Saint Gilbert de Meaux
Évêque de Meaux
Summary
Noble du Vermandois devenu chanoine puis archidiacre, Gilbert fut élu évêque de Meaux en 995. Reconnu pour son humilité et sa charité, il réforma l'administration des biens de son diocèse avant de s'éteindre vers 1009. Son culte, marqué par de nombreux miracles, est resté vivace dans le nord de la France.
Biography
SAINT GILBERT, ÉVÊQUE DE MEAUX
1009. — Pape : Sergius IV. — Roi de France : Robert II.
Non est mortale quod opto. Mes vœux s'élèvent bien au-dessus des choses mortelles. Devise de Raphael Capisoncchi, évêque de Digne (1628-1655).
Une très-ancienne tradition fait naître saint Gilbert à Ham.
Son père, Fulchard, et sa mère, Geila ou Gisèle, appartenaient à la noblesse du Vermandois et vivaient dans l'intimité du comte Albert Ier. Ils confièrent l'éducation de leur fils aux chanoines de Saint-Quentin de Vermand, qui étaient renommés pour leur science et leur sainteté. Gilbert fit
de rapides progrès dans les lettres et de plus grands encore dans la vertu. Ses éminentes qualités, plus encore que sa naissance, le firent distinguer du comte Albert, qui le pourvut d'un canonicat à la collégiale de Saint-Quentin. Sa régularité et son zèle lui attirèrent bientôt l'estime et l'admiration de tous ceux qui le connurent. Le second fils d'Albert Ier, Othon, qui, du vivant de son père, portait le titre de comte de Vermandois, l'attirait souvent à la cour et lui témoignait une vive affection. Le pieux chanoine se rendait volontiers à ces invitations, et sa piété ne souffrait aucune atteinte au contact du monde.
Archanrad, évêque de Meaux, déterminé par la renommée de Gilbert, le choisit pour son archidiacre. On put alors apprécier le zèle, la prudence et la charité qu'il mettait à réprimer la violation des règles et à garantir l'honneur sacerdotal. Il fit honneur à cette collégiale de Saint-Quentin, pépinière féconde qui fournit des sujets à presque toutes les églises de France, et qui vit sortir de son sein près de quarante évêques, sept chanceliers de France, six cardinaux et un pape.
A la mort d'Archanrad (995), tous les suffrages se portèrent sur Gilbert, qui mit autant de répugnance à accepter cette dignité qu'on mettait d'empressement à la lui offrir. Etienne Ier, comte de Meaux et de Troyes, exprima toute sa joie aux deux clercs qui vinrent à Epernay soumettre à son approbation le choix du peuple et du clergé.
Malgré son élévation, Gilbert ne changea rien à sa manière de vivre, restant toujours fidèle à ses exercices de piété, à ses oraisons, à ses jeûnes et à ses mortifications. Voyant dans ses nouvelles fonctions une charge obligatoire bien plus qu'un honneur, il puisait dans le profond sentiment de ses devoirs la résolution d'être toujours miséricordieux pour les pauvres, sévère pour les méchants, indulgent pour les bons ; aussi était-ce par un régime tout paternel qu'il gouvernait son bercail. Pendant ses vingt années d'épiscopat, il donna l'exemple de toutes les vertus et surtout d'une parfaite humilité.
Nous ne connaissons qu'un fort petit nombre des actes épiscopaux de saint Gilbert. En 998, nous le voyons souscrire à une charte du roi Robert en faveur du monastère de Saint-Denis ; en 1003, il appose son sceau à une charte du même roi, octroyée à l'abbaye de Saint-Père de Melun ; en 1005, il donne à son Chapitre les revenus de la petite abbaye de Saint-Rigomer, située dans un faubourg de Meaux ; en 1008, il assiste au concile de Chelles, dans le palais du roi Robert ; enfin, nous le voyons donner des secours pécuniaires à l'abbaye de Saint-Père-en-Vallée-lès-Chartres, pour qu'elle puisse augmenter le nombre de ses religieux.
Gilbert fut un des premiers prélats de France qui, à l'exemple de Lisiard, évêque de Paris, divisa les revenus de son église en deux menses, l'une épiscopale et l'autre capitulaire. Ce vœu lui avait été exprimé par son Chapitre, qui désirait pouvoir user des revenus de son lot, sans le concours de l'évêque. Avant ce partage, qui date du 12 mars 1004 et fut approuvé par le pape saint Léon IX, l'évêque, seul administrateur des biens de son église, en faisait la répartition entre les clercs et les chanoines, affectant la part que bon lui semblait au service du culte, au besoin des pauvres et à ses dépenses personnelles.
Gilbert, étant tombé gravement malade et sentant sa fin approcher, réclama les derniers secours spirituels à Léotheric, archevêque de Sens, et à Fulbert, évêque de Chartres, qui se rendirent à son appel. « Grâces immor-
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telles vous soient rendues », leur dit-il, « ô vous, lumières de l’Eglise des Gaules, qui venez recevoir les soupirs d’un vieil ami ; vous qui, en m’appropriant le Viatique des mourants, venez m’aider à lutter contre les embûches de la mort et les ruses de l’ennemi du salut ; vous qui, d’une main pieuse, confierez mes restes mortels à une tombe chrétienne ».
Après vingt ans de sage administration, le saint évêque mourut, le 13 février de l’an 1009 ou 1010. Il fut enseveli dans l’église dédiée à Notre-Dame et à saint Étienne, devant l’autel, sous les gradins de l’abside. De nombreux miracles s’accomplirent bientôt sur son tombeau.
## RELIQUES ET CULTE DE SAINT GILBERT.
Jean l’Heillier, évêque de Meaux, transféra le corps de saint Gilbert en 1401.
Le couvent de Saint-André de Clermont donna, en 1645, une relique de saint Gilbert à l’abbaye de Saint-André-au-Bois.
Le 25 juin 1562, les Huguenots dévastèrent la cathédrale de Meaux ; quelques ossements de saint Gilbert échappèrent seuls au désastre. À l’époque de la Révolution, ils ont été confondus avec les reliques de quelques autres Saints, par suite de l’incurie de l’évêque constitutionnel. Ils sont probablement avec d’autres reliques innombrées, dans la chasse principale de la cathédrale, désignée sous le titre de Saint-Pierre. Dans la même église, on conservait jadis, avec un grand respect, une chape du saint évêque.
Saint Gilbert était spécialement invoqué pour l’hydropisie et le mal des ardents.
La collégiale de Saint-Quentin, ainsi que les églises de Meaux et de Noyon, célébraient la fête de saint Gilbert au 13 février. Dans le diocèse de Meaux, on fêtait, de plus, sa translation au 30 octobre. On ne fait plus aujourd’hui que sa fête patronale.
Son nom est inscrit dans le Martyrologe d’Amiens de 1737, ainsi que dans ceux de Molanus, Ferrari, Canisius, Du Saussay, Chastelain, etc. ; il est marqué au 4 février dans quelques anciens calendriers.
Saint Gilbert, revêtu de ses ornements épiscopaux, tient le troisième rang parmi les six personnages qui ont illustré la ville de Saint-Quentin, dans la gravure initiale de l’*Augusta Viromanduorum* d’Hémeré.
Saint Gilbert figurait au portail principal de la cathédrale de Meaux, avec d’autres prélats de cette église. Toutes ces statues ont été mutilées par les Huguenots, le 25 juin 1562, et depuis, on les a ôtées de la place qu’elles occupaient.
Nous avons emprunté cette vie à l’*Hagiographie d’Amiens*, par M. l’abbé Corblet.
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## SAINT AGABUS,
L’UN DES SOIXANTE-DOUZE DISCIPLES DE JÉSUS-CHRIST; PROPHÈTE ILLUSTRE DE L’ÉGLISE PRIMITIVE; TÉMOIN OCULAIRE DES FAITS DU CHRIST (Ier s.).
La tradition de l’Eglise Orientale, suivie, approuvée par l’Eglise d’Occident, témoigne que saint Agabus était l’un des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur.
Il avait le don de prophétie, comme la plupart des premiers disciples de Jésus, selon qu’il est marqué dans les *Actes des Apôtres*, où on lit ce qui suit :
« En ce même temps (l’an 44 de Jésus-Christ), des Prophètes vinrent de Jérusalem à Antioche.
« L’un d’eux, nommé Agabus, prédit par l’Esprit de Dieu qu’il y aurait une grande famine par toute la terre, comme elle arriva ensuite sous l’empereur Claude ».
D'après cette prédiction d'Agabus, « les disciples résolurent d'envoyer, chacun selon son pouvoir, quelques aumônes aux frères qui demeuraient en Judée : ce qu'ils firent en effet, les envoyant aux prêtres de Jérusalem par les mains de Barnabé et de Paul ».
La Synagogue, dans les temps de sa divine institution, avait eu ses Prophètes. L'Église chrétienne eut pareillement les siens dans ses commencements. Le don de prophétie était si commun alors, qu'il y avait peu d'églises où il n'y eût quelque personne qui en fût privilégiée. Ce fut principalement alors que l'on vit l'accomplissement de l'oracle de Joël qui annonçait que l'esprit de prophétie serait répandu sur toute chair. Quatre filles du diacre saint Philippe étaient toutes prophétesses. Saint Luc parle encore plus loin des docteurs et des Prophètes, qui étaient à Antioche, et notamment de Barnabé, de Simon le Noir, de Lucius de Cyrène, de Manahen, de Saul. Agabus était un de ceux que le Saint-Esprit favorisait tout spécialement. Tous les écrivains du Nouveau Testament sont autant de Prophètes ; et il y a peu de siècles où Dieu n'ait communiqué son esprit de prophétie, au moins par intervalle, à certaines personnes privilégiées, et illustres par leur sainteté.
La famine que prédit ici Agabus arriva sous l'empereur Claude, la quatrième année de son règne, quarante-quatrième de l'ère commune. Les historiens profanes ont parlé de cette famine. Suétone dit que cet empereur fut attaqué par le peuple au milieu du marché, chargé d'injures, et poursuivi avec des morceaux de pain ; en sorte qu'à peine put-il regagner son palais par une porte de derrière. Cette famine s'étendait par toute la terre, dit saint Luc ; c'est-à-dire, dans tout l'empire romain ; mais non pas partout également. Elle affligera principalement la Judée. — Les fidèles d'Antioche furent informés de l'extrême disette que souffraient les chrétiens qui étaient demeurés à Jérusalem, parce que la plupart s'étaient dépouillés de tous leurs biens, pour les mettre en commun, et pour les apporter aux pieds des Apôtres ; ils prirent alors une résolution digne de leur charité, qui fut d'envoyer des aumônes en Judée, pour y être distribuées aux indigents. On chargea de ces aumônes Paul et Barnabé. Mélone, reine des Adiabéniens, et leste, son fils, vinrent pareillement au secours des habitants de Jérusalem. Ils remirent leurs aumônes entre les mains des magistrats de cette ville, et les Apôtres, entre les mains des prêtres ou anciens de cette église.
Les peintres représentent, dans les tableaux et dans les verrières des églises, Agabus rampant son bâton ou son rameau, de dépit de ce que saint Joseph lui est préféré par le sort pour être l'époux de Marie, et se retirant dès lors sur le mont Carmel pour y vivre dans la solitude et dans la contemplation. C'est ce que raconte une ancienne légende de la vie de la Sainte Vierge.
Il fut un des plus aînés disciples de Jésus, et mérita des faveurs spéciales du Saint-Esprit, qu'il fit servir au profit de l'Église.
La famine qu'il prédit sous Claude ne fut pas la seule prophétie publique qu'il fit dans l'Église. L'an 58, il vint encore de Judée trouver saint Paul à Césarée, et lui annonça tout ce qu'il devait endurer, à Jérusalem, de mauvais traitements de la part des Juifs et des Gentils :
« Pendant notre séjour à Césarée », dit saint Luc, « un prophète, nommé Agabus, vint de Judée et nous étant venu voir, il prit la ceinture de Paul et, s'en liant les pieds et les mains, il dit :
— « Voici ce que dit le Saint-Esprit. L'homme à qui appartient cette ceinture sera lié de cette sorte par les Juifs dans Jérusalem, et ils le livreront entre les mains des Gentils ».
Les fidèles, assurés de la vérité de cette prophétie d'Agabus, essayèrent de détourner saint Paul d'aller à Jérusalem. Mais cet apôtre intrépide, qui savait qu'il devait souffrir pour Jésus-Christ, ne craignit point de s'exposer à tous les périls, et la prophétie précédente s'accomplit à la lettre, lorsque saint Paul fut à Jérusalem.
Les Grecs disent que saint Agabus fut martyrisé à Antioche, et ils marquent sa fête au 8 mars ; les Latins la célèbrent le 13 février depuis le IXe siècle.
Voir *Bollandistes*, 13 février, p. 844. S. Adon et les *Sotans-dones disciples* de M. l'abbé de Maistre, auquel nous avons emprunté ce récit.