Saint Lugle et Saint Luglien
Martyrs au diocèse d'Arras
Summary
Frères irlandais du VIIe ou VIIIe siècle, Lugle, archevêque, et Luglien, ancien gouverneur, renoncèrent à leurs biens pour évangéliser les Gaules après un pèlerinage en Terre Sainte. Ils furent assassinés par des brigands dans la vallée de Seyrendal après avoir accompli des miracles à Boulogne et Thérouanne. Leurs reliques sont honorées à Lillers.
Biography
SAINT LUGLE ET SAINT LUGLIEN,
MARTYRS AU DIOCÈSE D'ARRAS (VIIe ou VIIIe siècle).
Saint Lugle et saint Luglien étaient originaires d'Irlande et appartenaient à une famille illustre. Leur père s'appelait Dodon, et leur mère Relanie. Élevés dans la pratique des devoirs de la religion, nos deux Saints s'appliquèrent aussi de bonne heure à l'étude des lettres dans lesquelles ils firent de rapides progrès ; mais rien n'égalait l'ardeur qu'ils témoignaient pour acquérir la vertu. Lugle se retira du monde pour embrasser l'état ecclésiastique, et Luglien, son plus jeune frère, remplaça son père dans le gouvernement d'une partie de l'Irlande, charge dont il s'acquitta, pendant quatre ans, avec beaucoup de sagesse ; mais Dieu lui inspira aussi des pensées de renoncement, et il abdiqua généreusement ses titres et renonça à ses richesses pour se dévouer au service de Jésus-Christ. Retiré dans une retraite ignorée, Luglien y pratiqua toutes les œuvres d'un fervent anachorète. Le jeûne et la mortification faisaient ses plus chères délices ; il goûtait d'inéfables consolations dans la prière et la prolongeait bien souvent dans la nuit.
Brûlant du désir de visiter les lieux sanctifiés par la présence de Notre-Seigneur, les deux frères entreprirent ensemble ce pèlerinage, et après avoir séjourné quelque temps en Palestine, ils revinrent dans leur patrie, plus enflammés du divin amour. À leur retour, les deux frères reprirent avec plus de ferveur que jamais leur vie sainte et mortifiée. L'archevêque d'Irlande était mort, les suffrages du peuple et du clergé se réunirent sur saint Lugle pour lui succéder. Son humilité fut profondément alarmée de ce choix si inattendu ; malgré ses protestations d'incapacité, d'indignité, il fut contraint d'accepter le fardeau qu'il plaisait à Dieu de lui imposer.
Saint Lugle fut pour son troupeau un bon pasteur, animé de l'esprit de Jésus-Christ, et comme lui dévoué au salut des âmes. Il ne négligeait rien de tout ce qui pouvait contribuer à la sanctification de son peuple : instructions, exhortations, encouragements, reproches et corrections. Il prenait soin de placer en tous lieux des prêtres animés de l'Esprit de Dieu, et sur lesquels il exerçait une douce vigilance. Cette vigilance était encore plus grande sur lui-même, et elle faisait que sa conduite était pour tous la prédication la plus éloquente et la plus persuasive.
Pendant que saint Lugle se dévouait tout entier aux œuvres de son ministère, il se sentit tout à coup pénétré du désir de fuir les honneurs qu'on lui rendait dans sa patrie, pour aller en d'autres lieux travailler au salut des âmes. Ayant communiqué cette inspiration du ciel à son frère saint Luglien qui vivait dans sa solitude, entièrement abandonné aux volontés du ciel, travaillait avec ardeur à sa propre sanctification et priait sans cesse pour la sanctification des autres, ils vendirent de concert tous les biens qu'ils possédaient encore de l'héritage de leurs parents, et en ayant distribué le prix aux pauvres, ils quittèrent, pour ne plus la revoir, l'Irlande, si longtemps édifiée par leurs vertus. Ils traversèrent la Grande-Bretagne, prêchant partout la parole de Dieu et ramenant au bien beaucoup d'âmes égarées, et s'embarquèrent secrètement pour venir dans les Gaules. À peine étaient-ils en mer, qu'une affreuse tempête éclata tout à coup et menaça d'engloutir le vaisseau ; mais les deux Saints s'étant mis en prière, la tempête s'apaisa aussitôt, et le navire
aborda en peu de temps au port de Boulogne que les deux missionnaires quittèrent promptement pour fuir les témoignages de vénération que tous à l'envi leur prodiguaient.
Étant entrés dans la ville, ils y prêchèrent aussitôt la parole de Dieu à une foule de païens réunis autour d'eux; la plupart demandèrent à recevoir le baptême. Un aveugle ayant recouvré la vue en se lavant avec de l'eau bénite par saint Lugle, ce miracle amena un grand nombre d'idolâtres à se convertir au vrai Dieu. Après cette guérison, nos deux Saints se dirigèrent vers la ville de Thérouanne. Dès qu'ils furent arrivés, leur premier soin fut d'aller adorer Dieu dans son temple, et vénérer l'auguste Marie, sous le patronage de laquelle était placée cette église. Un incendie s'étant déclaré dans la maison contiguë à celle où ils logeaient, saint Lugle se dirigea vers le lieu où l'incendie étendait le plus ses ravages, et après une fervente prière, il fit sur le feu le signe de la croix, et au même instant les flammes s'éteignirent sous les yeux des spectateurs étonnés.
Pour éviter les honneurs que ne pouvait manquer de leur attirer un prodige si frappant, saint Lugle et saint Luglien sortirent précipitamment de la ville et continuèrent leur voyage. Comme ils traversaient, en chantant les louanges de Dieu, la vallée de Seyrendal, ils furent enveloppés par une bande de scélérats et mis à mort de la manière la plus cruelle. Ce crime ne tarda pas à être connu: les corps des deux frères furent enterrés avec soin par les fidèles.
Une petite chapelle fut construite à l'endroit où ils furent mis à mort, et c'est là que dès lors ils furent vénérés par de nombreux pèlerins. Près de cette chapelle était une fontaine miraculeuse. C'était surtout les vendredis que l'on venait invoquer les deux Saints: on les invoquait contre la fièvre, la peste, l'incendie, le tonnerre et la tempête. Leurs reliques furent transportées à Lillers, sans doute dans le Xe siècle; elles furent d'abord déposées dans l'église paroissiale, puis dans l'église collégiale, qui fut bâtie vers le milieu du XIe siècle. C'est le 20 mai que se célébrait la mémoire de cette translation. La ville de Lillers a pris dès lors les deux saints Lugle et Luglien pour ses patrons secondaires, son patron principal étant déjà auparavant saint Omer. En 1471, leurs reliques furent placées dans une nouvelle châsse donnée par Isabelle, épouse de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Les deux Saints étaient représentés sur les côtés de cette châsse: saint Lugle revêtu de ses habits pontificaux, et saint Luglien portant son costume royal. L'église de Montdidier, au diocèse d'Amiens, rend un culte spécial à ces deux Saints, à cause de la translation d'une partie de leurs reliques, faite en ce lieu au XIIe siècle.
Extrait des Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes. — Cf. Acta Sanctorum Belgii.
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## LE BIENHEUREUX BERTRAND, ABBÉ DE GRANDSELVE,
## AU DIOCÈSE DE TOULOUSE (1149).
Le bienheureux Bertrand, abbé de Grandselve, gouverna ce monastère cistercien pendant plus de vingt ans. C'était, au XIIIe siècle, dans le temps le plus glorieux de l'abbaye. Mauriquez, l'annaliste de Cîteaux, nous dit que Grandselve était à cette époque une forêt de Saints, réalisant d'une manière merveilleuse la signification de son nom. Bien plus, la renommée publique disait que dans cette sainte maison aucun religieux ne pouvait perdre son âme. L'abbaye était aussi très-puissante du côté des biens temporels; ses revenus étaient plus considérables que ceux de l'évêque de Toulouse, et elle ne cédait le pas à aucune autre maison cistercienne.
Parmi les étoiles de Cîteaux, disent les historiens, Bertrand brilla comme un des astres les plus magnifiques. Il passa les premières années de sa vie religieuse dans le monastère de Tuscon (aujourd'hui département de la Charente). Son unique étude était de méditer les pages du saint Évangile et d'accroître chaque jour le trésor de ses vertus. En prononçant le saint nom de Jésus, il ne pouvait retenir ses larmes, aussi obtint-il les grâces les plus extraordinaires: il vit plusieurs fois la Vierge Marie, et Jésus-Christ lui-même se montra à lui, traversant l'église, pendant le chant des Vêpres, lorsqu'on disait le psaume *In exitu*.
Devenu abbé de Grandselve, il regretta bientôt le silence et la solitude de son premier monastère, au point qu'il s'éloigna de l'abbaye pendant deux ans, ne voulant pas conserver sa nouvelle dignité; mais Dieu lui fit comprendre qu'il l'assisterait dans la direction de sa maison et qu'il le soutiendrait au milieu de ses travaux et de ses peines. Le saint abbé donna l'exemple de toutes les
vertus ; modèle de pureté, de mansuétude et de mortification, il était charitable pour tous, humble dans son cœur, fort dans l'adversité, incomparable dans son ingénuité ; il se montrait toujours l'ami de Dieu. Il avait un soin particulier et affectueux des malades et des infirmes, auxquels il rendait toutes sortes de services. Il ne se montra pas seulement utile à sa maison, mais le voisinage de l'abbaye et la province tout entière ressentirent les bienfaits de ses vertus et de sa sainteté.
Dieu le récompensa souvent par des visions merveilleuses. Le Sauveur lui apparut glorieux, pendant la sainte messe, aux paroles sacrées de la consécration et à la fraction de l'hostie. Bertrand avoua lui-même que, pendant sa promenade, quand il élevait les yeux au ciel pour demander miséricorde, il vit la gloire des élus et une grande clarté qui descendait jusque sur lui. Lorsque le moment de sa mort fut venu (11 juillet 1149), un autre abbé du même Ordre, mais d'un pays très éloigné, vint à Grandzelve pour lui rendre les derniers devoirs. À son arrivée, le Saint lui dit : « Le Seigneur vous envoie pour ma sépulture ». Cependant les religieux étaient autour de son lit ; il était bientôt minuit, et, après avoir rendu le dernier soupir, il ouvrit les yeux et contempla avec une grande douceur ses frères, qui chantaient l'office des défunts pour lui. Onze jours après, un religieux le vit dans la gloire céleste, revêtu des habits de la messe, mais avec une parure toute magnifique, et chantant avec suavité les louanges divines.
Nous devons cette notice à l'obligeance du R. P. Carius de Toulouse. — Cf. Mabillon, *Annales bénédictines*, t. VI ; *Acta Sanctorum*, 23 octobre.
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