande cathédrale de la ville sur l'emplacement d'une ancienne chapelle.
Biography
LES SAINTS HILAIRE, PANCHAIRE ET JUST,
ÉVÊQUES DE BESANÇON
IVe siècle.
« Dabo vobis pastores juxta cor meum, et pascent vos scientia et doctrina », ait Dominus.
« Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, et ils vous nourriront de science et de sagesse », dit le Seigneur.
Jér., III, 15.
La conversion de Constantin ayant rendu la paix à l’Église et fait cesser les grandes persécutions, le clergé et le peuple de l’église de Besançon, qui se trouvaient privés de pasteur depuis la mort du saint évêque Eusèbe, firent connaître au pape Sylvestre Ier leurs besoins, et le prièrent de leur envoyer de Rome même un pasteur zélé. Le souverain Pontife accueillit favorablement la prière de cette église, qui s’adressait à lui avec tant de confiance. Il y avait alors dans le clergé de Rome un diacre nommé Hilaire, qui unissait à la piété le zèle le plus actif. Le Pape lui donna la consécration épiscopale, et le chargea de gouverner l’église de Besançon.
Saint Hilaire jouissait à Rome d’une grande considération ; honoré de la confiance d’un illustre Pontife, il mérita aussi l’estime de sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin.
Lorsqu’il arriva dans sa ville épiscopale, il n’y avait au pied du mont Cœlius d’autre cathédrale qu’une humble chapelle dédiée à saint Etienne, et telle que les chrétiens en bâtissaient dans les trois premiers siècles. Jusqu’alors les plus beaux temples du Christ avaient été les cœurs purs des fidèles. Mais dès ce moment sainte Hélène fut un des plus puissants instruments dont se servit la Providence pour élever partout des églises au vrai Dieu.
Vers l’an 320, tandis que Constantin le Grand s’occupait de délivrer la Gaule des incursions des Francs, et qu’il remportait sur eux d’éclatantes victoires, sainte Hélène vint à Besançon, où elle séjourna quelque temps. Elle eut avec saint Hilaire de fréquentes conférences concernant les intérêts religieux de la province. Elle visita l’humble édifice religieux situé au pied de la montagne, et dont la tradition faisait remonter l’origine jusqu’à l’évêque saint Lin. Cette princesse, si zélée pour la gloire de Dieu, résolut de remplacer ce temple modeste par un édifice plus vaste et plus splendide. Elle donna à saint Hilaire une somme suffisante pour commencer les travaux, et promit qu’elle s’efforcerait d’obtenir pour cette église quelque relique de saint Etienne.
Saint Hilaire se mit aussitôt à l’œuvre et jeta les fondements d’une grande et belle église en l’honneur de saint Etienne. Elle fut élevée sur l’emplacement même où ses prédécesseurs avaient construit auparavant une chapelle cryptique pour y célébrer les saints mystères. Cette église est aujourd’hui la cathédrale de Saint-Jean. Placée d’abord sous le vocable du premier martyr, elle fut mise ensuite sous l’invocation des deux glorieux patrons, saint Etienne et saint Jean.
Le zèle de saint Hilaire pour la gloire de Dieu ne se borna pas à la construction de la cathédrale placée aujourd'hui sous le vocable de Saint-Jean; il jeta les fondements d'une autre église sur le mont Cœlius. Mais il n'eut pas le temps de l'achever, et cet édifice, qui fut plus tard l'église de Saint-Étienne sur le Mont, ne fut terminé que longtemps après.
Saint Hilaire occupa environ quinze ans le siège de Besançon. La plupart des historiens fixent sa mort vers l'an 330; car les grands travaux qu'il accomplit supposent qu'il vécut au moins jusqu'à cette époque et peut-être au-delà. Quelque temps avant sa mort, Dieu le favorisa d'une vision glorieuse, dans laquelle il lui annonça sa fin prochaine et le bonheur qui lui était destiné. Il mourut le 22 juillet; sa fête, indiquée pour ce jour-là dans un ancien calendrier du diocèse, est fixée au 21 dans les martyrologes de Du Saussay et de Ferrarius.
Le successeur de saint Hilaire sur le siège de Besançon fut saint Panchaire ou Pancrace, qui avait vécu longtemps dans la confiance et dans l'intimité de l'évêque défunt. Les premiers pasteurs, avant de mourir, désignaient d'ordinaire, pour les remplacer, un de leurs disciples les plus fervents parmi les prêtres qu'ils avaient formés aux vertus chrétiennes et sacerdotales. Mais celui qui était élu se rendait à Rome avant d'exercer la charge épiscopale, et recevait l'onction sainte des mains du souverain Pontife. Saint Panchaire fut consacré par le pape Jules II, comme saint Hilaire et saint Eusèbe l'avaient été eux-mêmes, l'un par Melchiade et l'autre par saint Sylvestre. Ce trait fait assez voir que, dans ces temps reculés, l'église de Besançon était déjà unie à l'Église romaine par les liens les plus étroits de subordination, d'obéissance et d'amour. L'épiscopat de saint Panchaire commença vers l'an 338. Saint Maximin de Trèves ayant convoqué un concile à Cologne en 346, pour opposer un prompt remède aux progrès de l'arianisme, il s'y trouva quatorze évêques; dix autres y envoyèrent des députés. Saint Panchaire y figura au premier rang, et conclut, comme tous ses collègues, à la déposition de l'évêque de Cologne, qui s'était laissé gagner par les Ariens.
Devenu maître de tout l'empire romain après la mort de son frère (353), Constance mit au service de l'arianisme la grande autorité dont il jouissait. Les hérétiques ne gardèrent plus de mesure, et la persécution devint universelle dans les Gaules. Des officiers furent envoyés dans les principales villes, pour forcer les évêques catholiques à recevoir les Ariens dans leur communion. On leur donnait le choix ou de s'exiler, ou de souscrire aux désirs de l'empereur. Les magistrats de province qui hésitaient à s'associer à cette persécution et à faire exécuter les ordres de Constance, furent privés de leurs charges et condamnés à une amende. Dans des circonstances si difficiles, saint Panchaire souffrit généreusement pour la foi de Nicée. Ne voulant pas exposer son peuple aux fureurs des tyrans, il prit le parti de s'exiler lui-même. La solitude dans laquelle il se retira était dépourvue de tous les agréments de la nature; mais il n'y a point d'exil pour un évêque, parce qu'il trouve partout Jésus-Christ. Uniquement occupé des soins de son âme et de la contemplation des choses célestes, saint Panchaire se laissa manquer des choses les plus nécessaires à la vie. Ce fut dans l'exercice de ces vertus sublimes que la mort vint le surprendre, vers l'an 356.
Quand saint Panchaire fut mort, le clergé et le peuple choisirent, pour le remplacer, un jeune prêtre qui avait été élevé sous ses yeux et formé par
ses soins. Ce fut saint Just. Devenu l'héritier du siège où son maître s'était assis avec tant de gloire, il voulut l'être aussi de sa foi et de sa sainteté et se proposa de le suivre comme un modèle.
L'église de Besançon n'avait plus à redouter une persécution ouverte; mais les épreuves que Julien lui préparait purent lui faire regretter l'âge des martyrs et la hache des bourreaux. Cependant le passage de Julien à Besançon, en 355, ne fut, du reste, signalé par aucun événement. Car, à cette époque, loin de persécuter les évêques, il affectait même quelquefois de se déclarer leur protecteur.
Saint Just profita de ce calme pour faire fleurir la religion au sein de sa province. Besançon possédait déjà plusieurs églises qui n'étaient point complètement terminées. Saint Hilaire, avons-nous dit, aidé des secours de sainte Hélène, avait bâti la première cathédrale de Besançon; mais cet édifice n'était pas achevé. Il fut continué sous Panchaire, et ce ne fut que saint Just qui en fit la dédicace. Il ajouta le titre de Saint-Jean-l'Évangéliste au titre de Saint-Etienne que portait déjà cette église, voulant par là, sans doute, montrer la reconnaissance de la cité à l'égard de la ville de Lyon, qui lui avait envoyé ses premiers Apôtres, et dont la cathédrale portait le nom du saint évangéliste. La cité de Besançon n'eut dès lors plus rien à envier aux autres villes des Gaules. Elle possédait un temple digne d'elle et du diocèse tout entier. Mais le zèle du prélat ne devait pas se borner à élever des édifices de pierre et de marbre au Seigneur. Il songeait bien plus sérieusement encore à lui dresser des autels dans le cœur de tous ses fidèles. Comprenant bien qu'il ferait peu s'il ne s'adjoignait des collaborateurs animés de l'esprit de l'Évangile et nourris dans le recueillement et la piété, il méditait depuis longtemps la réforme de ses clercs: toutefois, ce ne fut que plus tard qu'il put réaliser son projet. Dieu voulait auparavant conduire notre Saint dans des voies moins communes. Jusqu'ici saint Just avait fait le bien sans rencontrer de grands obstacles au dehors, et s'était sanctifié lui-même en sanctifiant son troupeau à l'ombre de la paix. Mais Dieu voulut éprouver sa vertu par les persécutions.
Julien étant devenu maître de l'empire par la mort de Constance, il tourna toutes ses forces contre le christianisme, et l'Orient fut le théâtre de sa folie et de ses fureurs. Les Gaules ne furent pas plus heureuses que le reste du monde. Julien y avait laissé Salluste, son ami dévoué et le plus cruel ennemi du nom chrétien. Sous un tel gouverneur, Just eut beaucoup à souffrir. Exposé aux vexations et aux embûches de Salluste, et ne pouvant plus sans danger rester au milieu de son peuple, il fut obligé de s'enfuir de son diocèse. Il quitta sa ville épiscopale en 302. Comme son prédécesseur, il était obligé d'abandonner son Église dans le moment où l'ennemi s'apprêtait à la décimer de nouveau. Cette épreuve terrible était plus dure pour lui que le martyre. Le courage et la vertu peuvent triompher de la fureur d'un tyran; mais le cœur supporte difficilement de si cruelles séparations. Saint Just prit donc le chemin de l'exil et passa les Alpes. Il se réfugia à Verceil, en Piémont, auprès de saint Eusèbe, qui rentrait à peine de l'Asie (362), où Constance l'avait relégué pour n'avoir pas voulu souscrire à la condamnation de saint Athanase. Jours heureux pour l'Église, où les pasteurs savaient souffrir et mourir pour elle, et où la tyrannie et la séduction des princes ne pouvaient rien contre la foi des peuples!
Saint Eusèbe, après avoir été l'un des plus intrépides défenseurs de la religion contre les Ariens, avait eu l'insigne honneur d'être persécuté pour le nom de Jésus-Christ. Ce saint confesseur offrit à saint Just la plus géné-
reuse hospitalité. C'est Dieu qui avait réuni ces deux hommes et qui leur faisait goûter l'un auprès de l'autre ces douces consolations que la religion seule inspire et que l'infortune ne saurait trouver ailleurs. Ils avaient tous deux souffert pour la vérité; tous deux, après avoir nourri leur troupeau de la parole de vie, avaient été obligés de fuir loin de leur patrie, loin de leur Église, loin du champ que le Seigneur leur avait donné à cultiver. La plus étroite amitié les unissait l'un à l'autre, et ils aimaient à se communiquer leurs pensées et leurs projets. Pendant son séjour à Verceil, saint Just fut témoin de la vie exemplaire qu'Eusèbe avait établie parmi ses clercs. Il régnait parmi eux une régularité presque égale à celle des moines du désert. La lecture et l'étude, le travail des mains et la prière, occupaient tous leurs moments. Ils jeûnaient sans relâche, s'assemblaient souvent le jour ou la nuit pour prier, et l'évêque vivait au milieu d'eux en présidant à leurs pieux exercices. Saint Eusèbe est le premier qui ait, selon saint Ambroise, établi la vie commune parmi les clercs. Saint Just résolut de suivre cet exemple, quand il lui serait donné de retourner dans son diocèse. Il regrettait vivement son peuple; sans cesse ses regards se portaient du côté de sa chère église de Besançon, et son cœur vivait toujours au milieu de son troupeau.
Il paraît que, même dans son exil, il fut obligé de se cacher pour échapper aux investigations des commissaires impériaux qui parcouraient l'Italie en recherchant tous ceux que la haine de Julien y poursuivait. Le saint évêque, ayant repassé les Alpes, put revenir en secret à Besançon. Bientôt on apprit dans les Gaules que Julien était mort en Asie en 363, et saint Just cessa d'être inquiété. Ce fut un heureux jour pour la cité, que celui où un pasteur si tendre lui fut rendu d'une manière aussi inattendue : chacun retrouvait un ami dévoué et le diocèse retrouvait un père.
A peine de retour de l'exil, saint Just, après avoir réparé les maux que son absence avait causés, put enfin réaliser le projet qu'il avait depuis longtemps conçu, et que les circonstances ne lui avaient pas permis jusqu'alors d'exécuter. C'était la réforme de son clergé. Ses clercs, vivant au milieu du monde, ne savaient peut-être pas toujours rester à l'abri de ses atteintes. Saint Just, qui, pendant son séjour à Verceil, avait pu contempler les fruits merveilleux produits par l'institution de saint Eusèbe, établit lui-même cette grande œuvre dans son diocèse. Ce fut comme son testament avant de quitter la terre. En léguant à son église une institution d'où sortiraient de saints prêtres, il assurait par là le triomphe de la foi et de la vertu parmi son peuple, et continuait ainsi après sa mort l'œuvre de salut à laquelle il avait voué ses forces et sa vie. Si nous voulons avoir une idée de cette fondation nouvelle, lisons ce que raconte saint Ambroise des clercs de Verceil, dont saint Just proposa la vie pour exemple aux clercs de Besançon. « Dans l'Église de Verceil », dit-il, « deux choses sont également exigées par l'évêque : la continence monastique et la discipline ecclésiastique. Car Eusèbe a voulu que les ecclésiastiques, même en vivant au milieu du monde, observassent les règles des moines et gouvernassent l'Église dans la pratique de la mortification ». Les clercs vivaient séparés de la compagnie des femmes, suivant le conseil de l'Esprit-Saint, qui regarde ce commerce comme dangereux. Ils devaient se garder les uns les autres contre les tentations, s'édifier mutuellement, et se porter à la pratique de toutes les vertus par les conseils et les bons exemples. Cette réforme et ces règles de discipline eurent le plus heureux succès. Le clergé de Besançon se distingua dès lors par sa science et par sa sainteté; les peuples, édifiés de
tant de piété et d'une si exacte régularité, se réglèrent insensiblement sur ces modèles et profitèrent des exemples de vertu dont ils étaient chaque jour les témoins. De cette institution devaient sortir plus tard d'illustres prélats, et c'est jusqu'à elle que quelques historiens font remonter l'origine des chapitres dans le diocèse.
Saint Just vécut encore au moins deux ans depuis son retour au milieu de son troupeau; son âme, toute sainte et purifiée par les tribulations de l'exil, n'aspirait plus qu'à s'unir à son Dieu. Le monde n'était plus rien pour lui, il n'avait que trop vu la vanité et le néant des choses d'ici-bas; son cœur, tout embrasé du divin amour, était détaché de la terre et ne soupirait qu'après sa délivrance des liens du corps. Après avoir porté pendant près de douze ans le fardeau de l'épiscopat, et fait éclater les plus sublimes vertus dans les diverses circonstances d'une vie si agitée, au milieu de son troupeau comme dans les rigueurs des persécutions, dans l'amertume de l'exil comme dans le calme de la retraite au milieu de ses clercs, saint Just était un fruit mûr pour le ciel. À sa dernière heure, Dieu voulut manifester aux hommes par un miracle la gloire de son serviteur. Au moment où son âme quitta la terre, on vit une blanche colombe, doux symbole de pureté et d'innocence, s'échapper de ses lèvres et s'envoler au ciel.
Ainsi s'écoulèrent les jours de saint Just au milieu des hommes. Dieu avait ménagé à cette âme les biens et les maux de la vie, mais toujours il la trouva fidèle; un tyran avait voulu l'intimider par les persécutions, mais les persécutions n'avaient fait qu'augmenter l'éclat de ses vertus. Dieu, en le couronnant dans le ciel, lui a rendu au centuple ce qu'il avait fait et souffert pour la gloire de son saint nom.
Tiré des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège Saint-François-Xavier de Besançon.