Saint Tigide
Évêque et Martyre
Summary
Évêque de Gap dans les premiers siècles, Saint Tigide gouverna son église avec sainteté avant de subir le martyre. Ses reliques furent en partie transférées à Bort au XIIIe siècle par des croisés, où il devint un protecteur populaire des voyageurs aux côtés de saint Remède.
Biography
SAINT TIGIDE ET SAINT REMÈDE, ÉVÊQUES ET MARTYRS DE GAP
XIe siècle.
Tigide et Remède, vulgairement Ramesy, gouvernèrent l'église de Gap dans les premiers siècles. Il n'est pas certain combien de temps ils ont tenu le siège épiscopal, ni s'ils sont morts l'un et l'autre le même jour. Mais si le temps de leur vie est incertain, ce qui ne l'est pas, c'est la sainteté de leur vie, la pureté de leurs mœurs, leur infatigable sollicitude pastorale, et enfin le mérite de toutes les vertus. Après qu'ils eurent, en suivant les traces de saint Démétrius, rendu de grands services à l'église qu'il avait fondée par son sang, ils donnèrent aussi leur vie pour cette même église. Car on lit dans le martyrologe de saint Jérôme qu'ils furent martyrisés dans la ville de Gap.
Dans les anciens bréviaires de l'église de Gap, nos saints Pontifes étaient honorés d'un office de rite double, lequel fut réduit à un simple mémoire dans le bréviaire de 1764, non sans exciter les réclamations du chapitre et du clergé. Mais en 1845, Jean Irénée Dépéry, évêque de Gap, très-ami de la sainte et vénérable antiquité ecclésiastique, et à bon droit jaloux d'augmenter le culte des saints prélats de son église, rétablit le rite double pour la fête des bienheureux Tigide et Remède, aux applaudissements du chapitre et du clergé.
Les reliques de saint Tigide et de saint Remède furent conservées dans l'église de Gap jusqu'au commencement du XIIIe siècle. À cette époque, des chevaliers français, faisant partie de l'armée chrétienne qui avait assiégé et pris d'assaut Constantinople, reçurent en don de l'empereur Baudouin, et comme récompense de leur valeur, le corps de saint Germain, patriarche de cette ville, illustre en vertus et en doctrine, martyrisé sous le règne de Léon l'Isaurien pour la défense des saintes images (630). À leur retour, ces croisés passèrent par Gap : or, sur une inspiration du ciel, on leur livra aussi le corps de saint Remède et quelques parcelles de celui de saint Tigide. Ces ossements sacrés furent réunis à ceux de saint Germain, renfermés dans une chasse en argent et déposés dans l'église de Bort, petite ville sur les confins de l'Auvergne et du Limousin, aujourd'hui du diocèse de Tulle. En ce temps-là, les corps des martyrs et des confesseurs étaient le palladium des villes.
Le culte des reliques de saint Germain et de saint Remède fut bientôt célèbre dans l'Auvergne et le Limousin où il devint très-populaire : une fête solennelle fut instituée en l'honneur de ces Saints pour lesquels Bort oublia bientôt son ancien patron, saint Antoine.
Dès lors un pieux usage s'était établi : au départ de tout habitant de ces pays-là, soit pour une expédition militaire, soit pour un voyage lointain, on cousait à ses vêtements soit une médaille, soit un morceau d'étoffe, soit tout autre objet qui eût touché les corps saints. Ce bouclier invisible devait le préserver de toute blessure, de tout accident, et le ramener sain et sauf dans ses foyers. Était-ce un souvenir de la protection que ces deux Saints, étrangers et voyageurs eux-mêmes après leur mort, avaient jadis accordée aux croisés Limousins, pendant leur longue et périlleuse route ?
La tourmente révolutionnaire de 1793 dispersa les ossements de saint Germain et de saint Romède. Cependant, par une protection spéciale de la Providence, quelques parcelles purent être soustraites à cette grande ruine qui se consommait sur toute la terre de France. Mais la confiance résista à la tempête, et lorsqu'un peu de calme se fut fait, la ville de Bort réinstalla ses grands patrons dans leur église, et la fête accoutumée retrouva ses saintes solennités.
Plusieurs faits merveilleux vinrent, depuis cette époque, prouver aux habitants de Bort combien le patronage de ses Saints était puissant et efficace.
La cathédrale de Gap, veuve depuis sept siècles de son saint évêque, aspirait à recouvrer au moins quelques parties de ses précieuses reliques. En 1845, Mgr Jean-Irénée Dépéry fit part à Mgr l'évêque de Tulle de ces légitimes désirs, et reçut de son vénéré collègue une parcelle considérable qui, depuis, est exposée dans l'église cathédrale de Gap à la vénération des fidèles.