Saint Aleaume (Elesme)
Moine de la Chaise-Dieu, Abbé de Saint-Jean de Burgos
Summary
Noble poitevin du XIe siècle, Aleaume renonça à ses biens pour devenir moine à la Chaise-Dieu après un pèlerinage rigoureux à Rome. Appelé en Espagne par le roi Alphonse VI, il s'illustra par des miracles, notamment la traversée du Tage, et fonda un monastère à Burgos dont il devint le saint patron.
Biography
SAINT ALEAUME
MOINE DE LA CHAISE-DIEU, ARRÊTÉ DE SAINT-JEAN DE BURGOS, EN ESPAGNE
Saint Aleaume, qui vivait au XIe siècle, était fils d'un seigneur de Loudun, en Poitou. Ses parents l'appliquèrent dès ses plus tendres années aux études et bientôt aux armes. Après leur mort, il distribua tous ses biens aux pauvres, sortit secrètement de son pays, accompagné d'un seul valet, et, étant entré sur les terres de l'Auvergne, il prit l'habit de son domestique, lui donna le sien avec ce qu'il pouvait avoir pour le récompenser, et continua son chemin en mendiant son pain. Il se proposait d'aller à Rome.
A Issoire, il reçut du B. Robert, premier abbé de la Chaise-Dieu, de belles instructions pour bien régler sa vie et lui promit de se retirer dans son monastère dès qu'il serait de retour. Robert lui ayant exposé que souvent le voyage de Rome n'était qu'un prétexte de dissipation ou un but de curiosité, notre Saint, pour être sûr de le faire, lui, en vrai pèlerin, s'astreignit aux plus rudes austérités. La terre nue était son lit, une pierre son chevet, et les aumônes sa nourriture ; il refusait l'argent qu'on lui donnait, pour n'avoir pas occasion de penser au lendemain. Il employa trois ans à ce voyage, pendant lesquels il demeurait souvent plusieurs jours sans manger, visitant continuellement les églises et les lieux saints, et sa vie toute innocente était souvent suivie de miracles sur les malades qu'il guérissait au nom de Jésus. Il fit sortir du corps d'un homme un serpent qui s'y était glissé pendant qu'il dormait la bouche ouverte ; il rendit la santé à une femme qui avait aux seins une maladie regardée comme incurable.
A son retour de Rome, il alla droit à la Chaise-Dieu. Ses austérités et les fatigues du voyage l'avaient tellement défiguré, que Robert fut quelque temps sans le reconnaître. Quand il vit enfin que c'était ce bienheureux pèlerin qu'il avait rencontré et béni à Issoire, il l'embrassa avec tendresse et vénération comme un martyr de la pénitence et le revêtit de l'habit de Saint-Benoît. Aleaume fut bientôt regardé dans le monastère comme un modèle d'humilité, de mortification et d'obéissance. Il s'acquitta en saint de la charge de maître des novices qu'on lui conféra.
Il fallut faire violence à son humilité pour qu'il reçût la prêtrise ; mais ayant su que l'évêque de Clermont (probablement Étienne de Polignac), qui l'avait ordonné, était interdit par le Pape pour cause de simonie, il s'abstint de toute fonction sacerdotale jusqu'à ce que le successeur de ce prélat l'eût réhabilité. Je laisse à d'autres le soin de décider s'il accepta la charge d'abbé, et à qui il aurait succédé. Ce sont des points controversés. Ce qui est sûr, c'est que le bruit de sa sainteté vola jusqu'aux pays étrangers. La reine d'Angleterre, attaquée d'une maladie incurable, l'envoya supplier de lui envoyer du pain bénit de sa main. Elle en obtint, et à peine en eut-elle goûté qu'elle fut guérie : il lui en resta pour guérir un grand nombre de malades de son royaume. Aleaume fit beaucoup d'autres miracles, changeant quelquefois l'eau en vin, guérissant les fièvres avec du pain qu'il avait bénit. Quelques médisants ayant voulu forger des calomnies pour noircir son innocence, ils en furent miraculeusement punis.
Alphonse VI, roi de Castille et de Léon, entendant parler des vertus héroïques de ce grand religieux, désira le voir ; il lui fit écrire par sa femme, la reine Constance, qui pria Aleaume de venir purger l'Espagne des erreurs du mahométisme, et la peupler de bons religieux capables d'y rétablir le culte de Dieu. Le Saint, se soumettant à la volonté de Dieu, entreprit ce voyage. Arrivé en Espagne, il alla trouver le roi, qui commandait son armée sur les bords du Tage, en Portugal. Ce prince ne savait comment passer le fleuve, à cause du débordement, et il le fallait pourtant pour combattre les ennemis. Saint Aleaume, pour donner courage à cette armée catholique, récita le verset 8 du psaume XIX : « Les uns implorent la multitude de leurs chars, les autres la force de leurs coursiers, et nous, nous nous souviendrons du nom de notre Dieu ». Puis il monta sur son âne et passa le premier, traversant le fleuve en dépit de la profondeur et de la rapidité des ondes. Tout le reste de l'armée le suivit sans qu'une seule personne périt. Le roi, ravi d'aise et d'admiration, se jette aux pieds du Saint, les baise et le prie de choisir une retraite dans son royaume. Aleaume ayant accepté, Alphonse
lui bâtit aux faubourgs de la ville de Burgos un couvent qu'il dédia à saint Jean l'Évangéliste, avec un hôpital pour y loger les pèlerins de Saint-Jacques, que notre Saint servit désormais de ses propres mains. Il acheva là le reste de ses jours en prières, abstinences et bonnes œuvres, accompagnées d'un nombre infini de miracles. Plusieurs personnes embrassèrent sous lui la règle de Saint-Benoît, et voulurent qu'il fût abbé de leur monastère, qui dépendît de celui de la Chaise-Dieu jusqu'en 1436, auquel temps il en fut démembré pour être uni à celui de Saint-Benoît de Valladolid. Saint Aleaume mourut aussi saintement qu'il avait vécu, vers l'an 1100. Son corps fut enterré dans l'église du monastère de Saint-Jean. Mais l'an 1480, il fut transporté hors de la ville de Burgos, dans une église paroissiale appelée de son nom, Saint-Elesme, où la dévotion attire une foule nombreuse. La ville de Burgos a choisi ce Saint pour son patron, et elle célèbre sa fête tous les ans, le 30 janvier, avec beaucoup de solennité.
La hache qu'on lui met en main annonce qu'il aida saint Robert de la Chaise-Dieu à défricher les forêts, qui peu à peu firent place aux constructions subséquentes du monastère.
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## SAINT ARMENTAIRE, ÉVÊQUE DE PAVIE (730).
Les actes de la vie de saint Armentaire et d'un grand nombre d'autres évêques de Pavie ont péri par suite des bouleversements sans nombre dont cette malheureuse ville a été le théâtre : néanmoins le corps du saint évêque qui nous occupe a pu échapper à la dévastation : il est religieusement conservé dans l'église principale de la ville, et chaque année on fait sa fête le 30 janvier.
Il succéda à saint Domien, en 720, et siégea dix ans environ.
Son occupation principale était la prière. Il aimait à répéter ces consolantes paroles :
« Il est de toute impossibilité qu'une chose juste, justement demandée, ne nous soit pas accordée. « La prière est plus efficace et plus puissante qu'un ordre pour obtenir ce que nous demandons. « La prière éteint la violence du feu, ferme la bouche des liens, termine les guerres, chasse les démons, les maladies et les orages, brise les liens de la mort, détourne de nous la colère de Dieu et tous les maux ».
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## SAINT PÉRÉGRIN, DE SICILE (1050-1098 ?).
Saint Pérégrin est célèbre en Sicile pour avoir changé en pierre le pain d'une méchante femme qui avait offensé Dieu dans sa personne. Apôtre et patron de la contrée où se trouve aujourd'hui Caltabelloetta, il y était autrefois l'objet d'un très-grand culte. Deux fois par an les solennités consacrées à sa mémoire réunissaient le peuple au pied des autels, le 30 janvier et le 18 août : le premier de ces jours, il y avait suspension de toute espèce de travail. La tradition seule, du temps des premiers Bollandistes, avait conservé le souvenir de saint Pérégrin : elle le faisait venir de Grèce et envoyer en Sicile par le Pape pour y annoncer l'Évangile, à une époque où la foi renaissait, ce qu'il faut probablement entendre de l'expulsion des Sarrasins par Roger de Normandie (1050-1098).
Cf. A.A. SS., t. 112 de janvier, p. 616, nouv. éd.