Saint Firmin de Viviers

Évêque de Viviers

Feast : March 29th 6th century • saint

Summary

Noble gallo-romain et père de famille, saint Firmin devint évêque de Viviers à la fin du VIe siècle. Avec son épouse Aula, il fit don de ses richesses à l'Église, illustrant la transition entre la civilisation antique et le Moyen Âge chrétien.

Biography

S. FIRMIN, S. AULE, S. EUMACHIUS ET S. LONGIN,

ÉVÊQUES DE VIVIERS

VIe et VIIe siècles.

En 585, le roi Gontran, pensant, comme son aïeul Clovis, qu'il était déshonorant pour la gloire des Francs que les barbares Wisigoths souillassent encore de leur présence le sol de la Gaule, mit sur pied une puissante armée pour faire la conquête de la Septimanie. Les troupes levées en partie dans les pays situés au nord de la Seine, se joignant aux guerriers de la Burgondie, prirent leur marche par la vallée du Rhône, dévastant tout par le fer et l'incendie, enlevant les troupeaux, brûlant les moissons, spoliant les églises et les monastères, massacrant, au pied des autels renversés, les prêtres et les religieux, l'homme d'église et l'homme du peuple : et ne rencontrant nulle part de résistance, elles poursuivirent cet affreux brigandage sur les deux rives du fleuve, jusque sous les murailles de Nîmes, dans un pays, remarque l'historien, qui était le leur et qui relevait de la même autorité. — Le saint roi déplora ces excès, comme nous le remarquons en sa vie ; mais il ne fut pas en son pouvoir de les empêcher. Dieu lui-même se chargea du châtiment, en refusant la victoire aux armes de ses coupables généraux.

Le passage de l'armée indisciplinée des Francs laissa le pays en proie à la famine qui désolait déjà les provinces environnantes. Les souffrances de la faim et les privations de la misère provoquèrent de nombreuses maladies et une grande mortalité, bientôt suivies d'un autre fléau plus terrible encore. La peste, qui depuis près de dix ans promenait ses ravages dans les diverses contrées de la Gaule, éclata en 590 et sévit dans tout le Vivarais avec une violence inouïe. La population de Viviers fut cruellement décimée, et cette cité partagea avec Avignon le triste honneur d'être placée par Grégoire de Tours en première ligne sur la liste des villes dépeuplées cette année par le fléau.

Mais pendant que les calamités succédaient ainsi aux calamités presque sans interruption, la Providence semblait vouloir elle-même adoucir les maux qui affligeaient l'église de Viviers ; elle lui suscita une série de

grands évêques qui furent des prodiges de charité et de dévouement apostolique. Après saint Eucher, vers la fin du vie siècle, nous voyons le siège occupé successivement par saint Firmin, saint Aule, saint Eumachius et saint Longin. Saint Firmin était le chef de l'une de ces nobles familles gallo-romaines, autrefois l'ornement de la province, qui se faisaient gloire encore de cultiver la vertu et les lettres, et de conserver les restes brillants d'une civilisation prête à disparaître au milieu des ténèbres toujours croissantes de la barbarie. Il était marié au moment de son élévation à l'épiscopat ; il avait un fils, enfant de bénédiction, appelé Aulus du nom de sa mère Aula, qui devint plus tard son successeur, et une fille nommée Macédonia, qui épousa le patrice Alcinius. En montant sur la chaire de saint Venance, Firmin céda la plus grande portion de ses biens pour accroître la dotation de son église ; il fit cette libéralité d'un commun accord avec Aula ; celle-ci, avant de dire adieu au monde, s'estima heureuse de contribuer à enrichir l'épouse spirituelle qui devait désormais prendre sa place dans l'esprit et le cœur du pontife Firmin. Les enfants eux-mêmes, dans ce beau combat de générosité, ne voulant pas se montrer indignes de leurs parents, Macédonia et Alcinius, fondèrent sur les bords du Rhône, au territoire de Bergoïata, l'église de Notre-Dame-de-Cousiniac, et, après l'avoir richement dotée, ils en firent hommage à Dieu et à saint Vincent, patron de la cathédrale.

Quant à saint Aule, dès les années de son adolescence, il s'était distingué par une angélique piété, faisant ses délices de passer de longues heures, et souvent les nuits entières, à prier seul au pied des autels. Son esprit avait été cultivé avec soin ; il était versé dans la connaissance des lettres humaines et nourri des saintes Écritures et de l'enseignement des Pères. À l'étendue de la doctrine, saint Aule joignait une rare éloquence, relevée en lui par une voix douce et mélodieuse, par un extérieur plein de grâce et de dignité. Tel était l'air de majesté répandu sur toute sa personne, qu'à sa vue seule on se sentait pénétré d'un respect involontaire. Les grands et les princes eux-mêmes le vénéraient comme leur seigneur, tandis que, par sa tendre bonté et l'affabilité de son accueil, il se faisait chérir des petits et du peuple comme un pasteur et un père. Auprès de lui, les pauvres étaient sûrs de trouver toujours un secours et des consolations ; la veuve et l'orphelin, un appui ; le voyageur et l'étranger, une place à sa table frugale et l'hospitalité sous son toit. Mais le trait dominant, caractéristique, nous pourrions dire la passion de ce grand cœur, était son zèle à procurer l'émancipation des esclaves et le rachat des captifs. S'il ne pouvait à lui seul abolir partout l'esclavage, cette plaie hideuse de la société antique, il s'efforçait du moins de le restreindre dans ses propres domaines, sur les terres de l'église, et de remédier, selon la mesure de son pouvoir, aux abus de la force brutale, si communs en ces temps de barbarie et d'oppression : il est impossible, disent les chroniqueurs, de supputer le nombre des esclaves qu'il rendit à la liberté, ou des captifs dont sa main libératrice brisa les fers. Et pendant que sa charité semblait s'épuiser de sacrifices dans un si noble but, il donnait encore à pleines mains pour l'embellissement de son église et de sa ville épiscopale. Modèle des évêques par ses vertus comme par ses œuvres, après avoir consumé sa vie dans les jeûnes, les austérités, les studieuses veilles et les travaux apostoliques, saint Aule s'endormit dans le Seigneur. Doit-on s'étonner si, à la nouvelle de sa mort, il y eut une explosion de regrets et

comme un deuil universel, non-seulement dans le Vivarais, mais encore dans les contrées circonvoisines? Le corps du saint Évêque fut déposé dans une église construite à une petite distance de la ville, qu'on dédia plus tard en son honneur; il y demeura entouré de la vénération des fidèles, jusqu'à l'époque de l'invasion anglaise et des ravages des grandes compagnies. On crut nécessaire alors de soustraire les reliques au danger d'une sacrilège profanation, en transportant ce sacré dépôt dans la cathédrale. En mémoire de cette translation, l'église de Viviers institua une fête qui se célébrait, dans l'ancienne liturgie, le 20 février. Le tombeau primitif était un sarcophage en pierre taillée, de forme très-simple, sans sculpture ni ornement autre que l'inscription suivante:

RIC REQVIESCIT S. AVLVS. Ici repose saint Aule.

Il y avait à Viviers une ancienne église qui portait le nom de saint Aule. Au XVIe siècle, ses reliques, qui se gardaient dans la cathédrale, furent brûlées par les calvinistes avec celles de saint Arcons.

Avant de mourir, saint Aule avait désigné aux suffrages des clercs de l'église de Viviers, celui qu'il jugeait le plus digne de lui succéder: l'évêque ainsi élu se nommait Eumachius. Il ne tarda pas à justifier le choix de son illustre prédécesseur et les espérances qu'il avait fait naître. Comme saint Aule, il exerça par l'autorité de la parole et de l'exemple un merveilleux ascendant sur son peuple; après lui, il sut se faire admirer par son esprit de mansuétude et par une charité incomparable. Dès les premiers jours de son épiscopat, il s'était dépouillé de tout ce qu'il possédait pour augmenter le patrimoine de l'église et des pauvres, devenu pauvre lui-même par choix, afin de marcher avec plus de vérité sur les traces de Jésus-Christ, le divin modèle des pasteurs. Arrivé au terme de la carrière, il voulut distribuer de ses propres mains aux plus nécessiteux de son troupeau, ce qui lui restait des biens de ce monde; il les réunit auprès de son lit de mort, et ce sont les pauvres, objets constants de sa plus tendre sollicitude, qui reçurent ses derniers embrassements et son dernier adieu.

Sous l'évêque saint Longin, qui vint après saint Eumachius, le martyrologe de l'église de Viviers enregistre une nouvelle irruption des Wisigoths et le sac de la ville épiscopale par ces bandes barbares. C'était pour la cinquième ou la sixième fois, dans l'espace de deux cents ans, que cette malheureuse cité assistait aux horreurs d'un pillage et d'une prise d'assaut. Nous croyons que cette dernière invasion coïncida avec l'expédition du roi Wamba en Septimanie, lorsque cette province leva le drapeau de l'indépendance contre les rois de Tolède (673). En quelques jours, le terrible Wamba eut étouffé la révolte dans le sang. Rentré vainqueur dans Nîmes, le prince wisigoth résolut de porter la guerre chez les Francs, ses voisins, qui avaient fourni des troupes auxiliaires à ses sujets rebelles. Julien de Tolède rapporte que le bruit en étant parvenu jusqu'aux frontières des pays menacés, y causa tant de terreur que les habitants des villes les quittèrent, pour aller chercher un refuge dans les montagnes. Ce plan de campagne reçut-il un commencement d'exécution? Les ravages exercés dans le pays de Viviers, limitrophe de la Septimanie wisigothique, en sont la preuve incontestable. Mais bientôt, cédant aux avis de ses généraux, Wamba abandonna la poursuite de ses desseins contre les Francs. Le Vivarais put alors respirer, et saint Longin, terminer en paix les jours de son épiscopat. Il en fut probablement de même de ses deux successeurs Jean et Ardulphe. Nous ne connaissons de ces évêques que les fondations qu'ils firent en faveur de l'église cathédrale.

Extrait de l'Histoire du Vivarais, par M. l'abbé Ronchier, chan. hon. de Viviers.

Feast Date

March 29th

Death

Fin du VIe siècle