Le Bienheureux Julien de Saint Augustin
Frère laïc franciscain de l'Observance
Summary
Né en Castille d'un père béarnais exilé pour sa foi, Julien devint frère laïc franciscain après avoir été initialement rejeté pour son excès de ferveur. Connu pour son humilité profonde, ses austérités extrêmes et ses extases, il accompagna le Père de Torres dans ses missions avant de mourir en 1606 près d'Alcala.
Biography
LE BIENHEUREUX JULIEN DE SAINT AUGUSTIN,
## FRÈRE LAÏC FRANCISCAIN DE L'OBSERVANCE (1606).
Le B. Julien appartient à la France, quoiqu'il soit né à Médina-Cœli, en Castille. Son père, André Martinet, s'était vu forcé d'abandonner son pays pour échapper à la haine de son frère, injuste détenteur du bien paternel. C'était là un fruit de l'intolérance religieuse, laquelle a été pratiquée par nos adversaires toutes les fois qu'ils l'ont pu et qui, aujourd'hui, sont seuls à la pratiquer encore contre nos frères catholiques en Suède, en Pologne, en Russie. Le père de notre Saint était Béarnais ; or, en Béarn, Jeanne d'Albret, veuve d'Antoine de Bourbon, et mère de Henri IV, qui s'était laissée séduire par les erreurs de Calvin, avait soulevé une persécution cruelle contre ses sujets catholiques. En 1569, elle rendit même un édit pour les chasser des terres de sa domination. Plusieurs Béarnais, décidés à tout sacrifier plutôt que d'apostasier, prirent le parti de se retirer en Espagne. De ce nombre, nous l'avons dit, fut André Martin, que son frère eut la cruauté de faire exiler pour être seul possesseur de l'héritage paternel. André servit pendant huit ans chez un marchand, qui, content de ses services, le maria avec une de ses servantes, et lui donna comme cadeau de noces une petite maison où il passa des jours heureux. C'est là que le B. Julien vint au monde. Quand il eut atteint l'âge de raison, il montra de grandes dispositions à la piété ; il passait tout le temps qu'il pouvait à l'église en prières, et même alors que ses parents l'eurent mis en apprentissage chez un tailleur, il s'arrangea pour s'y rendre le plus souvent possible. Sa conduite devint un objet de sarcasmes et de moqueries, mais cela lui importait peu, et ne l'empêchait nullement de se confesser souvent, et il faisait cette sainte action en versant beaucoup de larmes, car il s'estimait un grand pécheur.
Les années de la jeunesse sont dangereuses ; Julien, qui avait peur du monde et de ses plaisirs, les passa dans l'innocence et la pureté. Comme il recommandait instamment à Dieu le salut de son âme, le ciel lui inspira la pensée d'entrer chez les Pères déchaussés de la province de Saint-Joseph ; il obéit à cette inspiration d'en haut, et fut reçu avec joie par les religieux de l'Ordre de Saint-François. Il montra dans son noviciat une ferveur si extraordinaire, que le supérieur prit cela pour de l'exaltation ; il en eut peur et renvoya le novice. Ce fut une dure épreuve pour le bienheureux Julien, mais il se soumit à la volonté de Dieu, et malgré son épouvante des dangers qui l'attendaient dans le monde, il reprit son premier état dans la ville de Santorcaz, appartenant à l'archevêché de Tolède. Le P. François de Torres, franciscain, évangélisait alors la Castille ; il vint prêcher dans la ville qu'habitait Julien, et frappé de son extérieur plein de piété, lui proposa de l'aider dans le salut des âmes. Julien accepta, prit un habit de pèlerin et partit. On le voyait dans toutes les villes que parcourait François de Torres, aller par les rues la clochette à la main, et exhorter les fidèles à se rendre à l'église pour entendre le Père ; il agit ainsi à Médina-Cœli où il avait aspiré à l'honneur d'être religieux ; il le fit avec grande humilité et simplicité ; peu l'admirèrent, beaucoup se moquèrent de lui et le traînèrent de fou. À ces derniers, il répondait en souriant et avec douceur : Oui, je suis devenu fou, mais fou pour l'amour de Dieu. Le P. Torres le contemplait avec joie, et quand il l'eut bien étudié et se fut assuré de sa vocation, il le fit recevoir au couvent de Notre-Dame de Salceda à la grande joie du B. Julien.
Le serviteur de Dieu recommença ses pénitences et ses austérités ; il fit des choses si extraordinaires, que ses frères en étaient effrayés, et que les supérieurs, tout en s'émerveillant, doutèrent de la solidité de son jugement. Comme il inventait chaque jour quelque pénitence extraordinaire, on finit par le croire fou, et encore une fois on le mit hors du couvent. Ce nouveau coup lui fut très-sensible, sans cependant le décourager ; il reprit ses habits séculiers et se construisit sur le haut d'une montagne qui avoisinait le monastère, une petite cabane où il passait ses jours et ses nuits en oraison. Cependant son abnégation, sa vertu persévérante contribuèrent avec le temps à faire reconnaître son mérite. On lui rouvrit les portes du couvent où il venait chaque jour demander l'aumône après avoir quitté pour les besoins des religieux et remis fidèlement au frère portier tout ce qu'on lui avait donné. Au bout d'un an il faisait sa profession solennelle.
Alors il donna libre cours à sa ferveur et à son amour des austérités ; il couvrit son corps d'instruments de tortures ; il ne mangeait qu'une fois le jour un peu de pain et d'herbes, et ne s'accordait que quelques heures de sommeil ; il passait ses nuits à l'église, et quand le sommeil était plus fort que sa volonté, il s'adossait à un mur ou à un confessionnal et dormait quelques heures. Quand il était hors du couvent, il dormait où il se trouvait, et souvent la nuit on l'a vu, au milieu des champs, ravi en extase et entouré d'une clarté céleste. Le P. Torres l'ayant repris pour l'accompagner dans ses missions, sa vie fut une éloquente prédication, et au besoin Dieu lui mit sur les lèvres des paroles capables de fondre les cœurs les plus endurcis. Souvent les savants de l'Université d'Alcala le consultèrent sur des passages difficiles de l'Écriture sainte, et toujours ils s'en retournèrent étonnés de ses explications simples et lumineuses. Un jour que des jeunes gens se rendant à la danse avaient refusé de l'écouter, on vit les oiseaux se rassembler autour de lui à son appel, prêter attention aux paroles qu'il leur adressa et se disperser au commandement qu'il leur en fit, en remplissant l'air de leurs joyeuses chansons. Tous les animaux se montraient dociles à sa voix, et si l'espace nous le permettait, nous pourrions rapporter à ce sujet mille traits gracieux et charmants. Le bruit de ses miracles et de sa sainteté se répandant partout, parvint aux oreilles de la reine Marguerite, mère de Philippe IV, qui voulut voir le Bienheureux. Ce fut un triste jour pour Julien quand il fallut, obéissant aux ordres de ses supérieurs, se rendre à la cour. Il fut si confus des soins et des attentions dont il fut l'objet, que son embarras l'empêcha de dire une seule parole. Cependant le moment de sa mort allait bientôt arriver ; il le savait, car Dieu le lui avait révélé. Étant tombé malade en route, il fut ramené au couvent presque à l'agonie, et, comme on se tourmentait à son sujet, il annonça qu'il avait encore cinq ans à vivre, et, en effet, il guérit contre toute attente. Ce temps écoulé, il tomba de nouveau malade à deux lieues d'Alcala ; il se traîna avec peine jusqu'à son couvent, où il ne voulut pas qu'on le reportât. Au moment de mourir, il témoigna une grande crainte des jugements de Dieu ; et, après avoir reçu les derniers sacrements, il remit son âme à Dieu le 8 avril 1606. L'empressement qui eut lieu autour de son lit de mort, contraignit ses frères de laisser son corps pendant dix-huit jours sans sépulture. Pendant tout ce temps, ses membres conservèrent leur souplesse et exhalèrent une odeur des plus suaves. Les miracles qui s'opérèrent à son tombeau portèrent son nom jusqu'aux extrémités de l'Espagne. Julien a été béatifié par Léon XII.
Key Events
- Naissance à Médina-Cœli d'un père béarnais exilé
- Apprentissage chez un tailleur
- Entrée chez les Pères déchaussés de la province de Saint-Joseph et renvoi pour ferveur excessive
- Missionnaire itinérant avec le P. François de Torres
- Entrée définitive au couvent de Notre-Dame de Salceda
- Profession solennelle après un an d'épreuve en ermitage
- Rencontre avec la reine Marguerite
- Mort au couvent près d'Alcala après une maladie prédite
Miracles
- Prédication aux oiseaux qui l'écoutent en silence
- Docilité de tous les animaux à sa voix
- Lumière céleste l'entourant lors d'extases nocturnes
- Incorruptibilité et souplesse du corps pendant 18 jours après sa mort
- Odeur suave exhalée par sa dépouille
Quotes
Oui, je suis devenu fou, mais fou pour l'amour de Dieu.