Joséphine Bakhita
Ancienne esclave soudanaise, Joséphine Bakhita est devenue religieuse canossienne en Italie, rayonnant par son humilité, son pardon héroïque et sa foi profonde.
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Biographie
Naissance au Soudan, enlèvement par des marchands d'esclaves, années de servitude et arrivée en Italie avec le consul Callisto Legnani.
Joséphine Bakhita est née vers 1869 dans le petit village d'Olgossa, situé dans la province du Darfour, à l'ouest du Soudan. Issue d'une famille de la tribu nubienne des Daju, elle grandit entourée de ses parents, de ses frères et de ses sœurs. Son enfance heureuse bascule brutalement vers l'âge de sept ans (aux alentours de 1876-1877) lorsqu'elle est enlevée par des marchands d'esclaves. Le traumatisme de ce rapt est si profond qu'elle en oublie son propre nom de naissance. Ses ravisseurs lui attribuent alors par dérision le nom de « Bakhita », qui signifie « fortunée » ou « chanceuse » en arabe.
Vendue et revendue à cinq reprises sur les marchés d'El Obeid et de Khartoum, elle subit pendant plusieurs années les violences physiques et morales de la servitude. Parmi ses différents maîtres, un général turc lui inflige de cruelles scarifications, laissant plus d'une centaine de cicatrices sur son corps. En 1883, sa vie prend un tournant décisif lorsqu'elle est achetée à Khartoum par le consul d'Italie, Callisto Legnani. Pour la première fois depuis son enlèvement, elle est traitée avec douceur et respect. En 1885, fuyant la révolution mahdiste, le consul retourne en Italie. Bakhita le supplie de l'emmener avec lui. À leur arrivée à Gênes, elle est confiée à la famille d'Augusto Michieli et s'installe à Zianigo, près de Venise, où elle devient la gouvernante et la nounou de leur fille, Mimmina.
Vie et œuvre
Découverte de la foi chrétienne à Venise, libération légale, entrée chez les Sœurs Canossiennes et vie humble au couvent de Schio.
En 1888, alors que les époux Michieli doivent se rendre en Afrique pour gérer un hôtel à Suakin, Bakhita et Mimmina sont temporairement confiées à l'Institut des Catéchumènes de Venise, dirigé par les Filles de la Charité (Sœurs Canossiennes). C'est dans ce couvent que Bakhita découvre la foi chrétienne et l'Évangile. Elle y ressent une profonde libération intérieure en contemplant le crucifix, comprenant qu'elle est aimée par un Dieu qui a souffert pour elle.
À la fin de l'année 1889, lorsque Mme Michieli revient en Italie pour récupérer sa fille et sa servante afin de repartir au Soudan, Bakhita manifeste fermement sa volonté de rester auprès des sœurs. Face au refus de sa maîtresse, l'affaire est portée devant les tribunaux italiens. Le 29 novembre 1889, le procureur du Roi déclare que l'esclavage n'existant pas en Italie, Bakhita est légalement libre de choisir son destin.
Désormais libre, elle reçoit les sacrements de l'initiation chrétienne (baptême, confirmation et première communion) le 9 janvier 1890 des mains du patriarche de Venise, le cardinal Domenico Agostini, et prend le nom de Giuseppina Margherita Fortunata (Joséphine). Aspirant à consacrer sa vie à Dieu, elle entre au noviciat des Canossiennes le 7 décembre 1893. Elle prononce ses premiers vœux religieux le 8 décembre 1896 à Vérone.
En 1902, sœur Joséphine Bakhita est transférée au couvent de Schio, dans la province de Vicence, où elle passera le reste de sa vie. Au sein de la communauté, elle se consacre humblement à des tâches simples : cuisinière, lingère, brodeuse et portière. Pendant la Première Guerre mondiale, elle aide également comme infirmière lorsque le couvent est transformé en hôpital militaire. Le 8 décembre 1927, elle prononce ses vœux perpétuels.
Cheminement vers la sainteté
Dévouement et humilité de Madre Moretta, publication de sa biographie et ses dernières années marquées par la maladie.
Sœur Joséphine Bakhita se distingue par sa douceur inaltérable, son humilité profonde et son sourire constant. Surnommée affectueusement « Madre Moretta » (la petite Mère noire) par les habitants de Schio, elle gagne le cœur de toute la population locale, particulièrement des enfants qu'elle accueille à la porterie du couvent. Elle passe de longues heures en prière devant le tabernacle, exprimant une gratitude infinie envers Dieu, qu'elle appelle tendrement « el me Paron » (Mon Maître / Mon Patron) en dialecte vénitien.
En 1931, à la demande de ses supérieures, sa biographie intitulée Storia Meravigliosa (Histoire merveilleuse) est publiée, faisant connaître son parcours extraordinaire à travers toute l'Italie. Malgré la célébrité, elle demeure d'une simplicité exemplaire.
Ses dernières années sont marquées par la maladie et la souffrance physique. Atteinte d'une douloureuse agonie, elle revit dans son délire les heures sombres de son esclavage, suppliant : « Lâchez mes chaînes, elles me font mal ! ». Elle s'éteint paisiblement le 8 février 1947 à Schio, ses derniers mots étant adressés à la Vierge Marie : « Madonna ! Madonna ! ». Une foule immense accourt aussitôt au couvent pour saluer une dernière fois la « Madre Moretta » et demander sa protection céleste.
Béatification et canonisation
Procès de canonisation, béatification en 1992 et canonisation en 2000 par le pape Jean-Paul II.
La réputation de sainteté de sœur Joséphine Bakhita se répand rapidement après sa mort. Le procès informatif en vue de sa canonisation s'ouvre douze ans plus tard, en 1959. Le 1er décembre 1978, le pape Jean-Paul II signe le décret reconnaissant l'héroïcité de ses vertus, la proclamant ainsi Vénérable.
Elle est béatifiée le 17 mai 1992 par le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre à Rome. Lors de son voyage apostolique à Khartoum en février 1993, le souverain pontife la présente solennellement comme un modèle de réconciliation et d'espérance pour tout le peuple soudanais.
Le 1er octobre 2000, le pape Jean-Paul II la proclame sainte lors d'une cérémonie solennelle sur la place Saint-Pierre. Elle devient ainsi la première sainte originaire du Soudan et une figure majeure de l'Église d'Afrique.
Spiritualité et héritage
Spiritualité du pardon, symbole de la lutte contre la traite des êtres humains et citations par les papes Benoît XVI et François.
La spiritualité de sainte Joséphine Bakhita repose sur un pardon héroïque et une confiance absolue en la Providence divine. Libérée de la haine, elle n'éprouvait aucun ressentiment envers ses anciens tortionnaires, affirmant : « Si je rencontrais ces négriers qui m'ont enlevée et ceux-là qui m'ont torturée, je m'agenouillerais pour leur baiser les mains, car si cela ne fût pas arrivé, je ne serais pas maintenant chrétienne et religieuse ».
Son parcours est devenu un symbole universel de la lutte contre l'esclavage moderne et la traite des êtres humains. En reconnaissance de son vécu, le pape François a placé sous son patronage la Journée mondiale de prière et de réflexion contre la traite des personnes, célébrée chaque année le 8 février, jour de sa fête liturgique.
Dans son encyclique Spe Salvi (2007), le pape Benoît XVI a longuement cité l'exemple de Joséphine Bakhita pour illustrer la force de l'espérance chrétienne, montrant comment la connaissance du véritable « Maître » (Dieu) lui a redonné sa dignité perdue. Elle est également désignée comme l'une des saintes patronnes des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) de Séoul en 2027.
Annexes & related entities
Structured data for exploration: events, miracles, quotes, places, attributes, patronages, and important entities cited in the text.
Key Events
- Époque / mort : 1947
- Canonisation en 2000 par Jean-Paul II
Quotes
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Lâchez mes chaînes, elles me font mal !
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Madonna ! Madonna !
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Si je rencontrais ces négriers qui m'ont enlevée et ceux-là qui m'ont torturée, je m'agenouillerais pour leur baiser les mains, car si cela ne fût pas arrivé, je ne serais pas maintenant chrétienne et religieuse
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