Bienheureux Raoul d'Angleterre
Premier abbé de Vaucelles
Summary
Prêtre anglais devenu moine à Clairvaux après un voyage à Rome, Raoul fut choisi par saint Bernard pour fonder l'abbaye de Vaucelles en 1132. Il s'y distingua par sa charité héroïque, nourrissant des milliers de pauvres durant une famine malgré les faibles ressources du monastère. Il mourut en 1152, laissant une communauté florissante de plus de deux cents religieux.
Biography
LE BIENHEUREUX RAOUL D'ANGLETERRE,
PREMIER ABBE DE VAU CELLES, AU DIOCÈSE DE CAMBRAI (1152).
Né en Angleterre, où il avait été chargé du gouvernement d'une paroisse importante, le bienheureux Raoul eut l'occasion de faire un voyage à Rome. À son retour, il passa par Clairvaux et demanda l'hospitalité dans la communauté que le nom de saint Bernard rendait célèbre par toute la chrétienté. C'est là que Dieu attendait le voyageur, pour le dégoûter entièrement du monde et lui inspirer l'amour de la vie religieuse. Le bonheur qu'il lisait sur le front de tous les frères, la piété qu'on respirait dans cette solitude, l'onction salutaire de la grâce qui se faisait sentir plus vivement à son cœur, tout contribuait à faire naître en lui le désir de se fixer dans ce lieu. Le bienheureux Raoul en demanda la permission, qui lui fut aussitôt accordée. Saint Bernard apprécia promptement le mérite du nouveau disciple que la Providence lui avait envoyé ; aussi, quoiqu'il n'y eût encore que trois mois depuis la profession de Raoul, il le choisit pour aller fonder l'abbaye de Vauxelles.
Effrayé de cette charge, mais rassuré par la pensée de Dieu en qui il mettait toute sa confiance, Raoul partit et gouverna cette communauté avec une rare sagesse et une prudence consommée. Aussi le monastère de Vauxelles devint-il en peu de temps l'admiration de toute la contrée. L'abbé commença par y régler toutes choses pour la plus parfaite observation de la discipline religieuse. Il instruisait les frères, les formait à la vertu et les dirigeait dans les voies sublimes de la perfec-
tion. Ses exemples étaient encore plus persuasifs que ses paroles, et ils ne contribuèrent pas peu à faire supporter avec une sainte joie les difficultés et les incommodités d'un premier établissement. Il se passa, en effet, huit années avant que l'on pût songer à bâtir une église. Enfin, l'an 1140, on en jeta les fondements, et le 26 mai 1149 fut le jour fixé pour la consécration de cet édifice placé sous le patronage de la sainte Vierge. La cérémonie, qui avait attiré une foule immense de spectateurs, était présidée par Samson, archevêque de Reims, métropolitain de la province. On y voyait de plus l'évêque diocésain, Nicolas de Cambrai, puis Gérard de Tournai, Milon de Thérouanne et Josselin de Soissons.
Le fils du fondateur de Vaucelles, Simon d'Olay, alors de retour de la croisade prêchée par saint Bernard, exerça plus d'une fois encore la patience du vénérable abbé, comme il l'avait fait souvent avant son départ. Le bienheureux Raoul se comporta, dans ces circonstances difficiles, avec une extrême réserve, sans que nulle considération humaine fût capable de lui faire oublier son devoir. Attentif à rendre aux bienfaiteurs de sa communauté les secours spirituels de prière qu'il leur devait, il leur refusait sans crainte ce qu'ils lui demandaient quelquefois pour satisfaire leurs volontés injustes. Un jour entre autres que le châtelain Simon, disposé à attaquer les habitants de Cambrai, avait fait demander à l'abbaye de Vaucelles de la nourriture pour ses chevaux : « Je ne veux point », répondit courageusement Raoul, « me rendre le complice de ce péché », et il refusa de se soumettre à cette injonction. Mais autant il tenait aux biens de son monastère quand les puissants du monde voulaient s'en emparer, autant il en était saintement prodigue à l'égard des pauvres, pour lesquels il était rempli de la plus affectueuse charité. Il en donna pendant son administration des témoignages éclatants. Après plusieurs années d'une fertilité extraordinaire, durant laquelle le vigilant abbé avait fait des provisions considérables de blé, il arriva qu'une grande disette affligea le pays. Raoul, comme un autre Joseph, s'empressa d'ouvrir les greniers du monastère et de distribuer de la nourriture et des vêtements à tous ceux qui étaient dans le besoin. L'abbaye était devenue comme la demeure des malheureux. Les étrangers y recevaient l'hospitalité, les indigents des secours de toute nature ; et afin que personne n'en fût privé, on faisait porter aux infirmes, aux femmes enceintes ou à celles qui nourrissaient de petits enfants, les choses nécessaires à leur subsistance.
A la vue de cette multitude de pauvres qui se portaient en foule à l'abbaye de Vaucelles, l'évêque de Cambrai et Simon d'Olay ne pouvaient contenir leur admiration. Ils ne savaient comment expliquer qu'une seule abbaye pût suffire à tant de nécessités ; on y comptait, en effet, jusqu'à cinq mille pauvres, sans parler de ceux à qui on portait des secours dans leur demeure. Ils crurent devoir demander au charitable abbé de se restreindre à un nombre moins considérable d'indigents ; mais lui leur répondit avec tranquillité : « À Dieu ne plaise que nous fassions cela ; mais aussi longtemps que nous aurons du blé, nous le distribuerons à tous ceux qui viendront. Lorsque nous n'en aurons plus, nous tuerons les brebis, les bœufs et les autres animaux du monastère et les distribuerons encore pour la nourriture de tous ». Le bienheureux Raoul ne fut point obligé d'avoir recours à ce moyen extrême : les provisions du monastère suffirent pour les pauvres, les étrangers et les malades jusqu'au jour où une nouvelle récolte mit fin à la disette. Toutefois, il est permis de penser que Dieu daigna opérer un prodige en cette circonstance pour récompenser sa charité, et il serait difficile d'expliquer sans cette intervention de la Providence comment une abbaye, qui ne possédait alors que dix arpents de terre, aurait pu nourrir des milliers d'indigents pendant un temps assez considérable.
L'abbé Raoul était donc un digne enfant de saint Bernard et un fidèle serviteur de Jésus-Christ. Son nom, béni par les populations, était aussi cher à ses contemporains. Tous ressentaient pour sa vertu une vénération justement méritée. Il s'endormit dans le Seigneur le 30 décembre 1152. On comptait alors à Vaucelles cent sept religieux, trois novices et cent trente frères convers.
Vies des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Doutombos.
Key Events
- Voyage à Rome et passage par Clairvaux
- Entrée à l'abbaye de Clairvaux sous saint Bernard
- Fondation de l'abbaye de Vaucelles (1132)
- Pose de la première pierre de l'église (1140)
- Consécration de l'église par l'archevêque de Reims (26 mai 1149)
- Gestion d'une grande disette et secours aux pauvres
Miracles
- Multiplication probable des provisions de blé pour nourrir cinq mille pauvres avec seulement dix arpents de terre
Quotes
Aussi longtemps que nous aurons du blé, nous le distribuerons à tous ceux qui viendront. Lorsque nous n'en aurons plus, nous tuerons les brebis, les bœufs et les autres animaux du monastère et les distribuerons encore pour la nourriture de tous.