Bienheureuse Marie-Barthélemie Bagnesi

Vierge du Tiers Ordre de Saint-Dominique

Feast : May 28th 16th century • bienheureuse

Summary

Issue de la noblesse florentine, Marie-Barthélemie Bagnesi consacra sa vie à Dieu après qu'une maladie mystérieuse l'eut frappée à l'annonce d'un mariage arrangé. Membre du Tiers Ordre de Saint-Dominique, elle vécut quarante-cinq ans dans d'atroces souffrances physiques, offrant un exemple de joie et de patience. Elle fut béatifiée en 1804.

Biography

LA BIENHEUREUSE MARIE-BARTHÉLÉMIE BAGNESI,

DU TIERS ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE

Charles Raynier Bagnesi et d'Alexandrine Orlandini, tous deux distingués par la noblesse de leur origine. Elle fut confiée à une nourrice de la banlieue, qui faillit laisser mourir de faim la petite Marie. À peine l'enfant put-elle dégager ses bras des langes qui l'enveloppaient, qu'elle s'en servit pour cueillir les miettes répandues à terre.

Quand elle fut grandelette, une de ses sœurs, qui était religieuse, se la faisait amener, et prenait plaisir à lui entendre balbutier des cantiques en l'honneur de la sainte Vierge que la pieuse enfant aimait d'instinct. — Marietta, lui disait sa sœur, qui épouseras-tu? — Jésus, répondait l'enfant; et si l'on ajoutait qu'elle n'épouserait pas Jésus, elle versait des larmes amères, et l'on avait mille peines à la consoler. Un jour la sœur de sa mère devait aller au sermon. — Tante, lui dit l'enfant, tu m'y mèneras? — Mais ce sera bien matin, pour toi! — Tu verras que je saurai bien m'éveiller. — Le lendemain, quand on alla l'appeler, elle était tout habillée. La pieuse enfant n'avait pas dormi de la nuit, de peur qu'on l'oubliât.

Sa mère était d'une santé très-délicate, et ses sœurs étaient toutes parties : de bonne heure donc le soin du ménage lui incomba : elle s'acquitta des devoirs d'une maîtresse de maison avec une prudence supérieure à son âge. Elle avait la vivacité d'un oiselet, dit le biographe, et était recueillie comme un séraphin. Toujours gaie, la tristesse des autres la peinait extrêmement. Soyez bons, vertueux, disait-elle à ceux qu'elle voyait contrariés et affligés. Avec la vertu, vous viendra la joie que donne Jésus.

Elle avait dix-sept ans lorsqu'elle eut le chagrin de voir mourir sa mère : surmontant sa douleur, elle l'assista, lui fit recevoir les Sacrements et la réconforta par de bonnes paroles jusqu'à son dernier moment.

Sa beauté, sa noblesse, ses vertus elles-mêmes fixèrent les regards de plusieurs jeunes hommes. Son père, qui assurément agissait dans le but de la rendre heureuse, engagea sa parole, autant qu'on peut l'engager en semblable occurrence : à l'annonce inattendue d'un arrangement auquel elle n'avait point consenti, la jeune fille — elle avait alors dix-huit ans, — sentit tout son être s'ébranler. Une révolution étrange s'opéra dans son corps : un tremblement universel s'empara de tous ses membres. Marie était d'une taille moyenne et d'un extérieur très-agréable ; à partir de ce moment, ses nerfs se contractèrent, une fièvre incessante la brûla; qu'on ajoute à cela un violent mal de tête, des étouffements fréquents, des spasmes, et l'on aura à peine l'idée de ce qu'elle endura pendant les quarante-cinq années qu'elle eut encore à passer sur la terre. On recourut, non pas aux médecins, mais aux charlatans. Ces empiriques ordonnèrent un emplâtre général qui produisit une excoriation si affreuse que la malade ressembla bientôt à l'apôtre saint Barthélemy, écorché vif par ses bourreaux. À cause de cette ressemblance avec le martyre de Jésus-Christ, et aussi parce qu'elle était venue au monde le jour de sa fête, la Bienheureuse ajouta le nom de Barthélemie à celui de Marie.

Tel fut le moyen extraordinaire dont Notre-Seigneur se servit pour conquérir à la croix une amante de plus.

La servante de Dieu se fit aussitôt dresser devant le lit de douleur où elle gisait, un petit autel, qu'on orna de dévotes images; en sorte que sa chambre ressembla à une petite chapelle; elle obtint que la messe y fût célébrée tous les jours. C'était sa consolation.

Un jour son père lui dit : Voilà, ma fille, que vous ne pourrez entrer dans un couvent, comme vous en aviez eu le désir. Avant de mourir, je voudrais au moins vous procurer une satisfaction. Ne vous plairait-il pas de revêtir

276 28 MAI.

dans votre lit l'habit du Tiers Ordre de Saint-Dominique, qu'a illustré et sanctifié sainte Catherine de Sienne, cette Sainte qui vous a toujours été si chère? — Oh! certainement, répondit-elle; j'y ai souvent pensé. Un Père de Saint-Dominique, du couvent de Sainte-Marie Novella, vint faire la cérémonie de la vêture, et après une année de noviciat, elle fut reçue à la profession.

À la suite de sa consécration à Dieu, elle recouvra tout à coup assez de forces pour pouvoir faire la visite des églises et des monastères de Florence; après quoi elle se remit au lit pour ne plus le quitter.

Aux souffrances du corps vinrent s'ajouter les afflictions de l'esprit. Deux servantes de la maison faisaient subir à la pauvre malade mille avanies, mille injures, auxquelles joignant les mains, elle ne répondait que par ces mots: « Je vous prie, pour l'amour de Dieu, de me pardonner ». En ville, c'est à peine si l'on croyait à sa maladie, et la malignité publique alla jusqu'à prétendre que sa maison était devenue un conventicule où les ennemis de l'État conspiraient à l'ombre de la religion.

Marie-Barthélemie n'en continua pas moins à recevoir affectueusement ceux qui venaient la voir, et à donner de bons conseils aux âmes affligées. « Confessez-vous souvent », disait-elle à ses visiteurs; « trouvez un confesseur vertueux et surtout prudent, qui vous enseigne le grand art de la prière et la dévotion à la sainte Vierge. Faites le plus grand cas du temps, et ne laissez pas échapper l'occasion de faire du bien. Arrêtez-vous le moins possible aux entretiens des hommes: la conversation est la dissipation de l'âme. Si dans la solitude il est déjà difficile de s'unir à Dieu, comment sera-ce possible au milieu des bruits du monde! N'ayez pas souci d'être connu des hommes: heureux celui qui ne s'embarrasse point dans les affaires d'ici-bas. La paix et le bonheur sont d'ailleurs à ce prix!... Évitez la curiosité, source de mille inquiétudes. Pourquoi se mêler de choses qui ne nous regardent pas? on ne pense pas à ce qu'on ignore... » La Bienheureuse remerciait Dieu sans cesse de l'avoir mise dans l'impossibilité d'abuser de son corps. Cette sainte jovialité qui l'avait distinguée dans ses jeunes années ne l'abandonna pas. Quand elle voyait de la mélancolie sur les visages, allons, disait-elle, venez ici, que je vous remette entre les bras de Jésus. Eh quoi! la pensée du paradis qui nous est réservé, ne devrait-elle pas chasser toutes les noires pensées? Tout finira, les chagrins comme autre chose. Pensez-vous que je demeurerai éternellement sur mon lit? vous savez bien que non. Puisque le paradis est la récompense des souffrances, souffrons joyeusement. Allons, de l'abandon, sans arrière-pensée, entre les mains de Dieu! » Et sa parole était si convaincue, qu'on se sentait remué, changé, plus fort et plus confiant.

Le démon, à qui il a été donné de tenter les âmes même les plus pures, ne laissa pas d'ajouter à tous ses tourments: il lui fit naître la singulière pensée qu'elle n'était point malade et que sa conduite n'était qu'hypocrisie. Ah, s'écriait-elle alors, pourvu que l'esprit malin ne s'empare pas des issues de mon âme! À ces pensées en succédaient d'autres, en sorte que, pour nous servir de son expression, le démon avait toujours quelque os à lui donner à ronger.

Ces tentations lui donnaient de très-bas sentiments d'elle-même. Craignez Dieu, disait-elle souvent; voyez en ma personne comment il punit le péché. J'ai bien mérité tout ce que je souffre. Elle répétait cette maxime de saint Augustin: « Le pécheur est frappé à cause de son péché; après avoir oublié Dieu de son vivant, il faudra bien qu'il s'en souvienne après sa

mort ». Du reste, l'humilité ne détruisait point en elle la confiance, et l'espérance ne dégénérait point en présomption.

Pour la fortifier, le Seigneur l'élevait jusqu'à la contemplation la plus sublime, jusqu'à l'extase. Mais comme elle tombait souvent en syncope, la ressemblance entre ces deux états lui servait merveilleusement à cacher les faveurs dont elle était l'objet. La maladie de la pierre, qui était venue s'ajouter à tant d'autres tortures, devait mettre fin à ce long martyre. Après avoir reçu, pendant sa maladie, huit fois l'Extrême-Onction ; après avoir épuisé le calice des souffrances, Marie-Barthélemie alla recevoir dans le ciel la couronne due à sa patience (28 mai 1577).

Le couvent des Carmélites de Sainte-Marie-des-Anges, où sainte Madeleine de Pazzi se sanctifia, reçut la dépouille mortelle de la Bienheureuse : aussitôt après sa mort, les religieuses lui rendirent un culte privé de vénération, et si la gloire de sainte Madeleine ne fût venue éclipser la sienne, on eût poussé plus activement le procès de sa béatification. Ce n'était certes pas l'intention de sainte Madeleine de le retarder, puisqu'elle assurait que l'âme de Marie-Barthélemie jouissait au ciel d'une gloire égale à celle de sainte Catherine de Sienne. Ce n'est qu'en 1804, que Pie VII approuva le culte qui lui était rendu de temps immémorial.

A.A. 55., corollaire au 28 mai. — Traduction nouvelle.

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SAINT CHÉRON, MARTYR DANS LE PAYS CHARTRAIN (1er siècle).

La sagesse et la science de ce monde sont folle devant Dieu.

Passage des épîtres de saint Paul qui convertit saint Chéron.

Saint Chéron était romain de naissance et patricien. Son éducation répondit à son rang. Il dut sa conversion à une lecture qu'il fit par hasard dans les épîtres de saint Paul. S'étant fait instruire et baptiser, il forma la résolution de se donner à Dieu et ne voulut jamais consentir à la volonté de ses parents qui l'exhortaient à se marier. Quand ceux-ci furent morts, il distribua aux pauvres les grands biens qu'ils lui avaient laissés et entra dans les ordres sacrés. Toutefois, il ne paraît pas qu'il ait dépassé le diaconat, son humilité l'ayant empêché de monter plus haut. Il quitta Rome sous le règne de Domitien pour venir dans les Gaules. Il visita d'abord Marseille et Lyon et les régions circonvoisines, où son enseignement et ses miracles amenèrent un grand nombre de personnes à la foi. Enfin, il arriva à Chartres vers le temps où saint Denis jetait les premiers fondements de la foi chrétienne chez les Parisiens. Dieu le rendit puissant en œuvres et en paroles, et non-seulement il affermit dans leur croyance les chrétiens convertis par saint Potentien et saint Altin, mais il augmenta considérablement le nombre des fidèles, et mérita le titre d'Apôtre de Chartres.

Au milieu des peuples qui lui étaient attachés, il regrettait de ne pouvoir gagner la palme glorieuse du martyre dont le désir embrasait son âme ; mais il dut enfin à la charité ce que les ennemis de la foi lui refusaient. Il s'était mis en route pour le pays des Parisiens, avec quelques-uns de ses disciples, afin de porter aussi dans cette terre la semence évangélique. Ils étaient à peine à trois lieues de Chartres, lorsqu'ils tombèrent dans une embuscade de voleurs. Inspiré par sa charité, Chéron conseilla à ses compagnons de songer à leur sûreté pendant qu'il détournerait l'attention des brigands par ses discours. Les disciples s'éloignent, Chéron s'avance au-devant des voleurs : ceux-ci le saisissent pour le dévaliser ; mais, furieux de ne trouver ni or ni argent sur le ministre de Dieu, ils lui tranchent aussitôt la tête. Les disciples sortirent, sur le soir, de la cachette où ils s'étaient dérobés aux voleurs et trouvèrent le corps de leur maître étendu sans vie par terre. Ils l'emportèrent pour l'ensevelir sur une montagne qu'il leur avait indiquée de son vivant comme devant être le lieu de sa sépulture. Cette montagne, assez voisine de Chartres, se nomma dans la suite Montagne-Sainte.

Dieu rendit célèbre le tombeau de saint Chéron par beaucoup de miracles; c'est pourquoi un citoyen de la ville de Chartres fit construire une église en l'honneur de ce Saint, dès le temps des fils ou au plus tard des petits-fils de Clovis. Cette église, Papoul, évêque de Chartres, en confie l'administration et le service à une congrégation de clercs : plus tard, Ferdinand de Ville-Neuve la donna en toute propriété aux chanoines réguliers de Saint-Augustin. Les mêmes chanoines possédaient déjà l'autre église de Saint-Chéron, qui s'élevait à trois lieues et demie de Chartres, à l'endroit même où le Saint avait été tué; maintenant encore il existe en ce lieu un village nommé Saint-Chéron du Chemin. En 1824, Claude-Hippolyte de Montalte, évêque de Chartres, racheta l'emplacement de cet antique monastère, et il y établit un petit séminaire. En 1849, Louis-Eugène Regnauld, aussi évêque de Chartres, fit en ce même lieu la dédicace d'une nouvelle église, dans laquelle il plaça honorablement les reliques de saint-Chéron, reliques profanées à la fin du XVIIIe siècle, mais recueillies et conservées en grande partie par quelques personnes pieuses.

A.A. SS., Proges de Chartres : — M. Cartier fils a publié, dans la Revue archéologique de Paris, année 1849, un sceau du XIIIe siècle sur lequel est représentée la légende de saint Chéron.

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## SAINT THÉODULE, PRÉFET DE CONSTANTINOPLE ET STYLITE

(vers 450).

Il était préfet de Constantinople sous Théodose le Grand. Le spectacle de la corruption de ses administrés le dégoûta du monde. Dieu ayant appelé à lui la femme à laquelle il était uni depuis deux ans seulement, il abandonna richesses et dignités, et se retira sur une colonne de stylite près d'Édesse, en Syrie. Il y était depuis longues années, lorsqu'il lui vint en pensée de faire à Dieu cette prière : Seigneur, dit-il, si j'ai mérité de vous plaire, faites-moi connaître celui de vos serviteurs qui combattent et qui souffrent en ce monde auquel je puis me comparer. Une voix se fit entendre et répondit : Tu n'es pas inférieur au comédien Cornélius, surnommé le Joueur de Harpe, et qui habite Damas. Aussitôt Théodule descendit de sa colonne et se mit en route pour Damas. Ayant rencontré Cornélius, il se jeta à ses pieds et lui demanda quel était son genre de vie. Pressé par les prières du Stylite, Cornélius répondit : Hélas ! père, élevé dès mon enfance parmi les baladins et les mimes, j'ai mené leur genre de vie, commettant toutes sortes de crimes énormes. La nuit cependant, ma pensée s'arrêtait quelquefois sur le jugement universel. J'en vins à détester mes péchés, à en demander pardon, à prendre la résolution de mieux me conduire et je faisais autant d'aumônes qu'il était en mon pouvoir. Théodule ne se tint pas pour satisfait et pressa davantage son interlocuteur. Celui-ci ajouta : Une femme, aussi noble que riche et belle, échut à un homme qui menait une vie de débauche, et eut bientôt dissipé non-seulement son avoir, mais celui de sa femme. Le mari prodigue fut jeté en prison, à la demande des usuriers qui l'avaient ruiné. L'épouse infortunée se mit à mendier pour amasser de quoi le délivrer. Je fis la rencontre de cette femme et remarquai qu'en tendant la main elle détournait son visage rouge de honte. Je lui demandai quelle suite d'événements fâcheux l'avaient réduite, elle si belle et si jeune, à cette misérable condition de mendiante, où sa vertu était si exposée. Ayant tout appris, les larmes me montèrent aux yeux et je lui dis : Combien vous faut-il, noble femme, pour payer les dettes de votre mari ? — Quatre cents écus, répondit-elle. Me mettant alors à faire l'inventaire de ma fortune, je découvris que je ne possédais pas au-delà de deux cent trente écus : l'écart était énorme. Je vendis quelques meubles et des objets de luxe, et réalisai de ce chef soixante-dix écus. Pour parfaire la somme, je jetai entre les mains de cette malheureuse femme mes vêtements précieux et le collier que je portais au cou. Voilà, chère dame, lui dis-je, regardez tout cela comme vôtre, et allez tirer votre mari de la prison.

Théodule était dans l'admiration. Après un long silence, il rendit hautement grâce à la divine Bonté. Il retourna ensuite à sa colonne où il ne vécut plus qu'un petit nombre de jours. Quand il mourut, l'ange de l'espérance vint recueillir son dernier souffle et emporta son âme au ciel.

Saint Théodule mourut nonagénaire : il avait quitté Constantinople à l'âge de quarante-deux ans.

A.A. SS., traduction nouvelle.

Feast Date

May 28th

Death

28 mai 1577