Saint Cyr (Quiric)
Martyr
Summary
Enfant de trois ans martyrisé au début du IVe siècle avec sa mère sainte Julitte. Il fut tué par un gouverneur qui le projeta contre les marches de son tribunal après que l'enfant eut affirmé sa foi chrétienne. Il est le patron principal du diocèse de Nevers.
Biography
SAINT QUIRIC OU CYR ET SAINTE JULITTE.
MARTYRS, PATRONS DU DIOCÈSE DE NEVERS
SAINT QUIRIC OU CYR, ET SAINTE JULITTE, MARTYRE.
bras de sa mère, et il étendait continuellement les siens vers elle de la manière la plus touchante. Ses cris et ses pleurs marquaient toute la peine qu'il ressentait de la violence qu'on lui faisait. Le gouverneur le mit sur ses genoux, essayant de le baiser et de l'apaiser ; mais l'enfant avait toujours les yeux sur sa mère, et s'élançait fortement de son côté. Il égratignait le visage odieux du gouverneur et lui donnait des coups de pieds dans l'estomac ; et lorsque sa mère, au milieu des tourments, s'écriait : « Je suis chrétienne ! » il redisait aussitôt : « Je suis chrétien ! » Alors le monstre furieux saisit l'enfant par le pied, et, du haut de son siège, le jette à terre. La tête de cette noble et innocente victime se brisa contre les angles des degrés ; par la violence du coup, la cervelle jaillit, et le tribunal tout entier fut arrosé de sang. Ainsi, l'enfant remettait son âme entre les mains de Dieu son père, dont il s'était montré digne.
Julitte, ayant vu ce qui s'était passé, remercia Dieu d'avoir accordé à son fils la couronne du martyre. La joie qu'elle témoignait, augmentait encore la fureur du juge. Il ordonna au bourreau d'élever la Martyre et de la suspendre pour l'écorcher vive, puis de verser sur ses pieds de la poix bouillante. Pendant l'exécution, un héraut criait à Julitte : « Aie pitié de toi, et sacrifie aux dieux ; délivre-toi de ces tortures, redoute la mort affreuse qui vient de frapper ton fils ». Mais la bienheureuse Martyre, inébranlable au milieu des supplices, élevait à son tour la voix, et répondait avec une généreuse constance : « Je ne sacrifie point à des démons, à des statues sourdes et muettes ; mais j'honore le Christ, le Fils unique de Dieu, celui par qui le Père a créé toutes choses : j'ai hâte de retrouver mon fils. C'est dans le royaume des cieux qu'il me sera donné de le voir ». Après cette réponse, le gouverneur voyant qu'il ne pouvait vaincre le courage de sa victime, la condamna à avoir la tête tranchée ; il ordonna de plus que le corps de Julitte et celui de son fils fussent portés au lieu où l'on jetait les cadavres des malfaiteurs. Les remords et la confusion qu'il éprouvait, à l'occasion du crime qu'il avait commis en faisant périr un enfant de trois ans, l'avaient rendu semblable à une bête féroce qui ne suit que la fougue d'une aveugle impétuosité.
Les bourreaux fermèrent la bouche de Julitte au moyen d'un bâillon qu'ils attachèrent avec violence, puis ils la conduisirent, d'après les ordres du tyran, au lieu de l'exécution. Julitte leur demanda par signe quelques instants pour prier Dieu. Les bourreaux se laissèrent fléchir ; ils lui accordèrent un moment, et détachèrent le bâillon. Alors la Sainte se mit à genoux, et fit à Dieu cette prière : « Je vous rends grâces, Seigneur, d'avoir appelé mon fils avant moi, et d'avoir daigné lui accorder, pour la gloire de votre nom terrible et saint, en échange d'une vie passagère et vaine, la vie éternelle dans le séjour des Bienheureux ; recevez aussi votre indigne servante, et que j'aie le bonheur d'être réunie aux vierges prudentes, à qui il a été donné d'entrer dans la demeure des esprits célestes, où rien de souillé ne peut pénétrer, où mon âme bénira Dieu votre Père, le Créateur et le Conservateur de toutes choses, ainsi que l'Esprit-Saint, dans les siècles des siècles. Amen ». Au moment où elle achevait de dire ce dernier mot, le bourreau brandissant son glaive avec effort, abattit la tête de la généreuse Martyre. Ceci eut lieu en 304, ou au plus tard l'année suivante. Les deux filles de sa suite enlevèrent secrètement son corps avec celui de son fils, et les enterrèrent dans un champ près de la ville.
Quand on représente saint Cyr et sainte Julitte ensemble, sainte Julitte, jeune femme richement costumée, pour rappeler sa royale origine, donne
la main droite à son enfant et tient une palme de l'autre main; une semblable palme est dans la main droite du petit saint Cyr. M. Chantrier a eu l'heureuse idée de représenter saint Cyr sans palme, mais cherchant à s'élever pour saisir la palme de sa mère; on voit à leurs pieds une couronne royale et un sceptre. — Quand saint Cyr est seul, il est nu, monté sur un sanglier; c'est ainsi qu'on le voit sur les armes du chapitre. Sur les métaux d'Issoudun, il est seulement auprès de son sanglier, qu'il retient par les soies ou par les oreilles. Ailleurs, on complète le tableau en plaçant Charlemagne, soit debout, soit à genoux, devant le saint enfant, souvent perçant de son glaive l'animal furieux. C'est ainsi qu'on le voit sur un pilier de la cathédrale, sur un des métaux d'Issoudun, sur les vitraux de Saint-Saulge, diocèse de Nevers, et de Saint-Julien-du-Sault, diocèse de Sens. — Cette manière de représenter saint Cyr rappelle le songe suivant de Charlemagne: Il lui semble un jour, pendant son sommeil, être à la chasse, quand tout à coup, se trouvant seul au milieu d'une forêt, il aperçut un sanglier furieux qui allait s'élancer sur lui; sa première pensée, dans ce pressant danger, fut de se jeter à genoux et d'implorer la protection de Dieu. En même temps, il vit auprès de lui un enfant nu, qui lui promit de le délivrer du péril qu'il courait, s'il voulait lui donner un voile pour le couvrir. L'empereur ne balança pas à faire cette promesse; aussitôt l'enfant sauta sur le sanglier, et, le tenant par ses défenses, il le conduisit à l'empereur qui le perça de son épée et le tua.
## CULTE ET RELIQUES.
Quelques années après la mort de nos saints Martyrs, le grand Constantin mit fin à toutes les persécutions dirigées depuis si longtemps contre les chrétiens, en se déclarant lui-même disciple de Jesus-Christ. Une des servantes de sainte Julitte vivait encore; elle fit connaître le lieu où elle avait déposé les corps des saints Martyrs. On lit dans leurs Actes, que, après cette découverte, « les fidèles du pays s'empressèrent de se procurer quelque portion de leurs reliques, espérant y trouver une sauvegarde contre les accidents de la vie, et qu'ils se rendirent en foule à leur tombeau pour y glorifier Dieu ». Les plus anciennes maisons de Lycaonie se faisaient gloire de reconnaître sainte Julitte comme leur parente; tous les ans, au rapport de Théodore, évêque d'Icquium, elles s'assemblaient pour célébrer sa fête, avec une pompe digne d'une Sainte et d'une fille des rois.
Saint Amateur, évêque d'Auxerre, prédécesseur de saint Germain, dans un voyage qu'il fit en Orient, rapporta, dit-on, d'Antioche, les corps de saint Cyr et de sainte Julitte. Il donna un bras de saint Cyr à Savin, homme de qualité et compagnon de son voyage, et renferma le reste à Auxerre, dans l'église qui a ensuite porté son nom; mais, craignant que ce précieux dépôt ne vînt à se dissiper et à se perdre, soit dans les guerres, soit dans d'autres calamités publiques, il le plaça dans un mur sur lequel il fit peindre une petite image de saint Cyr et une inscription qui devait servir d'authentique; puis, au moyen d'un contre-mur, il cacha ce tombeau.
Longtemps les habitants d'Auxerre ignorèrent le précieux dépôt qu'ils possédaient; ce ne fut que du temps de saint Jérôme, évêque de Nevers, qu'il fut découvert. Ce saint évêque avait une dévotion toute particulière à saint Cyr et à sainte Julitte, sa mère. Il avait fait construire en leur honneur une chapelle attenante à sa cathédrale, et désirait mettre son diocèse tout entier sous leur protection, en dédiant à ces Saints la nouvelle église qu'il espérait faire construire, quand il plairait à la Providence de seconder ses vœux.
Bientôt, grâce aux libéralités de Charlemagne, il entreprit la reconstruction de sa cathédrale. Sur ces entrefaites, le mur que saint Amateur avait fait construire à Auxerre s'écroula tout à coup, et découvrit le dépôt sacré que le saint évêque avait caché, avec les images des saints et les inscriptions qui indiquaient les noms et les reliques de chacun. Les peuples se rendaient en foule à Auxerre pour vénérer ces précieuses reliques; Jérôme, s'y rendit lui-même, et fut assez heureux pour en obtenir une partie; on lui remit le bras du saint enfant, ce même bras, dit-on, que saint Amateur avait autrefois donné à Savin, et que celui-ci laissa à Auxerre lorsqu'il partit pour le Poitou.
Jérôme transporta avec solennité ce précieux trésor à Nevers, où il fut reçu avec joie et bonheur. Un grand nombre de miracles s'opérèrent par son intercession, et les malades, guéris de leurs
SAINT QUIRIC OU CYR, ET SAINTE JULITTE, MARTYRS.
infirmités, proclamaient au loin les louanges des saints Martyrs. Le bras de saint Cyr fut déposé dans la nouvelle basilique et, depuis cette époque, saint Cyr et sainte Julitte devinrent les patrons du diocèse de Nevers.
A la fin de l'année 1857, dans une opération de drainage, on a trouvé à Imphy un certain nombre de pièces de monnaies de Pépin, la plupart inédites. Une de ces pièces, timbrée d'un côté du sigle de Pépin P. R. Pépinus rex, porte au revers cet exergue : Sancti Cirici. On sait que, pendant les guerres d'Aquitaine, Pépin tint son quartier général à Nevers, de 761 à 763. — Le culte de saint Cyr était-il déjà célèbre dans le Nivernais à cette époque ? Cette pièce curieuse autorise à le penser. Dans ce cas, saint Jérôme l'aurait trouvé établi, et n'aurait fait que lui donner plus d'extension.
Tédalgrin, évêque de Nevers, qui monta sur ce siège en 922, reçut de Guy, évêque d'Auxerre, une partie du chef de saint Cyr, que le roi Raoul fit enchâsser en or. Nulle part, le culte de saint Cyr ne fut répandu autant que dans le diocèse de Nevers ; quatre jours dans le courant de l'année étaient consacrés à honorer le jeune Martyr et sa sainte mère. Dans le Bréviaire imprimé en 1494, par les soins de Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, on trouve, au 4 juin, mémoire de saint Cyr et de ses compagnons, martyrs ; au 10 du même mois, la fête solennelle de saint Cyr et de sainte Julitte ; au 15 juillet, leur martyre ; et enfin, au 27 octobre, la fête de la Soustraction du bras de saint Cyr.
Outre la cathédrale de Nevers qui est sous le vocable de saint Cyr, les paroisses de La Nocle, dans le doyenné de Flours, et de Chevannes, dans celui de Brinon-les-Allemands, sont placées sous son patronage.
Un grand nombre d'églises, en France, se faisaient gloire de posséder une partie des reliques de saint Cyr et de sainte Julitte ; telles que celles d'Isaoudun, au diocèse de Bourges ; de Saint-Cyr de Borchières, au diocèse de Chartres ; de Saint-Cyrgues, au diocèse de Clermont en Auvergne ; de Saint-Sernin de Toulouse, où on en voit encore des portions considérables ; le couvent des Mathurins d'Arles, d'où, avec l'autorisation du pape Clément VII, un transport, au XVIe siècle, à Villejuif, au diocèse de Paris, d'un os ou d'une jambe de saint Cyr, et une partie de la mâchoire de sainte Julitte. Sancerges, au diocèse de Bourges, qui honore saint Cyr comme son patron, devait aussi posséder autrefois quelques reliques de ce saint Martyr. Saint-Amand, en Hainaut, possède aussi quelques reliques de saint Cyr.
Beaucoup d'autres localités sont placées sous le vocable de ce saint Martyr, telles que Saint-Cyr-sur-Loire, près de Tours ; Saint-Cyr, au diocèse de Limoges, dans l'archidiaconé de Rochechouart ; Saint-Cyr-le-Cordière, près de Toulon, dans le diocèse de Fréjus, etc.
En 1493, Philibert de Champagne fit la remise à la cathédrale des reliques assez importantes de saint Cyr qu'il avait en sa possession.
Quant au reliquaire d'or donné par le roi Raoul, on ne sait aujourd'hui ce qu'il est devenu. Les reliques de sainte Julitte et de saint Cyr demeurèrent renfermées avec d'autres dans le rétable vitré qui surmontait l'autel de Sainte-Julitte, autrefois nommé de Saint-Cyr. Il fut démoli, en 1856, pour être remplacé par un autel roman plus en rapport avec le style de la chapelle. Le 2 brumaire an II (24 octobre 1793), le représentant du peuple Fouché, ayant ordonné de dépouiller les églises du département de la Nièvre de tout ce qu'elles pouvaient avoir de précieux, le vicaire épiscopal Goussot réussit à sauver les reliques déposées dans la cathédrale. Ces reliques, accompagnées de leurs authentiques, furent transportées à Nolay, où elles se trouvent encore aujourd'hui dans plusieurs reliquaires.
Le plus précieux de ces reliquaires est celui qu'on nomme Christ-aux-Reliques, à cause du grand nombre de reliques renfermées dans la croix. Elles ont été vérifiées de nouveau et authentiquées par Mgr Dufêtre, évêque de Nevers. On y remarque entre autres un ossement de sainte Julitte, de dix centimètres, et un os du bras de saint Cyr, de cinq centimètres.
Il paraît que le sieur Goussot ne put enlever qu'une partie des reliques déposées dans le rétable de sainte Julitte, car l'abbé Guérin, de son côté, sauva une dent de sainte Julitte, et un os de saint Mathieu. Ces deux reliques ont été déposées dans le reliquaire de la cathédrale, scellé du sceau de Mgr Charles de Houdet d'Auzers, avec un acte authentique du 28 novembre 1830. Les autres reliques renfermées dans ce reliquaire sont celles de saint Jacques le Majeur, de saint Sulpice, archevêque de Bourges, de saint Anselme, de saint Jérôme, évêque de Nevers, et des saintes Eugénie et Euphémie ; plus un ossement assez considérable de saint Cyr.
Enfin on possède, à l'évêché, la mâchoire inférieure de sainte Julitte, à laquelle il ne reste plus qu'une dent, et des fragments d'ossements de saint Cyr ; ces reliques avaient été primitivement examinées par Mgr d'Auzers et scellées de son sceau ; ce sceau a été remplacé depuis par celui de Mgr Dufêtre.
Plusieurs églises du diocèse de Nevers ont aussi des reliques de saint Cyr et de sainte Julitte, déposées dans le tombeau de leurs autels ; nous pouvons citer entre autres les églises de Saint-Denin d'Azy, de Bonzy, de Fours, d'Arbourse, de Saint-Agnan de Cosne.
En 1845, Mgr Dufêtre détacha quelques parcelles des ossements de saint Cyr et de sainte Julitte, en faveur de l'église de Saint-Cyr-sur-Loire, au diocèse de Tours. La cérémonie de la translation solennelle de ces reliques, si précieuses pour cette paroisse, eut lieu le 28 juillet, et Mgr Dufêtre voulut bien présider lui-même cette fête, qui avait attiré une foule immense.
Quelques années plus tard, en 1856, la paroisse d'Angres, au diocèse d'Arras, obtint la même faveur.
Le 16 juin 1857, eut lieu, à Nuits-sur-Armançon, la translation solennelle des reliques de saint Cyr et de sainte Julitte.
Saint Cyr et sainte Julitte sont nommés dans le martyrologe romain sous le 16 juin ; mais il est plus probable qu'ils furent martyrisés le 15 juillet. C'est en ce dernier jour qu'on célèbre leur fête chez les Grecs, chez les Moscovites, chez les Arméniens et chez les Nestoriens. Les Abyssins les honorent deux jours avant le 19 de leur mois de Hamie et le 20 janvier.
Tiré de leurs actes sincères, publiés par Dom Rainart ; de l'Hagiologie Nivernoise, par Mgr Crosnier. — Cf. Tillemont, t. v, p. 349 ; le P. Papelbrock ; les Actes des Martyrs, par les R.R. PP. Bénédictins.