Vénérable Gertrude van Oosten
Vierge et Béguine
Summary
Béguine à Delft au XIVe siècle, Gertrude van Oosten mena une vie d'humilité et de travail manuel après avoir pardonné à son fiancé infidèle. Favorisée de visions et marquée des stigmates de la Passion en 1340, elle était réputée pour ses dons de prophétie et sa dévotion à la Sainte-Enfance.
Biography
LA V. GERTRUDE VAN OOSTEN, VIERGE
### BÉGUINE A DELFT
1358. — Pape : Innocent VI. — Roi de France : Jean II, le Bon.
« Pour servir Dieu, il suffit d'avoir de la bonne volonté et cinq doigts qui sachent tenir un fuseau. » Acta Sanctorum, Vie de la vénérable Gertrude.
La vénérable Gertrude naquit à Voorburch, ville de Hollande, située à égale distance de Delft et de la Haye ; ses parents étaient de simples paysans. Au sortir de l'enfance, elle entra en service à Delft, pour subvenir à sa subsistance. Là elle fit la connaissance de deux autres jeunes domestiques, pieuses comme elle. Quand elles avaient des loisirs, les trois amies les employaient à chanter sur les ponts de la ville un pieux cantique commençant par ces mots : *Le Jour se lève à l'Orient*, en hollandais — *Het daghet in den Oosten*. — C'est du premier substantif de son hymne à Dieu que la sainte musicienne a été appelée *Gheertrude van Oosten*, Gertrude d'Orient.
Elle avait été fiancée à un jeune homme qui bientôt après la délaissa pour une rivale plus heureuse. Notre Sainte rendit le bien pour le mal : ayant en effet appris que celle qui lui avait ravi le cœur de son fiancé était conduite aux portes de la mort par les douleurs de l'enfantement, elle obtint du ciel et sa délivrance et sa guérison.
Que de grâces sont attachées au pardon des offenses ! Qui sait si Gertrude d'Orient ne dut pas à cet héroïque oubli d'une espèce de délaissement, particulièrement cruel, d'avoir échangé son titre d'épouse d'un homme périssable contre celui d'épouse de Jésus-Christ ?
Quoi qu'il en soit, elle entra chez les Béguines et commença un genre de vie plus parfait encore que celui qu'elle avait mené jusque-là. Pauvre, elle se réduisit à mendier son pain par humilité plutôt que par nécessité. Ses besoins, du reste, se réduisaient à peu de chose, car de bonne heure elle fut favorisée d'extases célestes, et plus d'une fois elle resta six semaines de suite dans sa chambrette ravie au ciel, étrangère à la terre. Quand elle sortait, la bonne odeur de ses vertus la suivait. Elle se plaisait à visiter les servantes dont elle avait partagé la condition et à leur faire entendre des paroles de consolation autant que d'édification. Quand celles qu'elle engageait à mener une vie pure et fervente, lui disaient : « Comment faire pour vivre ? » elle leur répondait : « Pour servir Dieu, il suffit d'avoir de la bonne volonté et doigts qui sachent tenir un fuseau ».
Elle avait ainsi vécu sept ans dans les veilles et le jeûne. Le démon ne put voir sans jalousie une vertu si persévérante ; n'ayant pu troubler son esprit par des pensées et des images impures, il l'attaqua d'une manière sensible : il alla jusqu'à la dépouiller de son manteau, à la secouer violemment par les bras, à l'enlever dans les airs et à la laisser retomber. Mais le bras du Seigneur la soutenait dans ces chutes. Gertrude aimait passionnément les petits enfants ; une fois donc, le diable prit la figure d'un de ces anges de la terre et se présenta à elle tout éploré ; mais la servante de Dieu reconnut le piège et repoussa le tentateur.
Elle s'exerçait tous les jours à méditer la Passion de Jésus-Christ et les principaux mystères de notre foi, selon l'ordre des temps où l'Église les célèbre. Elle se plaisait surtout à contempler Jésus dans les mystères de son enfance.
Cette dévotion à la Sainte-Enfance que devait renouveler, trois siècles plus tard, la communauté des Carmélites de Beaune, qui devait recevoir tout son épanouissement au XIXe siècle, valut à la petite servante de Jésus-Christ, Gertrude van Oosten, les plus signalées faveurs du divin enfant.
Et les prodiges succédaient aux prodiges dans cette humble existence qui ravissait d'admiration les chœurs des Anges. Le soir du jeudi saint de l'année 1340, elle était abîmée, avec Jésus à Gethsémani, dans la contemplation des souffrances de son Sauveur, lorsque tout à coup elle sentit cinq piqûres aux deux mains, aux deux pieds et au côté, puis un ruisseau d'un sang vermeil coula par ces cinq blessures : c'étaient les stigmates de sa Passion dont Jésus-Christ venait de marquer sa servante. Le lendemain et les jours suivants, le sang coula sept fois dans la même journée : le flux coïncidait avec les sept heures canoniales. Cette merveille attira un grand nombre de pèlerins et un plus grand nombre encore de curieux dans la cellule de la pauvre Béguine. Craignant donc qu'un sentiment de vaine complaisance ne se glissât dans son âme, elle pria son Seigneur et son Dieu de faire cesser ces visites, en lui retirant ces blessures sacrées. Notre-Seigneur l'exauça et il ne resta à Gertrude que l'empreinte des stigmates. Elle vécut encore dix-huit ans, à partir de ce moment ; mais son corps resta si faible qu'il lui fallait faire trois pauses pour se rendre de sa cellule à l'église.
C'est dans la dernière période de sa vie qu'elle eut la prescience de l'avenir et la vue distincte des événements qui se passaient loin d'elle, par exemple, de la bataille livrée en 1351, sur les bords de la Meuse, entre l'impératrice-duchesse et son fils Guillaume. Elle lisait dans les consciences et plus d'une fois elle se servit de ce don de claire vue pour ramener des pécheurs ou rassurer sur leur état des âmes nouvellement converties. Son confesseur — un saint homme — avait l'intention d'acheter une maison dans Delft : « Ne vous pressez pas, lui dit Gertrude, car il n'ira pas longtemps avant qu'il n'y ait ici beaucoup de maisons à vendre et à bon marché ». En effet, une année après la mort de la Sainte, qui était née pour le ciel le 6 janvier 1358, Albert de Bavière vint mettre le siège devant cette ville et faire baisser le prix des immeubles. Cette prophétie se réalisa en 1359. Au moment d'expirer elle s'écria : Mes sœurs, je vais à la maison. Comme on lui faisait observer qu'elle y était, elle répondit : « Ce n'est pas de celle-ci que je parle, mais de la maison dont les pavés sont d'or ». Elle fut enterrée dans le cimetière de la paroisse, au pied de la tour de l'ancienne église de Delft, du côté du midi.
Nous avons extrait cette Vie des Acta Sanctorum.
Key Events
- Entrée en service à Delft comme domestique
- Rupture de ses fiançailles et pardon à sa rivale
- Entrée chez les Béguines de Delft
- Réception des stigmates le Jeudi Saint 1340
- Prophétie sur le siège de Delft par Albert de Bavière
Miracles
- Guérison et délivrance d'une femme en couches (sa rivale)
- Stigmatisation miraculeuse en 1340
- Extases prolongées de six semaines
- Don de prophétie et lecture des consciences
Quotes
Pour servir Dieu, il suffit d'avoir de la bonne volonté et cinq doigts qui sachent tenir un fuseau.
Mes sœurs, je vais à la maison... celle dont les pavés sont d'or.