Saint Ferréol et Saint Ferjeux

Fondateurs de l'Église de Besançon, Martyrs

• sainte

Summary

Prêtre et diacre originaires d'Asie mineure, Ferréol et Ferjeux furent envoyés par saint Irénée pour évangéliser la Séquanie. Installés dans une grotte près de Besançon, ils convertirent de nombreux païens avant d'être martyrisés en 212 sous le préfet Claudius. Leurs reliques, redécouvertes au IVe siècle, font l'objet d'un culte important en Franche-Comté.

Biography

SAINT FERRÉOL & SAINT FERJEUX

FONDATEURS DE L'ÉGLISE DE BESANÇON

212. — Pape : Saint Zéphirin. — Président de la Séquanie : Claude.

*Martyres usque ad mortem suorum corporum pro veritate certaverunt, ut innotuerat orbi religio, falsis religionibus fictioque convictis.*

Les Martyrs ont souffert pour la vérité jusqu'à se livrer corps et âme à la mort, afin de faire connaître la vraie religion en démasquant la fausseté des autres prétendues religions.

S. Aug., *De civit. Dei, lib. III, cap. 21.*

La mort de saint Pothin, fondateur de l'Église de Lyon, laissait à saint Irénée le soin de cultiver un sol fécondé par le sang des martyrs. Comprenant toute l'importance et toutes les difficultés de sa mission, il se rendit à Rome pour prendre les ordres du pape saint Éleuthère, et reçut de sa main la consécration épiscopale. De retour dans son église, il s'efforça d'imiter, en l'administrant, saint Polycarpe, son maître, ce modèle parfait, formé lui-même à l'école du disciple qui avait reposé sur le cœur de Jésus-Christ. C'est pourquoi, sans cesser de se dévouer à son peuple, il s'appliqua à former des prêtres pleins de zèle et de talents, à l'exemple du grand évêque de Smyrne, dont le clergé avait été une pépinière de Saints. Sous l'inspiration de l'illustre docteur, Lyon devint en Occident ce que Smyrne avait été en Orient, le foyer de la tradition, le gymnase où l'orthodoxie se fortifia par la discussion des doctrines, le séminaire des apôtres et des martyrs. Alors commencèrent les grandes missions entreprises sous ses ordres. Il envoya presque en même temps Bénigne à Dijon et à Langres, Thyrse et Andoche sur les bords de l'Ain, Félix, Fortunat et Achillée à Valence, Ferréol et Ferjeux à Besançon.

Ferréol et Ferjeux, amis intimes selon les uns, frères selon les autres, avaient reçu le jour dans l'Asie mineure. Selon l'usage du temps, ils achevèrent leurs études dans les écoles d'Athènes, où ils se firent remarquer par l'élévation de leur esprit et par l'étendue de leurs connaissances. Ayant eu le bonheur de connaître et d'adorer Jésus-Christ dès leur enfance, ils portèrent dans la pratique des vertus chrétiennes la beauté d'une âme que l'erreur et le vice n'ont jamais souillée. Pleins de jeunesse, de force et de zèle, ils brillaient dans le sanctuaire comme des pierres précieuses dont la pureté égale la splendeur. Ferréol était prêtre, et quelques critiques croient même, non sans raison, qu'il avait reçu le caractère d'évêque. Ferjeux, qui n'était que diacre, assistait son compagnon dans la célébration des saints mystères, et s'occupait particulièrement du soin des pauvres et des veuves. Les deux frères arrivèrent à Besançon vers l'an 180, sur la fin du règne de Marc-Aurèle. La tradition nous apprend que dès leur entrée dans cette ville, des signes éclatants annoncèrent la ruine du paganisme. Les prêtres des idoles se troublèrent, les démons ne rendirent plus leurs oracles accoutumés, des

SAINT FERRÉOL ET SAINT FERJEUX.

présages funestes apparurent dans les entrailles des victimes, et on crut que les dieux irrités refusaient l'encens des mortels.

Les deux étrangers vivaient pauvrement et prêchaient, tantôt dans les villes, tantôt dans les campagnes environnantes, les vérités évangéliques. Cette doctrine nouvelle étonna d'abord ceux qui l'entendaient, car les esprits, préoccupés de toutes les erreurs de l'idolâtrie, ne pouvaient guère s'accommoder de la profondeur de nos mystères, et la rigueur de la morale chrétienne révoltait naturellement des cœurs accoutumés à ne rien refuser à leurs désirs. Cependant la grâce triompha peu à peu des passions aussi bien que des préjugés dans l'âme de quelques païens. Les nombreux miracles des deux apôtres attestèrent la divinité de leur mission ; leurs vertus, plus éloquentes encore que leurs paroles, achevèrent de l'accréditer, et Dieu, qui a tout promis à ceux qui l'invoquent en l'imitant, daigna enfin se laisser fléchir en faveur d'une terre arrosée par tant de sueurs.

A mesure que le nombre des fidèles augmentait dans cette chrétienté nouvelle, Ferréol et Ferjeux redoublaient de zèle et de ferveur. Ils vaquaient pendant le jour aux travaux de la prédication, et passaient la nuit dans l'exercice de la prière. Non loin de Besançon, se trouve une grotte profonde, creusée dans le roc, et dont l'accès fut longtemps défendu par les buissons qui la couvraient. Cette crypte solitaire servit d'asile aux deux apôtres. Ce fut vraisemblablement la première église de la Séquanie. Tandis que le paganisme célébrait ses orgies dans de somptueux édifices, l'assemblée des chrétiens, peu nombreuse et bien timide encore, se réunissait à l'entrée de la nuit dans l'obscurité sainte de cette humble retraite. Ferjeux lisait d'abord quelques écrits des Prophètes ou des Apôtres, et Ferréol les expliquait ensuite en exhortant les fidèles à mettre en pratique les belles leçons contenues dans la lecture du jour. « L'Église », disait-il, « croit en Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel, de la terre, de la mer, et de tout ce qu'ils renferment, et en un seul Jésus-Christ, Fils de Dieu, incarné à cause de notre salut, et au Saint-Esprit, qui a prédit par les Prophètes les desseins de Dieu, l'avènement de Jésus-Christ, sa naissance miraculeuse, sa passion, sa résurrection d'entre les morts, et son ascension dans les cieux. L'Église croit qu'il s'y est élevé avec notre chair, et qu'il viendra dans la gloire de son Père pour ressusciter tous les hommes, afin que, selon l'ordre qu'en a porté le Père, tout genou fléchisse au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, notre Dieu, notre Sauveur, notre Roi, que toute langue le confesse, que Jésus lui-même juge tous les hommes, qu'il condamne au feu les rebelles et les apostats, les hommes impies, injustes, iniques et blasphémateurs, qu'il admette à l'incorruptibilité, à une vie heureuse, à une gloire éternelle, les hommes justes, équitables, soumis à ses préceptes, fidèles à son amour, ou depuis le commencement de leur vie, ou depuis leur retour à Dieu par la pénitence. » Après avoir récité ce symbole, que saint Irénée avait composé, Ferréol développait quelque point important de la doctrine chrétienne. À l'exemple de son maître, qui le tenait lui-même du saint évêque de Smyrne, disciple des Apôtres, tantôt il enseignait l'unité de la nature divine dans la trinité des personnes ; tantôt il racontait les bienfaits, les miracles et la vie du Sauveur ; tantôt, s'étendant sur l'institution de l'Eucharistie, autant pour satisfaire son amour qu'à cause de l'importance de la matière, il rappelait les figures qui ont annoncé ce sacrifice auguste, la manière dont Jésus-Christ l'a institué, les prodiges ineffables qui s'y opèrent, et les dispositions qu'il faut apporter en le recevant. « Jésus-Christ », disait-il encore,

« a laissé ici-bas une société dont il a confié le soin au zèle de ses Apôtres et de leurs successeurs. Là où est l'Église, là est aussi l'Esprit-Saint. Là où est l'Esprit-Saint, là se trouve la vérité; donc la vérité est dans l'Église. Elle a été fondée et constituée à Rome par saint Pierre et saint Paul. C'est dans elle que les fidèles trouvent la tradition transmise par les Apôtres; c'est à elle que doivent nécessairement s'unir toutes les Églises répandues sur la terre. Après avoir fondé l'Église, les Apôtres en confièrent le gouvernement à Linus, dont parle saint Paul dans ses épîtres à Timothée. À Linus succéda Anaclet, qui eut à son tour Clément pour successeur. Le siège de Rome fut ensuite occupé par Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter et Éleuthère, qui règne aujourd'hui ».

Quand les instructions étaient terminées, on se levait et on adressait en commun des prières au Père céleste pour la persévérance des chrétiens et pour la conversion des infidèles. Saint Ferréol offrait ensuite le divin sacrifice de l'Eucharistie. Après s'être nourri lui-même de la manne divine, il se tournait du côté du peuple et lui présentait le pain vivant descendu du ciel. Chacun des assistants le recevait de sa main dans les transports d'une piété tendre et sincère. Saint Ferjeux, remplissant ensuite son ministère de diacre, recueillait dans un voile bénit ce qui restait de l'aliment céleste, et le portait aux frères absents que leurs infirmités ou d'autres raisons graves avaient retenus loin de l'assemblée des fidèles.

Cependant l'apostolat des deux disciples d'Irénée ne se prolongea pas bien longtemps; Dieu fit connaître aux apôtres de Besançon et de Valence les desseins qu'il avait sur eux. Voulant les disposer d'avance au témoignage de sang qu'ils devaient lui rendre, il les instruisit de leur sort par une voie extraordinaire. Félix, Fortunat et Achillée occupaient aux portes de Valence une humble cabane, qui était devenue le berceau d'une chrétienté nouvelle, comme à Besançon, la grotte des saints Ferréol et Ferjeux. Un jour Félix raconta à ses deux compagnons une vision qu'il avait eue. « J'ai vu des lieux enchantés » qu'éclairait une lumière céleste. Au milieu était un tabernacle étincelant d'or et de pierres précieuses. Cinq agneaux sans tache paissaient au milieu des roses et des lis. J'entendis alors une voix qui me criait avec force : « Courage, bons serviteurs, parce que vous avez été fidèles dans de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes. Entrez dans la joie du Seigneur votre Dieu. Venez, disciples d'Irénée, joignez-vous à vos frères ». À ces mots, Fortunat et Achillée s'écrièrent dans le transport de leur amour : « Gloire vous soit rendue, ô divin Jésus, qui daignez soutenir notre faiblesse par les promesses que vous avez faites à votre serviteur Félix. Maintenant, ô roi de gloire, remplissez-nous tous de vos célestes consolations, afin que nous soyons dignes de souffrir la mort pour votre nom ».

Cette prière était à peine terminée qu'un chrétien envoyé par Ferréol et Ferjeux vint leur remettre de leur part une lettre conçue en ces termes : « Ferréol et Ferjeux, aux très-pieux frères de Jésus-Christ, Félix, Fortunat et Achillée, salut dans Notre-Seigneur. Celui dont la sagesse gouverne le temps et régit le monde, a bien voulu découvrir à ses serviteurs les secrets de son cœur et les exhorter à une courageuse persévérance dans leur foi. M'étant endormi dans une des veilles de la nuit, je vis au ciel, autour d'une croix lumineuse, cinq anges resplendissants de clarté, qui tenaient, chacun dans leurs mains, une couronne brillante faite de l'or le plus pur et ornée de pierres précieuses. Comme je considérais tout hors de moi un spectacle si ravissant, une voix céleste me dit avec force : « Venez, disciples d'Irénée,

I. S. Iren., ed. *Lirvezi.*, I. III, c. 3.

SAINT FERRÉOL ET SAINT FERJEUX.

recevez la récompense que votre Père vous a préparée. Vous avez fait sur la terre la volonté de Dieu, possédez maintenant dans les cieux un royaume éternel ». Ranimons donc notre courage, veillons, prions avec ferveur, afin que Satan ne nous dérobe pas notre trésor ».

Les apôtres de Valence répondirent à ceux de Besançon par le récit de la vision de Félix. Dès lors les cinq disciples d'Irénée, adorant les desseins du Seigneur, redoublèrent de zèle et multiplièrent leurs prières en vue d'obtenir la grâce du martyre. Félix, Fortunat et Achillée eurent le bonheur de mourir les premiers pour le nom de Jésus-Christ. Ils durent cette faveur à l'arrivée du général romain Cornélius qui visitait, au nom de l'empereur, les provinces lyonnaises, accompagné des préfets des villes principales, venus à sa rencontre pour exécuter ses ordres sanglants.

Les apôtres de Besançon ne tardèrent pas à rejoindre dans le ciel les autres compagnons de saint Irénée. Parmi les personnages distingués qui étaient venus à la rencontre de Cornélius, se trouvait Claudius, préfet de la Séquanie. Après avoir assisté à l'interrogatoire et au supplice des trois confesseurs, il crut que l'occasion était favorable pour se plaindre des progrès que le christianisme faisait à Besançon, soit qu'il voulût par là faire sa cour à Cornélius, soit qu'il crût servir la cause des empereurs, soit enfin que la conversion de son épouse à la religion nouvelle lui parût un outrage assez grave pour être dénoncé au général romain. « Deux étrangers », lui dit-il, « sont récemment arrivés dans notre ville pour prêcher une doctrine nouvelle. Ils adorent un homme crucifié, persuadent aux vierges de ne pas se marier, et ont poussé l'audace jusqu'à entraîner ma femme dans la pratique de leur culte ». — « Dieux invincibles ! s'écria alors Cornélius, votre nom serait donc méprisé et votre puissance anéantie par ces chrétiens ! Que faisons-nous, cher Claudius ? Je vais vous donner mes volontés par écrit, et quand vous serez de retour en Séquanie, vous ferez subir à ces deux hommes des tourments tels, que leurs partisans mêmes en seront effrayés et qu'ils renonceront au christianisme ». — « Vos ordres seront exécutés », répondit Claudius.

A peine le préfet est-il arrivé à Besançon, qu'il envoie chercher Ferréol et Ferjeux. Il les presse de sacrifier aux faux dieux, en leur offrant, s'ils consentent à le faire, les plus brillantes récompenses. À cette proposition, les deux confesseurs se hâtent de marquer leur front du signe de la croix, pour fortifier leur âme contre la tentation. Ensuite, Ferréol, prenant la parole : « Que votre argent périsse avec vous », répondit-il au préfet ; « faites de nous ce qu'il vous plaira, nous n'avons d'espoir et de confiance que dans le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». Cette confession augmente la jalousie et la fureur du tyran. Il ordonne qu'on étende les deux apôtres sur un chevalet, et qu'on les fouette cruellement. Pendant cette flagellation, Dieu, dans sa miséricorde, les rend insensibles à la douleur ; une douceur angélique brille sur leur front, et le peuple, frappé de ce spectacle, témoigne hautement l'admiration qu'il lui inspire. Claude, rougissant de s'avouer vaincu, s'imagine alors qu'en gagnant du temps il triomphera de la sainte persévérance des deux confesseurs. Il fait donc cesser les tourments, et ordonne qu'on les reconduise en prison.

Trois jours après, Ferréol et Ferjeux paraissent de nouveau devant le gouverneur de la province. « Sacrifice aux dieux », s'écria Claude, « ou mourez ». — « Je suis chrétien », répond Ferréol ; Ferjeux répète les mêmes paroles : « Je suis chrétien ! » À ces mots, la colère du préfet ne connaît plus de bornes. Il fait signe au bourreau, qui les étend de nouveau sur le che-

valet. On leur arrache la langue; mais, par un prodige inattendu, ces bouches éloquentes ne cessent pas de parler. Ce miracle ne fait qu'endurcir le cœur du tyran. D'après ses ordres, on enfonce trente alènes aiguës dans les pieds, dans les mains et dans la poitrine des deux apôtres; mais leur courage croît avec les tourments, et leur sérénité déconcerte de plus en plus les persécuteurs. On plante dans leur tête d'énormes clous en forme de couronne; mais ils sourient, sous le diadème sanglant, au meurtrier qui les déchire. Enfin, on leur tranche la tête avec une épée; ils priaient encore, leur prière s'acheva dans le ciel.

Tels sont les actes des saints Ferréol et Ferjeux. Ils furent mis à mort le 16 des calendes de juillet de l'an de grâce 212.

On les représente l'un à côté de l'autre, tenant dans la main leurs têtes que le bourreau vient d'abattre; c'est la caractéristique ordinaire de la décollation.

## CULTE ET RELIQUES.

Les saints Ferréol et Ferjeux, si glorieusement martyrisés à Besançon, furent bientôt connus et invoqués dans toutes les Gaules. On trouve dans un missel gallican, ouvrage du ve siècle, une messe composée en leur honneur. Un martyrologe du même temps, qu'on attribue à saint Jérôme, fait mention de leur mort héroïque. Saint Germain de Paris consacra un autel à leur culte, et à mesure que le christianisme se répandit dans la contrée arrosée de leurs sueurs et fécondée de leur sang, nombre d'églises furent placées sous leur vocable. On en compte encore aujourd'hui plusieurs qui les honorent comme leurs patrons. Ce sont, dans le diocèse de Besançon, les églises de Saint-Ferjeux (Doubs), Laverney, Minerey, Vanz, Villers-Duzon, Amagney, Trépot, Flangebouche, Cabrial, Fontenelle-lez-Monchy, Eray, Étouvans, Soing, Chenevrey, Bard-lez-Pesmes, Gavigney, Betoncourt-sur-Mance et Saint-Ferjeux (Haute-Saône), et dans le diocèse de Saint-Claude, les églises de Saligney, Aumont, Fay et Champagne.

Les corps des saints Martyrs furent recueillis avec soin par leurs disciples, et inhumés dans la grotte qui leur avait servi de retraite pendant leur apostolat.

Oubliée pendant quelque temps, leur mémoire fut rappelée au respect et à la vénération des fidèles, et il fut réservé à saint Aguan de découvrir et de reconnaître leurs corps. Le 8 septembre 370, dit la légende, un tribun militaire, préposé à la garde de Besançon, sortit un jour pour faire une partie de chasse. À peine s'était-il avancé à un mille et demi de la cité, que ses chiens ayant fait lever un renard, il se mit à le poursuivre. L'animal, vivement pressé, s'enfuit dans une caverne où les chiens ne peuvent l'atteindre. Or, cette grotte souterraine n'était pas autre chose que la crypte même où avaient été déposés les restes sacrés de nos saints apôtres. Le tribun persiste à poursuivre sa proie. Il ordonne à ses soldats d'élargir l'ouverture de la caverne, et, lorsqu'ils y sont descendus, ils découvrent tout à coup le sépulcre où reposaient les corps des saints Ferréol et Ferjeux. Le tribun fit aussitôt prévenir l'évêque de ce merveilleux événement. Saint Aguan s'empressa d'accourir sur les lieux, car il savait déjà que la tradition populaire plaçait en cet endroit le tombeau des saints Martyrs, et il saisit avec joie cette heureuse occasion de manifester son zèle pour leur gloire. Par son ordre, on ouvrit aussitôt le monument, et l'on y trouva les corps des saints Ferréol et Ferjeux. Les Martyrs offraient encore les traces glorieuses du supplice où avait brillé leur constance, car leurs têtes vénérables portaient les clous dont ils avaient été percés : couronne glorieuse qui ceignait leurs fronts et attestait tout à la fois la cruauté des bourreaux et le courage des victimes. Saint Aguan voulut que ce trésor précieux reposât dès lors dans un lieu plus convenable. Le tribun et ses soldats formèrent une garde d'honneur autour du saint Pontife, et les corps des Martyrs furent aussitôt rapportés en triomphe dans la cité de Besançon. On les déposa avec le plus grand respect dans l'église cathédrale de Saint-Jean l'Évangéliste, l'an 370, sous le règne des empereurs Valentinien et Valens.

Trop heureux d'avoir trouvé un pareil trésor, saint Aguan s'occupa dès ce moment de faire bâtir une église sur la crypte même où l'on avait découvert les saintes reliques, et quand cet édifice fut achevé, il y fit porter les restes des Martyrs, les embauma et les recouvrit d'une tombe d'albâtre sur laquelle ils étaient représentés. Dieu glorifia le tombeau de ses serviteurs. Cette solitude, auparavant inaccessible, devint dès lors le rendez-vous de tous les pieux fidèles. Les peuples accouraient pour vénérer les restes sacrés de nos pères dans la foi, et des grâces miraculeuses obtenues en les invoquant, attestèrent plus d'une fois leur puissance auprès de Dieu. À côté de l'église élevée sur la sépulture des saints Ferréol et Ferjeux, saint Aguan fit construire une maison pour une communauté de clercs soumis aux règles de la vie religieuse. Ils étaient destinés à veiller à la garde des saintes reliques et à servir Dieu en honorant ses Martyrs.

SAINT FERRÉOL ET SAINT FERJEUX.

Le monastère de Saint-Ferjeux était habité du xe au xie siècle, par quelques prêtres indisciplinés et ignorants qui veillaient avec peu de zèle à la conservation des saintes reliques. On avait déjà tenté plusieurs fois de les enlever, quand Hugues Ier, archevêque de Besançon, résolut de mettre en sûreté ce précieux dépôt. Il ordonna une procession solennelle au tombeau de nos apôtres et y invita le peuple et le clergé. Jamais plus grand concours de fidèles ne répondit à l'appel du prélat. Une foule immense, accourue des campagnes les plus éloignées, vint entendre la messe qu'il célébra pontificalement, et l'accompagna jusqu'à la grotte de Saint-Ferjeux. L'archevêque fit ouvrir le sépulcre en présence de toute l'assemblée. L'odeur agréable qui s'en exhala fut, pour le peuple et pour l'évêque, un nouveau témoignage du mérite et de la gloire des deux Martyrs. À la vue de leurs corps, les assistants versèrent des larmes d'attendrissement, et plusieurs furent ravis en extase par la douce joie qu'ils éprouvaient. Hugues Ier mit une partie de ces reliques dans l'autel de la grotte et rapporta l'autre dans la cathédrale de Saint-Jean où elles furent déposées sous l'autel de la sainte Vierge. Cette translation eut lieu le 30 mai 1053 ; l'Église de Besançon en fait encore mémoire, chaque année, dans l'office et dans la messe de ce jour.

Le 2 septembre 1246, Guillaume, archevêque de Besançon, fit faire une reconnaissance authentique des reliques des saints Ferréol et Ferjeux. Il les tira de l'autel où son prédécesseur les avait placées, et les mit dans des châsses de bois doré, en présence de Jean, évêque de Lausanne, de Séguin, évêque de Mâcon, d'Alexandre, évêque de Châlons, et de plusieurs autres prélats. Le 31 mai 1421, veille de la fête de la Pentecôte, Robert de Combeton, abbé de Saint-Paul, transféra une partie de ces reliques de la cathédrale de Saint-Jean dans l'église abbatiale de Saint-Vincent. Le 8 mai 1424, Thiébaud de Bougemont, archevêque de Besançon, mit dans une chasse nouvelle celles qui étaient restées dans la cathédrale du Saint-Jean. Ce fut dans cette circonstance qu'on détacha quelques parties des corps saints pour en enrichir quelques églises. Les paroisses de Sainte-Madeleine et de Saint-Pierre obtinrent chacune une côte, les Cordeliers de Salins un os, et le prélat garda deux dents pour lui. Antoine de Vergy, archevêque de Besançon, les plaça, en 1539, dans une chasse d'argent du poids de quarante marcs, offerte par le chapitre et les gouverneurs de la ville. Enfin, le 12 juin 1636, comme les Suédois ravageaient les campagnes de Franche-Comté, les reliques qui se trouvaient encore dans la grotte de Saint-Ferjeux furent transférées solennellement dans l'abbaye de Saint-Vincent. L'abbé et les religieux de ce monastère, saintement jaloux du dépôt sacré qui leur avait été confié, établirent dans leur église une association pieuse, destinée à invoquer spécialement les saints apôtres, et à rendre à leurs reliques la vénération qui leur était due. Le pape Clément X, par une bulle donnée en 1674, accorda à cette confrérie un grand nombre d'indulgences. Enfin, Antoine-Pierre II de Grammont, archevêque de Besançon, ayant examiné les statuts qu'elle lui présenta, reconnut qu'elle contribuerait à l'accroissement de la religion, et l'apprécia par une ordonnance rendue le 16 juin 1736.

L'association établie en l'honneur des saints Ferréol et Ferjeux subsiste encore aujourd'hui dans l'ancienne église de Saint-Vincent, devenue l'église paroissiale de Notre-Dame. Quant aux restes des illustres protecteurs de Besançon, la ville a eu le bonheur de les conserver. Il en existe des parcelles dans l'église de la métropole, dans celle du séminaire, dans la grotte de Saint-Ferjeux et dans plusieurs autres églises et chapelles. On conserve dans l'église du diocèse de Saint-Pierre le chef de saint Ferréol, sur lequel les archevêques de Besançon prêtaient serment le jour de leur sacre.

C'est la paroisse de Notre-Dame qui possède aujourd'hui la portion la plus considérable des reliques des saints Ferréol et Ferjeux.

L'Église de Besançon célèbre, le 21 du même mois, une fête qui se rattache au culte de nos saints Martyrs, et dont il est juste de dire ici quelques mots. La ville de Besançon s'est distinguée de tout temps par son inébranlable attachement à la religion catholique. En vain les novateurs du xvie siècle tentèrent-ils d'y semer leurs erreurs, ils ne purent y parvenir. Pour s'en venger, les Calvinistes imaginèrent, en 1575, de surprendre la ville pendant la nuit et de la punir de sa fidélité à l'antique foi. Ils descendirent en effet le Doubs dans des bateaux légers, et parvinrent, protégés par l'obscurité de la nuit, à escalader le faubourg de Bettant. Les gardes furent taillées en pièces, et les hérétiques étaient sur le point d'entrer en ville; mais l'intrépide archevêque Claude de la Baume, conjointement avec le comte de Vergy, gouverneur de la Franche-Comté au nom du roi d'Espagne, se mirent à la tête de la bourgeoisie, fondirent sur les Calvinistes, en tuèrent un grand nombre, en firent prisonniers beaucoup d'autres et délivrèrent ainsi la ville. Les habitants attribuèrent la victoire qu'ils venaient de remporter à la protection des saints Ferréol et Ferjeux, pendant l'octave desquels cette affaire avait eu lieu. L'archevêque institua une fête annuelle pour rendre de solennelles actions de grâces au Tout-Puissant, qui avait si visiblement protégé la ville.

Le bras des illustres Martyrs ne s'est pas raccourci, et la piété de notre siècle n'a rien à envier à celle des âges précédents. En 1549, comme le choléra menaçait d'envahir la Franche-Comté, Mgr Mathieu, archevêque de Besançon, recommanda son troupeau à Notre-Dame de Gray et aux saints Ferréol et Ferjeux. La ville de Gray fut atteinte par le fléau, mais le reste du diocèse fut épargné. Pour témoigner sa reconnaissance envers Marie et nos saints patrons, Mgr l'archevêque, aidé des offrandes des fidèles, a offert à Notre-Dame de Gray une statue en argent, ornée de pierreries. C'est dans les mêmes vues qu'ayant découvert de nouvelles reliques des saints

Ferréol et Ferjoux, il en a fait présent au Chapitre métropolitain, après les avoir enfermés dans un reliquaire très-riche, en forme de chasse, que l'on porte processionnellement à Saint-Ferjoux, le jour de la fête de la Délivrance.

On lit sur cette chasse l'inscription suivante : *Sanctis Ferreolo et Ferrucio, urbis Bisuntinæ et totius diœcesis defensoribus et patronis, in memoriam præstitæ salutis tempore choleæ-morbi, J.-M.-Ad.-C. Mathieu, Arch. Bisunt., voto voceque gratus solvit et venerabili capitulo dono dedit, die quindecimâ junii, anno Domini MDCCCL.*

Abrégé de la Vie des Saints de Franche-Comté, par les professeurs du collège de Saint-François-Xavier de Besançon ; — Cf. Hunchler, Vie des Saints d'Alsace.