Sainte Gertrude de Vaux-en-Dieulet
Vierge et Martyre
Summary
Originaire du diocèse de Châlons, Gertrude fuit sa famille païenne pour préserver sa foi et sa virginité. Réfugiée dans le Dieulet, elle fait jaillir une source miraculeuse avant d'être rattrapée et percée de flèches par ses propres frères. Son culte est resté très vivace dans le diocèse de Reims, notamment à Vaux-en-Dieulet.
Biography
SAINTE GERTRUDE DE VAUX-EN-DIEULET (fin du Ve siècle).
La paroisse de Vaux-en-Dieulet, vulgairement Dieulet, est ainsi nommée, parce qu'elle est située dans la principale vallée d'une petite contrée, appelée anciennement le Dieulet, entre Beaumont, au nord, et Buzancy, au midi ; à trois moyennes lieues, ou quinze kilomètres de Mouzon, ci-devant province de Champagne, et diocèse de Reims, maintenant département des Ardennes.
La Sainte, révérée à Vaux-Dieulet, était originaire du diocèse de Châlons-sur-Marne, et y vivait dans le même temps que sainte Houe, sainte Ménébouil, sainte Manne, sainte Ame, sainte Susanne, etc.
On rapporte le martyre de sainte Gertrude au temps que les Francs, encore païens, établissaient leur monarchie dans les Gaules, avant la conversion du roi Clovis au christianisme, c'est-à-dire, avant l'an 480. Quoique née d'un père attaché opiniâtrement aux erreurs du paganisme, elle eut le bonheur de croire en Jésus-Christ et de renaître spirituellement dans les eaux du baptême.
Arrivée à l'âge de choisir un état, elle préféra celui de la virginité. Elle suivit l'avis de saint Paul, en refusant de s'allier par le mariage à un époux qui, n'étant pas chrétien, l'eût gênée dans les exercices de sa religion, ou ne lui eût pas permis d'élever ses enfants chrétiennement. Sa fermeté dans cette sainte résolution, lui attira des mauvais traitements de la part de son père barbare ; ses propres frères furent ses persécuteurs.
Gertrude, pour se soustraire aux traitements inhumains et au danger de perdre la foi, s'éloigna de sa famille : Dieu la conduisit dans le Dieulet, à dix-huit lieues de Châlons, dans le diocèse de Reims.
Elle se retira d'abord dans une vallée, dite de la Vnameille, où l'abbaye de Belval fut fondée vers l'an 1130 par les disciples de saint Norbert. Elle passa ensuite à l'autre extrémité du Dieulet, vers le couchant, dans un autre vallon (que les anciens titres nomment le Bos ou le bois de Noé), appelé aujourd'hui le bout de Noé ; où coule une source d'eau, qui a toujours été appelée la sainte fontaine, ou la fontaine de sainte Gertrude. On prétend que, en arrivant dans ce vallon de l'Argonne qui est maintenant cultivé et qui termine le territoire de Vaux vers celui de Saint-Pierrement, la Sainte se trouvait fort altérée et qu'il n'y avait point d'eau pour étancher sa soif. À sa prière, une source abondante jaillit, qui, aujourd'hui encore, perpétue le nom et les bienfaits de sainte Gertrude.
Ses deux frères, qui l'avaient suivie dans la fuite, ayant découvert le lieu de sa retraite, la poursuivirent, comme elle fuyait encore devant eux, jusque sur le sommet de la côte, entre le village de Vaux-Dieulet et celui de Sommouthe, et là ils la percèrent de flèches dont ils étaient armés. Elle couronna ainsi sa pure vie par une sainte et glorieuse mort.
Son corps fut inhumé au même lieu sur la montagne ; les fidèles accoururent à son tombeau, il s'y opéra des guérisons; ses ossements furent, dans la suite, recueillis et transportés avec solennité dans l'Église paroissiale qui fut dédiée sous son invocation; et le nom de sainte Gertrude fut inséré depuis dans les litanies qui se chantent à la bénédiction des fonts baptismaux, dans tout le diocèse de Reims.
La translation des reliques de sainte Gertrude a été faite le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ; et la fête de cette Sainte a été fixée dès lors au vendredi suivant. On en rapporte l'époque au temps de Charles Martel. On se fonde sur un extrait du manuscrit de l'abbaye de Belval, dont l'historien de Reims fait mention: et, en effet, la vieille église, bâtie alors, dont l'emplacement se voit hors du village, et qui a subsisté jusqu'en 1774, était dans la forme et le goût de celles du pays bâties dans le siècle de Charlemagne.
Le grand concours des fidèles, qui s'est renouvelé chaque année, a donné lieu à une foire, qui continue de se tenir, à Vaux-Dieulet, le jour même de l'Ascension.
Le curé et les paroissiens de Vaux ont déployé le zèle le plus louable pour soustraire les reliques de sainte Gertrude à la dévastation de leur église, en 1794. Ils ont eu soin de les tirer de la chasse, et les ont tenu cachées pendant cinq ans et demi dans l'intérieur du mur de l'église, et ne les en ont retirées qu'en 1799, pour les exposer de nouveau à la vénération des fidèles.
Le chef de sainte Gertrude est enfermé dans un globe de cuivre, séparément du reste des reliques. Les autres ossements sont contenus dans un coffre de fer, très-ancien et tout rouillé, lequel est formé de deux serrures, dont les clefs ont été portées sans doute à Reims; ce coffre est renfermé dans une chasse très-ancienne, en bois de chêne, ornée de sculptures et de peinture, qui rappellent les principales circonstances du martyre de sainte Gertrude.
Dans le premier tableau, Gertrude touche, de son bâton, la source de la sainte fontaine. Dans le deuxième, ses deux frères ont leurs arcs tendus, pour la percer de leurs flèches. Dans le troisième, les deux assassins comparaissent devant un juge assis sur son tribunal. Dans le quatrième, sainte Gertrude a la couronne du martyre sur la tête, et la palme en main; et à côté d'elle sont des pèlerins à genoux, et le curé de la paroisse, en costume très-ancien de Chanoine régulier prémontré. Ces peintures ont été renouvelées, en 1671, et en 1783, en y faisant repasser le pinceau du peintre, sans rien changer aux figures.
Les pèlerins, qui vont vénérer sainte Gertrude à Vaux-en-Dieulet, ont coutume de faire trois stations dans l'église, l'une devant le grand autel, l'autre à la chapelle de la sainte Vierge, la troisième à la chapelle de Sainte-Gertrude. Quelques-uns vont faire une quatrième station à la Sainte-Fontaine, et une cinquième à la tombe de sainte Gertrude, sur la montagne.
Ceux des pèlerins, qui ne vont point à la sainte fontaine et à la tombe, font leur procession dans l'église, ou, à l'entour, dans le cimetière.
La tradition du pays, sur la vie et le martyre de notre sainte Gertrude, est appuyée sur des monuments certains, propres à en perpétuer la mémoire jusqu'à la fin des siècles. Le vallon qui a donné retraite à cette sainte fille, la fontaine qui porte son nom, son tombeau sur la montagne, la possession de ses reliques, la vieille église dédiée (ainsi que la nouvelle) sous son invocation, sa fête solennisée à jour fixe, son nom invoqué dans les litanies du diocèse, les très-anciennes peintures sur la chasse de ses reliques, le manuscrit de l'abbaye de Belval, cité dans l'histoire de l'église de Reims, le procès-verbal de l'insertion d'une parcelle de ses reliques dans l'autel de Sommauthe (1649); enfin le concours annuel et toujours nombreux des fidèles du pays, au jour de sa fête, sont les preuves justificatives de son histoire et de son culte.
Notice sur sainte Gertrude, vierge et martyre, patronne de la paroisse de Vaux-en-Dieulet, au département des Ardennes, diocèse de Reims, à nous communiquée par M. l'abbé Titeux, curé de Vaux-en-Dieulet. — Cf. Dom Calmet, Hist. de Lorraine, liv. V, et Dom Martel, Hist. du diocèse de Reims.
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## SAINT THÉODULPHE OU THIOU,
## TROISIÈME ABBÉ DU MONT-D'HOR OU DE SAINT-THIERRY, PRÈS DE REIMS (590).
Saint Théodulphe, vulgairement appelé saint Thiou, était d'une illustre famille de la seconde Aquitaine. Il quitta le monde à la fleur de son âge, et se retira au Mont-d'Hor, afin d'y vivre parmi les disciples du saint abbé Thierry. On l'y occupa vingt-deux ans aux plus pénibles travaux de la campagne. Après la mort du successeur de saint Thierry, l'archevêque de Reims l'établit abbé, à la prière des moines, et l'éleva aussi au sacerdoce.
Le Saint marcha sur les traces de son bienheureux père. Il pratiqua de grandes austérités, conduisit ses religieux avec une fermeté mêlée de douceur, supporta patiemment les travers qu'il eut à essuyer, et bâtit l'église de Saint-Hilaire dans l'enceinte de son abbaye, afin de doubler son office et ses travaux. Il mourut dans un âge fort avancé, vers l'an 590, et fut enterré en son monastère. Ses reliques se gardaient précieusement dans l'abbaye de Saint-Thierry. Lors de la suppression de cette abbaye, en 1776, elles furent transférées à l'abbaye de Saint-Remi à Reims, à l'exception du chef, richement enchâssé, qu'obtirent les habitants de Saint-Thierry, paroisse sur le territoire de laquelle l'abbaye du Mont-d'Hor était située. Ce chef est encore conservé dans l'église de cette paroisse. Quant au reste du corps, porté à Saint-Remi, il a été profané et perdu pendant la Révolution.
Voir Flodoard, *Hist. eccl. rom.*, l. 267, c. 28 ; Mabillon, *Act. sanct. Ben.*, l. 267, p. 346 ; les *Bollandistes*, sous le 1er mai, l. 267, p. 34, et la *Gallia christ. nova*, l. XX, p. 168 ; Godescard, éd. de Lille.