Saint Willehald (Willehade)

Premier évêque de Brême

Feast : November 8th 8th century • saint

Summary

Missionnaire anglo-saxon du VIIIe siècle, Willehald évangélisa la Frise et la Saxe sous la protection de Charlemagne. Après avoir survécu à plusieurs tentatives de martyre et un exil à Echternach, il devint le premier évêque de Brême en 787. Il mourut en 789 après une vie d'austérité et de dévouement apostolique.

Biography

SAINT WILLEHALD, PREMIER ÉVÊQUE DE BRÊME

In annuntiando verbi veritatis labor est. C'est une tâche ardue que celle du missionnaire qui a entrepris de prêcher la foi. Saint Augustin.

Willehald (ou Willehade), né dans le Northumberland, était de cette noble et studieuse génération que les exemples et les leçons du vénérable Bède firent éclore sur le sol britannique. Saint Anschaire, son troisième successeur, nous a fait connaître les principaux événements de sa vie. « Élevé », dit-il, « dès sa plus tendre enfance dans l'étude des lettres divines et humaines, Willehald devint prêtre. C'était le temps où les travaux apostoliques de Willibrord et de saint Boniface chez les peuples idolâtres de la Saxe et de la Frise commençaient à produire des fruits de conversion et de salut. Willehald, au récit de ces missions lointaines, sentit son âme s'enflammer d'une noble ardeur. Il sollicita et obtint du roi Northumbre, Ælred, ainsi que de l'évêque d'York, la permission d'aller dans la Frise dévouer sa vie au salut des idolâtres. Il y arriva en 782, et commença ses prédications à Dockune, au lieu même où dix-sept ans auparavant saint Boniface avait été martyrisé. Il débuta par l'apostolat des enfants, réunit autour de lui tous ceux qu'il pouvait atteindre, et de proche en proche finit par attirer les enfants des plus grandes familles du pays. Sa douce parole, l'exemple de ses vertus, son admirable dévouement, lui gagnèrent bientôt le cœur de ces jeunes disciples. Par eux son influence grandit dans le cercle de ses relations ; il eut ainsi le bonheur de fonder en ce pays une chrétienté florissante. Son ambition apostolique s'exaltant avec le succès, il franchit le fleuve Lawers (Lovete) et pénétra dans la contrée qui se nomme aujourd'hui l'Over-Yssel, tout entière alors peuplée d'idolâtres. Arrêté comme un sacrilège, ennemi des dieux et séducteur des hommes, il fut conduit, pieds et poings liés, au pied de l'idole nationale, en présence d'une foule irritée qui vociférait des cris de mort. Un débat s'engagea sur la question du traitement à faire subir au captif. Les uns disaient que sans discussion il fallait l'égorger ; d'autres soutenaient que l'étranger n'avait commis aucun mal. Son seul tort était de ne pas adorer les dieux du pays, mais il avait une autre religion dont nul ne pouvait apprécier la valeur. Il se pouvait que le culte pratiqué par Willehald fût respectable. En ce cas, il fallait se garder de prendre une mesure violente, au risque d'attirer par un sacrilège la colère des dieux. La double opinion fut soutenue de part et d'autre avec une égale chaleur. Dans l'impossibilité d'arriver à un accord, on convint de jouer aux dés la vie ou la mort du captif. Le sort, dirigé ici par la main de Dieu, fut favorable à Willehald, qui fut immédiatement délivré de ses fers, mais à la condition de quitter le pays.

« À Drenthe, où il se retira, ses prédications furent d'abord mieux accueillies. Un certain nombre de disciples se convertit à sa voix, mais leur zèle intempestif faillit lui coûter la vie. L'un d'eux, dans son ardeur de néophyte, eut l'imprudence d'attaquer à coups de pioche un oratoire païen pour le démolir. À cette vue, les Barbares accoururent en foule, se saisirent de Willehald, le garrottèrent et sans miséricorde le condamnèrent à mort. Un guerrier tira son glaive et le déchargea de toute sa force sur le cou de la victime. En ce moment Willehald pressait dans ses bras un petit coffret de reliques suspendu à sa poitrine par une courroie de cuir. Le tranchant du glaive coupa en deux le cuir, et s'arrêta sans avoir entamé la peau du patient. Les Barbares virent une protection surnaturelle dans cette préservation miraculeuse et remirent Willehald en liberté. Tels étaient les antécédents de l'homme de Dieu lorsqu'il fut pour la première fois présenté à Charlemagne.

« Depuis longtemps le très-glorieux roi Charles luttait contre la race des Saxons qu'il voulait conquérir à la foi chrétienne. Toujours endurci, ce peuple simulait une conversion dont il attestait par serment la sincérité, puis il retournait à son antique idolâtrie. Charles apprit par le bruit public les merveilles de courage et de sainteté accomplies par Willehald. Il voulut le connaître, le manda à sa cour et le reçut avec les plus grands honneurs. La conversation de l'homme de Dieu le charmait ; il admirait sa patience dans les épreuves, l'inébranlable fermeté de sa foi, la pureté de ses mœurs. Un tel missionnaire lui parut digne de lutter contre la férocité des Saxons. Willehald accepta avec joie le poste de péril où le roi voulait l'envoyer ; et il partit aussitôt pour Wigmodia, la contrée actuelle de Werden et de Brême. Or, ceci se passait en 780, quelques mois après d'éclatantes victoires remportées sur les Saxons par Charlemagne. Le nouveau missionnaire fut d'autant mieux accueilli que l'épée du roi des Francs lui avait ouvert le chemin. Des populations entières accouraient pour entendre sa parole et lui demander le baptême. Dans chaque bourgade des églises s'élevaient ; Willehald y établissait des prêtres et organisait les cérémonies du culte chrétien. Mais l'année suivante (781), tout le fruit de ses labeurs fut anéanti en un clin d'œil. Witikind venait de proclamer dans toute la Saxe le ban de guerre national et l'extermination de tous les ennemis de Teutatès. Le missionnaire, averti à temps par quelques disciples fidèles, put s'embarquer et gagner par mer le pays des Frisons, théâtre de ses premiers labeurs apostoliques. Moins heureux ou plutôt déjà mûrs pour la couronne du ciel, ses collaborateurs, le prêtre Folcard, le comte Emming, le néophyte Benjamin, les clercs Atrebanus et Gerwal furent massacrés en haine du nom de Jésus-Christ. Durant l'effroyable guerre qui suivit la levée de boucliers de Witikind, le pieux missionnaire fit le pèlerinage de Rome. Il fut accueilli à Pavie par le jeune roi Pépin comme un confesseur de la foi. Le vénérable pape Adrien le combla de témoignages d'affection et d'estime. À son retour en France, comme la guerre contre les Saxons durait encore, il se retira au monastère d'Epternac, près de Trèves, où ceux de ses disciples qui avaient pu échapper à la persécution vinrent le rejoindre. Deux années de retraite et de prières s'écoulèrent ainsi pour le serviteur de Dieu. On conserva longtemps à Epternac un manuscrit des Épîtres de saint Paul, fruit des studieux loisirs du missionnaire.

« Enfin, en 785, la conversion de Witikind et la soumission des Saxons permirent à Willehald et à ses compagnons d'exil de reprendre leur glorieux ministère. Le cœur des Saxons était brisé, mais il n'était pas encore soumis. Willehald fut l'abeille dont la douceur sans aiguillon calma les plus farouches résistances. Le 15 juillet 787, dans une assemblée nationale tenue à Worms, Charlemagne, récompensant enfin tant de labeurs, fit sacrer en sa présence l'humble missionnaire avec le titre d'évêque de Brême. Cette nouvelle dignité ne fit que redoubler le zèle de Willehald. Il sembla que tous ses précédents travaux n'étaient rien en comparaison de ceux qu'il voulait entreprendre encore. Ses mortifications qui déjà étaient excessives ne connurent plus de bornes. Le pape Adrien l'avait cependant obligé à les modérer quelque peu, en le forçant à manger du poisson, mets auquel il avait renoncé, ainsi qu'à toute espèce de viande et de laitage. Du pain et de l'eau composaient uniquement sa boisson et sa nourriture. Chaque jour il célébrait le saint sacrifice de la messe en versant beaucoup de larmes, et récitait en entier tous les psaumes. Les peuples de son diocèse, en voyant passer au milieu d'eux ce vénérable Pontife, croyaient voir Jésus-Christ lui-même en personne. Chrétiens et idolâtres, tous couraient à lui comme à la sainteté vivante. La cathédrale qu'il bâtit à Brême était une construction de bois, plus spacieuse qu'élégante, mais il voulut qu'elle portât le nom de saint Pierre, pour attester à tous les âges son dévouement au Siège apostolique et sa fidélité au vicaire de Jésus-Christ. Durant une de ses visites pastorales que ni les infirmités ni la vieillesse ne lui firent jamais interrompre, il tomba malade au village de Bleckensée, aujourd'hui Plexem, dans la Frise. Un de ses disciples, nommé Egisrik, agenouillé à son chevet, lui dit en pleurant : « Vénérable père, n'abandonnez pas si tôt le peuple que vous avez conquis à Dieu, ne laissez pas ce troupeau naissant à la fureur des loups ». — « Mon fils », répondit le Bienheureux, « ne retardez point mon bonheur, ne m'empêchez pas d'aller jouir de la vue de Dieu mon Sauveur. Je recommande à sa miséricorde le troupeau dont il m'avait confié la garde, et qu'il saura bien défendre contre les loups ravisseurs ». Après avoir ainsi parlé, les yeux du saint évêque se fermèrent à la clarté du jour mortel, pour s'illuminer aux splendeurs de l'éternité bienheureuse (8 novembre 789) ».

Dans les images de saint Willehald, on voit : 1° autour de lui des idoles renversées, pour rappeler qu'il travailla avec saint Boniface à la conversion de la Frise et de la Basse-Saxe ; 2° une hache, nous avons dit en effet que des païens tentèrent de lui abattre la tête.

L'abbé Darras, Histoire de l'Église, tome XVIII, page 139.

Key Events

  • Départ pour la Frise en 782 avec l'accord du roi Ælred
  • Échappe miraculeusement à la mort à Drenthe grâce à un coffret de reliques
  • Rencontre avec Charlemagne et mission en Wigmodia en 780
  • Exil au monastère d'Epternac durant la révolte de Witikind (781-785)
  • Sacre comme évêque de Brême le 15 juillet 787 à Worms
  • Construction de la cathédrale Saint-Pierre de Brême

Miracles

  • Le sort (dés) lui est favorable devant les idoles
  • Un coup de glaive est arrêté par un coffret de reliques sans entamer sa peau

Quotes

Ne retardez point mon bonheur, ne m'empêchez pas d'aller jouir de la vue de Dieu mon Sauveur.

— Paroles à son disciple Egisrik