Saint Eucher l'Ancien

Archevêque de Lyon

Feast : November 16th 5th century • saint

Summary

Riche sénateur lyonnais du Ve siècle, Eucher se retire avec l'accord de son épouse au monastère de Lérins puis à l'île de Léro. Malgré son désir de solitude, il est élu archevêque de Lyon, où il s'illustre par sa piété et ses nombreux écrits théologiques. Il est considéré comme l'un des grands maîtres de la vie spirituelle de son temps.

Biography

SAINT EUCHER L'ANCIEN, ARCHEVÊQUE DE LYON (450).

Eucher était un riche sénateur de Lyon, que sa noblesse et sa vertu rendaient très-considérable. Il se maria dans la crainte de Dieu et garda dans le mariage les lois de la chasteté conjugale. Dieu bénit cette alliance par la naissance de deux garçons, dont l'un fut Salonius et l'autre Véran. Quand ils furent en âge, il les envoya tous deux au monastère de l'Île de Lérins, pour y être élevés dans la science et dans la vertu sous les yeux de saint Honorat et sous la conduite du célèbre Salvien. Ils profitèrent si bien des instructions qu'ils reçurent qu'ayant embrassé l'état ecclésiastique, ils méritèrent l'un et l'autre d'être élevés à l'épiscopat. On ne sait pas quel fut le siège de Salonius (quelques hagiographes disent de Genève) : pour Véran, il fut évêque de Vence, en Provence (9 septembre 489), et il a mérité un culte public par son éminente sainteté.

Saint Eucher brillait dans le monde comme un astre par la perfection de sa vertu, mais, effrayé des dangers qu'il y courait pour son salut, il se retira (vers l'an 422) dans le monastère de Lérins, du consentement de sa femme, qui, de son côté, se consacra dans la retraite au service de Dieu. Sa vie dans ce désert fut admirable : il y pratiqua avec une ferveur extraordinaire les plus rudes exercices de la vie monastique. Cassien, alors abbé de Saint-Victor de Marseille, dédia à Eucher et à Honorat plusieurs de ses *Collations* ou conférences sur la vie religieuse ; il associait dans sa vénération ces deux amis. « Ô frères Saints », leur disait-il, « vos vertus rayonnent sur le monde comme de grands phares : beaucoup de Saints seront formés par votre exemple, mais ils pourront à peine imiter votre perfection ».

Eucher, qui désirait mener une vie encore plus solitaire, quitta Lérins pour se retirer dans l'île de Léro (aujourd'hui Sainte-Marguerite). Mais quelque soin qu'il prit de demeurer inconnu dans son désert, il ne laissa pas de jeter de tous côtés des rayons de sainteté qui le firent connaître. Aussi, Sénateur, évêque de Lyon, étant mort, le clergé et le peuple de cette ville, qui avaient été témoins de la vertu d'Eucher pendant qu'il était parmi eux, l'élurent unanimement pour leur évêque. On peut juger par l'amour extrême qu'il avait pour la solitude combien cette élection lui causa de douleur ; il fallut néanmoins se soumettre à la volonté de Dieu et ployer les épaules sous cette charge que la divine Providence lui avait préparée. Les louanges que lui donnent Claudien Mamert, Sidoine Apollinaire, Gennade, Isidore de Séville et beaucoup d'autres, font assez voir qu'il s'acquitta très-dignement de son ministère.

Il prêchait souvent son peuple, et c'est à lui qu'appartiennent presque toutes les homélies qui sont citées si souvent sous le nom d'Eusèbe d'Émèse : on ne sait ce que l'on doit davantage y admirer, ou l'élégance du style, ou la piété et l'onction avec lesquelles elles ont été composées. Ce grand serviteur de Dieu écrivit encore d'autres homélies et traités fort utiles, que le docte Salvien appelle brefs pour le style, abondants pour la doctrine, parfaits pour l'instruction et répondent à la beauté de l'esprit et à la piété de leur auteur. Il assista, en qualité d'archevêque de Lyon, au premier concile d'Orange, où présida son cher ami saint Hilaire, archevêque d'Arles, et il y souscrivit au nom des autres prêtres ses suffragants, qu'il appelle comprovinciaux. Enfin, plein de mérites et d'années, il s'endormit dans le Seigneur, après avoir tenu le siège épiscopal environ vingt ans.

L'Église est redevable à saint Eucher de plusieurs ouvrages dont voici les noms :

1° Les traités de la Vie solitaire et du Mépris du monde, adressés en forme de lettres, le premier à saint Hilaire et le second à un de ses parents nommé Valérien (on croit que c'est lui qui fut élevé sur le siège de Genève, et qui fut honoré à Lérins sous le nom de saint Valère). Ces deux traités prouvent que saint Eucher était un grand maître dans l'art de bien écrire et dans celui de bien vivre. La beauté du style et la délicatesse des pensées saisissent l'admiration des lecteurs. La latinité est presque digne du siècle d'Auguste. Toutes les beautés de l'éloquence, toutes les forces de l'esprit et du raisonnement y sont mêlées à un air de piété si affecté qu'il est impossible de les lire sans être touché du désir de quitter la conversation des hommes pour chercher celle de Dieu.

2° Les Formules, ou Principes de l'intelligence spirituelle. Ce sont des explications de quelques endroits de l'Écriture, que saint Eucher écrivit pour l'usage de Véran, le second de ses fils. Il est vrai qu'on n'y trouve ni la même élégance ni la même beauté de style que dans les deux ouvrages précédents ; mais le sujet ne le comportait pas, et la simplicité est le caractère distinctif de ce genre d'écrire.

3° Les Institutions, en deux livres, qui sont adressées à Salonius, autre fils du Saint. Cet ouvrage a également pour objet d'expliquer plusieurs difficultés qui se rencontrent dans l'Écriture sainte. Il est plus solide et plus utile que le traité des formules adressé à Véran.

4° Les Actes du martyre de saint Maurice et de ses compagnons. D. Rivet a démontré qu'ils avaient été écrits par saint Eucher. Chifflet les a publiées dans son *Paulinus illustratus* ; mais l'édition qu'en a donnée D. Ruinart est plus correcte. Ceux que Surius et Montbricius ont fait imprimer paraissent avoir été compilés d'après l'ouvrage de saint Eucher, par un moine d'Agaune du VIIe siècle, lequel y a fait des additions et des changements.

5° L'Abrégé de Cassien ; le Commentaire sur la Genèse ; le Commentaire sur le livre des Rois ; les lettres à Philon et à Faustin ; divers discours, etc.

Les ouvrages de saint Eucher, imprimés plusieurs fois séparément, ont été insérés dans la Bibliothèque des Pères. Les traités de la Vie solitaire et du Mépris du monde ont été traduits en diverses langues. Arnaud d'Andilly a donné une traduction française du second de ces traités, et a mis à la fin du volume le texte latin. Cette traduction parut en 1672, in-12. Elle a été depuis réimprimée dans le recueil des œuvres d'Arnaud d'Andilly, Paris, 1775, in-fol. Les œuvres complètes de saint Eucher ont été publiées avec celles de saint Vincent de Lérins par J.-F. Grégoire et F.-Z. Collombet, texte et traduction française, Paris, 1834, in-8°. On trouve le texte latin dans le t. L. de la Patrologie latine de M. Migne.

Nous avons complété le récit du Père Giry avec l'*Esprit des Saints*, par M. Fabbé Grimes.

SAINTE AGNÈS D'ASSISE, CLARISSE.

SAINT ÉMILIEN, MOINE DE SAUJON, PRÈS DE SAINTES (767).

Saint Émilien naquit à Vannes, d'une famille obscure et pauvre, mais chrétienne et pieuse. Il ne respirait dès sa jeunesse que l'amour de Jésus-Christ et la charité des pauvres. Un jour que, selon sa coutume, il portait, cachés sous son manteau, quelques pains qu'il destinait aux pauvres, il rencontra le comte qui lui dit : « Que portes-tu ainsi dans ton sein ? » Émilien répondit : « Je porte du bois pour chauffer les pauvres ». Le comte regarda et, en effet, il ne vit que des morceaux de bois, qui redevinrent du pain lorsque Émilien les distribua aux pauvres. Ce miracle fit du bruit et attira beaucoup de pieux visiteurs à l'homme de Dieu, ce qui l'obligea de se retirer dans le désert.

Il se retira ensuite au monastère de Saujon (*carnobium Saligineuse*), près de Saintes, dont il devint cellérier. Il fut un modèle de vie religieuse et de sainteté. Bientôt, cédant à la jalousie de quelques frères, et aussi pour être plus libre de servir Dieu, il se retira dans une forêt du Bordelais, nommée alors les Combes, et située le long de la Dordogne. Une grotte sous une roche offrit un asile au saint homme sur le bord du fleuve.

Les pèlerins, attirés par l'odeur céleste de ses vertus, ne tardèrent pas à affluer en ce lieu. Le Saint accueillait tout le monde, guérissant les âmes et quelquefois les corps. Entre autres miracles, il rendit la vue à une femme en faisant sur elle un signe de croix. Il réunit un certain nombre de disciples qu'il guida dans la voie de la perfection suivant la Règle de Saint-Benoît. Enfin, sur le point de mourir, il adressa cette prière à Jésus-Christ, les yeux levés au ciel : « Heureux les hommes qui se tiennent toujours en votre présence et qui apprennent la sagesse. Voici que je viens pour voir de mes yeux ce qui m'a été dit de vous sur la terre étrangère. Retirez-moi de ce corps de boue, afin que mon âme qui n'a vécu que pour vous seul vive dans l'éternelle intuition de votre gloire ». Il s'endormit dans le Seigneur l'an 767. Dans la suite on construisit en cet endroit un monastère et une basilique taillée dans le roc. Profanée et abandonnée pendant la Révolution, cette église a été rendue à la piété des fidèles par Mgr Ferdinand Donnet, archevêque de Bordeaux, en 1838. Des habitations s'étaient agglomérées de bonne heure autour de ce sanctuaire ; elles ont formé la ville de Saint-Émilion (Gironde, arrondissement et canton de Libourne).

Propre de Bordeaux.

SAINTE AGNÈS D'ASSISE, CLARISSE (1253).

Agnès était sœur de sainte Claire et moins âgée qu'elle d'environ quatre ans. L'affection la plus tendre l'unissait dès l'enfance à sa sœur aînée, et sans doute les pieux exemples de celle-ci, grâce à la vivacité de leur mutuel amour, avaient mieux pénétré son âme. Lorsque Claire eut quitté la maison paternelle, Agnès voulut être la première à la suivre sur cette voie où l'Agneau les précédait et où tant de vierges, jusqu'à la fin des temps, devaient avec elles s'attacher à ses pas. Elle s'enfuit donc, elle aussi, et rejoignit sa sœur au monastère de Saint-Ange, où elle était alors. « Je ne viens pas », lui dit-elle, en faisant allusion aux persécutions exercées contre Claire par leurs parents, « je ne viens pas fatiguer votre patience par d'inutiles reproches ; au contraire, me voici prête à demeurer pour toujours avec vous, au service du même maître ». Claire, l'embrassant avec une inexprimable tendresse, lui répondit : « Ô ma très-douce sœur, bénie soit à jamais la miséricorde de Dieu, qui m'a exaucée alors que j'étais pleine de sollicitude pour vous ! »

Mais la persécution que Claire avait vaincue se déclara plus terrible contre Agnès. Favorino, leur père, dont le cœur saignait encore du départ de sa fille aînée, fut rempli de fureur en apprenant celui de la seconde. Il réunit sa parenté, réussit à remplir de sa propre colère le cœur de douze hommes, qui prirent leurs armes et se rendirent avec lui au monastère de Saint-Ange, résolus à ramener Agnès de gré ou de force.

La douceur et les larmes qu'ils employèrent d'abord n'ayant point ébranlé la jeune sainte, ils la saisirent, la frappèrent, et l'un d'entre eux la tirant par les cheveux, ils l'entrainèrent jusqu'au

pied de la montagne que dominait le pieux asile des sœurs. Agnès ne cessait d'implorer le secours de Claire, en lui disant : « À mon secours, très-chère sœur ! ne souffrez pas que l'on m'arrache à Jésus-Christ, mon Seigneur ! » Claire, en effet, s'était jetée à genoux ; ses prières et ses larmes obtinrent de Dieu une assistance miraculeuse, et le ciel manifesta que c'était bien lui qui avait ravi au monde ces deux vierges. Soudain Agnès devient si lourde, qu'on ne peut la transporter ni lui imprimer le moindre mouvement, et les douze hommes qui l'emmènent épuisent en vain leurs forces sans lui faire faire un pas de plus. Un de ses oncles, rendu plus furieux par ce prodige, saisit son épée pour ôter la vie à cette innocente colombe ; mais une puissance invisible raidit son bras, et au même instant il se sentit pris d'intolérables douleurs, dont il guérit seulement après plusieurs jours par l'effet des prières d'Agnès. En même temps se présenta Claire, demandant qu'on lui rendît cette tendre victime. On n'eut garde de la lui refuser, et les deux sœurs rentrèrent dans leur asile.

Peu de jours après, saint François les plaçait dans ce monastère de Saint-Damien, que leurs vertus devaient rendre à jamais illustre, et pour fiancer Agnès à Jésus-Christ, il lui coupa les cheveux. Agnès suivit de près sa sœur aînée sur la voie de la plus haute perfection. Elle portait un rude cilice sur sa chair délicate et ne se nourrissait presque jamais que de pain et d'eau ; en même temps qu'elle se traitait elle-même avec cette rigueur, elle montrait pour toutes ses compagnes une bonté sans égale. Son assiduité à la prière et aux exercices monastiques était admirable ; aussi Dieu la favorisa-t-il de ses grâces les plus privilégiées, et un jour sa sœur Claire la vit, dans un coin du chœur où elle s'était mise pour prier, élevée de terre et la tête ornée d'une triple et mystérieuse couronne. Elle fut aussi quelquefois favorisée de la visite du saint Enfant Jésus, auquel elle avait la plus tendre dévotion.

Le séraphique Père, reconnaissant qu'une vierge si sainte était appelée par le divin Sauveur à lui préparer de nouvelles épouses, l'envoya d'abord à Florence, où plusieurs jeunes personnes s'étaient déjà réunies pour imiter la vie angélique des pauvres Dames de Saint-Damien. Ce fut de là qu'Agnès écrivit à Claire cette lettre devenue célèbre, où elle exprime si vivement sa douleur de se sentir séparée de sa sœur. Outre ce monastère de Florence, Agnès en fonda un grand nombre d'autres dans la Péninsule, notamment ceux de Venise et de Mantoue.

Après une vie pleine de travaux et des plus héroïques vertus, elle revint auprès de la sœur qu'elle avait tant aimée ; mais ce fut pour assister au spectacle solennel de ses derniers instants, où la Reine des cieux vint avec un chœur des vierges bienheureuses annoncer l'éternelle gloire à cette incomparable amante de son divin Fils. Agnès, qui avait autrefois si douloureusement senti sa séparation d'avec sa sœur, ne tarda pas à la rejoindre au banquet des noces de l'Agneau ; elle mourut trois mois après elle, le 16 novembre 1253, dans ce couvent de Saint-Damien, qui avait été pour elle l'école de la sainteté. Pie VI a approuvé son culte en 1777.

Extrait des Annales franciscaines.

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Feast Date

November 16th

Death

vers 450