Saint Abdon
Seigneur persan et Martyr
Summary
Seigneurs persans martyrisés à Rome sous l'empereur Dèce en 254, Abdon et Sennen furent condamnés pour avoir enterré des martyrs chrétiens. Après avoir survécu miraculeusement aux bêtes de l'amphithéâtre, ils furent égorgés par des gladiateurs. Leurs reliques, réputées miraculeuses, sont notamment honorées à Arles-sur-Tech et en Bourgogne.
Biography
SAINT ABDON ET SAINT SENNEN,
SEIGNEURS PERSANS, MARTYRS À ROME.
pour Jésus-Christ; ainsi, sans crainte d'encourir l'indignation de leur nouveau souverain, ils s'appliquèrent de tout leur pouvoir à fortifier les fidèles, à encourager les confesseurs et à ensevelir les martyrs. Ils donnèrent la sépulture à saint Polychrone et à plusieurs de ses prêtres, de ses diacres et de ses clercs, qui perdirent la vie dans cette persécution.
Dèce, informé de ces actions de charité, en fut fort irrité. Il envoya saisir les deux frères et les fit comparaître devant son tribunal. Il les traita d'abord avec beaucoup de douceur et leur dit que la victoire qu'il avait remportée leur devait apprendre que les dieux de l'empire romain étaient tout-puissants, et qu'ils avaient la fortune des peuples et des royaumes entre leurs mains; qu'ainsi ils ne devaient faire aucune difficulté de les adorer et de leur offrir de l'encens et des sacrifices. Les Saints lui répondirent sagement que sa victoire n'était nullement une preuve de la puissance de ses dieux; que ceux mêmes qu'il adorait étaient adorés par les Perses qui avaient été vaincus; que c'était le seul vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et son Fils, Jésus-Christ, qui donnait la victoire aux uns et permettait que les autres fussent vaincus pour des desseins cachés de sa providence; qu'ils ne reconnaissaient et n'adoraient que lui, et qu'ils n'en adoreraient jamais d'autres. Dèce commanda qu'on les chargeât de fers et qu'on les mît dans une obscure prison en attendant qu'il partît d'Orient pour aller à Rome recevoir l'honneur du triomphe.
Peu de temps après, l'empereur apprit la mort de Galba, qu'il avait laissé vicaire à Rome. Cette nouvelle lui fit presser son retour, et il amena avec lui ses deux prisonniers pour en faire un des plus beaux ornements de son entrée triomphale. Lorsqu'ils eurent souffert cette confusion en présence d'une foule immense, il les fit appeler devant le sénat dans l'état où ils étaient, c'est-à-dire enchaînés, mais d'ailleurs tout couverts d'or et de pierres précieuses; et, après avoir fait connaître aux sénateurs leur noblesse et leurs rares qualités, se tournant vers eux, il leur dit qu'il ne tenait qu'à eux de rentrer dans leurs biens et dans les charges dont ils avaient été dépouillés, et même d'en recevoir de plus grandes de la libéralité de l'empire romain; qu'en sacrifiant aux dieux ils obtiendraient toutes ses grâces et qu'il les considérerait plutôt comme ses amis que comme ses sujets. Abdon et Sennen répondirent qu'ils s'étaient eux-mêmes consacrés et immolés au service de Jésus-Christ; qu'ils ne reconnaissaient point d'autre Dieu que lui et qu'ils n'adoreraient jamais des divinités imaginaires qui n'étaient que des démons ou des idoles. Ainsi ils refusèrent absolument d'offrir de l'encens sur un trépied que Claude, prêtre du Capitole, avait apporté. A ce refus, on les conduisit en prison, et le lendemain, Dèce, ayant abandonné leur affaire au préfet Valérien, on les traîna dans l'amphithéâtre pour leur faire fléchir les genoux par force devant la statue du Soleil. Mais les Martyrs ayant craché dessus au lieu de l'adorer, on les fouetta cruellement avec des cordes plombées; et, quand ils furent meurtris et couverts de plaies et de sang, on lâcha contre eux deux lions et quatre ours pour les dévorer.
Ces animaux, au lieu de leur faire du mal, se couchèrent à leurs pieds et se firent leurs gardiens. Le préfet attribua cette merveille à quelque prestige de magie; mais il ne savait comment il tirerait de là les Martyrs pour leur faire éprouver d'autres supplices, car personne n'en osait approcher, redoutant ces bêtes féroces. Il y envoya des gladiateurs qui, par la permission de Dieu, les égorgèrent et leur ôtèrent la vie; ainsi leurs belles âmes s'envolèrent dans le ciel pour y recevoir la récompense de leur foi,
de leur détachement de toutes les choses de la terre et de leur illustre martyre.
Leurs corps, par le commandement de Valérien, furent tirés du lieu de leur exécution et traînés aux pieds de l'idole du Soleil, où ils demeurèrent trois jours sans sépulture, pour donner de la crainte aux chrétiens; mais, au bout de ce temps, Quirin, sous-diacre, que l'on dit avoir écrit leur histoire, les enleva et les enterra dans sa maison, où, sous l'empire de Constantin le Grand, ils furent découverts par révélation divine et transportés avec beaucoup d'honneur dans le cimetière de Pontien, qui prit ensuite le nom des deux saints Martyrs. On y voit encore, sur un ancien morceau de sculpture, les noms et les figures de nos Saints, ayant sur leurs têtes une couronne et un bonnet persans. On célèbre leur fête le jour de leur martyre, qui fut le 30 juillet de l'année 254.
On les représente en groupe, à cause de leur communauté de foi, de patrie et de supplice; exposés aux animaux farouches dans l'amphithéâtre. D'après une peinture des catacombes, on les voit couronnés par Notre-Seigneur lui-même.
## CULTE ET RELIQUES.
L'historien Aymar de Piganiol de la Force écrivait au XVIIIᵉ siècle, dans sa *Description historique et géographique de la France* : « On croit que les corps des saints martyrs Abdon et Sennen reposent dans l'église abbatiale d'Arles (Pyrénées-Orientales) depuis la fin du XIᵉ siècle. Cette église est vénérable par son antiquité. On y voit, hors la porte, un tombeau de structure très-ancienne, qui a quelque chose de si singulier qu'il mérite qu'on en parle. Il est de marbre gris brut, long d'environ six pieds sur deux de large et autant de haut, sans compter la couverture qui est en dos d'âne, comme celle des anciens tombeaux, et qui est jointe par des crampons de fer bien scellés. Ce tombeau est isolé, soutenu seulement par deux pierres carrées d'un demi-pied de haut; il y a toujours de l'eau dedans; on la tire avec un linge qu'on y plonge au moyen d'une ouverture qui est à un des bouts du tombeau, entre la pierre qui le ferme et celle qui le couvre, et qui est si petite qu'on n'y peut passer que trois doigts de la main, au plus. Il y a des temps de l'année, comme le jour de la fête des saints Abdon et Sennen, que l'on tire de ce tombeau plus d'eau qu'il n'en peut contenir. La tradition de ce pays veut que ce soit dans ce tombeau que les reliques de ces Martyrs aient été déposées lorsqu'on les apporta de Rome. Ce tombeau n'a jamais manqué d'eau. Il y a des temps où elle est plus ou moins haute: les pèlerins s'en servent dans leurs maladies, et leur foi soulage souvent leurs infirmités ».
Le monastère de la Visitation d'Autun possède aussi des reliques des saints Abdon et Sennen; elles proviennent de l'abbaye de Saint-Jean le Grand. Ces reliques étaient dans cette dernière abbaye de temps immémorial, en 1666. Elles venaient de Rome; le prieur d'Anzy (Saône-et-Loire), en 1669, sous le pontificat de Clément IX, obtint aussi des reliques de nos Saints, qui furent envoyées de Rome. On les sauva de la fureur impie des révolutionnaires en 1793. En 1856, on les porta de l'église d'Anzy à Autun, pour les rapprocher de celles de la Visitation. Il fut reconnu que les ossements se faisaient suite et se complétaient, grande preuve d'authenticité. Les reliques des saints Abdon et Sennen, que possède aujourd'hui l'église d'Anzy, sont : 1° Un fragment de la partie moyenne d'un tibia de saint Abdon; 2° la partie moyenne d'un péroné de saint Sennen; 3° un fragment du radius gauche, un fragment d'une vertèbre lombaire et un fragment du calcaneum gauche de saint Abdon, pris dans la châsse de la Visitation d'Autun, du conventement de la communauté, et réunis à la relique vénérée à Anzy, pour augmenter le trésor sacré de cette paroisse.
Nous avons complété le récit du Père Giry, principalement pour ce qui est des reliques, avec l'abbé Cockerut, *Vie du bienheureux Hugues de Poitiers*; et l'abbé Cirot de la Ville, *Origines chrétiennes de Bordeaux*.