Saint Auxence (Abbé)

Abbé

Feast : February 14th 5th century • saint

Summary

Originaire de Syrie et ancien garde impérial à Constantinople, Auxence se retira en Bithynie pour mener une vie d'ermite miraculeux. Bien que fuyant le monde, il fut contraint par l'empereur Marcien d'assister au concile de Chalcédoine pour combattre l'hérésie d'Eutychès. Il finit ses jours sur le mont Siope, entouré de disciples et de religieuses, célèbre pour ses prophéties et ses guérisons.

Biography

SAINT AUXENCE, ABBÉ

Prenez garde à ceux qui causent parmi vous des divisions et des scandales en s'éloignant de la doctrine que vous avez apprise ; les mérites-les. Rom., xvi, 17.

Saint Auxence était originaire de Perse, quoiqu'il fût né en Syrie, où son père, qui se nommait Addas, se retira du temps de l'empereur Constance. L'histoire ne nous apprend rien des premières années de sa vie ; elle nous dit seulement qu'il fit un tel progrès dans la vertu et dans les lettres, qu'il s'acquit la réputation d'un homme de piété, d'érudition et de science. Il ne s'attira pas moins d'estime dans les armes, dont il fit profession après ses études : et il obtint un grade dans la quatrième compagnie des gardes de l'empereur Théodose le Jeune.

Cet emploi ne l'empêcha point de continuer ses exercices de dévotion, et il s'acquitta de ce qu'il devait à Dieu, en faisant son devoir auprès de son prince. Il fit connaissance avec plusieurs personnes vertueuses, et particulièrement avec un saint religieux reclus nommé Jean, qui était dans la banlieue de Constantinople ; il lia amitié avec Anthime, digne prêtre, d'une vie admirable, avec lequel il passait des nuits entières à veiller et à chanter des hymnes et des cantiques de louanges à Dieu dans l'église de Sainte Irène, arrosant la terre de ses larmes et nourrissant son âme du jeûne, de l'oraison et de la parole de Dieu. Le bruit de sa sainteté s'étant répandu par toute la ville, il se retira dans une roche sur la montagne d'Oxie, en Bithynie, à trois lieues et demie de Chalcédoine. Là, il se proposa d'imiter la vie de saint Jean-Baptiste au désert, jusqu'à se vêtir de peaux à l'exemple de ce divin précurseur de Jésus. Quelque soin qu'il prit de demeurer caché, il fut néanmoins bientôt connu : car de jeunes bergers, qui avaient perdu leurs troupeaux, et à qui le Saint les fit retrouver par miracle, en ayant fait le récit à leurs parents, ceux-ci le vinrent voir et lui bâtirent, sur le haut de la montagne, une cellule où il se fit enfermer afin de vaquer plus facilement à l'oraison.

Cependant, plus le bienheureux Auxence s'efforçait de se cacher aux yeux des hommes, plus il semblait que Dieu prit plaisir à faire éclater sa sainteté : dès qu'on eut découvert le lieu de sa retraite, beaucoup de personnes eurent recours à lui, soit pour recevoir ses instructions, qu'il ne faisait qu'au travers d'une fenêtre, soit pour lui demander quelque consolation dans leurs douleurs, soit enfin pour obtenir, par ses prières, la guérison de leurs maladies. On lui amena des aveugles, des lépreux, des paralytiques, des énergumènes et d'autres malades, et il les guérit tous, ou en faisant le signe de la croix sur eux, ou en leur appliquant une huile bénite. Après trois jours d'oraison, il délivra la fille d'un citoyen de Castoména, à laquelle un démon avait ôté l'usage de la parole ; et il rendit la vue à une princesse de Nicomédie, en lui disant ces mots : « Que Jésus-Christ, qui est la véritable lumière, veuille éclairer vos yeux ! »

Il y avait environ dix ans que saint Auxence était sur cette montagne,

lorsque l'empereur Marcien, qui avait succédé à Théodose le Jeune, fit assembler, sur la demande du grand saint Léon, un concile général dans la ville de Chalcédoine ; six cent trente évêques s'y rendirent de tous les endroits du monde, pour condamner les erreurs d'Eutychès, supérieur d'un monastère de Constantinople, qui confondait les deux natures en Jésus-Christ. L'estime qu'on faisait de saint Auxence était si grande, que l'empereur et les préfets l'envoyèrent prier d'assister au concile, avec ordre de l'amener, alors même qu'il ne voudrait pas. On fit ce que l'on put pour lui persuader de venir ; mais comme il ne pouvait s'y résoudre, les religieux et les ecclésiastiques députés commandèrent à un serrurier de rompre la serrure de sa cellule. Il y travailla inutilement le reste du jour, et le lendemain matin on fit de nouveaux efforts, afin de rompre sa fenêtre, sans en pouvoir venir à bout. Alors le Saint, ayant fait mettre en prières tous les assistants, pour connaître la volonté de Dieu, fit le signe de la croix, prononça ces trois paroles : *Le Seigneur soit béni !* dit au serrurier de travailler, et, en un moment, la fenêtre fut ouverte sans aucune peine. On le trouva si exténué par ses austérités, que, ne pouvant le faire tenir à cheval, on le fit monter dans un chariot.

Ce ne furent que miracles sur son chemin : il délivra plusieurs personnes possédées, et même des animaux ; cela étonna tellement ceux qui le conduisaient, qu'ils ne pouvaient presque croire ce qu'ils voyaient de leurs propres yeux. Les pauvres de la montagne d'Oxie le suivirent jusqu'au monastère de Phile, fondant en larmes, de crainte de le perdre, et lui baisant les pieds par dévotion ; il n'y fut pas plus tôt arrivé, qu'il chassa le démon du corps d'un jeune homme, nommé Isidore, après avoir fait sa prière dans l'église dédiée à saint Jean. Les religieux, s'étonnant de ce qu'il était plusieurs jours sans manger, voulurent l'éprouver : ils mirent dans sa cellule des corbeilles pleines de racines, de dattes et d'autres choses dont les Solitaires se nourrissent, allumèrent une chandelle, et enfermèrent un enfant avec lui pour l'observer. Mais, quelque temps après, ils trouvèrent que la chandelle brûlait encore sans être diminuée, et qu'il n'avait point touché à ce qui était dans les corbeilles. Là-dessus, ils pressèrent l'enfant de dire ce que le Saint avait fait durant tout ce temps : « J'ai », leur dit-il, « vu en dormant une grande multitude de personnes qui louaient Dieu avec lui et une colombe qui lui apportait à manger ».

Mais l'enfant mourut le jour suivant, en punition de ce qu'il avait dit ce dont il avait été témoin, contre la défense du Saint.

Quelque temps après, il fut transféré de ce monastère en celui de Saint-Hypace, situé dans un faubourg de Chalcédoine ; les religieux l'y reçurent avec une extrême allégresse, et le mirent, selon son désir, dans une cellule où on ne lui pouvait parler qu'au travers d'une grille. Le Saint y fit tant de miracles, qu'on fut obligé de laisser les portes du monastère ouvertes, à cause du grand nombre de personnes qui venaient de tous côtés pour le voir : le supérieur, qui était un saint homme, voulait qu'on reçût tout le monde avec beaucoup de charité, de quelque condition que fussent les visiteurs.

Le bienheureux Auxence ne put arriver assez tôt pour le concile ; néanmoins, l'empereur, qui voulut en faire approuver les décrets par un si grand Saint, lui envoya un de ses vaisseaux, et le pria de le venir trouver. Lorsque ce prince le vit, il admira et regarda avec respect l'état auquel ses mortifications l'avaient réduit, et lui parla de cette sorte : « Je sais que vous êtes un vrai serviteur de Dieu ; c'est pourquoi vous devez approuver ce que le saint concile œcuménique a ordonné, afin que vous ne soyez pas une

VIES DES SAINTS. — Tome II. 33 pierre de scandale à ceux qui refuseraient de le recevoir ». Le Saint lui répondit : « Qui suis-je, sinon un chien mort ? Et comment me mettez-vous, prince, au rang des docteurs de l’Église, moi qui suis le dernier du troupeau de Jésus-Christ et qui ai si grand besoin d’être instruit par ceux qui en sont les chefs ? » Comme les Eutychiens faisaient malicieusement courir le bruit que le concile favorisait l’opinion de Nestorius, le Saint déclara à Marcien qu’il l’approuvait, supposé qu’il n’eût rien décidé de contraire à celui de Nicée et qu’il eût défini que Notre-Seigneur Jésus-Christ s’était véritablement incarné et n’avait point ôté à la sainte Vierge la qualité de Mère de Dieu ; l'empereur ordonna qu’on lui fît voir les actes du saint Synode, et Auxence, après les avoir bien considérés, protesta qu’il les approuvait de très-bon cœur.

Cet amant de la solitude, au lieu de retourner sur la montagne d’Oxie, pria qu’on le menât sur celle de Siope, dont l’accès est encore plus difficile à cause de sa hauteur. Là, on lui bâtit une cellule où il se fit enfermer sans autre ouverture qu’une petite fenêtre pour parler à ceux qui venaient vers lui. Alors les démons, ne pouvant souffrir une si éminente sainteté, employèrent tantôt la violence et tantôt les artifices pour le tenter et ébranler sa constance, mais ce fut toujours inutilement : les grâces extraordinaires qu’il recevait de Dieu le rendaient invincible. Une multitude incroyable de personnes le venaient trouver pour entendre les pressantes exhortations qu’il faisait afin de porter les âmes à la pratique des vertus et à l’amour divin. Il recommandait particulièrement de ne point aller aux spectacles, rien n’étant plus capable de corrompre la pureté du corps et de l’âme, et d’exciter les passions les plus criminelles. Il enseignait aussi de quelle manière il fallait prier Dieu ; il en donnait même des formules, afin de le faire avec plus de ferveur. Il faisait voir si clairement les vanités de toutes les choses de ce monde et la beauté de celles de l’autre, que plusieurs personnes renoncèrent au siècle pour se consacrer entièrement à Jésus-Christ. Il conseillait de ne pas fêter seulement le dimanche, mais aussi le vendredi : « Comme l’un », disait-il, « se doit passer dans la joie, à cause de la résurrection du Sauveur, et en festin, par la réception de la divine Eucharistie ; l’autre se doit sanctifier par des jeûnes et par des prières, à cause de sa passion ». Il voulait, néanmoins, qu’en obligeant les ouvriers à fêter le vendredi, on ne laissât pas de les payer de leurs salaires comme s’ils eussent travaillé, afin qu’ils ne perdissent rien pour avoir servi Dieu ce jour-là.

On remarque, parmi ceux qui furent touchés des pieux discours du Saint, un nommé Basile ; on raconte que ce Basile, s’étant retiré sur une montagne, dans une cellule, les démons le maltraitèrent tellement, que des personnes, qui avaient coutume de le venir voir pour se recommander à ses prières, le croyant mort, le menèrent sur un chariot au bienheureux Auxence ; mais le Saint l’ayant fait revenir à lui, après l’avoir appelé par trois fois, lui dit : « Levez-vous, et recevez la puissance de terrasser les démons, sans les appréhender jamais plus ». À l’instant même il se leva, reçut le corps adorable et le sang vivifiant de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et s’en retourna dans sa cellule, où les esprits malins n’osèrent plus l’attaquer.

Une femme noble, qui avait été dame d’honneur de l’impératrice Pulchérie, fut aussi tellement pénétrée des exhortations du Saint, qu’elle ne cessa de l’importuner jusqu’à ce qu’il lui eût accordé l’habit religieux, qui consistait en une robe et un grand manteau tissé avec du poil. Une autre encore, de condition, demanda la même grâce : il s’en présenta jusqu’au nombre de soixante-dix, que le Saint fit toutes religieuses. Après avoir bien éprouvé leur vocation, il leur prescrivit certaines règles pour arriver à la perfection, et eut soin que l'on bâtît, à un mille de sa cellule, une église auprès de laquelle elles se logèrent ; tous les dimanches et les vendredis, elles l'allaient trouver pour recevoir les salutaires instructions qu'il leur donnait, particulièrement touchant la conservation de la chasteté, la manière de résister aux tentations du démon, l'énormité du péché de celles qui y succombaient, et le bonheur de celles qui demeuraient fidèles à Jésus-Christ.

Outre les grandes grâces que le bienheureux Auxence avait reçues de Dieu, et dont nous avons parlé jusqu'à cette heure, il ne faut pas oublier de dire un mot de l'esprit de prophétie qu'il possédait dans un degré admirable. Il découvrait les choses les plus cachées et marquait le lieu où l'on trouverait ce qui était perdu. Une nuit, durant ses Matines, ayant eu révélation de la mort de saint Siméon Stylite, par l'âme même de ce Bienheureux qui lui apparut, il apprit cette nouvelle à un grand nombre de personnes qui passaient la nuit autour de sa cellule à chanter les louanges de Dieu. Et l'on trouva que cette mort était arrivée à l'heure même qu'il leur avait indiquée.

Enfin, l'an 470, le 14 février, saint Auxence, chargé de mérites et d'années, alla recevoir au ciel la récompense de ses travaux. Son saint corps, que les religieux du monastère de Saint-Hypace demandaient avec de grandes instances, fut accordé aux religieuses dont nous avons parlé ; elles l'inhumèrent dans un lieu que l'on a appelé depuis le monastère de Saint-Auxence, où il s'est fait un grand nombre de miracles. — Le mont Siope porte encore aujourd'hui le nom de Saint-Auxence.

Le martyrologe romain en fait mémoire en ce jour, comme aussi le ménologe des Grecs. Métaphraste, Lipeman, Surius et Bollandus en rapportent la vie écrite par un auteur contemporain ; il y en a un ancien manuscrit dans la bibliothèque de la rue Richelieu, à Paris. C'est de ces écrivains que nous avons extrait ce que nous en venons de dire.

Key Events

  • Service dans la garde de l'empereur Théodose le Jeune
  • Retraite sur la montagne d'Oxie en Bithynie
  • Participation forcée au concile de Chalcédoine
  • Approbation des décrets du concile auprès de l'empereur Marcien
  • Fondation d'un monastère de religieuses sur le mont Siope
  • Révélation prophétique de la mort de saint Siméon Stylite

Miracles

  • Retrouvailles miraculeuses de troupeaux perdus
  • Guérison d'une princesse de Nicomédie
  • Ouverture miraculeuse de sa cellule par le signe de la croix
  • Multiplication de la lumière d'une chandelle
  • Nourriture apportée par une colombe
  • Arrêt d'une pierre et d'un maçon en pleine chute

Quotes

Que Jésus-Christ, qui est la véritable lumière, veuille éclairer vos yeux !

— Texte source (guérison de la princesse)

Qui suis-je, sinon un chien mort ?

— Texte source (réponse à l'empereur Marcien)