Saint Paphnuce (Solitaire)

Solitaire

Feast : March 3rd 4th century • saint

Summary

Solitaire de la Thébaïde au IVe siècle, Paphnuce est célèbre pour son humilité et son zèle apostolique. Guidé par des révélations divines, il convertit un musicien, un notable et un marchand, avant de ramener la célèbre pécheresse Thaïs à une vie de pénitence héroïque.

Biography

S. PAPHNUCE, SOLITAIRE, ET STE THAÏS, PÉNITENTE

IVe siècle.

Ô puissance admirable des œuvres de miséricorde !

Paphnuce avait établi son monastère à l'extrémité du territoire d'Hiraché, en basse Thébaïde. La vie qu'il menait était si sainte, qu'on le regardait moins comme un homme que comme un ange.

Un jour Paphnuce eut, en priant, le désir de savoir s'il avait fait des progrès dans la vertu. Un esprit lui dit alors qu'il pouvait se comparer à un certain musicien qui gagnait sa vie en chantant dans un bourg du voisinage.

Ce parallèle l'étonna et l'humilia. Il se hâta, dans le désir de s'instruire davantage, d'aller voir cet homme d'une profession qui paraissait n'avoir rien de commun avec la vertu parfaite, et que le ciel mettait pourtant au niveau d'un solitaire. La surprise de Paphnuce fut encore plus grande lorsqu'ayant trouvé le musicien, il apprit de lui qu'il était un grand pêcheur, qui n'avait vécu que de vols avant d'exercer son métier actuel.

Paphnuce le pressa de lui dire au moins si, dans les temps de ses brigandages, il n'avait pas fait au moins quelque bonne œuvre. Il répondit qu'il ne se souvenait que de deux bonnes actions : premièrement, se trouvant un jour avec d'autres voleurs, une vierge consacrée était tombée dans leurs mains; ses compagnons voulant l'outrager, il l'avait arrachée de leurs bras et l'avait reconduite chez elle dans la nuit, sans qu'il lui fût arrivé aucun mal. Secondement, ayant trouvé, dans le désert, une femme désolée que des créanciers, qui avaient jeté en prison son mari et ses enfants, recherchaient aussi, il en avait été touché d'une pitié si vive, qu'il l'avait conduite dans sa caverne, avait réparé ses forces épuisées par quatre jours de jeûne et lui avait donné l'argent nécessaire pour payer ses dettes. Paphnuce admira ces actes de charité dans un voleur, et en prit occasion de l'exhorter à profiter de la miséricorde de Dieu. « En vérité », lui dit-il, « je n'ai rien fait de semblable, et cependant je me nomme Paphnuce; Dieu m'a révélé sur votre sujet qu'il ne vous considère pas moins que moi. Vous le voyez, mon frère, vous n'occupez pas une des dernières places auprès de sa divine majesté : ne négligez donc pas de prendre soin de votre âme ».

Ces paroles touchèrent le cœur du musicien et le pénétrèrent de reconnaissance envers la miséricorde divine. Il jeta sur-le-champ les flûtes qu'il

VIES DES SAINTS. — TOME III. 9

avait à la main, suivit le Saint dans le désert et se conforma si fidèlement à tout ce qu'il lui prescrivit pour la conduite qu'il devait garder, qu'après trois ans passés dans la pratique des vertus religieuses, il rendit l'âme au milieu des chœurs des esprits bienheureux.

Depuis l'heureuse fin de ce pieux pénitent, Paphnuce s'était piqué d'une sainte émulation pour s'avancer plus que jamais dans la voie de la perfection; et afin de mieux connaître ce que Dieu demandait de lui, il le pria une seconde fois de lui faire connaître à qui il pouvait se comparer. Il lui fut répondu qu'il ressemblait au principal habitant du bourg voisin. Il s'y rendit aussitôt, et n'eut pas de peine à le trouver, car celui-ci vint au-devant de lui, le mena dans sa maison, lui lava les pieds et l'invita à une table magnifiquement servie.

Durant le repas, Paphnuce s'informa de lui quelle était sa manière de vivre; mais il le trouva plus porté à déclarer ses fautes, qu'à étaler le bien qu'il faisait, et il n'eut rien appris de ses vertus, s'il ne lui avait fait connaître que c'était Dieu qui l'avait envoyé pour savoir de sa bouche ce qu'il faisait pour son service, et que même il l'avait trouvé digne de passer le reste de sa vie parmi les solitaires. « Assurément », lui dit alors cet homme, « je ne sais aucun bien que j'aie fait; mais puisque vous m'assurez que Dieu vous a révélé ce qui me regarde, je ne saurais me cacher devant celui auquel toutes choses sont connues. Je vous dirai donc comme j'ai accoutumé de me conduire envers ceux avec qui je me trouve.

« Je n'ai jamais refusé l'hospitalité à personne, et je n'ai jamais souffert qu'on m'ait prévenu pour aller au-devant des étrangers et les recevoir chez moi. Je n'ai jamais laissé sortir aucun hôte sans lui donner de quoi faire le reste de son voyage. Depuis trente ans, je vis avec mon épouse comme un frère avec sa sœur. Je n'ai méprisé aucun pauvre, ni manqué de le secourir dans son besoin. Lorsqu'il s'est agi de justice et d'équité, je n'aurais pas favorisé mon propre fils au préjudice de mon prochain. Le fruit du travail d'autrui n'est point entré chez moi. Lorsque j'ai su que quelques personnes étaient en contestation, j'ai toujours tâché de les mettre d'accord. Je n'ai point souffert que mes enfants donnassent lieu à qui que ce soit de se plaindre d'eux, ni que mes troupeaux causassent du dommage dans les biens des autres. Je n'ai point empêché que d'autres semassent dans mes terres, et je me suis contenté de semer les champs qu'ils m'ont laissés libres. J'ai tâché, autant que j'ai pu, de soutenir les faibles contre l'injuste oppression des plus puissants. J'ai pris garde de ne fâcher jamais personne; et lorsque j'ai présidé à quelque jugement, j'ai fait de mon mieux pour accorder les parties, plutôt que d'en condamner aucune. Voilà, par la miséricorde de Dieu, de quelle manière j'ai vécu jusqu'ici ».

Une conduite si charitable éblouit Paphnuce; il ne put s'empêcher de l'embrasser avec tendresse, et comprenant qu'il pouvait être un des plus riches ornements de la solitude, il lui dit que, puisqu'il avait accompli toutes ces choses, il ne lui manquait que d'y ajouter le renoncement réel à tous les biens de ce monde, pour porter la croix de Jésus-Christ et marcher avec plus de perfection à la suite de ce divin Maître.

Il trouva son cœur pleinement disposé à suivre cet avis; ainsi ils allèrent ensemble sans délai dans le désert, où le Saint le logea dans la cellule que le musicien avait occupée; il lui donna de plus les avis nécessaires pour le faire entrer dans les desseins de miséricorde que Dieu avait sur lui; et ce second disciple marcha si fidèlement sur les traces du premier, qu'il remplit en peu de temps la mesure de sa sainteté, et alla recevoir enfin la couronne

SAINT PAPHNUCE ET SAINTE THAÏS, PÉNITENTE. de gloire dans l'éternité au milieu des acclamations des anges, ainsi que Dieu le révéla au Saint.

Ce nouvel exemple servit encore d'aiguillon à Paphnuce pour le faire avancer plus rapidement dans la perfection de son état. « Car », se disait-il à lui-même, « si ceux qui sont dans le monde font des œuvres excellentes, combien suis-je obligé, étant solitaire, de m'efforcer de les devancer dans les exercices d'une vie pénitente ? » Ainsi il ajouta à ses austérités précédentes, et persévéra plus que jamais dans la sainte oraison.

Il désira une troisième fois que Dieu lui fit connaître l'état de son âme, et il entendit de nouveau la voix du ciel, qui lui dit qu'il était semblable à un marchand qui le venait voir, et qu'il se hâtât d'aller au-devant de lui. Il descendit à l'instant de la montagne et rencontra sur ses pas ce marchand, qui était descendu par le Nil de la haute Thébaïde, d'où il avait conduit plusieurs vaisseaux chargés de marchandises qu'il distribuait aux pauvres ; et il venait à son monastère avec quelques serviteurs chargés de légumes dont il voulait lui faire présent.

Paphnuce ne l'eut pas plus tôt vu qu'il lui dit : « Ô âme précieuse aux yeux de Dieu, pourquoi vous occupez-vous des choses de la terre, étant destiné à ne vous occuper qu'à celles du ciel ? Laissez à ceux qui n'ont des pensées que de la terre, de s'en occuper tant qu'ils voudront ; mais vous, n'ayez point d'autre objet que de vous rendre un négociant du royaume de Dieu, et suivez fidèlement Jésus-Christ qui vous appelle pour le servir uniquement ».

Ces paroles eurent le même effet auprès de celui-ci qu'auprès des autres. Le marchand ordonna à ses serviteurs de donner aux pauvres tout ce qui lui restait de bien, suivit le Saint à la cellule où les deux autres avaient vécu successivement, et étaient morts dans la paix du Seigneur, s'y rendit l'imitateur de leur sainte vie, et consomma en peu de temps sa course dans une égale sainteté.

Dieu se servait ainsi de son serviteur Paphnuce dans les œuvres admirables de sa miséricorde, et elles ne tournaient pas moins à l'avantage spirituel de ce saint Solitaire qu'à celui des autres. Mais on peut dire que le plus précieux fruit de sa mission, et celui en qui la magnificence de la bonté de Dieu éclata davantage, fut la conversion de Thaïs, encore plus célèbre dans l'Église par sa pénitence, qu'elle ne l'avait été dans le siècle par ses désordres.

On ne dit pas quelle fut la patrie de Thaïs, ni la ville qui servit de théâtre à ses désordres : on sait seulement que c'était en Égypte. Elle eut le malheur de naître d'une mère aussi méchante qu'elle-même le devint ; car, bien loin de veiller à la conservation de son innocence, elle ne lui donna que des leçons pour la perdre, et cette séduction domestique, fortifiée par une beauté, qu'on peut appeler meurtrière des âmes, la fit tomber dans les plus grandes fautes.

Il fallait bien que le scandale fût grand, puisque le bruit s'en répandit jusqu'dans les solitudes ; mais ce ne fut pas sans une disposition de la Providence, qui fit servir le zèle de Paphnuce pour ramener cette brebis dans le bercail du souverain Pasteur des âmes.

Le moyen que prit ce serviteur de Dieu pour y réussir, fait assez voir qu'il lui était venu d'en haut, par la raison même qu'il réussit contre les règles de la prudence ordinaire. Paphnuce quitta son habit de solitaire, en prit un mondain, se munit d'une somme d'argent, et dans cet équipage vint se présenter devant Thaïs comme pour grossir le nombre de ses courtisans.

Les premiers principes de la religion n'étaient pas complètement effacés de l'âme de Thaïs. Elle croyait en Dieu, et était convaincue qu'il y a une autre vie, où il récompense les bons et punit les méchants; mais ces vérités étaient étouffées dans son âme par l'amour des plaisirs et des richesses, et sa foi ne servait qu'à la rendre plus coupable par les crimes dont elle la déshonorait.

Ce furent précisément ces vérités dont Paphnuce se servit pour la faire revenir au bien. Il lui demanda d'abord de l'introduire dans un endroit où il put se dérober non-seulement aux yeux des créatures, mais aux yeux de Dieu même; comme elle lui avait répondu que la chose était impossible, Dieu étant présent partout, il en prit occasion de lui représenter combien il était horrible d'oser pécher sous les yeux de Dieu, et quel terrible compte elle aurait à rendre à son tribunal de la perte de tant d'âmes que sa conduite entraînait tous les jours dans l'abîme du péché.

A ces mots, Thaïs reconnaissant que celui qui lui parlait n'était rien moins que ce qu'elle avait cru, et Dieu agissant dans le fond de son cœur par sa grâce, elle se jeta aux pieds de Paphnuce et lui dit, en fondant en larmes, ce peu de paroles : « Mon père, ordonnez-moi telle pénitence qu'il vous plaira; car j'espère que Dieu me fera miséricorde par vos prières; je vous demande seulement trois heures de temps, après quoi je me rendrai où vous le trouverez bon, et j'exécuterai tout ce que vous me prescrirez ».

Le délai qu'elle demanda ne fut que pour prouver d'une manière plus éclatante combien son changement était sincère. Elle ramassa tout ce qu'elle avait acquis par ses péchés, de meubles et d'effets précieux; elle fit tout porter à la place publique, y mit le feu en présence de tout le peuple, et, élevant sa voix afin de se faire entendre des complices de ses crimes, elle les invita à imiter sa conversion.

Après ce sacrifice, elle se rendit au lieu où l'attendait Paphnuce, qui la mena dans un monastère de filles, et l'enferma dans une cellule particulière dont il scella la porte avec du plomb, afin que personne n'eût la témérité de l'ouvrir sans sa permission. Il lui laissa seulement une forte petite fenêtre d'où on put lui donner à manger, et recommanda aux sœurs de ne lui porter chaque jour qu'un peu de pain et d'eau.

Thaïs ainsi resserrée, sans qu'elle pût sortir pour quelque sujet que ce fût, supplia Paphnuce de lui dire, lorsqu'il était sur le point de la quitter, de quelle manière elle devait prier Dieu. Il lui répondit qu'elle n'était pas digne de prononcer son saint nom, ni d'élever vers le ciel ses mains souillées par tant de crimes; mais qu'elle se contentât de se tourner vers l'Orient, et de répéter souvent ces paroles : Vous qui m'avez formée, ayez pitié de moi. Elle se soumit humblement à cette pénitence, et la pratiqua très-fidèlement.

Trois ans après, Paphnuce eut compassion d'elle. Il alla trouver saint Antoine pour savoir de lui si Dieu lui avait remis ses péchés. Il ne lui dit pas néanmoins le sujet pour lequel il le venait consulter, espérant que Dieu le lui ferait connaître.

Saint Antoine ayant assemblé ses disciples, leur ordonna de passer la nuit chacun séparément en oraison, pour voir si Dieu révélerait à quelqu'un d'eux la cause de l'arrivée de Paphnuce.

Saint Paul le Simple, un des disciples de saint Antoine, fut celui à qui Dieu la manifesta. Il lui fit voir dans le ciel un lit magnifique gardé par trois vierges, et lui dit qu'il était réservé pour Thaïs. Le lendemain, Paul rendit compte de cette vision à son bienheureux père Antoine; Paphnuce

ayant connu par là que Dieu avait pardonné à Thaïs, il vint au lieu où il l'avait enfermée et lui en ouvrit la porte.

La sublime pénitente manifesta le désir d'y finir ses jours; elle raconta à son père spirituel qu'elle n'avait fait autre chose, depuis son entrée dans la cellule, que de mettre ses péchés comme en un monceau devant ses yeux, de les envisager sans cesse, et de les pleurer en les considérant. Paphnuce lui répondit: Aussi, est-ce pour cela, et non pour la rigueur de votre pénitence, que Dieu vous les a remis.

Thaïs ne survécut guère à sa sortie de cette espèce de prison : quinze jours après, son âme fut délivrée de celle de son corps et alla jouir de la félicité que Dieu lui avait préparée. On pense que ce fut en l'année 350 de notre rédemption. Les Grecs honorent sa mémoire le 8 octobre.

Pour Paphnuce, on ne connaît pas l'époque précise à laquelle il mourut : on sait seulement que Dieu l'avait appelé à lui lorsque Rufin, son historien, visita le monastère d'Hiraché, en 390. — Il persévéra jusqu'à la fin dans la pénitence la plus austère. La veille de sa mort, un ange lui apparut et l'invita à le suivre dans les tabernacles éternels où les prophètes se préparaient à le recevoir.

Quelques Latins font mémoire de saint Paphnuce le 3 mars; d'autres le 29 novembre. Son nom ne se trouve pas dans le Rituel des Grecs.

Dans les images qu'on a faites de saint Paphnuce, un ange lui montre un joueur d'instrument.

On représente sainte Thaïs avec une banderole portant ces mots, qui furent son unique prière pendant trois ans : « Qui plasmasti me, miserere mei; Vous qui m'avez formée, prenez-moi en pitié ». On la reconnaît encore à un miroir que l'artiste a jeté à ses pieds avec divers objets de toilette féminine : colliers, boîtes de parfums, etc.

Vies des Pères des déserts d'Orient, par le Père Michel-Ange-Marin; Caractéristiques des Saints, par le Père Cahier, p. 7.

Feast Date

March 3rd

Death

Avant 390