Saint Gratien
Martyr en Picardie
Summary
Berger en Picardie au IVe siècle, Gratien fut martyrisé en 303 sous la persécution de Rictiovare pour avoir refusé de renoncer à sa foi. Un miracle célèbre rapporte que son bâton de noisetier planta en terre produisit feuilles et fruits en une journée. Ses reliques, longtemps conservées à Coulombs, furent partiellement rendues à Amiens au XVIIIe siècle.
Biography
SAINT GRATIEN, MARTYR EN PICARDIE (303).
Saint Gratien, dont les actes ne nous sont pas parvenus, exerça, d'après la tradition populaire, les fonctions de berger dans le village qu'il habitait et qui, plus tard, porta son nom : il est situé dans le canton de Villers-Bocage, et faisait autrefois partie du doyenné de Mailly. Quand il se rendait aux offices du dimanche, il plantait sa houlette près de son troupeau, confié à l'unique garde de ses chiens, et jamais ses moutons ne causèrent le moindre dégât pendant son absence.
À cette époque, Rictiovare, digne émule des fureurs de Maximien-Hercule contre le christianisme, ensanglantait de ses persécutions les diocèses de Reims, de Soissons et de Noyon. Ses émissaires parcouraient les villes et les campagnes, en publiant des édits qui ordonnaient d'arrêter les chrétiens et de les livrer aux tribunaux romains. Saint Gratien ne put échapper longtemps aux recherches des persécuteurs ; cité devant le tribunal de Rictiovare, il refusa de renoncer à la foi et fut condamné à être passé au fil de l'épée. Son martyre eut lieu au village qu'il habitait, le 23 octobre 303.
Une circonstance miraculeuse qui se manifesta le jour de sa mort, et qui devait se renouveler longtemps à chaque anniversaire de sa fête, a rendu célèbre le nom de saint Gratien. Une antique tradition nous apprend qu'au moment où il allait être frappé par le bourreau, le Saint planta en terre son bâton de noisetier qu'il tenait toujours à la main, et qu'en l'espace de vingt-quatre heures il produisit des feuilles et des fruits. D'après la tradition locale, ce seraient les chrétiens du pays qui auraient planté sur le tombeau du berger martyr son bâton et sa houlette. Elle ajouta que les prairies de la commune, bénies par la protection du patron, guérissent les bestiaux malades qui viennent y paître.
Depuis longtemps le noisetier de Saint-Gratien n'existe plus ; mais ses rejetons ont produit de nombreux arbustes, dont les fruits, connus sous le nom de *noisettes de saint Gratien*, sont plus gros, plus allongés que les autres, « rouges par le dedans (c'est la pelure de la noisette qui est rouge) et comme empourprés du sang de saint Gratien », dit le Père Ignace.
Le Saint est représenté en habit de berger. On voit sa statue à Saint-Gratien (Somme) et dans l'église d'Etalleville (arrondissement d'Yvetot). Dans cette dernière localité, il est représenté en costume de berger, avec une besace, tenant de la main droite un livre et, de la main gauche, une boulette à laquelle pend une gourde. Il a un agneau à ses pieds. — Les modernes vitraux de la nouvelle église Saint-Gratien offrent dans quatre médaillons : 1° le saint patron déguisé en berger pour annoncer l'Évangile ; 2° son martyre ; 3° le miracle du noisetier, et 4° la translation de ses reliques.
Saint Gratien fut enseveli à l'endroit même où il subit le martyre, et bientôt un oratoire s'éleva sur sa sépulture. Son corps fut transporté à Notre-Dame de Coulombs (diocèse de Chartres), à la fin du XIe siècle, d'après le Propre actuel du diocèse. En 1682, on le transféra dans une châsse neuve, en argent, l'ancienne ayant été détruite par les Calvinistes en 1567. En 1769, l'église de Saint-Gratien obtint des Bénédictins de l'abbaye de Coulombs, par l'entremise de Mgr de la Motte, évêque d'Amiens, une partie du crâne de saint Gratien, qui fut apportée à Amiens, la veille de Noël, par le prieur de Corbie. Le 9 janvier 1770, l'évêque d'Amiens authentiqua cette relique, et, le 25 septembre suivant, la porte à Saint-Gratien, dans un buste doré, en accordant des indulgences à ceux qui iraient vénérer dans cette église le chef du saint patron. Tous les ans, le dimanche dans l'octave de l'Ascension, on fait une procession en souvenir de cette translation.
La châsse de Coulombs fut envoyée à la Monnaie de Paris en 1793. Un employé de cet établissement sauva les reliques et les remit à l'archevêché. Elles y restèrent jusqu'au 25 juillet 1830 ; ce jour-là, elles disparurent dans le sac du palais, et furent probablement jetées à la Seine.
Le culte de saint Gratien donna naissance à deux pèlerinages, l'un au pays qui fut témoin de son martyre, l'autre au monastère qui hérita de ses reliques. Son nom est inscrit dans le martyrologe du VIe siècle, de Corbie, attribué à saint Jérôme, ainsi que dans plusieurs autres anciens martyrologes d'Amiens, de Corbie et de Saint-Riquier.
Extrait de l'Hagiographie du diocèse d'Amiens, par M. l'abbé Corblet.