Saint Valère de Saragosse
Évêque et Confesseur
Summary
Évêque de Saragosse issu d'une famille consulaire, Valère fut arrêté avec son diacre Vincent sous Dioclétien. En raison de son grand âge et d'une difficulté d'élocution, il fut condamné à l'exil à Anet plutôt qu'au martyre. Il y mourut en 315 après une vie de prière, et son culte s'est particulièrement développé en Espagne et en Franche-Comté.
Biography
SAINT VALÈRE, ÉVÊQUE DE SARAGOSSE (345).
Valère, remarquable par sa piété et sa doctrine, naquit à Saragosse, de la famille consulaire des Valérius, comme l'atteste Prudence. Devenu évêque de sa ville natale, il se montra dans cette dignité tel que le peuple lui-même n'aurait pu souhaiter davantage. Comme on était au plus fort de la persécution de Dioclétien et de Maximien, il appliquait tout son courage et tous ses soins à la propagation de la foi chrétienne, combattant, selon le précepte de l'Apôtre, le bon combat de la foi, conquérant la vie éternelle et confessant courageusement sa croyance devant de nombreux témoins. Ne pouvant que difficilement, à cause de la lenteur de sa langue, s'acquitter du ministère de la prédication, et ne voulant pas priver son peuple des fruits qu'il devait en retirer, il confia ce soin à Vincent, son diacre et son disciple : de cette manière l'instruction de son peuple ne laissait rien à désirer. Grâce à l'exemple et à la pureté des mœurs de l'un et de l'autre, et aux prédications de Vincent, la religion des chrétiens était prospère et grandissait tous les jours. Dacien le comprit, Dacien, qui avait été envoyé comme gouverneur en Espagne pendant la persécution de Dioclétien et de Maximien, et qui poursuivait les chrétiens de toutes ses forces ; c'est pourquoi il ordonna d'arrêter Valère avec Vincent à Saragosse, et de les traîner tous les deux à Valence.
Ils allèrent donc de Saragosse à Valence, chargés de fers ; aussitôt arrivés, ils comparurent devant Dacien. Celui-ci, s'adressant d'abord à Valère à cause de son grand âge et de la haute estime dont il jouissait parmi les chrétiens, lui dit : « Quoi donc, Valère, penses-tu qu'il soit juste, sous prétexte de religion, d'enfreindre et de vider les décrets des princes ? » Alors Valère, dont le corps était affaibli par la vieillesse, mais dont l'esprit n'avait rien perdu de sa vigueur, répandit : « Nous, ô Dacien, qui professons la foi chrétienne, et qui nous tenons sur les traces de nos ancêtres, nous avons toujours eu pour maxime et pour principe, dans notre sainte religion, d'obéir à Dieu, qui a tout créé par sa volonté, plutôt qu'aux hommes ». Ayant entendu ces paroles, Dacien, qui ne se promettait aucun triomphe de la mort de Valère, parce qu'il était accablé d'une extrême vieillesse,
que le président estimait devoir lui être plus à charge que n'importe quel tourment, décréta qu'il serait seulement envoyé en exil.
Valère choisit pour lieu de son exil la petite ville d'Anet, en Aragon. Là, il se faisait une loi de vivre loin du monde, afin que, délivré de tous embarras et de toutes affaires, il pût consacrer à Dieu sa vieillesse. La mort très-glorieuse que Vincent avait soufferte à Valence, par l'ordre de l'impic Dacien, lui revenait souvent à l'esprit, et il l'estimait très-heureuse : lui-même ne souhaitait que de sortir de cette vie ; il désirait de revoir dans le ciel celui qui avait été son compagnon sur la terre et qui avait partagé ses travaux. Pour mieux marquer ses sentiments envers Vincent, il lui fit élever en ce lieu une église aux frais des chrétiens. C'est la première qui ait été érigée en l'honneur de saint Vincent. Enfin les veilles, les jeûnes et les oraisons ayant occupé sa vie jusqu'au dernier moment, il rendit à Dieu sa bienheureuse âme, l'an 315. Les chrétiens ensevelirent son corps non loin de là, dans un château nommé Strada. Un insigne monument, contenant ses reliques et rappelant son nom, se voit maintenant au monastère de Saint-Vincent, à Rota. En Espagne, peuple et souverains ont toujours honoré saint Valère avec la plus grande dévotion. Aussi, très-souvent, Dieu a récompensé leur confiance et leur piété par les miracles les plus éclatants, et surtout par des guérisons miraculeuses.
Le culte de saint Valère, si célèbre dans les villes d'Espagne, a été introduit en Franche-Comté à une époque fort ancienne, que nous ne pouvons déterminer. Une paroisse du Jura, celle de Châtillon-sur-Courtine, rend à cet illustre confesseur un culte particulier. Elle possède depuis plusieurs siècles des reliques assez considérables, que la tradition a toujours regardées comme celles de saint Valère, évêque de Saragosse. On ignore le temps précis où elles ont été transportées à Châtillon ; mais il est certain que cette translation est fort ancienne, car, à une époque reculée, saint Valère avait déjà eu ce lieu une église consacrée en son honneur. Elle était située au milieu du cimetière actuel de cette paroisse, dans l'endroit qu'on appelle aujourd'hui le cimetière et la chapelle de saint Valère. En 1835, on en voyait encore les ruines couvertes de broussailles, lorsque les habitants travaillèrent à niveler le cimetière et à débarrasser le petit oratoire qui s'y trouve. De plus, une charte de franchise, accordée en 1341 par Jacques de Châlon, sire d'Arlay et seigneur de Châtillon, fait mention d'une ville appelée Curtine, bâtie aux environs du cimetière de Saint-Valère. Les reliques que possède aujourd'hui la paroisse de Châtillon étaient donc très-probablement déposées alors dans cette église, et en furent tirées pour être transportées dans la chapelle de l'Aigle, lorsque Jean de Châlon fit bâtir cette chapelle pour les habitants du bourg de l'Arrénier, qu'il établissait près de son château.
On voit par là que le culte rendu à Châtillon au saint évêque de Saragosse, remonte à plus de cinq cents ans. Ses reliques y sont en grande vénération, non-seulement pour cette paroisse, mais encore pour les paroisses voisines, qui, à différentes époques, y vinrent en procession pour obtenir un temps favorable aux biens de la terre, surtout dans les temps de sécheresse. Plus d'une fois, cette confiance des peuples a été exaucée d'une manière extraordinaire. Ces dépouilles sacrées furent renfermées, jusqu'en 1822, dans une chasse très-ancienne, qui contenait aussi d'autres reliques, qu'on honore comme celles de saint Grégoire le Grand, pape et docteur de l'Église.
Malgré le mélange de ces reliques appartenant à deux saints, l'usage a prévalu de les désigner sous le nom de chasse de saint Valère. C'est lui qui est le patron principal et le plus ancien de la paroisse. Sa fête, qui se célébrait solennellement le 28 janvier à Châtillon, comme dans le reste
de l'Église, a été transférée au 23 octobre, en vertu d'une permission accordée par Mgr Claude Lecoc, le 23 septembre 1807. On voit encore, parmi les anciennes statues de l'église paroissiale, un buste en bois de saint Valère, absolument semblable pour la forme à celui qui est décrit par les Bullandistes, et qui fut donné par Pierre de Lune à l'église de Saragosse en 1207. Lorsqu'on portait en procession l'ancienne chasse du Saint, on enlevait quelquefois le couvercle qui la recouvre pour le remplacer par cette statue du saint évêque, qui semblait ainsi sortir vivant de son tombeau. De temps immémorial, les fidèles de Châtillon appellent ce buste le chef de saint Valère. Lorsque la chapelle de l'Aigle, démolie en 1805, eut été remplacée par l'église actuelle, les reliques du saint patron furent transférées dans le nouvel édifice, en 1807. Quelques parcelles en furent tirées en 1811 et placées dans le reliquaire portatif de la paroisse. Le 23 octobre 1822, M. Bourgeon, curé de Châtillon, retira la totalité des reliques de leur ancienne chasse, qui tombait de vétusté, et les déposa dans une nouvelle chasse de bois, où elles sont encore aujourd'hui.
Les fidèles de la paroisse ont toujours montré le plus grand respect pour les restes précieux de leurs saints patrons. C'est à ces puissants protecteurs qu'ils ont recours pour implorer, par leur intercession, la miséricorde divine dans les fléaux publics. La chasse est alors portée en procession, au milieu des marques de la vénération unie à la confiance. Les paroisses voisines, en particulier celles de Mireboi, Munoz-la-Ville, Crançot, Vevy, etc., se sont rendues processionnellement à différentes époques, à l'église de Châtillon, pour y invoquer la protection des deux saints pontifes Grégoire et Valère. Ces faits montrent le respect traditionnel que ces populations ont conservé pour les élus de Dieu. Aussi, malgré les fureurs de la Révolution française, la chasse de saint Valère est restée dans l'église paroissiale de Châtillon comme aux temps les plus paisibles, et les profanateurs n'osèrent pas toucher à ces reliques, défendues par la vénération des fidèles.
Saint Valère est encore particulièrement honoré à Castelnovo, lieu où le Saint s'arrête en quittant Valence pour demander à manger ; mais les habitants, qui étaient païens, se moquèrent de lui. Saint Valère prédit alors que personne ne pourrait habiter ce lieu s'il n'était chrétien, ce qui arriva ; — à Anet, ou plutôt dans le diocèse de Rota, car c'est près de cette ville que se trouve aujourd'hui le petit village d'Anet, composé d'une vingtaine de maisons à peine, et c'est à Rota que ses reliques furent transférées après la ruine du château-fort de Strada, en 1065. L'église de Rota fait encore mémoire de cette translation le 23 octobre de chaque année ; — à Saragosse, où son chef fut transporté en 1170, par Alphonse II, roi d'Aragon.
Les auteurs de la Vie des Saints de Franche-Comté ont tiré ces détails d'une notice manuscrite sur les reliques de saint Valère, rédigée par M. Thurol, curé de Châtillon, et adressée à Mgr de Chaman, évêque de Saint-Claude.
Key Events
- Élection comme évêque de Saragosse
- Arrestation par Dacien lors de la persécution de Dioclétien
- Transfert chargé de fers de Saragosse à Valence
- Condamnation à l'exil en raison de son grand âge
- Retraite et mort à Anet en Aragon
- Fondation de la première église en l'honneur de saint Vincent
Miracles
- Guérisons miraculeuses par l'intercession de ses reliques
- Obtention de la pluie en temps de sécheresse
- Prophétie sur l'obligation d'être chrétien pour habiter Castelnovo
Quotes
Nous, ô Dacien, qui professons la foi chrétienne... nous avons toujours eu pour maxime et pour principe... d'obéir à Dieu... plutôt qu'aux hommes.