Saint Mommolin de Constance

Abbé de Saint-Bertin, Évêque de Noyon et de Tournai

Feast : October 16th 7th century • saint

Summary

Moine de Luxeuil et chancelier de Clotaire II, Mommolin devint le premier abbé de Sithiu avant de succéder à saint Éloi sur le siège de Noyon. Il se distingua par son humilité, son zèle missionnaire en Flandre et sa charité envers les pauvres. Il mourut en 685 après un épiscopat marqué par de nombreux miracles.

Biography

SAINT MOMMOLIN, ABBÉ DE SAINT-BERTIN, PUIS ÉVÊQUE DE NOYON ET DE TOURNAI

685. — Pape : Jean V. — Roi de France : Thierry III.

Le cloître est une maison de sagesse dont le fondement est la pauvreté, dont les murailles sont l'obéissance et la continence, dont le faîte est l'humilité, et le fruit est l'amour fraternel.

Hugo Card., sup. Paulin. XLVII.

Mommolin naquit vers la fin du VIe siècle à Constance, ville située près du lac du même nom. Craignant, dès son enfance, les dangers des biens et des distinctions du monde, il ne chercha que les richesses et les honneurs du ciel. À peine avait-il achevé le cours de ses études, qu'il résolut de quitter sa famille pour aller travailler à son salut dans la retraite. Ayant communiqué son dessein à deux de ses condisciples, nommés Bertin et Ebertram, ceux-ci, animés des mêmes sentiments, le suivirent au monastère de Luxeuil (Haute-Saône), où Omer, parent de Bertin, s'était déjà retiré.

Cette communauté, gouvernée alors par saint Eustaire (ou Eustase), successeur de saint Colomban, comptait jusqu'à six cents religieux. Elle était encore dans toute sa ferveur première. Chacun de ses membres, animé de l'esprit de son pieux fondateur, pratiquait avec une sainte émulation les conseils de l'Évangile. Admis au nombre des frères, les trois jeunes hommes répondirent fidèlement aux grâces du ciel. En peu de temps ils acquirent les vertus qui rendent l'âme agréable à Dieu, et les connaissances nécessaires à ceux qui travaillent au salut du prochain : aussi furent-ils bientôt jugés dignes d'être élevés au sacerdoce.

Bien qu'ils n'eussent d'autre désir que de servir Dieu dans le silence et l'obscurité du cloître, Mommolin et ses compagnons, trahis par leur réputation de piété et l'éclat de leurs talents, furent appelés à la cour de Clotaire II. Au moment où ils s'éloignèrent de Luxeuil, il y avait environ deux ans que saint Walbert avait succédé à saint Eustaire, entré déjà dans les tabernacles éternels (2 mai 665).

La première fois que Mommolin parut devant Clotaire, il donna un mémorable exemple d'humilité chrétienne. Ce prince lui ayant demandé

le nom de ses ancêtres, le Saint, dont la naissance était fort illustre, garda le silence, craignant que cet aveu ne lui suggérât des sentiments d'orgueil. Cette modestie ne fit que donner un nouveau lustre à son mérite, et Clotaire le nomma bientôt chef de l'école Palatine et chancelier du royaume. Dans ces deux charges, qui étaient les deux plus importantes de la cour, Mommolin usa de son crédit pour la gloire de la religion et de l'Église, et pour le bonheur de l'État. Il exerça une salutaire influence sur l'esprit des grands. Ses conseils, et surtout l'exemple de ses vertus, éveillèrent dans le cœur de plusieurs nobles seigneurs des sentiments de contrition et de pénitence.

Cependant, Dieu destinait Mommolin à des fonctions non moins dignes de sa charité et de son zèle. Omer, son ancien condisciple à Luxeuil, devenu évêque de Thérouanne (Pas-de-Calais), avait besoin, pour relever de ses ruines cette église depuis longtemps vacante, de vertueux et actifs coopérateurs. Saint Fuscien et saint Victoric, et plus tard, saint Victrice, évêque de Rouen, avaient défriché cette partie du champ du Père de famille ; mais les ronces et les épines y avaient reparu. L'absence de pasteurs y avait ramené, avec la barbarie des mœurs, les coupables pratiques de l'idolâtrie. Ayant fait appel au dévouement sacerdotal de Mommolin, de Bertin et d'Ebertram, Omer obtint sans peine qu'ils quittassent la cour, et vinssent le seconder dans son œuvre de réparation.

Les nouveaux apôtres travaillèrent à la conversion de ces peuples, avec une foi, un zèle et une ardeur incomparables. Ils ne se bornaient pas à leur annoncer le royaume des cieux, ils cherchaient à leur en mériter l'entrée par leurs prières et l'austérité de leurs pénitences. « Dès l'aube du jour jusqu'à son déclin », dit l'auteur de la Vie de notre Saint, « ils prêchaient l'Évangile, donnaient des soins charitables aux malades. La nuit, ils prenaient quelques courts instants de repos, sur la cendre et le cilice ». Aussi, leur ministère fut-il béni : leurs travaux unis à ceux d'Omer firent bientôt rentrer ce peuple sous le joug de la foi.

Dès l'arrivée de nos missionnaires dans son diocèse, Omer les avait établis sur une colline, appelée encore aujourd'hui Motte de Saint-Mommolin. Après huit années passées dans ce premier séjour, le grand nombre de religieux que leurs vertus y avaient attirés, les engagea à fonder ailleurs un établissement plus considérable. Ils se retirèrent donc dans un domaine que l'évêque de Thérouanne avait reçu des mains d'un riche et puissant seigneur païen, récemment converti au christianisme avec toute sa famille. Ce domaine, situé sur les bords de l'Aa, et nommé Sithiû, était une sorte d'île, au milieu d'un vaste marécage, et où l'on ne pouvait guère aborder qu'en nacelle. On raconte que, pour le choix de cet emplacement, Mommolin et ses compagnons avaient résolu de s'en rapporter à la volonté de Dieu. Dans cette vue, les trois moines montèrent dans une petite barque, et la laissèrent aller au gré des eaux, pendant qu'ils récitaient ou chantaient des psaumes. La barque prit terre, dit-on, au moment où Bertin prononçait ces paroles du Roi-Prophète : Hæc requies mea in sæculum sæculi : hic habitabo quoniam elegi eam. Ils étaient arrivés dans l'île de Sithiû.

Là s'éleva un nouveau monastère qui reçut d'abord le nom du Prince des Apôtres, et fut placé par Omer sous la direction de Mommolin. Le Saint y devint pour les religieux un modèle accompli des plus austères vertus. Jaloux de leur inspirer l'amour de la pauvreté, il réserva au soulagement des malheureux les biens que le riche fondateur de Sithiû avait mis à sa disposition. Pour lui, après de longs jeûnes, il prenait pour toute nourriture de l'eau et du pain d'orge détrempé dans les larmes de la pénitence. Il ne se bornait pas à rassasier la faim des indigents, il se montrait leur consolateur, leur ami, et, s'ils étaient malades, leur médecin. Lorsqu'un infirme se présentait devant lui, il se mettait à genoux, et priait le Seigneur de lui accorder en même temps la guérison de l'âme et celle du corps ; puis il le soignait de ses mains et lui rendait souvent la santé. À la vie du religieux, Mommolin continua de joindre la vie apostolique, quittant souvent son monastère pour aller évangéliser les peuples.

Le Seigneur lui donna bientôt l'occasion de faire servir d'une manière plus efficace encore au salut des âmes, son zèle, ses vertus et son expérience. L'Église de Noyon venait de perdre saint Eloi, l'un de ses plus glorieux évêques (663). Le Pontife mourant avait sollicité de Dieu un saint pasteur pour son Église : il mérita d'être exaucé. Par une bienveillante disposition de la Providence, Mommolin fut appelé, d'une voix unanime, à recueillir l'héritage de cet admirable évêque.

Vainement l'humilité du saint abbé de Sithifi opposa-t-elle des obstacles aux désirs du clergé et du peuple : il dut se résigner à courber les épaules sous le fardeau que Dieu lui imposait. L'Église de Noyon retrouva, dans le nouvel évêque, la charité et le zèle de saint Eloi. « On le voyait », dit un auteur, « sans cesse occupé à semer dans les cœurs la divine parole de Jésus-Christ, à racheter les captifs, et à secourir les veuves et les orphelins. Sa sollicitude pour les souffrances de l'âme et du corps fut constante et inaltérable ». Ces paroles rappellent et résument toute la vie de saint Eloi. C'est que Mommolin avait toujours les yeux fixés sur ce modèle accompli, dont il cherchait à reproduire en lui tous les traits. Voulant faire partager au peuple sa vénération pour son illustre prédécesseur, Mommolin leva de terre ses restes précieux que la corruption n'avait pas encore atteints, et les transféra solennellement dans la cathédrale de Noyon.

Mommolin veilla avec une égale sollicitude sur toutes les parties de son vaste diocèse. Il mit à la tête des monastères des hommes d'une vertu éprouvée, et d'un caractère assez énergique pour y maintenir la discipline. Il appela auprès de lui Ebertram, son ancien condisciple et coopérateur, et lui confia le monastère de Saint-Quentin en Vermandois. Plusieurs fois il se rendit à Tournai, où, de concert avec saint Amand, l'apôtre du nord de la France, il réussit à extirper les dernières racines de l'idolâtrie. Le Saint était doux et humble de cœur ; cependant, dit un auteur de sa Vie, « l'imposante majesté de sa figure jetait l'effroi dans l'âme des pécheurs impénitents, des hérétiques et des infidèles ». Jamais il n'usa de flatterie envers les grands. Lorsque les courtisans venaient le visiter à Noyon, il les exhortait vivement à se préserver de la corruption du siècle. Souvent il leur disait, avec saint Jean l'Évangéliste : « N'aimez ni le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Le monde passe, sa convoitise passe aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement ».

La mort de Mommolin fut aussi sainte que sa vie avait été édifiante. À ses derniers moments, il adressa ces touchantes paroles aux fidèles chrétiens qui environnaient sa couche : « Je sais, mes bien-aimés enfants, que ma mort est proche. Puisse-je trouver le divin Maître aussi propice que mon désir de le voir est ardent ! Après mon dernier soupir, que mon corps reçoive une modeste sépulture en dehors de la ville, en attendant le jour de la résurrection glorieuse. Pour vous, si vous m'aimez, pensez souvent à la sévère justice du souverain Juge. Craignez qu'il ne vous surprenne dans le péché ».

Ayant proféré ces paroles, le Bienheureux reçut avec une tendre dévotion le corps et le sang de Jésus-Christ, qui fut quelques instants après sa récompense éternelle.

Ainsi mourut, après vingt-six ans d'épiscopat (685), le digne successeur de saint Eloi, le vertueux Pontife qui, de son vivant, reçut le beau titre d'homme apostolique. Malgré sa défense, on fit ses obsèques avec une grande solennité. Ses restes vénérés furent inhumés dans l'église Saint-Georges, qui porta ensuite le nom des saints Apôtres, et enfin celui de Sainte-Godeberthe. Plus tard, ils furent transférés dans la cathédrale de Noyon, où ils sont encore vénérés de nos jours. Pendant la Révolution, ces précieuses reliques furent sauvées par le zèle d'un pieux fidèle nommé Eustache, qui les enfouit dans le préau du cloître de la cathédrale. Le culte du Bienheureux remonte au moins au Xe siècle. Sa fête était autrefois de précepte dans tout le diocèse de Noyon.

On le représente portant à la main un livre ouvert. — « Ce pourrait bien », dit à ce propos le P. Cahier, « n'être qu'un attribut général de l'épiscopat, mais je soupçonne une autre cause. Ce Saint est invoqué en Flandre pour les enfants bègues ou qui tardent à parler, et la raison en est peut-être originairement dans l'espèce d'onomatopée que renferme son nom comme expression du bégaiement. Cela étant, ce livre ouvert serait une sorte d'épreuve présentée aux petits clients pour juger de leur prononciation.

Vie des Saints du diocèse de Beauvois, par M. l'abbé Sabatier.

Key Events

  • Naissance à Constance à la fin du VIe siècle
  • Entrée au monastère de Luxeuil avec Bertin et Ebertram
  • Chancelier du royaume sous Clotaire II
  • Missionnaire dans le diocèse de Thérouanne avec saint Omer
  • Fondation du monastère de Sithiu (Saint-Bertin)
  • Élection au siège épiscopal de Noyon après saint Éloi (663)
  • Mort après vingt-six ans d'épiscopat en 685

Miracles

  • La barque guidée par les eaux vers l'île de Sithiu
  • Guérisons d'infirmes par la prière et les soins manuels

Quotes

N'aimez ni le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Le monde passe, sa convoitise passe aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.

— Saint Mommolin (citant Saint Jean)