Saint Jérôme de Strido
Prêtre et Docteur de l'Église
Summary
Né à Strido au IVe siècle, saint Jérôme fut l'un des plus grands savants de l'Église, célèbre pour sa traduction de la Bible en latin (la Vulgate). Après une vie d'études à Rome et d'ascétisme rigoureux dans le désert de Syrie, il devint le conseiller du pape Damase avant de se retirer à Bethléem. Il y dirigea des monastères et combattit avec ardeur les hérésies de son temps jusqu'à sa mort en 420.
Biography
SAINT JÉRÔME DE STRIDO,
PRÊTRE ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE
Saint Jérôme a été : 1° un soleil dans le monde, car il a terrassé les hérésies, converti les mondains, ouvert aux parfaits de nouveaux horizons ; 2° un ange dans le désert, par sa pureté, sa mortification, son esprit d'oraison ; 3° un prodige dans l'Église, par les livres qu'il a composés, les ambassades qu'il a rendues, les vertus dont il a donné l'exemple.
Lactantius, Concinnus.
La qualité de très-grand Docteur ne peut être refusée à saint Jérôme ; l'Église romaine la lui accorde solennellement dans l'oraison de son office, comme une différence particulière pour le distinguer des autres Pères qui ont défendu ou enrichi l'Épouse de Jésus-Christ par leurs écrits. Il naquit dans la ville de Strido, sur les frontières de la Dalmatie et de la Pannonie, ou Hongrie. Son père se nommait Eusèbe. Il eut aussi un frère appelé Paulinien, qui vint au monde lorsque Jérôme était déjà dans la Syrie, et une sœur dont on ignore le nom ainsi que celui de sa mère. Il parle encore, dans son Épître XXVI, d'une tante, appelée Castoriné, avec laquelle il eut quelque différend qu'il tâcha d'assoupir par plusieurs lettres obligeantes. Issu de parents riches et distingués, il put satisfaire son goût précoce pour l'étude. Eusèbe, son père, l'envoya à Rome, pour y suivre les leçons de grammaire et de rhétorique des célèbres Donat et Victorin. Jérôme fit de grands progrès à cette excellente école. Mais il n'échappa pas aux dangers que court l'innocence des écoliers dans les grandes villes, il n'était alors que catéchumène. Il mena d'abord la vie chrétienne que ses parents lui avaient apprise ; il visitait souvent les catacombes, les tombeaux des martyrs, et s'animait d'un saint zèle, au souvenir de ceux qui avaient scellé leur foi de leur sang. Mais peu à peu, il se laissa aller à l'entraînement des passions, comme il le raconta lui-même plus tard avec de grands remords.
Ayant appris tout ce qu'il avait pu des grands hommes de la capitale du monde, il résolut de voyager, afin de voir les célèbres bibliothèques et les savants des autres pays pour se perfectionner de plus en plus dans la connaissance des lettres. Il prit d'abord le chemin des Gaules, étant accompagné de Bonose, avec lequel il avait été élevé dans son enfance et qui avait eu la même nourrice que lui. Il passa par Concordia, petite ville près de la Mirandole, en Italie, où il se lia avec un vieillard appelé Paul, auquel il
envoya depuis la vie de saint Paul, ermite, dans une lettre, qui est la XXIe de ses Épîtres. Ce fut de lui qu'il apprit que saint Cyprien appelait Tertullien son maître, comme il le remarque lui-même dans son livre des Écrivains ecclésiastiques. Il demeura quelque temps à Trèves, où il copia de sa propre main le long traité de saint Hilaire sur les synodes. Il observe dans la préface du livre second de ses Commentaires sur l'Épître aux Galates, que la langue usitée en cette ville était la langue vulgaire des Galates, et que ceux-ci ne se servaient point de la langue grecque, bien qu'alors il n'y en eût point d'autre dans tout l'Orient : ce qui lui fait juger qu'ils descendaient des Gaulois. Le récit qu'il fait des principales villes des Gaules, comme de Mayence, de Strasbourg, de Reims, d'Amiens, d'Arras, de Tournai, de Thérouanne, de Lyon, de Narbonne, de Nantes, de Toulouse et de quantité d'autres, montre qu'il en parcourut toutes les provinces et qu'il n'épargna rien pour acquérir de nouvelles connaissances, soit dans les bibliothèques, soit dans la conversation des grands hommes dont tous ces vastes pays étaient remplis.
Ce fut à Trèves que notre Saint prit la résolution de servir Dieu sans réserve, afin d'être, et non pas seulement de paraître chrétien. Les uns croient qu'il avait pourtant déjà reçu le baptême à Rome ; d'autres prétendent qu'il ne le reçut qu'à son retour. De la Gaule, Jérôme se retira à Aquilée, où il mena la vie ascétique dans un monastère que l'on venait d'y établir, et se lia avec plusieurs ecclésiastiques de cette ville, très-savants, et dont les noms reparaisent souvent dans ses écrits. Il fut obligé de quitter sa retraite, probablement à cause de sa sœur qui s'était écartée des voies du salut, et qu'il eut le bonheur d'y ramener. Cherchant de nouveau un endroit où il pourrait vivre avec toute la liberté de la solitude, il ne choisit pas son pays pour cela, parce qu'il y aurait été trop importuné par ses parents ; d'ailleurs, comme il l'avoue dans son Épître XLIII, la corruption y était si grande, qu'on n'y reconnaissait point d'autre Dieu que le ventre ni d'autre félicité que les richesses, et, ce qu'il déplore davantage, Lupicin, qui en gouvernait l'Église, était un très-méchant prêtre, qui perdait les âmes au lieu de les sauver. Il ne s'arrêta pas non plus à Rome ; cette ville sans doute était toute sainte, et la vertu y était estimée, mais il était difficile d'y mener une vie monastique et solitaire, à cause du nombre de ses habitants et de la foule des pèlerins qui y venaient de toutes parts. De plus, y étant connu, il aurait été obligé de se conformer aux autres, c'est-à-dire d'être vu de ses amis et de les voir, de visiter et de recevoir des visites, de donner des louanges d'un côté, et de l'autre de déchirer la réputation de son prochain. C'est ainsi qu'il parle dans ses Épîtres XVII et XVIII. Il crut donc qu'il ferait mieux de se retirer dans quelque région éloignée, où il ne trouverait que des occasions de s'élever à Dieu et de travailler à sa perfection. La Syrie lui paraissant propre à ce dessein, tant à cause de la sainteté des lieux qu'à cause du voisinage d'une infinité de moines qui l'habitaient, il s'y achemina, emportant avec lui sa bibliothèque. Les compagnons de ce grand voyage furent Héliodore, Innocent et Hylas. Il passa quelques jours à Jérusalem pour y visiter les saints lieux ; puis il parcourut la Thrace, le Pont, la Bithynie, la Cappadoce et la Cilicie, toujours dans le désir d'apprendre quelque chose de nouveau. Il séjourna aussi à Tarse, lieu de la naissance de saint Paul, afin d'étudier la langue dont cet Apôtre s'est servi dans ses Épîtres. Il s'arrêta encore à Antioche, chez Evagre, d'où il alla conférer du dessein de sa retraite avec Théodose et les autres anachorètes, et examiner le lieu où il pourrait demeurer avant de s'y engager. Cette solitude, nommée Chalcis, est située dans un endroit qui sépare les Syriens et les Agaré-niens ; et, hors les moines qui l'habitaient, on n'y trouvait que des bêtes sauvages, des serpents et des scorpions. Il s'y rendit enfin avec tous ses livres, dont la lecture et l'étude devaient faire une bonne partie de son occupation.
Le démon, qui prévoyait les services importants que Jérôme rendrait dans cette retraite à l'Église, employa toute sa malice pour la lui faire abandonner. Il le jeta d'abord dans une étrange désolation par la perte de tous ceux qui l'y avaient accompagné ; car Héliodore, qu'il aimait plus que les autres, retourna dans son pays, sous prétexte d'un plus grand bien et pour assister une sœur et un neveu qu'il y avait laissés, sans que le Saint pût le retenir par ses prières ni par ses larmes. Il lui écrivit même une puissante lettre pour le sommer d'exécuter la promesse qu'il lui avait faite de revenir ; mais ce fut sans succès. Innocent mourut d'une fièvre ardente ; et, quelque temps après, la mort lui enleva encore Hylas. Outre ces malheurs, qui lui furent très-sensibles, il fut attaqué de toutes sortes de maladies, entre autres d'une fièvre très-violente qui lui prit au milieu du Carême et qui réduisit tout son corps, délicat et d'ailleurs épuisé par les jeûnes, à un état si pitoyable que, n'attendant plus que l'heure de sa mort, on avait déjà préparé toutes les choses nécessaires pour l'ensevelir. Ce fut alors qu'il comparut en esprit devant le tribunal de Jésus-Christ. Voici comment il en parle à la vierge Eustochie dans son Épître XXII :
« Je jeûnais, et cependant je lisais Cicéron ; je veillais et je pleurais mes péchés ; je ne laissais pas après cela de lire Plaute ; et quand, étant rentré en moi-même, je jetais les yeux sur les Prophètes, leur style bas et inculte me donnait de l'horreur. Tandis que le démon me séduisait ainsi par ses ruses, je tombai malade, et, dans le fort de la maladie, lorsque ma vie ne se faisait plus sentir que par un battement de cœur, je fus ravi en esprit et présenté devant le tribunal du souverain Juge, où l'éclat des lumières et des splendeurs qui sortaient de ceux qui l'environnaient, m'obligea de me prosterner par terre sans oser lever les yeux pour regarder la majesté de mon Maître. Là je fus interrogé qui j'étais : je répondis que j'étais chrétien ; mais le Juge me dit : Vous mentez, vous êtes un cicéronien, et non un chrétien, parce que votre cœur est où vous avez votre trésor. A ces paroles je me tus, et parmi les coups (car le Juge avait commandé que je fusse fouetté), je ressentais dans mon âme de furieux remords de conscience, faisant réflexion en moi-même sur ce verset du Prophète : *In inferno autem quis confitebitur tibi?* Enfin je commençai à crier et à dire, en fondant en larmes : « Seigneur, ayez pitié de moi ; Seigneur, ayez pitié de moi » ; c'était l'unique voix que je faisais retentir au milieu des coups. Ceux qui étaient présents se jetèrent aux genoux du Juge et le prièrent de pardonner à ma jeunesse, de m'accorder le temps de faire pénitence, disant que, si je ne la faisais pas, et que je lusse encore les auteurs profanes, on me punirait encore plus sévèrement. Alors je fis un serment en présence de mon Dieu que je n'aurais plus de livres séculiers, que je n'en lirais jamais ; et que, si je manquais à ma parole, je voulais passer pour apostat. Cette protestation fut cause de ma liberté : on me laissa aller et je revins à moi. Ce n'était pas là un assoupissement ni un de ces songes qui nous trompent durant le sommeil ; j'en appelle à témoin le tribunal devant lequel je comparus, et le triste jugement qui me donna tant de frayeur, plaise à mon Dieu que jamais chose pareille ne m'arrive ! En effet, je sentis bien, à mon réveil, que cela était une réalité, puisque je portais, sur mes épaules, les marques des coups de fouet que j'avais reçus.
Depuis ce temps-là, j'ai lu les saintes Écritures avec plus d'ardeur que je ne lisais auparavant les livres profanes ».
Toutes ces épreuves furent suivies d'horribles tentations de la chair, dont il fut cruellement tourmenté. Son imagination fut tellement remplie d'objets déshonnêtes que, dans l'horreur de son désert, où il ne voyait que des animaux, des rochers et des arbres, il croyait être au milieu des délices et des séductions de Rome ; mais le saint jeune homme étant soutenu de la grâce du Sauveur, triompha toujours de son ennemi par les prières, les larmes, les macérations et les autres austérités qu'il représente lui-même dans l'Épître que nous venons de citer : « Combien de fois », dit-il, « étant dans mon ermitage, que les ardeurs du soleil rendaient presque inhabitable, me suis-je imaginé être parmi les délices de Rome ? Je demeurais seul assis dans ma cellule, le cœur inondé d'amertumes, et le corps semblable à celui d'un Éthiopien brûlé des ardeurs du soleil. Je passais les journées entières à verser des larmes et à pousser des soupirs vers le ciel. Et, lorsque j'étais accablé de sommeil, je me couchais sur la terre nue, où je ne me donnais pas même le temps de reposer. Je ne parle pas du boire ni du manger, puisque l'eau froide était toute la boisson des moines, quelque languissants qu'ils fussent, et que manger quelque chose de cuit était estimé par eux comme un péché de luxure. Moi donc, pauvre Jérôme, qui m'étais condamné à ce genre de vie pour la crainte de l'enfer, étant dans cette prison, sans autre compagnie que celle des scorpions et des bêtes féroces, je me trouvais souvent en esprit dans des assemblées de jeunes personnes. Mon visage était pâle à cause de mes austérités, tandis que mon cœur, dans un corps froid comme de la glace, était embrasé de mauvais désirs, et, quoique ma chair fût déjà en quelque façon morte, je sentais en elle les incendies de la concupiscence. N'ayant aucun secours du côté des créatures, je me jetais aux pieds du Crucifix, et après les avoir arrosés de mes larmes, je les essuyais avec mes cheveux. Je jeûnais des semaines entières pour éteindre ces brasiers. Je passais les jours et les nuits à me frapper la poitrine, jusqu'à ce que j'entendisse une voix intérieure qui me dit : C'est assez. Je n'entrais qu'avec une espèce d'horreur dans ma cellule, que je regardais comme le témoin de mes mauvaises pensées. Et, me mettant en colère contre moi-même, j'allais seul errant dans le fond des déserts, et je me prosternais en oraison, tantôt dans une vallée, tantôt dans le creux des rochers, d'autres fois sur la cime des montagnes, jusqu'à ce qu'enfin, après des torrents de larmes et de fréquents regards vers le ciel, il me semblait que j'étais parmi des chœurs d'anges, où je chantais avec allégresse : « Seigneur, nous courons après vous à l'odeur de vos parfums ». Voilà de quelle manière Jérôme rendit inutiles tous les efforts du démon ; mais cet ennemi de notre salut n'ayant rien pu gagner sur lui, en l'attaquant en lion et à force ouverte, l'attaqua en renard et par adresse, se servant des hérétiques pour tâcher de séduire la foi de celui dont il n'avait pu corrompre la chasteté.
Les Ariens de Tarse connaissaient son mérite ; ils savaient que ce jeune homme surpassait déjà en science et en doctrine, aussi bien qu'en sainteté, les plus grands personnages de la Grèce : ils le vinrent trouver pour lui demander s'il admettait une ou trois hypostases en Dieu. Il reconnut aussi tôt le venin qui était caché sous cette question. Il leur répondit que si par le mot d'hypostase ils entendaient l'essence divine, il n'y en avait qu'une en Dieu ; mais que s'ils entendaient la personne, il y en avait trois dans la sainte Trinité. Les divers partis de la ville d'Antioche firent aussi leur possible pour l'attirer chacun de son côté : car cette Église était alors divisée en trois factions : les Ariens, qui avaient Vital pour chef, et les catholiques, dont les uns reconnaissaient Mélèce, les autres Paulin pour évêque. Ils pressèrent tous en particulier saint Jérôme d'entrer dans leurs intérêts ; mais ils n'en eurent point d'autre réponse, sinon qu'il s'attachait entièrement à l'Église romaine, hors de laquelle il n'y a point de salut. Toutefois, comme chacun soutenait aussi de son côté qu'il était dans la communion romaine, notre saint solitaire écrivit au pape Damase, et le pria instamment de lui mander avec lequel des trois évêques il devait communiquer. Il lui découvrit en même temps le venin qui était caché sous le mot d'hypostase ; et, pour recevoir sa réponse, il lui dit de l'adresser au prêtre Évagre, à Antioche, leur ami commun, qui ne manquerait pas de lui faire tenir dans son ermitage.
Cependant, il fut sans cesse persécuté par les hérétiques, qui lui demandaient tous les jours de nouvelles professions de foi. Les Ariens publiaient qu'il n'était pas orthodoxe, parce qu'il défendait l'homoousion, c'est-à-dire la consubstantialité des personnes divines ; d'autres le faisaient passer pour Sabellien, parce qu'il soutenait trois personnes subsistantes, vraies, entières et parfaites dans la sainte Trinité : la persécution fut si grande qu'ils le contraignirent enfin d'abandonner sa chère solitude. Il y était demeuré quatre ans, ou six selon Baronius, durant lesquels il avait traduit les homélies d'Origène et appris la langue hébraïque d'un juif qui s'était converti et fait solitaire. Il avoue qu'il eut des peines extrêmes dans cette étude, et qu'après avoir goûté les subtilités de Quintilien, l'éloquence de Cicéron, la gravité de Fronton et la douceur de Pline, ce lui avait été une rude mortification d'apprendre un alphabet et de prononcer des paroles gutturales : de sorte qu'il avait désespéré plusieurs fois d'en venir à bout ; que souvent il y renonçait, rebuté par les difficultés qu'il y trouvait ; qu'ensuite le désir d'entendre cette langue lui faisait reprendre son travail, en un mot, qu'il n'en avait obtenu l'intelligence qu'avec des fatigues inconcevables. Le souvenir des douceurs célestes et des lumières divines, dont son âme était remplie dans cette solitude, fit qu'il la regretta toujours et qu'il la porta partout dans son cœur. C'est ce qu'il apprit à Pammachius dans son Épître XXVI.
Il est probable que ce fut au sortir du désert qu'il visita la Grèce, et particulièrement la ville d'Athènes ; après quoi il se rendit à Antioche, où il étudia l'Écriture sainte sous Apollinaire de Laodicée, sans toutefois s'arrêter à la doctrine contentieuse de ce savant homme, depuis auteur d'une hérésie dont il tâcha d'infecter l'Église. Il adhéra à Paulin, l'un des trois évêques dont nous avons parlé, conformément à la réponse qu'il reçut de Damase, qui favorisa toujours ce parti comme le plus juste. Quoiqu'il ne résidât plus dans le désert, il ne quitta pas pour cela l'habit ni la profession de solitaire, et, dans les divers lieux où il allait pour consulter les gens habiles et faire de nouvelles découvertes dans la sainte Écriture, il menait une vie retirée afin de vaquer davantage à la prière et à l'étude. Dans sa trentième année, il fut ordonné prêtre par le même Paulin ; mais il ne consentit à son ordination qu'à la charge qu'il ne serait attaché à aucune église, et qu'il ne quitterait point la profession monastique qu'il avait choisie, comme
il dit lui-même, pour pleurer les péchés de sa jeunesse et pour fléchir la miséricorde de Dieu envers lui. C'est ainsi qu'il parle à Pammachius dans la sixième lettre, et qu'il se défend contre la vexation de Jean, évêque de Jérusalem, qui voulait l'assujétir à son Église, quoiqu'il ne l'eût pas ordonné. Son sacerdoce ne l'obligeant point de demeurer à Antioche, il continua de voyager de côté et d'autre. Il passa quelque temps près de Jérusalem, à la campagne et dans les solitudes, et particulièrement à Bethléem, qu'il goûta dès lors comme le plus saint lieu où il pût se retirer. Il alla aussi à Constantinople pour entendre saint Grégoire de Nazianze, dont la réputation était répandue partout. Mais ce grand prélat, connaissant la vertu et le mérite de Jérôme, ne le traita pas en disciple, mais comme un ami dont il pouvait apprendre beaucoup de choses pour l'interprétation de l'Écriture sainte, à cause de la parfaite connaissance qu'il avait de la langue hébraïque ; ce qui n'empêche pas que notre Saint, dans son Épître à saint Grégoire de Nysse, ne se glorifie d'avoir eu cet illustre évêque de Constantinople pour son précepteur. Ce fut peu de temps après son sacerdoce qu'il acheva ses Commentaires sur le prophète Abdias, qu'il avait commencés étant encore tout jeune et au sortir de sa rhétorique ; il corrigea aussi ce qu'il en avait déjà fait, avouant que, lorsqu'il y avait travaillé, il n'avait pas toutes les lumières nécessaires pour un si grand ouvrage. Il les dédia à Pammachius, son compagnon d'études et gendre de sainte Paule. Le pape Damase lui proposa plusieurs difficultés sur divers passages de l'Écriture, lui écrivant pour cet effet par Éthérius, diacre, qui porta les lettres et rapporta les réponses. Il lui envoya aussi des présents pour lui marquer plus sensiblement son affection. Certes, ce n'est pas une petite gloire à saint Jérôme d'avoir été ainsi consulté par le souverain Pontife, qui lui-même est l'oracle de l'Église.
Comme les factions d'Antioche troublaient toujours la tranquillité de l'Église, l'empereur Théodose envoya des lettres aux évêques d'Occident et d'Orient pour les faire assembler à Rome, afin qu'ils terminassent tous ces différends et résolussent en synode plusieurs difficultés que l'on faisait en divers endroits sur des points de doctrine. Les Orientaux, entre lesquels était Paulin, furent bien aises de mener Jérôme avec eux, parce qu'ils avaient besoin d'un homme qui sût le latin et parce qu'il était connu de Damase, peut-être aussi parce que ce Pape lui écrivit exprès pour l'appeler à ce Synode, et même que l'empereur l'obligea de s'y rendre ; car il confesse dans son Épître XXVI qu'il n'y alla que malgré lui et avec répugnance. Mais s'il eut de la peine à se résoudre à ce voyage, les Romains, au contraire, eurent bien de la joie de revoir dans leur ville celui qu'ils avaient autrefois admiré dans sa jeunesse, et dont la réputation avait beaucoup augmenté la première idée qu'ils s'étaient formée de son mérite : ce fut à qui jouirait des douceurs et des lumières de sa conversation, et lui donnerait le plus d'éloges. Les uns louaient sa vie pénitente et solitaire, les autres sa science dans les langues ; ceux-ci son intelligence dans l'Écriture, ceux-là la pureté de sa doctrine. Les dames romaines ne pouvaient se lasser de l'entendre, les prêtres le consultaient, le clergé et le peuple avaient sans cesse les yeux sur lui, comme sur le plus grand homme du siècle ; en un mot, par sa piété, son érudition, son honnêteté et ses manières obligeantes, il gagna le cœur de tout le monde. Mais saint Damase, plus que tous les autres, fut ravi de le posséder, et, à sa considération, il fit de grandes amitiés à Paulin et à Épiphane, avec lesquels il était venu. Il le regarda comme un autre saint Paul, qui devait l'aider de ses conseils dans
le gouvernement de l’Église. En effet, après avoir terminé le Concile et confirmé Paulin, évêque d’Antioche, il congédia les prélats et retint Jérôme auprès de lui, afin qu’il l’aidât à porter une partie du poids du souverain pontificat. Il lui donna la charge de répondre à toutes les questions que l’on ferait touchant la religion, d’éclairer les difficultés des Églises particulières, des assemblées synodales, de prescrire à ceux qui revenaient de l’hérésie ce qu’ils devaient croire ou ne pas croire, et de dresser pour cela des règles et des formules. Rufin, dans son apologie pour Origène, avoue que ce fut ce grand docteur qui composa la Confession, pour réconcilier les Apollinaristes, et il rapporte lui-même, dans son Épître 13°, les différentes fonctions qu’il était obligé de faire sous le souverain Pontife.
Cependant ces occupations laborieuses ne lui firent rien diminuer de ses austérités, et il les pratiqua toujours exactement, comme s’il eût encore été dans le secret d’une solitude. Il continua ses oraisons à l’ordinaire, et vécut dans le silence et le recueillement d’un véritable moine. Il célébrait dévotement le saint sacrifice de la messe, et l’on a conservé longtemps à Rome la chasuble dont il se servait pour cet auguste ministère. On y garde même encore maintenant son calice, que l’on montre quelquefois au peuple, pour renouveler son respect envers cet incomparable docteur qui a si bien mérité de l’Église romaine. La dévotion qu’il avait à célébrer ce divin mystère était si connue au prêtre Népotien, neveu d’Héliodore, qu’il légua en mourant la tunique qui lui avait servi à l’autel. Cela étant, il y a sujet de s’étonner que Godeau, dans son Histoire de l’Église, ait écrit que « saint Jérôme n’a jamais dit la messe, par une crainte religieuse qu’il avait de ce redoutable sacrifice ». On peut juger de la grandeur de son zèle pour tout ce qui regardait le culte de la sainte Eucharistie, par l’éloge qu’il fait du même Népotien, qui apportait un soin incomparable à toutes les choses qui avaient rapport à ce mystère. C’est dans l’épitaphe qu’il fait de lui dans son Épître 13° : « Il avait soin », dit-il, « que l’autel fût toujours d’une propreté convenable, que les murailles de l’église fussent nettes, que le pavé fût bien nettoyé, que le portier se tint souvent à la porte, pour n’y admettre que ceux qui devaient y avoir entrée, et que toutes les cérémonies s’observassent avec toute l’exactitude possible. Il était presque sans cesse dans les temples, et ornait les basiliques des martyrs, avec des fleurs, des branches d’arbres et des pampres de vigne. Il voulait qu’il n’y parût rien qui pût offenser les yeux des fidèles, mais que tout y excitât à la piété et à l’adoration de la Majesté divine ». Il fallait sans doute que saint Jérôme fût animé du même zèle pour louer si hautement ces actions, qui ont si peu d’éclat en apparence. En effet, il veilla extrêmement à ce que les divins offices et toutes les fonctions ecclésiastiques se fissent avec toute la décence possible. Tout ce qu’il avait remarqué de dévot et de majestueux dans les églises d’Antioche et de Jérusalem, les deux plus anciennes de la chrétienté, il l’introduisit à Rome ; ce fut à son instance que Damase fit chanter l’Alleluia, selon l’usage de l’Église de Jérusalem, et qu’à la fin de chaque psaume on ajouta le Gloria Patri, à l’exemple de celle d’Antioche. Il corrigea les psaumes et la version des Septante, que le pape fit ensuite chanter aux ecclésiastiques. Il en fit de même du Nouveau Testament, que l’on a toujours lu depuis dans l’Église selon sa version. Il compila et abrégea les Actes des Martyrs, afin qu’on pût les réciter aux divins offices. Nous dirons dans la suite les autres ouvrages qu’il a composés pour le bien universel de la religion chrétienne : nous ne parlerons maintenant que de ce qu’il fit à Rome, étant encore dans la fleur de son âge.
Plusieurs dames romaines, qui avaient une singulière vénération pour lui, l'obligèrent aussi de faire quelques livres. Il exposa à Blésille, fille de sainte Paule, l'Ecclésiaste de Salomon, pour lui inspirer le mépris de toutes les choses du monde, et dès lors il commença à faire des commentaires sur l'Écriture. Il donna à Fabiola l'interprétation de cette multitude de noms qui se trouvent dans le livre des Nombres, et lui expliqua la prophétie de Balaam. Il écrivit, en faveur d'Eustochie, le Traité de la Virginité, qui fait la vingt-deuxième de ses Épîtres, pour combattre l'erreur d'Elvidius, qui ôtait cette excellente vertu à la Reine des Vierges. Il donna à Marcelle, jeune veuve, l'intelligence des dix noms de Dieu, dont se servent les Hébreux. Il enseigna à sainte Paule l'Alphabet hébraïque. Toutes ces femmes étaient autant de saintes épouses qu'il avait acquises à Jésus-Christ, et qu'il avait portées à passer d'une vie commune à l'étude de la perfection chrétienne.
Le but auquel Jérôme appelait résolument les âmes d'élite qui en étaient capables, était la perfection évangélique. « Il ne faut point », disait-il, « d'inconséquences ; un idéal sublime, et une vie vulgaire ; un habit de veuve ou de vierge, et des habitudes de femme mondaine. Il faut des moyens en rapport avec le but. Quiconque choisit la vie parfaite, doit marcher dans la voie parfaite ». — « Votre profession de vierge consacrée à Dieu », ajoutait-il, « est souverainement libre, et c'est ce qui en fait le mérite ; qu'elles y renoncent, celles qui n'en peuvent porter l'honneur ; sinon, qu'elles en remplissent les devoirs ». Telle était l'énergique direction de saint Jérôme.
L'abstinence, le jeûne, voilà ce qu'il conseillait nettement, comme pratique habituelle, à ces opulentes et délicates patriciennes. Il ne voyait que cela de sûr pour la vertu héroïque à laquelle elles aspiraient ; et, allant chercher au fond de la nature humaine la raison décisive et invincible de ces rigoureuses austérités : « Tant que nous sommes dans le tabernacle du corps, entourés d'une chair mortelle », disait-il, « nous pouvons bien modérer et dompter nos penchants, nous ne pouvons pas les détruire. Il est difficile, ou plutôt impossible, qui que l'on soit, que l'on ignore au moins le commencement de la passion. Toute chair a ses tendances et sollicite l'âme par les amorces du mortel plaisir. Je vous dis ces choses pour que vous sachiez bien que la nature humaine est en vous, et que ces misères communes, si vous cessiez de faire sur vous-même une garde sévère, pourraient aussi vous atteindre. Sous la soie, sous la bure, les mêmes penchants nous dominent. Ils n'ont peur ni de la pourpre des rois, ni des haillons des pauvres ». — « Pour vaincre l'avarice », disait-il encore, « il suffit d'ouvrir sa bourse ; pour triompher d'une langue médisante, il suffit du silence ; contre la vanité et le goût des folles parures, il suffit d'un élan de générosité ».
L'amour de Dieu, tel était, avant tout, l'aliment que saint Jérôme voulait donner aux cœurs généreux qu'il invitait à crucifier la chair avec ses convoitises, à mourir pour revivre. L'amour des pauvres en était le second. Pour entraîner à tous les sacrifices, à tous les dévouements, il montrait Jésus-Christ dans les pauvres, et présentait comme une compensation sublime du renoncement au culte et à la vie mondaine le bonheur de pouvoir donner aux malheureux. « Depuis que vous avez embrassé la chasteté éternelle », disait-il, « vos richesses ne sont plus à vous, ou plutôt elles le sont bien plus, puisque de ce jour elles ont commencé à appartenir à Jésus-Christ. Car sachez bien que vous ne possédez réellement que ce que
vous aurez employé en charités ». Mais donner son or à l'indigent, ce n'est que le premier degré de la charité. Se donner soi-même, voilà le second. Et c'est jusque-là que saint Jérôme voulait amener les saintes femmes qu'il conduisait. Il voulait que le fruit de cette austérité de vie qui brisait leur délicatesse, et maintenait leur âme dans toute sa pureté, fût de les élever, par-dessus toutes les répugnances de la nature, à tous les dévouements de la charité.
L'amour de Dieu et l'amour des pauvres, voilà ce que saint Jérôme substituait aux passions misérables et aux affections frivoles ; ajoutons-y les douceurs de la pure et sainte amitié qui unissait entre elles toutes ces veuves et toutes ces vierges ses disciples. Avec la vie du cœur, il voulait développer aussi dans ses disciples, sur les ruines de la vie des sens et de la vie frivole, la vie de l'esprit. Son grand moyen, c'était l'Écriture, non pas seulement étudiée comme science pour l'esprit, mais surtout méditée comme vérité et lumière divine pour le cœur. Il en imposait la lecture à toutes ses disciples.
Pour compléter ce résumé de la direction telle qu'il l'entendait, il est nécessaire d'exposer rapidement les conseils qu'il donnait sur cet important sujet. Il prescrit rigoureusement le travail des mains aux descendantes des Scipions, des Fabius, des Camille, à quatre points de vue : d'abord, pour éviter l'ennui, ce poids des vies mondaines ; ensuite, parce que c'est un devoir, même pour celles que Dieu a le plus comblées des dons de la fortune ; puis parce que le travail peut être un auxiliaire précieux de la charité ; et enfin parce que rien ne maintient mieux les vertus domestiques, l'esprit de famille. Ces quatre points de vue, si actuels encore, sont indiqués avec une grande précision et une grande délicatesse dans le passage suivant d'une de ses lettres : « Quand les heures destinées à la lecture de l'Écriture sainte et à la prière seront finies, après que le soin de votre âme vous aura fait souvent ployer les genoux, ayez toujours votre laine dans les mains, et, ou bien avec le pouce tirez le fil du fuseau, ou bien forcez-le à suivre une trame ; ou bien ce que les autres ont filé mettez-le en peloton ; ajustez-le sur le métier. Examinez votre tissu, refaites ce qui est mal fait, et préparez-vous d'autre ouvrage. Si vous êtes ainsi occupée, jamais les jours ne vous sembleront longs ; au contraire, même les longues journées d'été vous paraîtront courtes, car le soir vous n'aurez jamais fini votre tâche ».
Ce qu'ajoute saint Jérôme est bien remarquable, et ne saurait être trop médité par les chrétiennes de nos jours. « En faisant ainsi, vous vous sauverez vous-même, et vous en sauverez d'autres ». Qu'est-ce à dire ? Jérôme l'expliquait ainsi : Vous vous sauverez vous-même, parce que vous éviterez le péril que signale l'Écriture : « Toute âme oisive est agitée de désirs » ; et que vous ne mettrez pas dans votre vie le vide, la grande lacune que porte toujours avec soi l'oubli d'un devoir capital, tel que le devoir du travail. « Car si une femme croit pouvoir se dispenser de travailler parce que, grâce à Dieu, elle ne manque de rien, elle se trompe. Elle doit travailler comme tout le monde ; et si elle veut le faire en chrétienne, pendant que ses mains travaillent, que son âme pense à Dieu. Les mains et les yeux sur son ouvrage, son cœur au ciel ». Comment sauvera-t-elle les autres ? Par l'exemple. « Vous serez ainsi le modèle d'une vie sainte, et la chasteté de celles que des habitudes laborieuses, contractées à votre exemple, auront sauvées, sera votre lucre ». Saint Jérôme ajoute un dernier trait bien étonnant : « Je le dirai simplement : quand même vous distribueriez tout votre bien aux pauvres, rien n'aura plus de prix aux yeux du Christ que les ouvrages faits par vous-même, soit pour votre propre usage, soit pour donner l'exemple aux autres vierges, soit pour les offrir à votre aïeule et à votre mère, qui vous donneront en échange largement de quoi subvenir aux besoins des malheureux ». Il y a là, ce nous semble, une profonde et délicate intelligence de la vie de famille, et ce que ces discrètes paroles nous font entrevoir dans les maisons chrétiennes des égards de la piété filiale et des calculs ingénieux de la charité est admirable. Quoi ! le travail des mains, un travail de femme, au-dessus de la charité ? Oui, parce que le travail n'est pas seulement la substitution d'occupations utiles aux distractions vaines, de goûts sérieux aux goûts frivoles, d'une vie remplie au vide des jours : c'est encore le respect de l'aïeule vieillie et souffrante, vertu bénie de Dieu, la jouissance d'une fille pour une mère, la protection d'une vertu à l'ombre du foyer domestique, sous le regard maternel, et finalement aussi le soulagement des pauvres et la féconde ressource de la charité. Voilà pourquoi saint Jérôme veut retenir, à l'abri de la maison paternelle, dans un travail assidu, la jeune fille, la jeune veuve, près de sa mère et de sa grand-mère, parce que le bonheur est là, avec la vertu. Voilà la direction de saint Jérôme, la grande direction chrétienne, telle que nous la saisissons pour la première fois dans l'histoire.
Parmi les disciples de saint Jérôme nous voyons encore : Mélanie, Aselle, Léa, Albine, Marcelline et Félicité, qui, par ses exhortations, embrassèrent avec ardeur les maximes étroites de la vertu. Il convertit aussi plusieurs hommes qui étaient tellement plongés dans le crime, qu'ils menaient plutôt une vie d'idolâtres que de chrétiens. Il appela auprès de lui Paulinien, son frère, non pour l'avancer dans le monde par son crédit, mais pour lui enseigner la vertu et les lettres. Il se forma alors par son zèle plusieurs beaux monastères dans Rome, et la multitude des serviteurs et des servantes de Jésus-Christ qui s'y retirèrent fut cause que la profession monastique, qui y était auparavant comme ignominieuse, devint glorieuse et honorée de tout le monde. Ces relations avec les femmes romaines eussent été très-suspectes et très-dangereuses pour un homme moins vertueux que lui ; mais la grâce de Notre-Seigneur, sous l'inspiration de laquelle il agissait, le soutint dans ces dangers. Cependant la médisance ne lui pardonna pas, et on lui reprocha, comme des liaisons criminelles, des affections qui étaient très-pures et très-saintes. La liberté avec laquelle il reprenait le vice lui attira cette calomnie ; mais la vertu éclatante des disciples justifia bientôt le maître auprès de ceux qui ne lui portaient point d'envie, et qu'une passion brutale n'aveuglait pas dans leurs jugements. Son exemple, néanmoins, ne doit être suivi qu'avec une extrême réserve. Jérôme, après trois ans de séjour à Rome où la calomnie était venue le frapper, retourna en Palestine ; mais avant de quitter Ostie, il voulut épancher sa douleur, et du pont du navire qui allait l'emporter il écrivit à Aselle : « On me dit un infâme, un fourbe, un menteur, un magicien ; et l'on venait me baiser les mains tandis qu'on déchirait ma réputation de la manière la plus impitoyable... M'a-t-on vu entrer chez quelque femme suspecte ? me suis-je attaché à la magnificence des habits, à un visage fardé, à l'éclat des pierreries et de l'or ? Je me suis trouvé plusieurs fois avec des vierges ; j'ai expliqué souvent à quelques-unes l'Écriture sainte le mieux qu'il m'a été possible. Cette étude nous obligeait à être souvent ensemble ; l'assiduité donnait lieu à la familiarité, la familiarité faisait naître la confiance ; mais qu'elles disent si elles ont remarqué dans ma conduite quelque chose d'indigne d'un chrétien, quelque chose d'équivoque dans mes discours ou de passionné dans mes regards ?
Avant d'avoir connu sainte Paule, tout Rome m'estimait et applaudissait à ma vertu ; chacun me jugeait digne du souverain sacerdoce... N'y avait-il donc qu'une femme pénitente et mortifiée qui fût capable de me toucher, une femme desséchée par des jeûnes continuels, négligée dans ses habits, devenue presque aveugle à force de pleurer, et qui passait les nuits entières en oraison ? Une femme qui ne connaissait d'autre chant que les psaumes, d'autre entretien que l'Évangile, d'autre plaisir que la continence, d'autre nourriture que le jeûne ? N'y avait-il, encore une fois, que cette femme dans Rome qui pût avoir de l'attrait pour moi ? Touché de sa chasteté merveilleuse, à peine ai-je commencé à la voir et à lui donner des marques de respect, qu'ausitôt mon mérite a disparu, toutes mes vertus se sont évanouies ! O envie qui commences par te déchirer toi-même !... J'étais bien fou de vouloir chanter les cantiques du Seigneur sur une terre étrangère et d'abandonner la montagne du Sinaï pour mendier les secours de l'Égypte ».
Jérôme s'embarqua au mois d'août, avec Paulinien, son frère, le prêtre Vincent et quelques autres religieux, et fit voile vers Chypre, où il débarqua heureusement, et fut reçu avec tout le bon accueil possible par saint Épiphane ; de là il se rendit à Antioche, d'où Paulin le mena, au milieu de l'hiver, en Judée. Avant de s'y arrêter tout à fait, il alla encore une fois en Égypte, et visita les monastères de Nitrie ; il reprit ensuite le chemin de la Palestine, et se retira à Bethléem. Sainte Paule, avec sa fille Eustochie, Mélanie, petite-fille du consul Marcellin, laquelle toutefois abandonna depuis saint Jérôme pour suivre Rufin, qui était son adversaire, et quantité d'autres vierges, l'y vinrent trouver. Il choisit cet endroit pour sa solitude par une dévotion singulière qu'il portait aux mystères de l'enfance du Sauveur. La vue de ce saint lieu, où le Fils unique du Père éternel a voulu naître pour le salut des hommes, où il a été reconnu par les bergers et adoré par les mages, était un objet touchant qui embrasait tous les jours son cœur de nouvelles flammes d'amour envers son divin Maître. Il n'est éloigné de Jérusalem que de six milles, ainsi que le remarque Sulpice-Sévère, qui y visita notre Saint, et y demeura six mois avec lui. Sa cellule était sur le chemin qui conduisait au tombeau du roi Archélaus. Il y avait une église sur la grotte où Jésus-Christ vint au monde, et un autel sur la crèche où il fut mis à sa naissance, afin d'offrir l'Hostie immaculée au même endroit où le Verbe divin s'était offert à son Père pour la rédemption du monde. À côté de cette église, Paule fit construire deux monastères, un d'hommes et un de vierges. Saint Jérôme consacrait les jours et les nuits à la prière, à l'étude et au travail avec les autres frères du monastère. Il vivait dans une parfaite pauvreté, sans posséder d'argent et sans désirer d'en avoir, se contentant de la nourriture et de l'habit. Il châtiait son corps par des jeûnes rigoureux et par des veilles continues. Il couchait sur la dure, et, durant son repos, son cœur ne laissait pas d'être appliqué à Dieu. Il ne sortait de sa bouche que des discours de sainteté, soit pour expliquer l'Écriture, soit pour parler de la vertu, soit pour faire l'éloge de la chasteté, qui avait pour lui des charmes inconcevables. Il se tenait caché le plus qu'il pouvait, aimait mieux être Saint en réalité que de le paraître aux yeux des hommes. Sa grande retraite ne l'empêchait pas d'exercer tous les devoirs de charité envers les pèlerins, que l'on recevait dans un hôpital que
sainte Paule avait fondé, auprès de la grotte de Bethléem. Il les visitait, les entretenait, les consolait, les portait à la piété, leur lavait les pieds, et même ceux de leurs chameaux, les servait à table ; en un mot, il faisait son possible pour leur faire trouver des douceurs après les fatigues de leur pèlerinage. Dans les cinq premières années de cette solitude, il traduisit de l'hébreu le livre de l'Écclésiaste, et composa le bel ouvrage que nous avons de lui contre Jovinien. Plus il avançait en âge, plus il semblait avoir d'ardeur pour se faire instruire de ce qu'il croyait ignorer. Et, sans considérer que les cheveux blancs dont sa tête commençait à être couverte lui donnaient plutôt l'autorité de maître que la qualité de disciple, il allait consulter ceux dont il espérait apprendre quelques secrets pour l'intelligence de l'Écriture, qui était alors toute son occupation. La haute réputation de Didyme, ancien ami de saint Athanase et du grand saint Antoine, le fit aller à Alexandrie, pour lui proposer quelques difficultés ; il le vit et admira d'autant plus sa profonde érudition, qu'ayant perdu la vue dès le temps de son enfance, il n'avait presque rien pu apprendre des hommes ; il lia une si étroite amitié avec lui, que Didyme, à sa prière, dicta cinq livres de Commentaires sur le prophète Zacharie, et fit une exposition d'Osée qu'il lui dédia. Saint Jérôme, de son côté, traduisit un livre Du Saint-Esprit, que Didyme avait composé. Il avoue que sa pénétration dans l'Écriture était incomparable ; c'est pourquoi, comme il attribue à Origène, pour caractère singulier, la composition d'un grand nombre de livres, l'éloquence à Cicéron, la subtilité à Aristote, la prudence à Platon et l'érudition à Aristarque ; aussi il donne à cet auteur, pour différence spécifique, la science des Écritures. D'Alexandrie il retourna à Bethléem, où il s'appliqua de nouveau à l'étude de l'hébreu ; il eut encore pour maître en cette langue un juif qui parlait l'hébreu avec une pureté et une grâce extraordinaires. Saint Jérôme fit de grands progrès dans cette langue ; il étudia aussi les lieux, les coutumes dont il est parlé dans la Bible, chose facile à cette époque et dans cette contrée. Le pape Clément VIII dit que saint Jérôme fut assisté et inspiré d'en haut pour traduire les saintes Écritures. Sa traduction, en effet, a fini par faire rejeter toutes les autres et devenir celle de l'Église ; il nous a aussi laissé d'excellents Commentaires sur presque tous les livres sacrés.
La multitude des pèlerins, particulièrement des moines, qui venaient à la grotte de Bethléem, augmentait tellement de jour en jour, que l'hôpital qu'avait fondé sainte Paule, n'étant plus assez grand pour les contenir, saint Jérôme résolut d'en faire construire un plus ample ; et, pour avoir de quoi fournir à la dépense, il envoya son frère en Dalmatie, afin qu'il y vendît les héritages de leur père, que les Goths, qui venaient souvent ravager ce pays-là, n'avaient pas encore entièrement ruinés. Paulinien, à son retour, fut, malgré lui, ordonné prêtre par saint Épiphane. Jean, évêque de Jérusalem, condamna cette ordination, comme ayant été faite dans son diocèse sans sa permission ; et, bien qu'on lui représentât qu'elle s'était faite dans un monastère qui ne relevait pas de sa juridiction, et que Paulinien avait trente ans, âge requis par les Canons pour la prêtrise, il poussa si loin son mécontentement, qu'il excommunia tous ceux qui soutenaient cette ordination, et même saint Jérôme, à qui il défendit l'entrée du saint sépulcre, bien qu'elle fût permise aux hérétiques. La considération de Paule fut peut-être cause qu'on ne le chassa pas de ce lieu ; car il fut sur le point d'être banni par la faveur que son adversaire trouva auprès des gouverneurs de la province. Aussi, dans son Épître soixante et unième, à Pammachius, il témoigne son regret de n'avoir pas eu, en effet, la couronne de
l'exil, comme il avait la volonté disposée à le souffrir courageusement. Au reste, l'ordination de Paulinien n'était qu'un prétexte pour persécuter notre saint Docteur. Voici la vraie cause : saint Jérôme avait découvert que ce prélat, d'ailleurs éloquent, enseignait, en s'appuyant sur Origène, que dans la Trinité le Fils ne pouvait pas voir le Père, et le Saint-Esprit ne pouvait pas voir le Fils ; que les âmes étaient dans les corps comme dans une prison, et qu'elles étaient dans le ciel avant d'être unies aux corps ; que les démons et les damnés feraient enfin pénitence et seraient sauvés comme les Saints ; qu'avant le péché, Adam et Ève n'avaient point de corps ; et qu'après la résurrection, il n'y aurait plus de distinction de sexe. Il s'était plaint aussi de ses allégories et interprétations métaphoriques qui ruinaient la vérité de la lettre de l'Écriture.
Ces erreurs avaient déjà été condamnées à l'instance de saint Épiphane et de saint Jérôme, par l'Église d'Alexandrie, sous Théophile, qui en était patriarche, et cette condamnation avait été confirmée par l'Église romaine ; c'est pourquoi notre Saint ne put pas souffrir qu'on les ressuscitât ; comme il était ardent, et ne trempait pas toujours sa plume dans l'huile en écrivant contre ceux qu'il croyait être infectés de mauvaises opinions, il s'attira ce puissant ennemi sur les bras. Le fait paraît certain d'après l'Épître que nous venons de citer ; néanmoins, le Révérend Père Vastélius, carme, dans l'édition des œuvres de Jean de Jérusalem, qu'il a données au public en 1643, travaille à justifier le patriarche de toutes ces accusations ; il prétend que l'Épître à Pammachius, où elles sont rapportées, n'est pas de saint Jérôme, à cause de la différence sensible du style, qui est fort égal dans tous ses autres ouvrages. Le lecteur peut consulter ce livre ; il nous suffit de l'avoir indiqué sans entrer dans le fond de cette dispute.
Les outrages que notre Saint reçut de ce patriarche, qui ne l'aimait point, ne lui furent pas si sensibles que sa rupture avec Rufin, avec qui il avait eu une amitié tout extraordinaire. Cette division fit grand bruit dans l'Église, et plusieurs même s'en scandalisèrent et accusèrent notre Saint de trop grande chaleur, ne voulant pas considérer qu'il avait des raisons très-fortes pour rompre avec un ami de cette qualité, puisqu'il avait abandonné la vérité de la foi orthodoxe et était tombé dans l'Origénisme. Théophile d'Alexandrie les réconcilia ensemble, mais cette réconciliation ne fut pas de longue durée. Rufin étant allé à Rome, continua d'enseigner les erreurs d'Origène, et en publia le livre intitulé *Periarchon*, c'est-à-dire *des principes* ; et, pour mieux insinuer la mauvaise doctrine qui y était contenue, il donnait, d'une manière affectée, de grandes louanges à saint Jérôme, qui avait, longtemps auparavant, traduit cet ouvrage.
Enfin il contredit si bien le bon catholique, en répandant le venin de son hérésie, qu'il attira à son parti quantité de Romains, et surprit même des lettres de communion du pape Sirice. Alors notre Saint, ne pouvant souffrir que ce séducteur corrompit ainsi la foi des catholiques, se déclara ouvertement contre lui. Il eut en même temps à se justifier des crimes que Rufin lui imputa, et à réfuter la fausseté de ses dogmes ; il le fit avec tant de force et d'éloquence, que ceux qui voyaient les ouvrages de l'un et de l'autre ne pouvaient plus regarder son adversaire comme un homme savant, le voyant si éloigné de l'érudition de Jérôme.
Outre ses écrits contre Helvidius et contre Rufin, il écrivit encore deux excellents livres contre Jovinien ; c'était un moine du monastère que saint Ambroise gouvernait dans les faubourgs de Milan ; ne pouvant souffrir la discipline de ce saint Prélat, quoiqu'elle fût pleine de douceur, il en sortit
avec quelques autres qu'il avait infectés de ses mauvaises opinions. Il voulut ensuite y rentrer ; mais comme il ne donna aucun signe de véritable pénitence, et que sa conversation fut jugée contagieuse pour ses frères, il ne put obtenir ce qu'il demandait. Ce fut à la suite de ce refus très-juste que Jovinien commença à enseigner publiquement les erreurs d'Helvidius, auxquelles il ajouta que l'état de la virginité n'avait point d'avantage sur celui du mariage, et que les vierges, par conséquent, ne méritaient pas plus que les femmes mariées ; qu'il n'y avait qu'une même récompense pour tous les bienheureux ; que la chair de Jésus-Christ n'était pas véritable, mais fantastique, et d'autres rêveries de cette nature. Par cette pernicieuse doctrine, il trompa plusieurs vierges consacrées à Dieu et les fit renoncer à leur sainte profession pour embrasser l'état du mariage. Notre Saint, qui avait acquis à la chasteté tant de veuves et de jeunes Romaines, ne put souffrir ce séducteur. Il prit la plume contre lui, le combattit, le réfuta, le confondit et fit voir si manifestement sa malice, sa corruption et son erreur, qu'il le contraignit de se taire. Dans la chaleur de la discussion, il semble quelquefois rabattre un peu trop le mariage, qui est saint et honorable et le symbole de l'alliance de Jésus-Christ avec son Église, selon la manière de parler de saint Paul ; mais ce n'est que par comparaison à l'état bienheureux de la virginité, qui est beaucoup plus saint et plus parfait, et qui rend les âmes chrétiennes les épouses chéries de Jésus-Christ même.
La réputation de Jérôme, que sa sainteté et sa doctrine mettaient toujours au-dessus des persécutions de ses adversaires, obligea Alype, disciple de saint Augustin, dans un voyage qu'il fit à Jérusalem, l'an 393, de lui rendre visite dans son monastère. Il lui parla si avantageusement des mérites du même saint Augustin, son maître, qui n'était encore que prêtre, que notre Saint résolut, dès lors, de lier et d'entretenir une étroite amitié avec lui. Il lui écrivit donc une lettre, que nous n'avons pas, pour l'avertir de lire avec précaution les lettres d'Origène, à cause des erreurs qui y étaient contenues. Saint Augustin eut une joie extrême de l'affection qu'il lui témoignait, et ne désirait rien plus que de pouvoir demeurer auprès de lui, pour puiser dans cette mer d'érudition dont il savait qu'il était rempli. Il lui écrivit trois lettres, l'une par Profuture, la deuxième par Paul, la troisième par le diacre Cyprien, qu'il envoya exprès d'Afrique en Palestine, étant déjà évêque. Dans ces lettres, il le prie de traduire en latin les auteurs grecs qui avaient fait des commentaires sur l'Écriture sainte ; il lui témoigne le peu de satisfaction qu'il a de sa version de l'Ancien Testament de l'hébreu en latin, parce que l'on s'était accoutumé dans les Églises chrétiennes à la version des Septante, qui était bien différente de la sienne ; il lui demande quel titre il faut donner à son livre des Écrivains ecclésiastiques, parce que les copies qui couraient en Afrique étaient sans titre ; enfin il prend la liberté de le reprendre de l'interprétation qu'il avait donnée au second chapitre de l'Épître de saint Paul aux Galates, où il est parlé de la correction publique que cet Apôtre fit à saint Pierre, sur ce qu'en judaïsant, il faisait croire aux Gentils qui avaient embrassé le Christianisme, qu'ils étaient eux-mêmes obligés d'observer les cérémonies de la loi.
La première de ces lettres, qui précéda les autres de beaucoup de temps, ne fut point portée à notre Saint, parce que Profuture, qui en était chargé, ne put faire le voyage d'Orient, ayant été élu évêque, et étant mort peu de temps après son élection. Mais quelques malintentionnés, qui la trouvèrent parmi ses papiers, la publièrent, et elle parcourut l'Afrique, l'Italie et les Gaules avant que saint Jérôme en eût connaissance. Ce ne fut que Sisin- nius, diacre de saint Exupère, évêque de Toulouse, qui, après douze ans, lui en donna une copie. Il y répondit, et en même temps aux deux autres, par une lettre qui est la onzième entre celles de saint Augustin, et qui commence par ces mots : *Tres simul epistolas, imo libellos breves* ; il lui montre l'utilité admirable de sa version de l'Ancien Testament, à cause des omissions de celle des *Septante* et des changements que les Juifs y avaient faits. Il lui déclare quel est le titre de son livre des *Écrivains ecclésiastiques*, que la matière dont il traite déclarait assez d'elle-même. Il s'étend fort au long sur le différend de saint Pierre et de saint Paul qu'il prétend n'avoir été que dispensatoire, et par un mutuel accord entre eux, pour le bien spirituel des Juifs et des Gentils. Cette réponse donna sujet à saint Augustin de traiter la matière plus à fond ; et nous avons dit, dans la vie de ces grands apôtres, ce qu'il en faut penser, selon le sentiment le plus commun des Docteurs. Depuis ces deux grandes lumières du Ve siècle s'écrivirent encore d'autres lettres, les unes de doctrine, les autres seulement d'amitié et de civilité, surtout saint Augustin, qui était beaucoup plus jeune que saint Jérôme, et qui le regardait comme son père et comme un Docteur déjà consommé, lui envoya quelques-uns de ses traités, afin qu'il les examinât et les corrigeât selon qu'il le jugerait à propos. Il le consulta aussi sur plusieurs difficultés importantes de la théologie, et particulièrement touchant l'origine des âmes, dont la création n'était pas encore si clairement reconnue et si communément reçue qu'elle l'est à présent. Enfin, tout ce que nous avons à regretter, dans le commerce de ces deux saints Docteurs, c'est que, étant extrêmement éloignés et n'ayant pas la commodité des messagers, ils ne purent pas conférer si facilement ensemble que les grands sujets qu'ils avaient à examiner le demandaient. Paul Orose, prêtre espagnol, fut le dernier messager que saint Augustin employa pour un si saint commerce ; et ce saint homme fut très-bien payé de son message, puisque, ayant eu le bonheur d'entretenir saint Jérôme peu de temps avant sa mort, il en tira de grandes lumières, dont l'Église a profité par les beaux écrits qu'il a depuis donnés au public.
Saint Augustin ne fut pas le seul qui le consulta et qui eut de la considération pour lui. Nous avons déjà dit que Sulpice-Sévère demeura six mois avec lui ; et il était si charmé de sa doctrine et de sa sainteté, qu'il y fût demeuré toute sa vie, si cela eût été en son pouvoir. Hébide et Algase lui envoyèrent, des extrémités des Gaules, Apodème, pour savoir son sentiment sur des questions extraordinaires. Sunie et Frettelle lui députèrent des personnes de confiance, pour apprendre de lui les différentes versions des psaumes. Pammachius, Océanus et quantité d'autres, lui écrivaient sans cesse de Rome, pour avoir la solution des difficultés qui naissaient entre les catholiques et les objections que faisaient les hérétiques. En un mot, tant de savants de tous les endroits de l'Occident avaient recours à lui comme à l'oracle de son siècle, qu'il avoue, en écrivant à saint Paulin, qu'il lui était impossible de satisfaire à tout ce monde. Ce qui est admirable en ceci, c'est que, étant obligé d'écrire à un si grand nombre de personnes différentes, au Pape, à des évêques, à des prêtres, à des religieux, à des clercs, à des seigneurs, à des vierges, à des femmes mariées et à des veuves, il proportionne tellement son style à toutes ces conditions, qu'il répond à chacun selon la portée de son esprit, et donne des avis et des instructions conformes à l'état de chaque particulier.
Vers l'an 406, il écrivit contre Vigilance, que, par ironie, il nommait Dormitance. Cet hérétique était espagnol de nation et recteur d'une église
de Catalogne. Il cacha d'abord si adroitement ses erreurs sous le masque de l'hypocrisie, que saint Paulin de Nole, qui avait été ordonné prêtre à Barcelone, écrivit en sa faveur à saint Jérôme, et le lui recommanda comme un homme de grande piété et qui était de ses amis. Mais lorsque saint Jérôme eut vu, à Jérusalem, Vigilance et observé sa conduite, il lui retira en grande partie son estime. À peine Vigilance fut-il de retour dans les Gaules, qu'il commença à y semer ses erreurs. Il enseignait qu'on ne devait rendre aucun honneur aux reliques des saints Martyrs, et appelait cendriers et idolâtres ceux qui les révéraient ; que tous les miracles que l'on disait se faire à leurs tombeaux étaient des illusions du démon ; qu'il fallait fuir les catholiques qui entraient dans les basiliques dédiées en leur honneur, comme des personnes souillées d'idolâtrie, et que c'était une folie d'allumer dans l'église des lampes et des cierges durant le jour. Il condamnait aussi toutes les veilles qui s'y faisaient par les fidèles, selon l'ancienne coutume, et défendait de faire des aumônes aux lieux saints. Il préférait ceux qui donnaient peu à peu leurs biens aux pauvres, à ceux qui les leur donnaient tout à la fois. Il renouvelait encore les erreurs de Jovinien contre le célibat et la virginité et ajoutait d'autres opinions extravagantes à ses impiétés. Saint Jérôme apprit tous ces blasphèmes par les lettres de Ripaire et de Didier, prêtres gaulois, qui lui furent apportées par le religieux Sisinnius, que saint Exupère, évêque de Toulouse, envoyait en Orient pour assister les moines d'Égypte, qu'une grande famine avait réduits à la dernière nécessité. Il se servit de la même voie pour faire tenir à ce prélat l'écrit qu'il composa en une nuit contre Vigilance, où il le traite de la façon que ses extravagances et ses impiétés méritaient. Il y déplore le malheur des Gaules, qui, n'ayant point encore porté de monstres, avaient enfin produit celui-ci (la Catalogne était alors une partie des Gaules) ; et ce petit ouvrage réfuta si puissamment les dogmes de cette nouvelle secte, qu'elle fut aussitôt éteinte et ensevelie dans l'oubli. On peut tirer de là un fort argument contre les Luthériens et les Calvinistes, qui ont renouvelé les erreurs de cet hérésiarque, et leur montrer que l'Église des premiers siècles avait des sentiments bien opposés aux leurs, puisqu'elle regardait comme des blasphèmes les propositions de Vigilance, qu'ils n'ont point fait difficulté de ressusciter et d'enseigner au peuple, avec d'autres qui ne sont pas moins contraires à la foi des anciens Pères.
En écrivant sur le prophète Daniel, il avait prédit la ruine de l'empire romain, et ses ennemis avaient pris sujet de cette prédiction pour le mépriser et décrier ses ouvrages. Mais l'événement fit voir qu'elle était véritable, et que le Saint-Esprit en était l'auteur : car, l'an 410, Alaric, roi des Goths, assiégea Rome et la prit, et, par le pillage qu'il en accorda aux soldats, il réduisit une infinité de familles de cette grande ville à une extrême misère. Quand le récit de ces catastrophes arriva à Jérôme, percé jusqu'au fond de l'âme, il laissa exhaler sa douleur en cris éloquents ; on eut dit le vieux Jérémie faisant de nouveau entendre ses lamentations sur ces ruines nouvelles : « La voilà donc éteinte la lumière du monde, la voilà coupée la tête de l'empire romain ; dans la chute d'une seule ville, l'univers tout entier s'écroule !... » Et, pour se représenter ce grand désastre, il empruntait des images tantôt aux Prophètes : « Moab a été prise la nuit ; c'est la nuit que son rempart est tombé ! » et tantôt aux souvenirs profanes du sac de Troie : « Qui racontera les malheurs de cette nuit cruelle ? Qui égalera les lamentations aux calamités ? Elle est renversée l'antique cité dominatrice des peuples... » Et ailleurs ; car il est obsédé de cette image : « Est-ce croyable ?
cette Rome, enrichie des dépouilles du monde, cette fière souveraine des nations, elle est tombée, elle est devenue le sépulcre de son peuple, et la voilà maintenant qui couvre de ses fils fugitifs ou esclaves tous les rivages de l'Orient, de l'Égypte et de l'Afrique! »
Et, en effet, bientôt Jérôme vit arriver à Bethléem des troupes d'exilés ; c'était un spectacle lamentable. Des patriciens, des consulaires, de nobles matrones, des veuves, des vierges, des hommes qui auparavant ne connaissaient même pas leur immense fortune, fuyant aux extrémités du monde le fer des barbares et la ruine de leur patrie, venaient, dans le dernier degré du dénuement, demander un asile aux monastères de Paule. Beaucoup d'entre eux peut-être avaient jadis blâmé son départ pour l'Orient. Ils ne savaient pas qu'elle allait leur préparer à eux-mêmes sous ce ciel lointain un asile pour le jour des grands malheurs. Ainsi quelquefois la Providence se plaît à justifier ses Saints. Jérôme laissa tout pour recueillir ces débris du naufrage de Rome et du monde ; il recevait les prêtres dans son monastère ; Eustochie, les vierges et les veuves dans le sien. L'hospice était encombré. Jérôme se multipliait pour subvenir à tant de misères. Mais comment les soulager toutes ? « Bethléem », écrivait-il, « voit tous les jours mendier à ses portes les plus illustres personnages de Rome. Hélas ! nous ne pouvons leur donner à tous des secours ; nous leur donnons au moins nos larmes, nous pleurons ensemble ».
L'an 415, il publia ses Dialogues contre Pélage, dont il avait déjà combattu la doctrine ; mais cet hérésiarque avait été absous dans le Concile de Diospolis, à la suite de l'abjuration simulée qu'il avait faite des erreurs dont il était accusé, trompant par ses subtilités et ses réponses équivoques les évêques assemblés, Jérôme le combattit de nouveau dans trois dialogues entre Critobule et Attique. Il n'y voulut pas nommer cet imposteur, par respect pour le Synode qui l'avait jugé orthodoxe ; mais sous le nom de Critobule, il lui fait déclarer le venin de son hérésie qu'il avait cachée sous de belles apparences aux Pères du Concile. Pélage en fut extrêmement irrité et publia partout que l'envie et la jalousie les avaient fait composer à ce grand Docteur ; il poussa même son ressentiment si loin, qu'il résolut de s'en venger contre lui. En effet, beaucoup de saintes femmes, qui vivaient sous la conduite de ce Saint, reçurent une mort cruelle par une troupe de brigands qui étaient du parti de l'hérésiarque ; un diacre fut enveloppé dans le massacre, et Jérôme n'évitait leur rage que par miracle, tandis que l'on brûlait les monastères qu'il gouvernait. Enfin, Pélage, étant animé de l'esprit de l'hérésie qui est toujours impitoyable, n'oublia rien pour contenter sa vengeance. Baronius, sur l'année 416, dit que Jean de Jérusalem, qui aimait autant Pélage qu'il haïssait saint Jérôme, fut soupçonné d'avoir donné occasion à ces cruautés ; car, dès le Synode de Diospolis, il avait montré ouvertement qu'il favorisait l'hérétique contre ses accusateurs ; aussi, le pape Innocent, à qui Eustochie et la jeune Paule, fille de Léta et petite-fille de la grande sainte Paule, firent leurs plaintes et envoyèrent la relation de ce qui s'était passé, écrivit à cet évêque d'une façon qui témoignait bien qu'il le soupçonnait d'y avoir connivé : « Votre piété », lui dit-il, « n'est-elle point touchée des excès de cruauté que le démon a exercés contre vous et contre les vôtres ? Contre vous, dis-je, car n'est-ce pas votre condamnation et la honte de votre dignité sacerdotale, qu'une si grande méchanceté se soit commise dans votre diocèse ? Où a paru votre prévoyance pour l'empêcher ? où sont vos consolations et vos assistances quand le mal a paru ? et ce qui est lamentable, c'est que les personnes qui m'ont averti de ce
excès, disent qu'elles craignent encore plus de maux qu'elles n'en ont enduré ».
Ce saint Pape écrivait, au contraire, à saint Jérôme pour le louer de sa constance et de sa foi et le consoler de cette persécution, lui offrant, d'ailleurs, d'employer toute son autorité apostolique pour réprimer l'insolence de ses ennemis. Mais comme son extrême modestie à se plaindre des outrages qu'on lui avait faits, l'avait empêché de les lui nommer, il lui dit qu'il ne pouvait faire autre chose pour les arrêter et les prévenir, que d'écrire à l'évêque de Jérusalem, afin qu'il veillât avec plus de circonspection sur ce qui se passerait à l'avenir en son endroit.
Cependant ni ce grand concours de personnes qui le consultaient de toutes les parties de la terre, ni sa diligence admirable à combattre les hérétiques, dès qu'il les découvrait, ou à faire des apologies contre ses adversaires, ni son assiduité sans relâche à gouverner des monastères, ni son application continue à diriger, par lettre ou de vive voix, les âmes qui avaient confiance en lui, ni sa charité laborieuse à rendre l'hospitalité aux pèlerins qui visitaient les saints lieux, ni enfin les persécutions de ses ennemis ; tout cela, disons-nous, ne l'empêchait point de s'occuper, jour et nuit, à méditer la loi de son Seigneur, à lire, à expliquer et à traduire les livres sacrés de l'Écriture sainte. Nous avons déjà parlé de ses traductions ; mais, comme c'est le caractère singulier de ce grand Docteur d'avoir employé sa plume pour donner à l'Église des versions fidèles de la Bible, nous rapporterons ici, avant de finir notre histoire, tout ce qu'il a fait pour cela, afin que les chrétiens puissent connaître combien ils sont redevables à ses travaux.
Il se trouvait de son temps une infinité de versions latines de l'Ancien Testament, tirées de la version grecque des Septante, et presque autant du Nouveau ; on peut dire même qu'il n'y en avait pas moins que de volumes, parce qu'ils étaient tous différents les uns des autres ; il fallait pour ainsi dire réduire toutes ces versions à l'unité, afin de purifier la source des vérités divines qui doivent se répandre dans les âmes des fidèles. Saint Jérôme fut choisi de Dieu entre les autres Docteurs par une conduite merveilleuse de sa Providence, pour travailler à ce grand ouvrage si désiré de l'Église et si important au Christianisme. Pour cet effet, il le fit naître avec une inclination ardente à apprendre les langues orientales, savoir : la grecque, la syriaque et l'hébraïque. Ensuite il lui inspira le désir de voyager en divers pays, afin que, se faisant le disciple des plus grands hommes de son siècle, qui étaient versés dans l'étude des Écritures, il apprit d'eux les secrets nécessaires pour exécuter ce dessein. Il lui donna aussi un courage infatigable à copier les livres propres à cette entreprise. Et enfin, pour le mettre en état d'y réussir heureusement, il l'appela à une vie retirée et pénitente, imprima dans son âme les sentiments d'une très-profonde humilité, et lui donna un généreux mépris pour les richesses, dont le soin n'aurait fait que le distraire ; une espèce d'horreur, dès son enfance, pour toutes les grandeurs de la terre, dont l'éclat n'aurait servi qu'à obscurcir les lumières divines et celles de son bel esprit ; une forte aversion pour les grands emplois qui lui auraient dérobé les plus précieux moments de son temps, et enfin une continuelle défiance de lui-même, qui l'obligeait de demander l'éclaircissement, non-seulement des choses dans il doutait, mais aussi de celles qu'il croyait savoir parfaitement.
C'est ainsi que Jérôme, consommé dans les sciences humaines et dans l'intelligence de la langue sainte, fortifié de l'esprit de Dieu et animé du
zèle de sa gloire et du bien de son Église, entreprit ce que personne avant lui n'avait osé tenter, et ce que, depuis lui, qui que ce soit n'a osé entreprendre, car il fit deux traductions de l'Ancien Testament, l'une du grec en latin, suivant la version des Septante, et l'autre de l'hébreu aussi en latin. Pour les psaumes, non-seulement il les traduisit aussi bien que les autres livres, mais encore il corrigea deux fois l'ancienne édition latine, qui était en usage de son temps et qui avait été tirée de la version grecque commune et vulgaire. Il revit et corrigea, avec une exactitude incroyable, par l'ordre du pape Damase, le Nouveau Testament qui, par la négligence des écrivains, était alors rempli de fautes et d'erreurs, et cette traduction de l'Écriture sainte fut trouvée si pure et si accomplie que, non-seulement elle fut reçue des Docteurs particuliers, mais aussi de l'Église universelle qui l'a déclarée authentique ; de sorte qu'elle sert encore aujourd'hui à confirmer les points de la foi. Les prédicateurs et les théologiens la citent dans les chaires et dans les écoles, et les Pères des Conciles généraux l'emploient pour définir les controverses dans les matières de la religion.
Ce qui était admirable en ce grand homme, c'était la facilité et la promptitude avec lesquelles il produisait ses ouvrages. On aurait peine à le croire si lui-même ne l'avait écrit ; car en trois jours il traduisit les livres de Salomon, et en un seul il mit en latin le livre de Tobie, qui était auparavant en langue chaldéenne. En quinze jours il dicta des commentaires sur saint Matthieu, à l'instance d'Eusèbe de Crémone, son disciple, qui, étant pressé de retourner en Italie, voulut emporter avec lui ce précieux travail de son maître. Nous avons dit qu'il ne mit qu'une nuit à composer le docte traité qu'il publia contre les erreurs de Vigilance, parce que Sisinnius, qui devait en être le porteur à saint Exupère de Toulouse, étant pressé de partir, ne lui donna pas plus de temps. Ce qui marque encore la vivacité de son esprit, c'est qu'il avait quelquefois six écrivains auxquels il dictait sur-le-champ diverses matières avec autant de netteté que s'il n'eût été occupé que d'un seul sujet. Mais ce qui est encore plus étonnant, dans ses études, c'est que, dès sa jeunesse, il commença à être attaqué de grandes maladies, qui le firent vieillir avant le temps et le mirent dans un tel état, qu'il demeura quatorze ans sans pouvoir se servir de sa main pour écrire, ni de ses yeux pour lire la nuit les livres hébreux, et qu'il ne les lisait même de jour qu'avec beaucoup de peine. Pour les livres grecs, il se les faisait lire par d'autres, parce que la faiblesse de sa vue ne lui permettait plus de les lire lui-même. Toutefois, nonobstant ses sérieuses occupations et son grand âge, il ne dédaignait pas de s'abaisser jusqu'à enseigner les petits enfants, afin de former Jésus-Christ dans leurs cœurs et d'y jeter les premières semences de la vertu, ainsi que nous pouvons l'inférer de son épître VII, à une femme romaine, appelée Léta, laquelle avait épousé Toxoce, l'un des fils de la grande sainte Paule : il la prie de lui envoyer sa petite fille, afin qu'il puisse lui apprendre à servir Dieu et à imiter la piété de sa grand-mère, dont elle portait le nom.
Telle fut la vie de ce très-grand Docteur, jusqu'à ce que, consumé par le nombre de ses années et épuisé de pénitence et de travail, il fut saisi d'une fièvre qui l'obligea de se mettre au lit. Comme il s'était toujours conservé dans une grande vigueur d'esprit, il l'employa alors tout entière à se préparer à la mort par une humble contrition de cœur et par des transports amoureux vers Jésus-Christ. Enfin, en présence des moines et des vierges auxquels il recommanda la pratique de l'humilité, de la patience, de la charité et des autres vertus chrétiennes et religieuses dont il les avait
si souvent entretenus, il envoya paisiblement son âme au ciel pour y recevoir la récompense qu'il avait méritée par ses immenses travaux. Ce fut le 30 septembre de l'année 420, qui était, selon Baronius, la quatre-vingt-unième de son âge, quoique d'autres le fassent beaucoup plus vieux, mais avec peu de vraisemblance. Son corps fut enterré dans la grotte de Bethléem qu'il avait si souvent arrosée de ses larmes ; mais, depuis, il a été transporté à Rome dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, et mis auprès de la chapelle où se conserve la sainte Crèche, dans laquelle le Sauveur du monde fut couché à sa naissance.
On représente saint Jérôme : 1° près de mourir, soutenu dans les bras de quelques disciples, s'affaissant sous un corps épuisé par la pénitence et par les années ; mais le regard est plein de flamme encore, et l'âme, par un suprême effort, soulève ce corps défaillant, comme pour s'élancer vers Dieu ; 2° faisant voile pour la Palestine ; 3° disputant contre les Pélagiens ; 4° expliquant l'Écriture à sainte Paule et à sa fille ; 5° étudiant les livres hébraïques ; 6° dans le désert ; 7° tenté dans son désert et soutenu par un ange ; 8° méditant les saintes Écritures ; 9° bénissant un lion dans le désert ; 10° mourant : le Saint tient un livre, et les anges reçoivent son âme.
Key Events
- Études de grammaire et rhétorique à Rome sous Donat et Victorin
- Voyage dans les Gaules et résolution de servir Dieu à Trèves
- Retraite de quatre à six ans dans le désert de Chalcis en Syrie
- Ordination sacerdotale à Antioche par l'évêque Paulin
- Séjour à Rome comme secrétaire et conseiller du pape Damase
- Traduction de la Bible (Vulgate) et révision du Nouveau Testament
- Installation définitive à Bethléem et fondation de monastères
- Lutte contre les hérésies d'Helvidius, Jovinien, Vigilance et Pélage
Miracles
- Apparition et flagellation mystique devant le tribunal du Christ
- Apprivoisement d'un lion dans le désert
- Guérisons et visions mentionnées dans ses écrits
Quotes
Vous mentez, vous êtes un cicéronien, et non un chrétien, parce que votre cœur est où vous avez votre trésor.
La voilà donc éteinte la lumière du monde, la voilà coupée la tête de l'empire romain.