Saint Sérénic (Céneric)
Moine, Diacre-Cardinal et Abbé
Summary
Frère de saint Séréné, Sérénic quitta Spolète pour Rome où il devint moine bénédictin et diacre-cardinal. Aspirant à une vie plus solitaire, il s'établit dans le Maine puis fonda un monastère sur les bords de la Sarthe. Il est célèbre pour ses miracles, notamment le jaillissement d'une source et la traversée de la rivière à pied sec.
Biography
SAINT SÉRENIC ET SAINT SÉRÉNÉ, SON FRÈRE
RECLUS AUX DIOCÈSES DE SÉEZ ET DU MANS
Vers 669. — Pape : Vitalien. — Roi de France : Clotaire III.
En appelant ses serviteurs fidèles à jouir du bonheur du ciel, Dieu leur donne un protectorat spécial à exercer sur certaines contrées ou sur certaines classes d'hommes.
Vie de saint Séréné, par D. Pintin.
Saint Sérénic et saint Séréné naquirent à Spolète, à quinze lieues de Rome, dans les premières années du VIIe siècle. Ils étaient frères selon la chair et selon l'esprit. Ils sortaient d'une famille patricienne puissante dans toute l'Ombrie. Leurs parents leur procurèrent dès l'enfance des maîtres habiles et capables de graver dans leurs jeunes cœurs les sentiments chrétiens. Sérénic était l'aîné ; il aima tout d'abord son frère d'une affection très tendre, mais toute surnaturelle. Il n'usait de l'avantage de son âge que pour exhorter Séréné à la vertu et aux pratiques de la perfection, dont il lui donnait l'exemple. Bientôt les deux frères rivalisèrent d'ardeur pour la piété ; l'étude, la mortification, l'aumône faisaient l'objet de toute leur attention. Doués de facultés heureuses et bien secondés par les maîtres habiles
SAINT SÉRENIC ET SAINT SÉRÉNÉ, SON FRÈRE.
et dévoués qu'on leur avait donnés, Sérénic et Séréné firent des progrès remarquables en toutes les connaissances auxquelles ils s'appliquèrent; mais ils réservèrent leurs plus grands efforts pour l'étude des vérités contenues dans la sainte Écriture, les enseignements de l'Église et du Siège apostolique.
Lorsque nos deux saints frères furent parvenus à l'âge viril, ils comprirent de plus en plus la nécessité de se donner sans réserve à Dieu. Ces paroles de l'Évangile firent sur eux la plus vive impression : « Celui qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi ! ». Un ange apparut à chacun des deux frères durant une nuit consacrée à la prière, et vint les confirmer dans leurs projets de renoncement. Il leur déclara que la volonté de Dieu les appelait d'abord à Rome; qu'ils devaient dire un éternel adieu à leurs proches et à leur patrie; que leur sacrifice devait être complet et absolu; qu'ils auraient quelque temps à passer dans la basilique de Saint-Pierre, uniquement occupés du service divin, des jeûnes, des veilles, des psalmodies et des autres exercices pratiqués par les religieux qui desservaient ce sanctuaire. À cette époque, la basilique du Prince des Apôtres, ainsi que plusieurs des principales églises de Rome, étaient desservies par les enfants de saint Benoît. Sérénic et Séréné comprirent tout aussitôt que le ciel les appelait à marcher par la voie que le grand patriarche du Mont-Cassin a tracée à ses disciples. Aussitôt qu'ils connurent d'une manière certaine les desseins de Dieu sur eux, ils se hâtèrent d'y correspondre, quittèrent tout et se rendirent promptement à Rome. À leur arrivée dans la ville sainte, ils furent bien accueillis du Pape et de la communauté des moines du Vatican. Ils reçurent avec bonheur l'humble habit de Saint-Benoît, et se portèrent avec ferveur à la pratique de toutes les observances. Loin de se ralentir avec le temps, leur zèle prit toujours de nouveaux accroissements. Durant plusieurs années, ils rivalisèrent constamment avec les moines les plus saints de la communauté dans la pratique des jeûnes, des veilles et des oraisons; en un mot, c'étaient de parfaits disciples de saint Benoît. Touchés des efforts que Sérénic et Séréné, encore si jeunes, faisaient avec tant de générosité pour s'avancer dans la voie étroite qui conduit à la vie, de leur patience, de leur humilité, de leur sobriété et de leurs autres vertus, tous les moines du Vatican les regardaient comme leurs modèles. Ne se contentant pas d'une vaine admiration, ils s'efforçaient de les imiter, et proclamaient hautement leurs mérites. Instruit des qualités de ces deux frères, le souverain Pontife voulut se les associer dans les soins pénibles de son ministère, et les créa diacres-cardinaux. Quoique les honneurs extérieurs attachés au cardinalat aient reçu des développements notables depuis le VIIe siècle, il est certain néanmoins que dès lors celui qui était élevé à cette dignité tenait le premier rang dans le clergé de l'Église romaine, et par conséquent dans tout l'univers chrétien.
Saint Sérénic et saint Séréné ne jouirent pas longtemps de la haute dignité que leurs vertus leur avaient méritée, sans comprendre les périls nouveaux auxquels elle les exposait. Quoiqu'ils fissent tous leurs efforts pour se soustraire aux marques de respect qu'on leur donnait de toutes parts, ils craignaient que la vaine gloire ne se glissât insensiblement dans leur cœur. La présence du danger éveilla en eux une plus grande vigilance, et leur fit redoubler leurs prières. Enfin un ange apparut à Sérénic la nuit, et lui dit : « Pourquoi te livres-tu à l'inquiétude, Sérénic ? Poursuis l'accomplissement du dessein qui t'a fait abandonner ton père, ta mère et tes biens. Le Seigneur ne veut pas que tu restes plus longtemps en ce lieu;
mais il t'ordonne de gagner un pays plus éloigné ». Après donc avoir reçu l'avertissement de l'ange, Sérénic et Séréné se disposèrent promptement à quitter Rome. Ils traversèrent presque toute l'Italie, coururent de grands dangers en passant les Alpes, et parvinrent dans les provinces méridionales de la Gaule. Comme ils étaient incertains du lieu où ils devaient se fixer, ils parcoururent plusieurs régions de ce vaste territoire. Les contrées de l'ouest de la Gaule étaient célèbres entre toutes par les tombeaux de saint Martin, à Tours, et de saint Julien, au Mans. D'autres sanctuaires privilégiés attiraient encore la foule des pèlerins : ainsi, dans le seul diocèse du Mans, l'église cathédrale, dédiée depuis plus de cent ans à saint Gervais et à saint Protais, était devenue le lieu où la puissance miraculeuse de ces deux athlètes du Christ éclatait avec le plus de splendeur en-deçà des Alpes. Depuis plus d'un siècle, d'ailleurs, et surtout depuis l'épiscopat de saint Innocent (532-543), le diocèse du Mans était devenu comme la Thébaïde de la Gaule.
Ce fut dans la solitude de la Charnie que l'ange du Seigneur conduisit Séréné et Sérénic. Il est certain que vers le milieu du VIIe siècle, lorsque nos deux saints moines vinrent habiter le diocèse du Mans, la forêt de Charnie offrait de profondes solitudes, où de nombreux anachorètes vivaient dans le silence et la retraite, pratiquant toutes les œuvres de l'ascétisme le plus rigoureux. C'était ce que saint Séréné et son frère recherchaient. Il paraît cependant, d'après des traditions assez plausibles, qu'ils habitèrent d'abord pendant quelque temps le lieu où est maintenant la ville de Château-Gontier. C'était alors une terre importante qui appartenait aux moines de Bazouges. Nos deux frères auraient pu y vivre en paix, si pour un motif qui nous est inconnu, ils n'avaient bientôt quitté le diocèse d'Angers pour venir habiter celui du Mans. Ils fixèrent leur demeure près du bourg de Saulges. La cabane qui leur avait servi d'asile dans la ferme des moines de Bazouges resta en vénération; plus tard elle fut convertie en une chapelle où la piété des chrétiens implora le secours de saint Séréné jusqu'dans les premières années du XIXe siècle. Le voisinage de ce bourg attira à nos deux moines de fréquentes visites. Ce concours fatiguait singulièrement Sérénic, dont l'âme était éprise d'amour pour la contemplation. Dieu se servit de cet attrait pour conduire le saint anachorète dans un diocèse voisin; car il ne voulait pas que ces deux flambeaux fussent exclusivement réservés à éclairer le Maine. Sérénic commença donc à prendre en dégoût un lieu qui lui semblait trop pourvu de toutes les commodités de la vie, et surtout trop fréquenté; et il ne tarda pas à s'en ouvrir à son frère, lui manifestant le désir qu'il éprouvait de s'avancer plus profondément dans le désert. Jamais jusqu'à ce jour ces deux frères ne s'étaient séparés l'un de l'autre. Mais la volonté de Dieu exigeait un nouveau sacrifice; ils l'offrirent généreusement et sans aucun retard. Ce ne fut pas toutefois sans verser beaucoup de larmes que Sérénic et Séréné se quittèrent. Après cette séparation, saint Sérénic s'avança du côté du pays d'Hyesmes, et choisit pour séjour un lieu très-désert, situé sur le bord de la rivière de Sarthe, environné de rochers, et que l'on ne pouvait aborder que par un sentier étroit. Dans cette retraite, il ne fut suivi que par un jeune enfant nommé Flavart, qu'il avait adopté sur les fonts du baptême, et qui s'était attaché à lui avec un entier dévouement. Il salua l'ange de cette solitude, et bénit mille fois son guide céleste, qui l'avait invisiblement amené en un désert où rien ne le troublerait plus dans son commerce avec Dieu. Après avoir prié longtemps le front contre terre, au moment où il levait la tête, il aperçut près de lui une fontaine qui venait de jaillir miraculeusement du sol auparavant
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aride, et qui, depuis ce jour, n'a cessé de couler. Le prodige ne s'arrêta pas à cette première marque de la protection divine; car, afin de prouver de plus en plus les mérites de son serviteur, Dieu donna à cette eau le pouvoir de guérir les malades. Quelque temps après, Sérénic voulant traverser la rivière, et n'ayant pas de nacelle, se trouva fort embarrassé; il recourut à la prière, puis il fit le signe de la croix sur l'eau, qui se divisa en deux et laissa un libre passage. Le jeune Flavart, qui suivait son maître, surpris et comme hors de lui-même d'un tel prodige, laissa tomber dans le lit de la rivière le livre qu'il portait. Sa stupéfaction était telle, qu'il n'eut aucune conscience de l'accident qui venait de lui arriver; mais lorsqu'il fut remis de sa première émotion, il reconnut la perte qu'il avait faite, et se prit à regarder Sérénic d'un visage pâle et décomposé. Le Saint lui demanda d'où venait cette altération dans ses traits; Flavart, tombant à ses pieds, lui avoua en tremblant la faute qu'il avait commise. Son maître le releva avec bonté, et le rassura pleinement en lui disant qu'un jour ce livre lui serait rendu. En effet, six ans après, ce livre fut retiré de la rivière aussi sain que si l'eau ne l'avait pas touché. Ce manuscrit se conservait encore au neuvième siècle dans la basilique construite par Sérénic; et l'auteur de sa vie affirme l'avoir vu ne portant aucune tache. Sa prière était si fervente, qu'il ne se contentait pas de réciter l'office de chaque jour prescrit par saint Benoît et saint Colomban; mais il y ajoutait encore l'office selon le rite de l'Église romaine. Cependant une aussi grande lumière ne pouvait rester cachée aux yeux de tout le monde durant longtemps; le bruit de la sainte vie de Sérénic émut les populations du voisinage; il se répandit ensuite plus loin encore, et l'on vint en foule visiter le saint ermite et se recommander à ses prières.
Parmi ceux qui fréquentaient le plus assidûment la cellule de Sérénic, il se trouva des âmes douées d'une plus forte aspiration vers les choses du ciel; elles se proposèrent de suivre de si beaux exemples, et supplièrent l'homme de Dieu de les prendre sous sa conduite. En peu de temps le nombre des disciples qui se réunirent pour vivre sous sa direction s'accrut prodigieusement; et l'on compta bientôt jusqu'à cent quarante moines rangés sous sa discipline. Il mit un soin particulier à régler et à faire exécuter pieusement ces longues psalmodies qui sont le premier devoir et la plus grande joie de la vie monastique, et qui, au sentiment des Saints, arrêtèrent les fléaux et font descendre sur la terre des grâces abondantes. Sérénic n'avait pas voulu être élevé au sacerdoce; mais il remplissait chaque jour ses fonctions de diacre dans l'église de son monastère. Notre saint abbé avait commencé à construire une vaste basilique qu'il se proposait de dédier sous le patronage de saint Martin; mais il fut prévenu par la mort, qui l'enleva de ce monde le 7 mai. Il était dans un âge très-avancé, et avait annoncé à ses moines l'époque et les circonstances de son trépas.
Revenons à saint Séréné que nous avons laissé à Saulges. Ce n'est ordinairement qu'après les exercices laborieux d'une longue pénitence, que l'âme purifiée reçoit les dons surnaturels qui achèvent son union intime avec Dieu. Il en arriva ainsi pour Séréné : après les rudes travaux de la vie active, et les expiations de la vie purgative, il commença à jouir des faveurs célestes les plus extraordinaires. Son commerce avec Dieu devint plus intime; des ravissements et des extases fréquents l'élevaient au-dessus des sens; des inspirations parties du ciel lui apportaient des connaissances supérieures aux lumières qui s'acquièrent par l'étude et par la pénétration naturelle de l'esprit. Souvent, lorsqu'après des jeûnes prolongés et d'aus-
teres pénitences il demeurait comme privé de forces, les anges venaient le visiter; ils lui apparaissaient sous des formes sensibles et s'entretenaient avec lui. Le Sauveur lui-même ne dédaignait pas de faire goûter à l'âme de son fidèle serviteur les charmes de sa présence, et lui donnait à ressentir un avant-goût du bonheur céleste. Séréné reçut aussi le don de pénétrer le secret des cœurs et de découvrir l'état de la conscience de ceux qui l'approchaient. Souvent il révéla aux personnes qui le consultaient des fautes qu'elles avaient commises depuis un grand nombre d'années, et qui s'étaient même effacées de leur mémoire : aussi l'esprit le plus audacieux n'eût osé proférer un mensonge en sa présence. Des vertus si éminentes ne pouvaient rester longtemps cachées aux fidèles du voisinage, qui furent les premiers à visiter Séréné dans sa solitude; mais bientôt après il en vint de contrées plus éloignées. Beaucoup de ceux qui le visitaient ainsi lui offraient des présents; il les recevait pour ne pas affliger par ses refus et ne pas priver ces personnes du mérite de l'aumône; mais il distribuait le tout aux pauvres qui venaient aussi à sa cellule et y étaient toujours bien accueillis. Il lui venait souvent des pécheurs qui s'étaient plongés dans le crime, dont le cœur était bourrelé de remords et l'âme livrée au désespoir : Séréné les recevait avec une affabilité particulière, les comblait de tant de consolations, et leur offrait des motifs d'espérance si puissants, qu'ils ne s'en retournaient qu'après avoir purifié leur conscience, et après que la joie d'un esprit en repos avait pris la place des agitations et de la tristesse, suites funestes du péché. Plusieurs fois aussi il vit des personnes divisées par des haines violentes, et il avait une grâce particulière pour les réconcilier; il ne les laissait jamais partir d'auprès de lui avant qu'elles ne se fussent juré réciproquement une amitié inviolable. Ainsi brillait le pieux solitaire des bords de l'Erve, semblable à une lumineuse étoile du matin, astre de paix et d'amour pour conduire le peuple chrétien dans le sentier du salut. Celui qui avait abandonné père, mère, frères, sœurs, et tout espoir ici-bas, devint bientôt le chef d'une nombreuse famille, c'est-à-dire de tous les pauvres et de tous les affligés. Cette paternité sainte se manifesta d'une manière éclatante dans une circonstance lugubre pour le Maine et toute la France. Sainte Bathilde, qui gouverna durant quelques années le royaume de France, au nom de ses enfants mineurs, et avec les conseils de saint Léger, évêque d'Autun, fit goûter à l'Église et aux populations des jours de bonheur et de prospérité. Mais une faction de seigneurs mécontents abreuva d'amertume la reine régente. Bathilde, en butte à la haine des grands et dégoûtée de l'inertie du peuple, descendit du trône et se renferma dans l'abbaye de Chelles. Là, sous l'humble habit de Saint-Benoît, qu'elle avait toujours chéri, elle vécut moins puissante, mais plus heureuse; une lâche envie lui enleva le sceptre; une reconnaissance tardive consacra sa gloire. Ebroïn, maire du palais, s'était placé à la tête des seigneurs ennemis de Bathilde et de saint Léger. Il usa de son pouvoir avec la cruauté d'un tyran; et tout fut livré à l'inquiétude et au trouble dans l'État. Son audace à mépriser toutes les lois réveilla le courroux des seigneurs; il fut renversé et renfermé dans l'abbaye de Luxeuil. Mais trois ans après, une nouvelle révolution procura à Ebroïn le moyen de ressaisir l'autorité et de recommencer ses violences. Childéric II (670-673), oubliant les saints exemples dont son enfance avait été environnée, s'abandonna à des passions honteuses, et s'attira la haine et le mépris de tout le monde. Les barons formèrent une conspiration contre lui; ils le surprirent dans une forêt où il chassait, et le massacrèrent. De retour à Paris, ils cernèrent le palais, enfoncèrent les
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portes, et mirent à mort la reine qui était enceinte, avec l’aîné de ses enfants. Lorsque la nouvelle de la mort du roi fut connue, disent les chroniqueurs du temps, les hommes qui avaient été bannis par son ordre, revinrent sans crainte; leurs vengeances produisirent des discordes si grandes dans le royaume, qu'on crut que l'Antechrist allait paraître. Dans la province du Maine, ces factions ensanglantèrent les villes, les châteaux, les campagnes; et le peuple, réduit au désespoir, ne connaissait plus aucun frein.
Aux maux que causaient les rivalités armées vinrent se joindre d'autres douleurs. Les champs abandonnés ne produisirent rien au temps de la moisson; les milices avaient détruit même les espérances; d'ailleurs, Dieu qui voulait châtier son peuple pour les crimes qu'il avait commis, avait refusé aux champs la pluie qui les féconde : la disette fut extrême. Les privations de tout genre firent naître une de ces maladies fréquentes à cette époque, et que les annalistes comme le peuple désignent sous le nom de peste. La contagion était si maligne, qu'on prenait le mal en parlant, en respirant; non-seulement l'homme communiquait la peste à son semblable, mais elle atteignait même les animaux. Tous les travaux étaient suspendus; chacun marchait isolé, et voyait dans tout passant un pestiféré, par conséquent un ennemi mortel. Souvent ceux qui portaient un cadavre au tombeau ne regagnaient pas leur demeure, et l'on vit plus d'une fois le fossoyeur tomber mort et occuper la place qu'il préparait pour un autre. Accablées par le présent, menacées pour l'avenir, les âmes les plus fortes étaient saisies par le trépas ou le désespoir. Les cadavres des défunts n'étaient pas toujours recouverts de terre, et les émanations morbides qui s'en exhalaient auraient suffi à elles seules pour dépeupler les villes et les campagnes.
Le clergé et le peuple allèrent se jeter aux pieds de l'évêque du Mans, saint Béraire, et le supplièrent de chercher un remède à leurs maux. Le prélat ordonna un jeûne de trois jours, avec des processions et des messes solennelles d'expiation. Le troisième jour, il fut révélé à un moine, homme d'une éminente piété, que le pays serait délivré des malheurs sous lesquels il gémissait, par les mérites et les prières de saint Séréné. Ce religieux s'empressa de faire connaître à l'évêque ce que le ciel lui avait révélé. Béraire prit avec lui les hommes les plus vénérables de son clergé, et se rendit en toute hâte dans le désert de Saulges. L'homme de Dieu reçut le saint évêque avec un profond respect; ils s'embrassèrent avec une tendre affection, et le prélat demanda au solitaire de lui parler en secret. Lorsque tout le monde se fut retiré, saint Béraire exposa à Séréné le motif qui l'avait conduit dans son ermitage; il lui fit voir qu'il n'avait agi que par l'ordre de Dieu, et le conjura de s'employer au plus tôt pour faire cesser les maux qui accablaient le peuple. L'humilité de Séréné refusa de croire qu'une œuvre aussi importante lui fût réservée; et il protesta qu'il était indigne de l'entreprendre. Béraire insista, lui affirma que Dieu avait fait connaître sa volonté à ce sujet, et que s'il n'obéissait pas, il se rendrait coupable et répondrait de la perte du peuple. Tout aussitôt saint Séréné se mit en prière : il jeûna, veilla, répandit un torrent de larmes; le ciel enfin se laissa fléchir : car « la prière assidue du juste est toute-puissante ». Des pluies subites chassèrent de l'air les influences pestilentielles; elles disposèrent en même temps la terre pour la récolte prochaine, en sorte que l'abondance succédant à la disette passée fit oublier les privations et les misères précédentes. Un prodige aussi éclatant donna à Séréné une haute influence; il en usa pour porter les chefs des différentes factions à la concorde. Les animosités les plus invétérées tombèrent à la parole de l'homme de Dieu; et le
pays lui fut redevable de la paix dont il était privé depuis si longtemps.
Touché des merveilles que Séréné venait d'opérer, saint Béraire voulut l'obliger à accepter la dignité d'archidiacre du Mans. Cette dignité était très-considérable, et la première du diocèse après l'épiscopat. Séréné déclina ces fonctions, et fit voir à l'évêque qu'ayant l'honneur d'être diacre-cardinal de l'Église romaine, il ne devait pas dégénérer en acceptant une dignité dans une Église inférieure. Le pouvoir miraculeux du solitaire de l'Erve se manifestait chaque jour par de nouveaux prodiges. La séquence que l'on chantait le jour de sa fête, affirme qu'il guérit un homme d'un virus mortel par le signe de la croix. Par le même moyen, il guérit plusieurs aveugles; et de nos jours encore beaucoup l'invoquent avec efficacité dans les infirmités qui affectent la vue. Depuis longues années, Séréné travaillait avec un courage infatigable pour s'enrichir chaque jour de nouveaux mérites devant Dieu. Sous les glaces de l'âge, on remarquait en lui la même ardeur pour les austérités de la pénitence et les travaux de son ministère. Mais l'heure du repos était arrivée : il le comprit aussitôt qu'il fut atteint de la maladie. Après avoir donné ses dernières instructions à ses disciples, Séréné reçut avec une ferveur extraordinaire le corps du Sauveur; et son âme, ornée d'innocence et de mérites, s'envola au ciel. C'était le 21 de juillet, vers l'an 680. Au moment même où son âme se détacha de son corps, la foule qui s'était réunie autour de lui entendit dans les airs les chants des anges et les suaves accords d'une mélodie céleste. Plusieurs aussi ressentirent l'impression d'un parfum supérieur à tous ceux que les hommes peuvent composer. Aux funérailles, la multitude fut si considérable, que l'on eût dit que toute la province y était accourue; et tous le pleuraient comme le père de la patrie, dit son vieil historien. Il fut enseveli dans une église, et son tombeau devint aussitôt un lieu de pèlerinage très-fréquenté et le théâtre d'innombrables miracles.
## CULTE DE SAINT SÉRÉNÉ ET DE SAINT SÉRÉNIC.
Saint Milchart, évêque de Séez, acheva la construction de l'église, que saint Sérénic avait commencée, et en fit la consécration. Le corps de saint Sérénic y fut transféré et enseveli sous l'autel majeur. Moins de deux siècles après son heureux trépas, le nombre des miracles opérés par notre saint abbé était si grand, et la dévotion des peuples pour le thaumaturge si fervente, que la basilique avait cessé de porter le nom de Saint-Martin, et n'était plus connue que sous le nom de Saint-Sérénic. La paroisse du diocèse de Séez, sur laquelle était situé le monastère fondé par saint Sérénic, le reconnaît depuis plus de huit siècles pour son patron. De même la paroisse de Saint-Cénerin, près de Bonnétable, nommée souvent dans les titres anciens Saint-Cénerin et Saint-Céneric, l'honore de tout temps comme son protecteur auprès de Dieu. Une tradition ancienne veut que le bienheureux anachorète ait vécu quelque temps sur son territoire, et que les moines qu'il y avait implantés, aient donné origine au prieuré qui y fleurit pendant plusieurs siècles. À l'époque des invasions normandes, vers l'an 910, les reliques de saint Sérénic furent transportées à Château-Thierry, en Champagne. Elles y furent conservées longtemps dans l'église du Château-Fort; mais cette église ayant été détruite, les reliques du Saint furent transportées dans l'église de Saint-Crépin, principale paroisse de la ville. On venait surtout à Château-Thierry invoquer saint Sérénic contre la fièvre. C'était la dévotion de la ville et de tout le pays, comme celle de sainte Geneviève était la dévotion de Paris. « Malheureusement », nous écrivait le 13 novembre 1858, M. Besson, curé archiprêtre de Château-Thierry, « à l'époque de la Révolution de 1793, la magnifique châsse qui renfermait ces reliques fut brisée, les ossements jetés çà et là dans l'église, alors théâtre affreux de profanation et de destruction. De pieux fidèles recueillirent quelques fragments de ces précieuses reliques, tels qu'un os du bras, une côte, etc. Un acte authentique fut dressé à ce sujet, et ces reliques sont conservées maintenant dans notre église paroissiale, dans une petite châsse. La fête du Saint n'est plus célébrée ; seulement, le jour de la fête, le 8 mai, on expose, sans aucune cérémonie, les reliques au milieu de l'église, pour répondre à la dévotion des fidèles des campagnes voisines, qui viennent les vénérer, et on les laisse exposées pendant huit jours ».
SAINT SÉRENIC ET SAINT SÉRÉNÉ, SON FRÈRE.
On tient par tradition que la sépulture première de saint Séréné eut lieu dans la chapelle qui porte encore son nom, dans le bourg de Saulges. Il y rassemblait, dit-on, le peuple et ses disciples pour leur donner ses instructions. Ces souvenirs recommandent à la piété des fidèles cet édifice qui ne conserve néanmoins aucun caractère architectonique capable d'en déterminer l'âge ; la partie supérieure du bâtiment paraît même avoir été reconstruite à une époque qui ne doit pas être très-reculée.
Après la mort de saint Séréné, ses vénérables dépouilles reposèrent donc, durant quelque temps, dans l'église où ses disciples les avaient ensevelies. Mais, vers les premières années du XIIIe siècle, la seigneurie de la paroisse de Saulges fut donnée à l'évêque d'Angers. Ce prélat proposa à l'évêque du Mans de faire un échange avec une terre que celui-ci possédait dans le diocèse d'Angers et qui se nommait Vicus episcopi, Ville-l'Évêque, à quatre lieues de la capitale de l'Anjou. Avant la conclusion du traité, l'évêque d'Angers fit transporter les reliques de saint Séréné dans sa ville épiscopale. Au IXe siècle, le moine qui écrivit le récit des actions de saint Séréné, affirmait que l'on voyait encore les restes de son tombeau dans l'église où il avait été enseveli. Ainsi, dès le VIIIe siècle, le bourg de Saulges fut privé des reliques de son saint protecteur ; mais la vénération pour l'illustre solitaire n'en fut pas diminuée : tout le pays était rempli du souvenir de ses prodiges. Il est vraisemblable que les disciples de Séréné formèrent aussitôt un monastère pour y pratiquer les règles qu'il leur avait données. Dès le VIIe siècle, le bienheureux Méroie établit sa demeure dans le monastère dit de Saint-Pierre, à Saulges. Ce monastère succomba, avec un grand nombre d'autres sanctuaires, durant les tempêtes du IXe siècle, par les ravages des Normands, ou par les guerres intestines. Toutefois, l'église de Saint-Pierre, à Saulges, subsistait encore au temps de l'évêque du Mans Vulgrin (1055-1064). Ce fut alors que Guy de Saulges, avec l'assentiment de Hugues, seigneur de Sillé-le-Guillaume, son suzerain, rétablit le monastère. Depuis les fatales guerres du XVe siècle, il n'y a plus à Saulges ni prieuré ni religieux pour accueillir les pèlerins : et toutefois ils visitent encore un grand nombre, chaque année, ce sanctuaire, dans lequel la puissance de saint Séréné ne cesse d'éclater. Le lieu du pèlerinage est à une certaine distance du bourg de Saulges, au fond d'un vallon des plus gracieux, sur la rive gauche de l'Erve, qui coule à pleins bords, et est assez large en cet endroit, étant retenue par la chaussée d'un moulin, à quelques pas au dessous. Il y a quelques années, la statue du Saint, qui n'est qu'une modeste figure en bois, reposait sous un simple toit menaçant ruine. En 1849, la paroisse de Saulges et M. le marquis Henri de la Rochelambert firent réparer ce sanctuaire avec goût et solidité. Un peu plus tard, en 1858, M. le marquis de la Rochelambert, Mme la marquise de la Rochelambert, M. Adrien de Monfrand et Mme de Monfrand donnèrent la propriété de ce sanctuaire et du terrain environnant à la fabrique de Saulges. La statue de saint Séréné repose dans une niche pratiquée dans le mur. On lit au dessous une inscription qui rappelle les principales actions du bienheureux. Sous les pieds du thaumaturge jaillit une source d'eau vive qui va se perdre dans l'Erve. Il est d'usage pour les pèlerins, après avoir fait leurs prières, de s'approcher de cette source et d'y boire quelques gouttes d'eau. Beaucoup, venus pour demander la guérison de quelque maladie, lavent avec l'eau de la source la partie de leur corps où siège la douleur, et dans les dernières années (1850-1868) on a vu plusieurs cures dues à cet acte de piété. Enfin, un grand nombre de pieux visiteurs ont coutume de remporter une bouteille de cette eau comme un souvenir et un gage de la protection du saint tutélaire de la contrée.
Aussitôt que la ville d'Angers se fut enrichie des précieuses reliques de saint Séréné, elle les vénéra tout particulièrement. Une prébende de la cathédrale portait le nom de saint Séréné ; et on érigea de bonne heure un autel en son honneur. Dès le IXe siècle, on célébrait la fête de ce Saint ; et c'est son premier historien qui l'affirme de la façon la plus positive. Cette même fête est indiquée dans le missel d'Angers, imprimé en 1498 : elle y est double à cinq chapes ; il y a une messe propre avec séquence ; ce qui ne s'accordait, dans les usages du temps, qu'aux patrons et aux saints principaux. Dans les litanies du rituel, publié par Henri Armand, réimprimé sous Jean de Vaugirand, et en usage jusqu'en 1828, on invoque saint Séréné avec saint Antoine, saint Denys, saint Bernard et saint Dominique. Saint Séréné, ou Céréné, est du rite double, avec une oraison et leçons propres, depuis l'adoption du Romain (1er dim. d'Avent, 1858), en vertu de l'approbation de la S.-C. des Rites, en date du 17 juin 1851. On ne fait plus mémoire de saint Séréné (ou Céréné, vulgairement Célérin, au pays du Maine), ainsi qu'on le faisait autrefois de temps immémorial. — L'autel de saint Séréné n'existe plus. — Il n'y a plus de pèlerinage, en son honneur, à la cathédrale.
La confiance que les Angerins plaçaient en saint Séréné paraît surtout pour le culte qu'ils rendaient à ses reliques. Sa châsse était solennellement portée aux processions des Rameaux, de saint Marc, des Rogations, le jour de l'Ascension et le 21 juillet, fête de notre Saint. Ces processions étaient très-solennelles ; on y déployait une grande pompe, et elles faisaient tout le tour de la cité. Les curés de Sainte-Croix, Saint-Évroult et Saint-Aignan, et l'un des chapelains du Chapitre chargé de la garde des reliques, jouissaient du privilège de porter la châsse sur leurs épaules. Si quelque procession solennelle était extraordinairement indiquée, c'était encore la châsse de saint Séréné que l'on portait. Lorsqu'une maladie contagieuse affligeait le pays, on descendait la châsse de saint Séréné, et on la transportait dans l'une des églises de la ville. Cette châsse, mentionnée dans
tous les inventaires, notamment dans celui du 18 mars 1421, (propriété de M. Joubert, chan. bon., custode) a disparu pendant la Révolution, et ses ossements mêlés avec ceux trouvés dans les tombeaux violés, ont été enfouis pêle-mêle dans un lieu maintenant ignoré de la cathédrale. En 1601, 1782 et 1786, l'évêque d'Angers, le doyen et les chanoines ouvrirent la châsse pour donner des reliques aux paroisses de Saulges, de Sablé et du Plessis-Grammoire, qui en avaient sollicité avec instance.
La paroisse de Chemiré-sur-Sarthe honore saint Séréné d'un culte particulier. Lorsque le corps du serviteur de Dieu fut transféré de Saulges à Angers, dit la tradition, le cortège qui le portait fit une station dans le village, au lieu appelé aujourd'hui la chapelle de Saint-Séréné ou des Grenouilles. Peu après cet événement, on construisit cette chapelle en l'honneur du saint cardinal; les personnes atteintes de la goutte s'y rendaient fréquemment pour y être soulagées de leur mal, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Nous lisons, dit D. Piolin, dans les Mémoires de Joseph Grandet : « Il y a à Château-Gontier un cimetière nommé le Martray, où est une petite chapelle de saint Séréné, que l'on prétend avoir été autrefois le lieu où le Saint s'était retiré en solitude, et où il se fait tous les ans une espèce de miracle dans une fontaine dont les eaux commencent à couler la veille de la fête (du saint patron), quelque sécheresse qui soit dans le pays, et continue de couler pendant quinze jours ». Depuis les mauvais jours de la Révolution, la chapelle de Saint-Séréné, sur le monticule du Martray, n'existe plus; mais on en voit encore plusieurs pans de muraille, et à côté, on distingue encore le lieu où était l'habitation du saint cardinal. Beaucoup de personnes dans le pays ont oublié son nom, mais n'ont pas cessé de l'honorer sous le vocable générique du Saint solitaire; d'autres l'appellent saint Générin. La chapelle était autrefois très-vénérée et le but de nombreux pèlerinages; mais, dès avant 1792, cependant, on n'y disait plus la messe et l'on ne s'y rendait plus en procession. On y voyait deux statues : l'une de la sainte Vierge, et l'autre de saint Séréné en costume de cardinal. La foule des pèlerins s'y trouvait toujours plus considérable le 21 juillet de chaque année. Les fausses doctrines préconisées par le XVIIIe siècle ne purent ralentir la piété des habitants de Château-Gontier et de la contrée voisine pour le saint solitaire qui avait sanctifié ces lieux; de nos jours encore, il ne se passe pas de semaine où de pieux chrétiens ne viennent puiser de l'eau à la fontaine; et ces fervents pèlerins viennent souvent de parages éloignés. C'est surtout en faveur des personnes atteintes de maladies d'yeux ou de faiblesse de vue que saint Séréné manifeste sa puissance à l'aide de cette eau. Il est sans doute à regretter que l'édilité de Château-Gontier, peu de temps après 1838, ait cru devoir détourner le cours de cette fontaine, qui se trouvait jusqu'alors près de la chapelle; mais on doit lui savoir gré d'avoir conservé au boulevard voisin le nom de Saint-Séréné.
La ville de Sablé professe pour saint Séréné une vénération traditionnelle, qui assurément remonte à une haute antiquité. En 1782, elle pria le Chapitre d'Angers, le siège épiscopal vacant, de lui accorder des reliques de ce Saint. Les chanoines accueillirent favorablement sa requête. Le 12 juillet de l'année suivante, Henri Hanoche, docteur en théologie, curé de Notre-Dame de Sablé et doyen rural, obtint de François-Gaspard de Jouffroy-Goussaux, évêque du Mans, la permission de faire une réception solennelle aux reliques de saint Séréné; de célébrer la fête annuelle de ce Saint du rite solennel majeur le dimanche le plus voisin du 21 juillet, et d'accomplir en ce jour une procession solennelle par les rues de la ville, en portant les saintes reliques; enfin d'honorer saint Séréné comme patron secondaire de la paroisse. Malgré les ravages de la Révolution, l'église de Sablé possède encore deux fragments des os de saint Séréné, qui ont été reconnus authentiquement le 22 juillet 1839 par Mgr Jean-Baptiste Bouvier, évêque du Mans. Grâce au zèle pieux de M. Louis Couret, ancien curé de Sablé, ces saintes reliques reposent dans une belle châsse, acquise en 1856. À cette occasion, la paroisse de Saulges, qui ne possédait plus aucune relique du serviteur de Dieu son protecteur, fut assez heureuse pour obtenir un petit fragment de l'un de ses os.
Dès l'an 1685, Robert Dodard, bachelier en théologie et curé de la paroisse de Saint-Séréné (Céceré), près de Montafra, obtint du Chapitre d'Angers et de l'évêque Henri Arnaud, une côte du saint anachorète. La requête de Robert Dodard constate que de nombreux pèlerins se rendaient chaque année dans l'église de Saint-Séréné pour implorer le bienheureux patron. La translation se fit avec la plus grande pompe. Quoique profanée par l'impiété révolutionnaire, la précieuse relique fut recueillie par le curé Michel-François Leduc, un confesseur de la foi durant la persécution. Reconnue par l'autorité diocésaine, cette relique est encore exposée à la vénération des fidèles. On vient de construire une nouvelle église en l'honneur de saint Séréné, et notre Saint-Père le pape Pie IX, autrefois archevêque de Spolète, patrie de nos Saints, a daigné bénir lui-même la première pierre.
Par suite de l'une ou l'autre de ces donations, la cathédrale d'Angers est rentrée en possession de quelques parcelles des reliques de saint Séréné, et même de saint Sérénic, et par une ordonnance de Mgr Angevault, 27 septembre 1859, ces reliques, suivant l'ancien usage, sont portées aux processions de saint Marc et des Rogations. M. l'abbé Barbier, alors garde-reliquaire, en soumettant à Sa Grandeur l'ordonnance qu'elle signa à ce sujet, oublia sans doute de faire la même demande pour le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, en sorte que l'ancien usage n'est rétabli qu'à demi.
On ne célébrait pas la fête de saint Séréné dans tout le diocèse du Mans avant l'année 1748; Charles de Froullay, qui introduisit alors une nouvelle liturgie, l'y fit entrer en simple mémoire.
Dans le nouveau propre du diocèse du Mans, on n'a pas jugé à propos de conserver la fête de cet illustre solitaire ; mais l'église de Laval a été heureusement inspirée en lui consacrant une fête double. Enfin, l'église de Séez, qui, de temps immémorial, célèbre la fête de saint Sérénic, le 11 mai, ainsi qu'on peut le voir par le missel et bréviaire de 1496 et années suivantes, fait mention du solitaire de l'Erve, comme d'un puissant et glorieux ami de Dieu, dans les leçons de l'office consacré à son illustre frère saint Sérénic.
Vie de saint Séréné et le Pèlerinage de Saulges, par le R. P. Dom Paul Piolin, bénédictin de la Congrégation de France, 2e édition ; Angers, in-52, 1805. — A.A. SS. au 7 mai ; Dom Piolin, Histoire du diocèse du Mans, t. 167. — M. Husson, chanoine honoraire et curé-archiprêtre de Château-Thierry, par sa lettre en date du 15 novembre 1858, a bien voulu nous fournir des renseignements sur le culte et les reliques de saint Sérénic.