Sainte Aye

Vierge

Feast : April 18th 7th century • sainte

Summary

Issue de la noblesse du Hainaut, sainte Aye vécut dans une chasteté virginale avec son époux saint Hidulphe. Après s'être retirée au monastère de Mons, elle fut honorée pour sa piété et un miracle posthume où elle confirma ses donations à l'Église depuis son tombeau. Elle est depuis invoquée par ceux qui subissent des procès injustes.

Biography

SAINTE AYE ET SAINT HIDULPHE (VIIe siècle).

Le père de sainte Vaudru, qui est connu dans les histoires du Hainaut sous le nom de Walbert IV, avait un frère cadet du nom de Brunulphe, comte d'Ardennes, qui donna le jour à sainte Aye.

De plus, on voit par l'examen de cette généalogie, plus développée dans certains historiens du Hainaut et de la Lorraine, que Walbert III, père de ce Walbert IV qui eut pour filles sainte Vaudru et sainte Aldegonde, avait lui-même pour frère un comte Brunulphe, lequel donna le jour à l'époux de sainte Aye. Ces deux vénérables personnages étaient donc unis entre eux par les liens d'une parenté assez rapprochée, ainsi qu'avec sainte Vaudru et sa famille. « On voit clairement », dit l'historien de sainte Aye, « comment ils étaient issus germains et animés d'un même sang des rois de France du côté de Walbert II ».

Saint Hidulphe et sainte Aye, après avoir passé leur jeunesse dans une parfaite innocence et dans la pratique des plus touchantes vertus, se donnèrent mutuellement leur foi au pied des autels, en même temps qu'ils la donnaient à Jésus-Christ, l'Époux des âmes vierges. Cette alliance, sanctifiée par toutes sortes de bonnes œuvres, renouvela, aux yeux étonnés des habitants du Hainaut, les admirables exemples qu'y avaient déjà donnés saint Walbert, sainte Bertille et leurs dignes enfants. Comme si Dieu eût voulu offrir en leur personne un exemple de la force et de la puissance de sa grâce, il permit que, dans les liens du mariage, ils vécussent, toute leur vie, dans une chasteté virginale, se regardant l'un et l'autre comme consacrés à Dieu.

On ne connaît pas le détail des œuvres saintes opérées par ces deux vertueux époux ; mais tout en eux nous rappelle ces familles de prédestinés qui ont tant contribué à répandre les idées évangéliques et les mœurs chrétiennes dans les heureuses contrées du Nord. Saint Hidulphe et sainte Aye, qu'aucun intérêt temporel ne préoccupait, durent surtout travailler avec succès à cette œuvre sainte, et leurs mérites trop peu connus les rendent bien dignes de nos hommages et de nos respects. Voici, autant que la pénurie de documents permet de préciser, les quelques faits de leur vie que rapportent les auteurs.

Saint Hidulphe, après que son parent saint Mauger eût été fonder le monastère d'Hautmont, paraît avoir été d'un grand secours à sainte Vaudru, qui se disposait à suivre l'exemple de son époux. C'est à lui qu'elle s'adressa pour la construction de l'humble demeure, où elle voulait se retirer à Château-Lieu (Mons). Plus tard, saint Hidulphe rendit aussi d'importants services à saint Landelin, quand ce disciple pénitent de saint Aubert bâtit successivement les quatre monastères de Lobbes, d'Aine, de Walers et de Crespin. Folquie, dans sa chronique de l'abbaye de Lobbes, rapporte que saint Hidulphe fit des démarches auprès de Pépin d'Héristal, pour obtenir que saint Ursmar, dont la vertu éminente lui était bien connue, fût placé à la tête de cette communauté.

Lui-même s'y retira plus tard, pour achever, dans la prière et la méditation des choses du ciel, une vie déjà si remplie de bonnes œuvres. C'est là qu'il s'endormit paisiblement dans la paix du Seigneur, en l'année 707, le 23 du mois de juin. Ses reliques, comme celles des autres Saints de ce monastère, furent transportées dans la ville de Binch, le 4 avril 1409, à cause des guerres qui menaçaient le pays. Elles y restèrent toujours depuis ; et, chaque année, on les portait avec beaucoup de solennité dans une procession magnifique, qui avait lieu au commencement du mois de juillet.

Quelques auteurs ont donné, par erreur, à saint Hidulphe le titre d'évêque. Ils paraissent l'avoir confondu avec saint Théodolphe, qui fut le second abbé du monastère de Lobbes, après saint Ursmar.

Au moment où saint Hidulphe se retirait au monastère de Lobbes, sa vertueuse compagne allait aussi, de son côté, terminer ses jours dans la pieuse communauté de Château-Lieu (Mons), auprès de sa parente sainte Vaudru, dont elle enviait depuis longtemps le bonheur. Après avoir participé à toutes les bonnes œuvres de son époux, et rivalisé saintement avec lui dans la pratique des vertus chrétiennes, elle recevait aussi de Dieu, dans ses dernières années, une récompense qui n'était que l'avant-goût de celle qui leur était réservée dans le ciel. Les auteurs croient que la mort de sainte Aye arriva la même année que celle de saint Hidulphe. Des guérisons et d'autres bienfaits signalés, obtenus auprès de son tombeau, inspirèrent de tout temps aux peuples une grande confiance en sa protection.

On trouve le nom de sainte Aye dans les anciennes litanies de l'église de Sainte-Vaudru à Mons, où elle est honorée d'un culte particulier. Ses reliques furent visitées par François Buisseret, archevêque de Cambrai. En 1625, Mgr Van der Burgh, aussi archevêque de Cambrai, approuva et rendit obligatoire, pour tout son diocèse, un office propre de cette Sainte, examiné et approuvé par les docteurs en théologie de l'Université de Douai. Déjà, dès l'année 1617, ce prélat avait transporté les restes précieux de la Sainte dans une nouvelle châsse. On trouve aussi, dans les plus anciens auteurs, que, en l'année 1314, Pierre de Mirepoix, évêque du même siège, avait approuvé un office semi-double de sainte Aye, dont le nom se conservait précieusement dans le souvenir des populations religieuses du Hainaut. L'ordonnance par laquelle le prélat établissait cette fête se trouve à la page 270 de l'ouvrage du révérend père Coret. Elle est datée du 6 juin 1314.

La fête solennelle de sainte Aye se célébrait, à Mons, le 18 d'avril. Ses reliques, exposées en ce jour, attiraient un grand concours de pieux pèlerins. Dans la procession que l'on faisait, à travers les rues de la ville, le dimanche de la Sainte-Trinité, elles étaient portées triomphalement sur un char orné, que précédait immédiatement un autre char, sur lequel étaient placés les restes vénérables de sainte Vaudru.

Il y avait aussi, à Anvers, des reliques de sainte Aye, dans une chapelle qui lui était dédiée, et où venaient souvent prier ceux surtout qui étaient poursuivis dans d'injustes procès. On l'invoquait pareillement à Bruxelles dans les mêmes occasions. Des traits frappants ont signalé plusieurs fois la puissance de sa protection, et les auteurs en citent quelques-uns plus remarquables arrivés dans le courant de l'année 1673.

Voici quelle est l'origine de cette dévotion des plaideurs envers sainte Aye. On dit que, après sa mort, il s'éleva des contestations au sujet des biens qu'elle avait donnés à l'église de Mons, en Hainaut, biens réclamés par ses parents.

Il y avait longtemps que ces différends duraient et on n'en prévoyait pas la fin, lorsqu'un jour, pouvant se faire entendre des deux parties, Aye déclara, du fond de son tombeau, qu'elle avait légalement donné à l'église de Sainte-Vaudru les biens en question, et que, dans ce moment, elle confirmait et sanctionnait cette donation. Dès lors toute dispute cessa.

On donne généralement à sainte Aye le titre de vierge, et c'est sous ce nom qu'elle était invoquée dans l'oraison du propre de Mons: Jacques Coret, dans la vie de la Sainte, cite huit écrivains, entre autres l'auteur des Annales de Lobbes, Molanos, Arnould, Wien, Le Mire, qui avancent qu'elle vécut avec son époux dans la chasteté parfaite, à l'exemple de quelques autres Saints, et pour se conformer aux désirs pieux que le ciel leur avait inspirés mutuellement.

Vies des Saints de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Dastombes.

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## SAINT GÉBUIN, VULGAIREMENT APPELÉ SAINT JUBIN,

## ARCHEVÊQUE DE LYON (1082).

Ce saint Pontife, fils de Hugues III, comte de Dijon, naquit dans le XIe siècle. Il se consacra, dès sa jeunesse, au service de Dieu, en embrassant l'état ecclésiastique. Devenu grand archidiacre de Langres, il montra, dans cet important emploi, un zèle et une capacité qui le rendirent cher à son premier pasteur. Hugues, archevêque de Lyon, ayant été accusé de simonie et n'ayant pu se justifier, fut obligé d'abdiquer en 1076 et prit l'habit religieux au monastère de Saint-Claude. Le siège de Lyon se trouvant ainsi vacant, l'évêque de Die, qui était légat apostolique, convoqua en 1077 un concile à Autun, afin de pourvoir au remplacement de Hugues. L'évêque de Langres, Raynard de Bar, qui devait assister à cette assemblée, y mena avec lui son archidiacre. Le mérite et la vertu de Jubin firent sans doute une grande impression sur l'esprit des Pères du concile, car, cinq jours après l'ouverture, ils le choisirent pour remplir le siège de Lyon, suivant le désir des clercs de cette église, qui se trouvaient présents. Lui seul s'opposa à son élection et se réfugia près de l'autel, comme dans un lieu d'asile ; mais il fut gardé à vue. Il lui fallut enfin obéir ; et, dès le lendemain, qui était le 17 septembre, il reçut du légat la congrégation épiscopale, à la satisfaction de tout le monde, et au milieu des démonstrations de la joie publique. Les membres du clergé de Langres, qui assistaient au concile, ne purent s'empêcher de manifester leur douleur, au sujet de la perte que faisait ce diocèse ; et l'évêque, encore plus affligé qu'eux, dit en pleurant qu'on lui arrachait l'œil droit, en lui ôtant son archidiacre, qu'il lui était très-nécessaire, tant pour les affaires ecclésiastiques que pour les séculières, que c'était son conseiller et la consolation de son peuple : éloge flatteur et qui prouve combien le nouveau prélat était digne d'estime !

Jubin, placé à la tête d'une illustre église, regarda comme un de ses devoirs d'en conserver les privilèges. Il s'adressa donc à saint Grégoire VII, qui occupait alors le Saint-Siège, et lui demanda la confirmation de son droit de primatie. Le Pape le lui accorda sur les provinces de Sens, de Tours et de Rouen. Ce fut peut-être à Rome même qu'il obtint cette faveur ; car il fit un voyage

dans cette capitale du monde chrétien avec plusieurs chanoines de son église qui avaient été excommuniés, pour avoir quitté la vie commune, et partagé entre eux les biens qui appartenaient à leur chapitre. Jubin reçut en 1079 cette bulle confirmative. Son épiscopat n'eut pas une longue durée ; il eut cependant le temps d'appeler et d'établir à Lyon, dans un lieu nommé alors Sainte-Marie-aux-Bois et depuis la Platière, les chanoines réguliers de Saint-Ruf, qui, jusqu'à l'époque de leur destruction, ont conservé cette église devenue depuis prieuré. Bientôt après, il fut atteint d'une infirmité grave, qu'il supporta avec une patience invincible, et qui finit par causer sa mort. Suivant l'opinion la plus probable, il termina sa carrière en l'année 1082, laissant après lui à son peuple une haute idée de sa piété et de sa charité pour les pauvres. Son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Irénée, à Lyon, et l'on éleva sur son sépulcre un autel qui lui fut dédié. Le diocèse qu'il gouverna l'honore d'un culte public ; et jusqu'à la Révolution, son tombeau était constamment visité par un grand nombre de fidèles, qui réclamaient son secours dans leurs infirmités, et surtout dans la triste maladie de la pierre à laquelle saint Jubin avait été sujet.

Les Calvinistes s'étant emparés de Lyon, en 1562, mirent un soin extrême à détruire tous les monuments du catholicisme, et l'église de Saint-Irénée ne fut pas épargnée. Ils y brisèrent plusieurs tombeaux et profanèrent les reliques des saints martyrs qui y étaient conservées. Mais ils ne touchèrent pas au tombeau de saint Jubin, parce qu'il se trouvait placé au fond d'une chapelle très-étroite et engagé tellement dans le mur qu'il aurait fallu démolir une partie de celui-ci pour pouvoir l'ouvrir. Le corps du Saint fut donc laissé intact ; et il est resté tel jusqu'en 1824, époque à laquelle des travaux assez importants pour l'agrandissement de l'église ayant été projetés, M. Durand, curé de la paroisse, obtint de l'autorité ecclésiastique la permission de transférer ailleurs ces précieuses reliques. Le 24 octobre de la même année, le tombeau fut ouvert en présence d'un vicaire général de Lyon. Le ciment qui liait les pierres était entier : on y trouva tous les ossements et même des morceaux d'une étoffe noire qui sans doute avait servi à envelopper les restes du serviteur de Dieu. Un os d'un bras fut mis à part pour la communauté de refuge de Saint-Michel de Lyon, et un autre d'une jambe pour l'église métropolitaine. On trouva, parmi la poussière, au fond du monument, la croix pectorale et l'anneau du saint Pontife. Ses reliques, ayant été placées dans une châsse, furent, le 9 mai 1826, portées en procession avec beaucoup de solennité à l'église de Saint-Jean de Lyon, puis rapportées à celle de Saint-Irénée, et replacées dans l'ancien tombeau qui est aujourd'hui entièrement revêtu de marbre blanc. Depuis cette époque, plusieurs guérisons miraculeuses ont été obtenues par l'intercession de saint Jubin. Il est le patron du chapitre de Langres.

Tiré du Gallia christiana nova, t. IV ; du Bréviaire de Lyon, édition de 1769 et de 1865 ; de l'ouvrage qui a pour titre : le Clergé de France, par M. l'abbé Hugues Butkens, t. IV, et de la notice sur saint Jubin, par M. Durand, curé de Saint-Irénée à Lyon, publiée dans cette ville en 1827, 1 vol. in-12.

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## SAINT GAUDIN OU GALDIN,

## CARDINAL-ARCHEVÊQUE DE MILAN ET LÉGAT DU SAINT-SIÈGE (1176).

Galdin naquit à Milan, de l'illustre maison de la Scala, très-célèbre dans l'histoire d'Italie. Il s'attacha de bonne heure au service des autels ; il s'y était préparé par l'étude de l'Écriture sainte, par une grande innocence de mœurs, et par la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Ayant été ordonné prêtre, il devint successivement archidiacre et chancelier de l'église de Milan. Les archevêques Bibald et Hubert se déchargèrent sur lui d'une partie de l'administration du diocèse, qui était alors rempli de troubles et de confusion.

Après la mort du pape Adrien IV, arrivée en 1159, on élut pour lui succéder un homme également versé dans la théologie et dans le droit canonique : c'était Alexandre III. Cinq cardinaux, qui désapprouvaient cette élection, donnèrent leurs voix à Octavien, qui prit le nom de Victor : de là vint un schisme qui eut des suites funestes. L'empereur Frédéric Barberousse se déclara pour les schismatiques qui soutenaient à Rome ses intérêts.

Ce prince en voulait à la ville de Milan, qui prétendait avoir le droit exclusif de choisir ses magistrats; mais son ressentiment ne connut plus de bornes lorsqu'il la vit reconnaître Alexandre III pour pape légitime. Il vint l'attaquer avec une nombreuse armée, et la força de se rendre à discrétion après un siège de dix mois. Il porta la vengeance aux derniers excès. Les habitants eurent à peine la vie sauve. La ville fut détruite; le vainqueur y fit passer la charrue, et semer du sel dans les sillons, pour marque de malédiction. Ce fut en 1162 que l'empereur s'empara de la ville de Milan. Il fit transporter à Cologne trois corps saints qui étaient dans l'église de Saint-Eustorge, et qu'on disait être ceux des trois rois qui vinrent adorer Jésus-Christ.

Robert, archevêque de Milan, étant mort en 1166, Galdin, quoique absent, fut élu pour lui succéder. Le Pape le sacra lui-même, le fit cardinal, et le nomma légat du Saint-Siège. Le nouvel archevêque mit tout en œuvre pour procurer du secours et de la consolation aux tristes restes de son troupeau. Il travailla avec ardeur à éteindre le schisme, et il y réussit dans toute la Lombardie.

Les habitants de Milan, assistés de l'argent et des troupes de la Lombardie, travaillèrent à rebâtir leurs maisons et leurs murailles. L'ouvrage étant achevé, ils rentrèrent dans leur ville le 27 avril 1167. L'empereur se mit en marche pour aller les attaquer; mais son armée fut défaite par les Milanais. Ce désastre le rendit plus traitable, et il n'osa s'attirer sur les bras les forces réunies de la Lombardie, de la République de Venise, de la Sicile et de toute l'Italie. Il pensa sérieusement à la paix. Il consentit dans la suite à avoir une conférence avec le Pape, qui était à Venise. Les choses en vinrent au point qu'il abjura le schisme, et se réconcilia parfaitement avec le souverain Pontife dans l'année 1177.

Cependant Galdin remplissait avec exactitude tous les devoirs d'un digne pasteur. Il enseignait assidûment la parole de Dieu; il soulageait les malheureux avec une bonté vraiment paternelle, et prévenait même leurs différents besoins. Il rétablit la discipline, qui avait beaucoup souffert.

Il étouffa toutes les semences de division, et se montra fort zélé à détruire les erreurs des Cathares. Ces hérétiques étaient une espèce de Manichéens qui avaient profité des troubles occasionnés par la guerre pour s'introduire en Lombardie.

Parmi les vertus qui brillaient dans le saint archevêque, on remarquait une humilité profonde qui le portait à se regarder comme le plus grand pécheur de son troupeau. Son amour pour la prière n'était pas moins admirable. Il conjurait sans cesse le Seigneur de bénir ses travaux et de verser ses grâces tant sur le pasteur que sur le troupeau. Au sortir de la prière, il paraissait un homme tout divin. Ses paroles étaient accompagnées d'une force et d'une onction auxquelles rien ne pouvait résister ; elles portaient le trouble et la contrition jusque dans les cœurs les plus endurcis.

Le zèle dont le Saint était dévoré pour le salut des âmes l'empêchait d'apercevoir l'épuisement de ses forces. Quoiqu'il fût trop faible pour célébrer la messe le dimanche de l'octave de Pâques, il voulut encore prêcher. Il monta en chaire après la lecture de l'Évangile, et fit un sermon qu'il débita avec beaucoup de feu ; mais il ne l'eut pas plus tôt achevé qu'il tomba en une défaillance dont il ne revint point. On le laissa dans le jubé pendant le reste de la messe, et il expira vers la fin du saint sacrifice, au milieu de son clergé et de son peuple, le 18 avril 1176. Sa mort fut universellement pleurée.

Godesca: d. éd. de Lille.

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## LE B. JEAN D'ÉPIRE, MODÈLE DES OUVRIERS (XVIe siècle).

Le bienheureux Jean était né à Janina, capitale de l'Épire, que le vaillant Scanderberg avait arrachée au joug des Turcs, et rattachée à l'unité romaine. La pauvreté de ses parents obligea Jean à les quitter pour se rendre à Constantinople, où il vivait comme journalier du travail de ses mains. La noble liberté de cet enfant de Dieu, qui marchait la tête haute et ne connaissait pas le respect humain, ne tarda pas à offusquer ses camarades d'atelier, fâchés de ne pas le voir descendre à leur niveau d'impiété et de mauvaise conduite. De reste, ces ouvriers étaient pour la plupart des Grecs schismatiques, renégats à qui un Épirote catholique devait souverainement déplaire, et parce qu'il était catholique, et parce que sa fidélité à sa religion était le vivant reproche de leur apostasie.

Le bienheureux Jean comprit d'instinct ou peut-être par inspiration que ses camarades ne s'en tiendraient pas à des paroles. Il alla donc trouver son père spirituel, archiprêtre dans un quartier de la ville, probablement celui de Péra, alors habité par les Génois et les Grecs unis. Le prêtre tâcha d'abord de le convaincre qu'il était le jouet de quelque folle terreur, puis il lui dit : « Mon fils, le martyre exige une grande préparation ; s'il plaît à Dieu de vous y appeler, tâchez de vous en rendre digne ». On était au jeudi saint, le jeune homme se confessa et fit ses dévotions. Le lendemain, dès qu'il fut rentré à l'atelier, un des ouvriers se mit à dire tout haut, en l'apercevant : « N'est-ce pas celui-là qui, en tel endroit, a renié le Christ pour passer à Mahomet, et aujourd'hui fait mine d'être un fervent chrétien ? » Jean promena un œil assuré sur tous les visages et dit : « Est-ce de moi que l'on parle ou d'un autre ? — Tous. — « C'est bien de toi et non d'un autre ; nous ne faisons que dire la vérité ».

Pour comprendre la portée de cette calomnie, il faut se rappeler que les Turcs punissaient de mort ceux qui, après avoir embrassé l'islamisme, l'abandonnaient. En allant dénoncer Jean aux magistrats musulmans, ces ouvriers savaient parfaitement ce qui adviendrait.

Aussitôt donc que notre saint jeune homme eut repoussé avec toute l'indignation dont il était capable, l'atroce accusation d'apostasie qu'on venait de lui jeter à la face, chacun des ouvriers quitta son établi : un cercle se forma autour de lui ; tous vociféraient : « Avoues que tu as renoncé ». — « Non, vous dis-je ». Alors ils le traînent plutôt qu'ils ne le conduisent au tribunal du juge, en l'accablant d'injures, en le couvrant de soufflets. Jean répondit au juge comme il avait répondu à ses accusateurs. On le jeta en prison, puis quelques jours après, il fut brûlé vif sur un bûcher. De pieux chrétiens recueillirent quelques ossements qui avaient échappé à l'action destructive du feu. Le bienheureux Jean l'Épirote n'avait pas dépassé les années de la jeunesse.

*Anthologie grecque*, apud Boll., t. II d'avril, p. 608 et suiv. (nouv. éd.) ; trad. nouv.

Feast Date

April 18th

Death

vers 707