Saint Isméon ou Ismidon de Sassenage
Évêque de Die
Summary
Chanoine de Lyon devenu évêque de Die en 1099, Ismidon de Sassenage fut un pasteur exemplaire qui participa aux pèlerinages en Terre-Sainte après la première croisade. Connu pour sa piété et ses miracles, notamment des résurrections, il gouverna son diocèse pendant vingt ans avant de mourir en 1120.
Biography
SAINT ISMÉON OU ISMIDON DE SASSENAGE,
ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE DIE, DIOCÈSE DE VALENCE.
de le voir chaque jour grandir en âge et en sagesse, et signaler de plus en plus dans ses goûts, ses mœurs et sa conduite, les inclinations qui préparent d'ordinaire les jeunes gens à de hautes destinées.
Heureux et fier en quelque sorte de ce consolant début, et ne doutant point que son neveu ne fût appelé à l'état ecclésiastique, Bérenger l'envoya à Valence, afin qu'il pût, sous la direction de maîtres habiles, développer son goût pour l'étude et se former surtout à la science des Saints, pour laquelle le jeune Ismidon éprouvait un attrait particulier. Des progrès étonnants le rendirent bientôt l'objet de l'admiration de ses condisciples, et quoique bien jeune encore, il fut jugé digne de recevoir la tonsure cléricale. Cette faveur inespérée accrut son amour pour l'étude et donna à son zèle pour la perfection un élan si généreux, qu'on le vit dès lors, comme le juste des Livres saints, aller de vertu en vertu ; son élévation au sacerdoce fut bientôt la récompense de sa piété, et à peine eut-il reçu les saints Ordres, qu'il fut pourvu d'un canonicat dans l'église métropolitaine de Lyon.
Les chanoines de cette église suivaient alors une règle austère et formaient une communauté de véritables religieux. Ismidon trouva parmi eux des modèles de perfection, qu'il se fit un devoir d'imiter, et qu'il surpassa bientôt par son angélique ferveur. Ses talents, ses vertus, sa sainteté ne tardèrent pas d'attirer sur lui les regards et l'admiration du peuple et du clergé lyonnais ; sa réputation s'étendit au loin ; mais en signalant partout son mérite, elle hâta le moment qui devait l'arracher à la vie solitaire du cloître. Il y avait alors sur le siège de Die un prélat vénéré nommé Bernard, ancien prieur de la chartreuse de Portes, à qui sa vieillesse et ses grandes infirmités ne permettaient pas de porter plus longtemps le fardeau de la sollicitude pastorale. Bernard avait besoin d'un coadjuteur. Il jeta les yeux sur le jeune chanoine, dont il avait entendu maintes fois louer le zèle et l'éminente piété. Le clergé de Die, informé de cet heureux choix, en témoigna la plus vive satisfaction, et le peuple bénit hautement le ciel qui l'avait inspiré. Toutes les voix s'étant réunies de la sorte en faveur d'Ismidon, on s'empressa de lui en donner avis. En vain parut-il attristé de cette nouvelle ; en vain s'efforça-t-il d'éloigner de sa personne un honneur dont il ne se croyait pas digne, on n'eut aucun égard aux alarmes de son humilité ; l'évêque mit tout en œuvre pour vaincre sa résistance ; le peuple joignit ses prières à celles du prélat, et peu de temps après, c'est-à-dire vers l'an 1099, Ismidon consentit enfin à recevoir la consécration épiscopale, et se dirigea vers Die, où il entra aux applaudissements de la ville tout entière.
Le saint vieillard qui l'avait choisi pour coadjuteur fut si consolé de sa présence, si émerveillé de ses vertus, qu'il ne songea plus qu'à se préparer à la mort. Dieu, en effet, l'appela vers lui avant qu'il eût pu apprécier à sa juste valeur le trésor dont il venait d'enrichir son Église. Ismidon le pleura comme un père, et fut aussitôt porté sur le siège épiscopal, qu'il devait illustrer par vingt ans de travaux et de prodiges.
Bientôt on vit se réaliser les espérances qu'on avait conçues de sa haute sagesse et de son incomparable piété. Jamais prélat n'eut pour ses ouailles plus de sollicitude et d'amour ; c'était plus qu'un pasteur, disent les historiens de son temps, c'était le meilleur des pères. Sa foi, sa modestie, sa patience, sa douceur ravissaient tout le monde ; son dévouement opérait des merveilles ; ses exemples et ses discours touchaient les cœurs avec tant d'efficacité, que bientôt la ville et le diocèse de Die eurent changé de face. Aussi le troupeau d'Ismidon l'affectionnait-il tendrement : il eût été difficile
de trouver en ce temps-là, dans l’Église des Gaules, un peuple plus dévoué à son évêque, plus docile à sa voix, plus fidèle imitateur de toutes ses vertus. Les travaux et les vertus de ce bienheureux évêque excitaient l’admiration non-seulement de son troupeau, mais encore de toutes les provinces voisines, et l’on était partout si convaincu de sa sainteté, qu’on n’hésitait point à le mettre au premier rang parmi les prélats les plus distingués de son époque.
Il ne nous reste pourtant que quelques souvenirs du long épiscopat d’Ismidon. Les documents chargés de nous transmettre l’histoire de sa vie ont péri durant les troubles qui, au XVIe siècle, désolèrent son Église.
Vers le temps où notre saint évêque fut élevé sur le siège de Die, la plupart des seigneurs, barons et chevaliers français avaient abandonné leurs châteaux et leurs familles pour aller guerroyer en Terre-Sainte. La croisade avait été résolue dans le fameux concile de Clermont, en 1095. Pierre l’Ermite et le pape Urbain II, par leur brûlante éloquence, avaient si bien électrisé notre valeureuse nation, que d’un bout de la France à l’autre on n’entendait plus retentir que ce cri de guerre : « Dieu le veut ! Dieu le veut ! » Le Dauphiné fournit à cette expédition des soldats nombreux et des chefs illustres. Adhémar, de l’ancienne et noble famille des seigneurs de Grignan, fut mis à leur tête, et se distingua tellement au siège d’Antioche, que tous les croisés lui attribuèrent la gloire de la prise de cette ville. Isoard, comte de Die, ne signala pas moins de valeur, dans cette mémorable affaire, en commandant le onzième bataillon de l’armée chrétienne, le jour du dernier combat qui assura la victoire aux croisés. Ces succès étaient en Occident l’unique préoccupation des esprits, tous les regards étaient tournés du côté de la Palestine.
Prêtres et évêques, seigneurs et vassaux, tout le monde ambitionnait l’honneur de s’enrôler sous l’étendard de la croix et d’aller combler les vides nombreux que la peste et le fer des ennemis avaient faits dans les rangs de l’armée chrétienne. Ismidon était encore jeune à cette époque ; il brûlait du désir, lui aussi, de marcher à la délivrance des saints Lieux, et dès lors il eût entrepris le voyage d’outre-mer, si ses parents ne se fussent opposés à l’exécution de son dessein. Il fut donc contraint d’obéir, et ajourna son projet ; mais la prise d’Antioche, et surtout celle de Jérusalem, qui eut lieu l’année même de son sacre, excitèrent en lui de nouveau un désir si violent de prendre la croix et d’aller visiter le saint sépulcre, qu’il regretta presque d’avoir accepté la conduite d’une Église qui réclamait impérieusement sa présence au milieu d’elle. Il pourvut donc en toute hâte aux besoins de son troupeau ; et dès qu’il se fut assuré que rien dans son diocèse ne souffrirait de son absence, il s’éloigna de Die et se dirigea vers la Palestine, où il arriva heureusement, malgré les fatigues et les dangers d’un si long pèlerinage.
Il est facile de se représenter le bonheur qu’éprouva notre saint évêque, lorsqu’il vit enfin des lieux illustrés par tant de prodiges ; lorsque, conduit sans doute par le seigneur Isoard, son noble diocésain, il visita le tombeau de Jésus-Christ, dont la délivrance avait coûté si cher aux croisés ; lorsque, parcourant les divers bourgs de la Palestine, il rencontrait à chaque pas tant de monuments religieux dont la vue rappelait une foule de souvenirs, tous si propres à toucher le cœur d’un évêque et à consoler sa foi.
Ismidon profita de son séjour dans les saints Lieux, non pour cueillir des lauriers à la suite de l’armée chrétienne, mais pour chercher des trésors qui, à ses yeux, étaient d’un prix inestimable. Il obtint une grande quantité
VIES DES SAINTS. — TOME XL 31
de reliques, dont il enrichit plus tard son église cathédrale, et en l'honneur desquelles il établit une fête solennelle, que l'on célébrait autrefois à Die le 7 du mois de septembre.
Le retour du bienheureux évêque au sein de son troupeau fut un véritable triomphe, tant on avait craint de le perdre, tant son absence avait causé d'alarmes et de regrets. À dater de ce jour, son zèle et son dévouement paternel ne connurent plus de bornes; sa vie ne fut plus qu'un enchaînement continuel de travaux, de prières et de miracles. Instruire son peuple toujours si avide de l'entendre, catéchiser les enfants et les ignorants, consoler et secourir les pauvres, visiter les monastères, pourvoir aux besoins de toutes les paroisses, exciter le zèle des pasteurs, se faire, en un mot, tout à tous pour gagner ses ouailles à Jésus-Christ, telle fut, pendant vingt ans, la conduite de saint Ismidon: aussi Dieu se plut-il maintes fois à manifester la sainteté de son serviteur par de nombreux prodiges. Un jour, un loup furieux étant descendu des montagnes au milieu desquelles se trouve la ville de Die, un enfant se rencontra sur son passage et allait en devenir la proie; déjà même le cruel animal s'en était emparé, lorsque Ismidon l'ayant vu, se mit en prières et bénit le malheureux enfant. Soudain le loup frappé de terreur prend la fuite, le laissant par terre sans lui avoir fait la moindre blessure. Une autre fois, un assassin ayant pénétré furtivement dans le palais épiscopal, Ismidon vint tranquillement à sa rencontre, et se présentant devant lui, il le voit tomber à la renverse frappé de mort subite. Enfin, le tombeau lui-même obéit au saint prélat, car on assure qu'il ressuscita deux morts que l'on avait déjà ensevelis, et dont on a conservé longtemps les suaires dans son église cathédrale, comme deux reliques précieuses.
Une vie si pleine de merveilles et de bonnes œuvres devait être couronnée par une sainte mort. Ismidon mourut, en effet, de la mort des justes, l'an 1120, au milieu des larmes de son peuple qui, dès lors, l'honora d'un culte public justifié bientôt par de nouveaux miracles; car, peu de jours après, un cadavre ayant été descendu dans le tombeau de notre Saint, y recouvra la vie par un prodige semblable à celui qui s'opéra au sépulcre du prophète Élisée. Une église fut bâtie en l'honneur de saint Ismidon, et l'on y conserva son corps précieusement jusqu'à l'année 1567, époque de sinistre mémoire, où la ville de Die fut saccagée par les Huguenots. Ces vandales ruinèrent l'église dédiée au saint Évêque, brûlèrent ses reliques et en jetèrent les cendres au vent. Celles de saint Étienne, l'un des successeurs d'Ismidon, eurent le même sort; mais cet acte de folle impiété n'effaça point du cœur des Diois le souvenir des bienfaits et des vertus de leurs saints Pontifes. Leur fête se célèbre encore chaque année dans leur église cathédrale, et la ville qui eut le bonheur de les posséder autrefois pour pasteurs, les regarde encore aujourd'hui comme ses patrons, et les invoquera toujours comme les plus puissants intercesseurs qu'elle ait auprès de Dieu.
Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Valence, par M. l'abbé Nudal. — Cf. Colombi, De rebus gestis episc. Diensium.
Key Events
- Études à Valence et réception de la tonsure
- Chanoine à l'église métropolitaine de Lyon
- Nomination comme coadjuteur de l'évêque Bernard de Die
- Consécration épiscopale vers l'an 1099
- Pèlerinage en Terre-Sainte après la prise de Jérusalem
- Retour à Die avec des reliques
- Mort en 1120 après vingt ans d'épiscopat
- Destruction de ses reliques par les Huguenots en 1567
Miracles
- Sauvetage d'un enfant face à un loup furieux par la prière
- Mort subite d'un assassin se présentant devant lui
- Résurrection de deux morts dont les suaires furent conservés
- Résurrection d'un mort placé dans son propre tombeau après son décès
Quotes
Dieu le veut ! Dieu le veut !