Saint Caprais de Lérins
Abbé de Lérins
Summary
Solitaire provençal du Ve siècle, saint Caprais fut le maître spirituel de saint Honorat. Après un voyage en Orient marqué par la mort de saint Venance, il s'établit à l'île de Lérins où il mena une vie angélique. Il mourut en 430, peu après avoir reçu l'annonce de sa fin par l'archange saint Michel.
Biography
SAINT CAPRAIS, ABBÉ DE LÉRINS
... Quantos illa insula plana Miserit ad calum montes : qua sancta Caprasi Vita senis, etc.
Combien l'île plate de Lérins a fourni de citoyens aux montagnes du ciel, à commencer par le vieillard Caprais, moine de sainte vie.
Sidoine Apollinaire, *Poema Eucharisticum*.
Saint Honorat, archevêque d'Arles, est reconnu pour le fondateur et le premier abbé du célèbre monastère de Lérins ; néanmoins, comme il eut dans cette île, et même avant de s'y retirer, saint Caprais pour maître, ce n'est pas sans sujet que nous donnons à ce Saint solitaire la qualité d'abbé de Lérins. Il y a beaucoup d'apparence qu'il était de Provence, quoique le manuscrit de sa vie, que Vincent Barault rapporte dans la *Chronique de Lérins*, ne le dise pas en termes exprès. Il reçut de ses nobles parents une très-bonne éducation, et, ayant été appliqué aux études, il y fit paraître beaucoup d'esprit et de jugement. La connaissance qu'il eut du monde ne servit qu'à le lui faire mépriser. Il l'abandonna dès sa jeunesse et se retira dans une solitude, où toute son occupation était de méditer les vérités
éternelles, et de s'unir à Dieu par la contemplation de ses perfections et par l'amour de sa bonté.
Sa réputation de sainteté attira plusieurs personnes sous sa conduite ; les principaux furent saint Honorat et saint Venance, son frère, qui après leur baptême avaient embrassé, dans leur propre maison, un genre de vie fort austère, peu différente de celle des plus rigoureux solitaires de l'Égypte et de la Palestine. Comme ces disciples avaient un mérite extraordinaire, et qu'on voyait en eux des marques évidentes d'une sublime vocation de Dieu, Caprais ne fit point difficulté de les accompagner dans un voyage qu'ils voulurent faire en Orient, pour fuir les honneurs qu'ils recevaient dans leur pays. Il y souffrit extrêmement, tant sur terre que sur mer ; mais, avec son zèle et son esprit de pénitence, les plus grandes peines lui paraissaient douces, et il avait de la joie lorsque les éléments semblaient avoir conspiré pour le tourmenter. La mort de saint Venance, à Modon, dans le Péloponnèse, fut ce qui l'affligea le plus ; mais il se consola bientôt, en considérant que, s'il avait perdu un disciple, il avait acquis un puissant avocat dans le ciel, et que, si celui qu'il aimait était mort d'une mort corporelle, il vivait en Dieu d'une vie spirituelle, qui ne finirait jamais.
Au retour de ce voyage, il s'enferma dans l'île de Lérins, avec saint Honorat, l'un des deux frères. Sa vie, en cette île, fut plutôt angélique qu'humaine. Saint Eucher, archevêque de Lyon, dans l'éloge qu'il a fait de la solitude, dit qu'il ne cédait en rien à ces illustres ermites qui l'avaient précédé, et qui étaient en si grande vénération dans l'Église. Saint Hilaire, archevêque d'Arles, dans l'oraison funèbre de saint Honorat, assure que Caprais était consommé en toutes sortes de vertus, et que sa vie sur la terre était toute céleste. En effet, selon son historien, personne n'était si austère et si pénitent que lui ; sa charité était ardente, son humilité profonde, sa douceur extrême, sa foi et son espérance fermes et inébranlables, sa modestie parfaite, son obéissance prompte, son abstinence régulière, son regard doux et agréable, sa persévérance constante. Il priait sans cesse, passait le jour et la nuit dans l'exercice de la contemplation, ne voulait aucune des consolations de la terre, et tout son désir était de posséder Jésus-Christ ; mais en le désirant, il le possédait déjà, parce qu'il jouissait de lui au fond de son cœur. Il souhaitait uniquement la vie bienheureuse, et ce souhait lui en donnait un précieux avant-goût qui le rendait heureux dès ce monde ; il soupirait après la compagnie des Saints, et il n'en était jamais séparé : parce que, s'il ne recevait pas leur visite, son esprit se transportait dans le lieu de leur béatitude.
Lorsque le terme de son pèlerinage fut arrivé, l'archange saint Michel lui apparut et lui en apporta la nouvelle. Il n'en pouvait recevoir de plus agréable ; il se disposa avec joie à la mort, et, ayant été visité par les évêques voisins, qui vinrent se recommander à ses prières, il rendit sa belle âme à Dieu le 1er juin de l'an de Notre-Seigneur 430, peu de temps après saint Honorat. Un des évêques qui assistèrent à son décès fut saint Hilaire, successeur du même saint Honorat ; mais il y assista avant de prononcer l'oraison funèbre de ce saint prélat, puisqu'il y parle de saint Caprais comme d'un Saint qui régnait déjà dans le ciel.
## RELIQUES DE SAINT CAPRAIS.
Chartèves, village de la Brie, à deux lieues de Château-Thierry (Aisne), dans le diocèse de Soissons, possède depuis plusieurs siècles un petit fragment d'ossement de saint Caprais, apporté de Rome et donné à cette paroisse par un évêque de Soissons. Le premier authentique qui constate sa provenance existe encore. Cette précieuse relique a été cachée soigneusement pendant la Révolution ; et, depuis la restauration du culte, en 1801, elle a été successivement examinée et reconnue authentique par tous les évêques de Soissons.
Une confrérie de saint Caprais existait déjà à Chartèves, depuis le XVIIIe siècle ; Mgr Leblanc de Beaulieu l'a rétablie et en a approuvé les règlements. Des fidèles de tous les pays viennent encore se faire inscrire sur les registres de cette association.
Le Pèlerinage à saint Caprais continue à être fort fréquenté. On y vient de trente lieues à la ronde, en tous temps, mais principalement le 20 octobre, jour où se célèbre la fête patronale, ainsi que le dimanche suivant. — C'est surtout pour la guérison des rhumatismes et des maladies nerveuses que saint Caprais est invoqué. Les pèlerins ont souvent attesté qu'ils avaient obtenu du Saint la grâce qu'ils étaient venus solliciter. La plus célèbre, comme la plus récente guérison, est celle d'une femme de Chartèves qui a été, en 1858, subitement guérie et qui n'a pas ressenti depuis les atteintes du mal dont elle était affligée.
La vie de cet excellent solitaire est tirée d'un ancien manuscrit de l'abbaye de Lérins. Surius l'a écrite au 1er juin, et Vincent Barault dans la Chronique de cette abbaye. — Notes locales.