Saint Prudent (Prouents)

Martyr

Feast : October 6th 3rd century • saint

Summary

Diacre originaire de Narbonne au IIIe siècle, saint Prudent fut martyrisé par des païens qui lui brisèrent le crâne. Ses reliques furent transférées à l'abbaye de Bèze en 883 par l'évêque Gédon de Langres. Malgré des tentatives de vol et de substitution par les Dijonnais, son corps fut définitivement rétabli à Bèze où il opéra de nombreux miracles.

Biography

TRANSLATION DE SAINT PRUDENT OU PROUENTS, MARTYR,

## A L'ABBAYE DE BÈZE, DIOCÈSE DE DIJON (883).

Saint Prudent, d'une noble famille narbonnaise, fut engendré à la vie chrétienne dès sa naissance (IIIe siècle), et reçut du ciel, avec les meilleurs dons de l'esprit et du cœur, un caractère facile et une volonté résolue. Il obtint de grands succès dans l'étude des lettres, et à voir la sagesse précoce de sa conduite, il n'était pas douteux que son âme fût le sanctuaire de l'Esprit-Saint.

Honoré du diaconat, il brilla dans l'assemblée des fidèles, comme un soleil à son midi, par l'éclat de son enseignement et la sainteté de sa vie manifestée par de nombreux miracles. C'est pourquoi le démon furieux suscita pour le perdre la haine de ses suppôts. Après l'avoir chargé de chaînes et tourmenté cruellement, ils lui briseront le crâne avec un marteau de maçon, le troisième jour de septembre.

Les bourreaux arrachèrent du sépulcre, où les chrétiens l'avaient enseveli, le corps du martyr, et le jetèrent en pâture aux oiseaux de proie et aux animaux immondes. Mais Dieu, qui garde les os des Saints, en éloigna les bêtes, et permit aux fidèles de le soustraire à la profanation et de l'enfouir secrètement. Quand la paix fut sur l'Église, on s'empressa de mettre dans un tombeau les saintes reliques avec l'instrument du martyre et d'élever au-dessus un oratoire ou église. Cette petite église fut incendiée par les Sarrasins au VIIIe siècle, et ses revenus donnés par Charles-Martel à l'un de ses hommes d'armes. Or, en 882, Gédon, évêque de Langres, revenant de Saint-Jacques de Compostelle, s'arrêta pour passer la nuit dans une hôtellerie, proche de Narbonne, et il y apprit que saint Prudent, martyr, reposait dans une chapelle voisine. Il s'y rend aussitôt pour le vénérer et réciter Matines ; il ouvre la châsse posée en arrière de l'autel et s'agenouille avec respect. En voyant cette chasse qui tombait en poussière et les linges en pourriture, il pleura, et, dans sa douleur, il eut la pensée d'emporter les reliques afin de les mieux honorer : « O saint martyr », dit-il tout haut, « que nous serions heureux si vous consentiez à nous suivre ! »

Répondant à ce désir, le chapelain du prélat, homme très-érudit et d'une éloquence habile, lui représente que, vu l'abandon des reliques dans une chapelle en ruine où l'on célèbre une fois par an les saints mystères, il est permis de les prendre, avec l'intention de leur rendre le culte qui leur est dû. L'évêque se laisse persuader et, sans plus de discussion, prend les ossements sacrés et se hâte vers la Bourgogne. En arrivant dans son diocèse, il annonce au peuple le trésor qu'il apporte ; aussitôt une foule nombreuse lui fait cortège, et des miracles attestent la puissance du martyr et sa joie d'être ainsi glorifié. Le 6 octobre 883, le pieux évêque déposa les reliques au monastère de Bèze, et pour subvenir aux dépenses qu'entraînait l'affluence des pèlerins, il concéda aux moines « la prébende de Saint-Mamès de Lux-le-Haut, la chapelle de Saint-Marcellin, l'ontaillez avec son église dédiée à saint Hippolyte, et l'église de Chasueil, menaçant des anathèmes et des peines éternelles le sacrilège qui oserait porter atteinte à ces donations.

La confiance des fidèles fut magnifiquement récompensée. Des paralytiques, des aveugles, des possédés, de Bière, de Bourberain, de Blagny, de Fleix, de Manioche, de Saint-Seine, de Pouilly-sur-Vingeanne, de Lux, de Viévigne, d'Is-sur-Tille, d'Echirey, de Lantenay, de Fleurey, de Courchamp et d'autres lieux sont guéris ou délivrés !

L'église de l'abbaye, quoique vaste et spacieuse, ne pouvant contenir les pèlerins, un moine, Grimerius, bâtit sur un monticule voisin une chapelle où l'abbé Etienne déposa le buste du saint martyr, afin que chacun pût à loisir satisfaire sa dévotion, sans troubler le silence des cloîtres ni interrompre les offices.

En 887, à l'approche des Normands, les moines de Bèze transportèrent le corps de saint Prudent à Saint-Etienne de Dijon et le déposèrent devant le maître autel. Quand le flot de l'invasion fut écoulé, ceux qui avaient échappé à la mort relevèrent les ruines de l'abbaye et vinrent redemander saint Prudent. Les Dijonnais refusèrent ; mais, contraints d'obéir à l'injonction de l'évêque diocésain, Gauthier, de Langres, ils feignirent de se soumettre, et, en réalité, ils donnèrent le corps de saint Silvin.

Le secret gardé, la fraude parut réussir ; mais un jour que l'évêque était à Dijon, saint Prudent lui apparut et lui dit : « Eh quoi ! pieux pontife, demeurez-vous satisfait d'un tel échange, et vous plaît-il qu'un autre soit honoré sous mon nom dans le sanctuaire qu'on m'a bâti et sur le siège qu'on m'a élevé ? » L'évêque, surpris, demanda à comprendre, puis convoqua aussitôt les prêtres de Saint-Etienne, et après avoir blâmé leur ruse, il les déclara frappés d'anathème tant qu'ils garderaient les reliques.

Les coupables ainsi humiliés se mirent en devoir d'obéir, et saint Prudent fut reconduit en grande pompe de Dijon à Bèze (931). Ce jour-là un aveugle de Viévigne, nommé Aldegandus, recouvra la vue.

Le 8 juin 1116, le corps de saint Prudent fut porté aux grands plaids de Dieu, tenus entre Lux et Til-Châtel, par Jucerand, évêque de Langres, sous la présidence de Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne, qui fut pape sous le nom de Calixte II, pour mettre fin aux querelles, aux procès et autres maux dont souffrait la province. On le plaça sous un temple de verdure avec d'autres saints, et il se fit là plusieurs grands miracles.

Des parcelles des reliques de saint Prudent ont été accordées, en 1675, à l'église de Châtillon-sur-Seine, et, en 1686, à la ville de Narbonne.

Les reliques de saint Prudent, celles de saint Silvin et de sainte Régisilde, échappées à tous les désastres qui, de siècle en siècle, sont tombés sur l'abbaye de Bèze, enrichissent l'église paroissiale.

Extrait de la Vie des Saints du diocèse de Dijon, par M. l'abbé Replus.

MARTYROLOGES. 123

Key Events

  • Naissance dans une noble famille narbonnaise
  • Élévation au diaconat
  • Martyre par brisement du crâne avec un marteau de maçon
  • Translation des reliques de Narbonne vers la Bourgogne par l'évêque Gédon en 882-883
  • Dépôt au monastère de Bèze le 6 octobre 883
  • Transfert temporaire à Dijon en 887 face aux Normands
  • Retour solennel à Bèze en 931 après une ruse des Dijonnais
  • Exposition aux grands plaids de Dieu en 1116

Miracles

  • Protection de son corps contre les bêtes sauvages après sa mort
  • Guérisons multiples de paralytiques et d'aveugles lors de ses translations
  • Apparition à l'évêque Gauthier pour dénoncer la substitution de son corps par celui de saint Silvin
  • Guérison de l'aveugle Aldegandus en 931

Quotes

O saint martyr, que nous serions heureux si vous consentiez à nous suivre !

— Gédon, évêque de Langres

Eh quoi ! pieux pontife, demeurez-vous satisfait d'un tel échange, et vous plaît-il qu'un autre soit honoré sous mon nom dans le sanctuaire qu'on m'a bâti ?

— Saint Prudent (apparition)