Sainte Marine (la Déguisée)

Vierge et religieuse

Feast : July 17th 8th century • sainte

Summary

Entrée dans un monastère de Bithynie sous un déguisement masculin, Marine fut injustement accusée d'avoir séduit la fille d'un hôtelier. Elle accepta l'opprobre et éleva l'enfant par humilité, ne révélant son secret qu'à sa mort vers 750. Ses reliques furent transférées de Constantinople à Venise en 1230.

Biography

SAINTE MARINE, SURNOMMÉE LA DÉGUISE,

VIERGE ET RELIGIEUSE EN BITHYNIE

SAINTE MARINE, SURNOMMÉE LA DÉGUISE, VIERGE ET RELIGIEUSE.

Les autres frères dans un hôtel, au lieu même où se tenait le marché.

L'hôtelier avait une fille qui, s'étant laissée séduire par un soldat, commit une faute. Ses parents, s'en étant aperçus, la maltraitèrent rudement et la forcèrent de nommer son complice. Elle nomma frère Marin. Là-dessus, le père court au couvent, et plein de colère, il raconte à l'abbé l'outrage que lui a fait le solitaire Marin. L'abbé, quoiqu'il ne pût croire le frère Marin coupable d'un si grand crime, le fait venir et lui dit de quoi il était accusé. Marin, après avoir jeté ses regards au ciel et réfléchi un instant, ne voulut point révéler son secret, il se contenta de dire en soupirant : « Je suis très-coupable, mais je suis disposé à faire pénitence ». L'abbé, le croyant alors convaincu par sa bouche, le fit châtier selon toutes les rigueurs de la discipline, et le chassa du couvent.

L'humble religieux demeura trois ans à la porte du monastère, acceptant la pénitence qui lui était imposée, couchant sur la terre nue, jeûnant, pleurant et conjurant les solitaires qui entraient et sortaient d'implorer pour lui la miséricorde divine, et leur demandant un peu de pain, quand il était dans une extrême nécessité. Bientôt même il fallut un surcroît de pénitence. La fille de l'hôtelier, ayant mis au monde un fils, l'envoya, aussitôt qu'il fut sevré, au frère Marin, en lui disant : « Voilà votre enfant, nourrissez-le comme vous pourrez ». Marin l'accepta, comme s'il était le sien, lui donna tous ses soins sans jamais murmurer, et le nourrit pendant deux ans du fruit de ses aumônes.

Après ce temps, les frères étant touchés de compassion vinrent trouver l'abbé, le priant de recevoir Marin dans la communauté et lui disant : « Mon père, pardonnez à notre frère et recevez-le ; il y a cinq ans qu'il couche à terre et qu'il fait pénitence, exposé à toutes les injures de l'air, aux reproches et au mépris des passants. Recevez-le donc à merci, ainsi que Notre-Seigneur Jésus-Christ l'ordonne ». L'abbé, vaincu par leurs instances, lui permit enfin de rentrer, et quand il le vit prosterné à ses pieds : « Je vous fais grâce », dit-il, « en considération de votre père qui était un saint homme. Mais comme votre faute est énorme, il faut que la pénitence soit proportionnée. C'est pourquoi je vous demande de balayer seul toute la maison, d'apporter l'eau nécessaire, de nettoyer les chaussures des frères, et de les servir tous.

Marin accepta la pénitence d'un grand cœur et s'en acquitta avec courage. Mais le fardeau était bien certainement au-dessus de ses forces déjà usées par tant de privations et d'austérités. Il y succomba et mourut après quelques jours de maladie. Les frères ayant rapporté sa mort à l'abbé, il leur dit : « Voyez quelle était la grandeur de son crime, puisque Dieu ne lui a pas même laissé le temps d'en faire pénitence ! Ne laissez pas néanmoins, par charité, de l'ensevelir, et enterrez-le bien loin du monastère ».

Pendant qu'ils exécutaient cet ordre, quelle ne fut pas leur surprise, en découvrant que ce n'était pas un frère, mais une sainte sœur qui avait vécu parmi eux. Ils se mirent tous à crier en se frappant la poitrine : « Comment a-t-elle pu souffrir tant de peines, tant de mauvais traitements, tant de mépris, quand d'un seul mot elle aurait pu s'en garantir ? » Ils coururent tous en pleurs vers l'abbé pour lui apprendre cette nouvelle.

L'abbé étant accouru auprès des dépouilles mortelles de la Sainte, se laissa tomber de douleur, et, se frappant la tête contre terre, il s'écriait : « Servante de Dieu, je vous conjure par Jésus-Christ, ne m'accusez pas des peines que je vous ai fait souffrir ; vous savez que je l'ai fait par ignorance.

Vous ne m'aviez point déclaré votre secret, hélas ! je n'ai point eu assez de lumières pour distinguer la pureté de vos actions ». Il commanda ensuite que le saint corps fût enterré dans l'oratoire du monastère. La méchante fille qui avait diffamé saint Marin ayant appris ce qui se passait, tomba dans des accès de fureur, et le démon s'empara d'elle. Heureusement qu'on la conduisit au monastère, où, ayant avoué son crime avec larmes, elle fut délivrée, le septième jour, par l'intercession de la Sainte. Les monastères qui étaient situés dans le voisinage, et les habitants qui étaient aux environs, ayant appris ce miracle, vinrent, avec la croix et des cierges allumés, honorer le tombeau de la Bienheureuse. Ils bénirent Dieu en chantant des hymnes et des cantiques, et le glorifièrent d'avoir ainsi sanctifié sa servante par des grâces extraordinaires, et d'avoir manifesté sa sainteté par des miracles.

Sainte Marine mourut vers l'an 750. En 1230, ses reliques furent transportées de Constantinople à Venise, où elles se gardent dans une église de son nom. L'Église de Venise célèbre cette translation le 17 juillet.

Cette Sainte était patronne d'une paroisse de Paris, dont l'église subsiste encore; mais elle sert à des usages profanes. Des reliques s'y conservaient; il reste une côte de la Sainte : elle se garde maintenant dans l'église métropolitaine de Paris.

On représente sainte Marine avec un petit enfant à ses côtés; nous avons donné dans sa Vie l'explication de cette caractéristique. Quelquefois on la voit peinte en ermite, probablement à cause des années d'humiliation qu'elle passa hors de son monastère, victime d'une infâme calomnie. À côté d'elle se voit parfois une possédée; c'est sa calomniatrice qui ne put trouver que près d'elle sa délivrance. Enfin on la peint souvent avec des vêtements d'homme, pour rappeler le déguisement sous lequel elle parvint à entrer dans le monastère de son père.

M. l'abbé Caillet.

---

## SAINTE OZANNE, VIERGE,

## DU TIERS ORDRE DE SAINT-DOMINIQUE

SAINTE OZANNE, VIERGE.

au Saint-Esprit la lumière pour bien connaître ses devoirs et la force pour les bien accomplir, elle entendit, au dedans d'elle-même, une voix qui lui dit intelligiblement : « Ma fille, la bonne vie consiste à aimer Dieu de tout son cœur ».

Le bon ange conduisit un jour la petite Ozanne, en esprit, au séjour du ciel, où il lui montra la gloire des Saints ; quand elle fut revenue à ses sens, elle s'offrit à Dieu, sans nulle réserve, lui demandant pour unique faveur de lui être agréable pendant tout le cours de sa vie. Aussitôt Notre-Seigneur lui apparut, sous la forme d'un petit enfant ravissant de beauté, le front couvert de belles boucles de cheveux blonds, mais ceint d'une couronne d'épines, et une lourde croix sur les épaules ; il tendit, en souriant, ses petits bras vers la jeune vierge, et ouvrant sa bouche divine, il lui dit : « Chère Ozanne, je suis le Fils de Marie : à mon exemple, il faut te disposer à beaucoup souffrir ; cependant, ne crains point, jamais je ne l'abandonnerai ». Il disparut ensuite, et la jeune enfant demeura toute pleine d'un amour brûlant pour son Dieu, et du désir de beaucoup endurer pour lui plaire.

À dater de ce moment, la jeune fille se livra plus entièrement et plus avidement encore aux exercices de la plus tendre piété, à la prière, à l'austérité de vie, à la méditation de la passion du Sauveur et à la fréquentation des Sacrements. Le divin Sauveur s'éprit pour cette vierge, si humble et si pure, d'une admirable affection : il descendit souvent vers elle d'une façon toute familière, lui enseignant à comprendre les choses de Dieu. Un jour de la Purification, comme elle voyait en esprit l'offrande que faisait Marie de son enfant céleste, au temple de Jérusalem, et l'enfant Jésus au bras du vieillard Siméon, la Vierge-Mère le prit, se tourna vers elle, le lui donna pour le baiser, et le reposa sur son cœur : Ozanne en reçut une joie et une consolation inexprimables.

Ces faveurs insignes de Jésus et de Marie ne cessèrent point à son égard, pendant toute l'étendue de sa vie : elle eut le douloureux bonheur de se voir marquée des stigmates de la croix, de la couronne d'épines et de la lance délicide ; elle reçut, plus d'une fois, dans ses extases, lorsqu'elle était intimement unie à son Bien-Aimé, la communion de la main des anges ; Dieu lui communiqua souvent les secrets de l'avenir et lui remit en main le pouvoir d'opérer des miracles.

Si la pieuse vierge s'était donnée tout entière à Dieu, ce n'est point qu'elle n'eût été détournée de sa voie et poussée à se donner au monde. Ses parents eux-mêmes, comme il arrive, hélas ! trop souvent, avaient été les premiers à la solliciter à une conduite moins parfaite. À l'âge de quinze ans, ils lui avaient proposé l'état du mariage ; mais elle leur avait franchement répondu qu'elle s'était irrévocablement donnée, et qu'elle espérait ne se reprendre jamais : Jésus lui seul devait posséder tout son cœur. Néanmoins, se voyant, malgré sa résolution bien exprimée, en butte à des sollicitations nouvelles, dans l'espoir d'y couper court, elle prit l'habit du Tiers Ordre de Saint-Dominique, et le porta publiquement. Ses parents lui demandèrent pour combien de temps elle s'était choisi cet habit : « Pour toute ma vie », répondit-elle, « et je l'emporterai avec moi en terre quand je mourrai ». Ils eurent assez de religion pour la laisser en paix.

L'ardeur de l'amour divin s'agrandit tellement dans cette âme sainte, qu'elle ne vivait plus et n'agissait plus que par lui ; cet amour sacré éclatait dans toutes ses paroles et dans toute sa conduite. Elle avait coutume de dire : « Oui, j'aimerais mieux, aimant mon Dieu, me trouver avec Judas en enfer, que d'être, sans amour, la première sainte du paradis ».

On peut juger par là de l'amour qu'elle avait pour son prochain; car l'amour du prochain est dans une âme en raison de son amour pour Dieu. Elle assistait les pauvres au-delà de ses moyens; elle visitait les malades, leur procurant tous les secours qui étaient en son pouvoir; elle aimait à consoler ceux qui gémissaient dans les angoisses de l'affliction; elle se privait pour soulager les malheureux, se tirant, comme on dit, le morceau de la bouche pour leur donner à manger.

Sa charité reposait sur la base d'une humilité profonde; elle s'estimait la dernière des créatures, la plus ingrate et la plus indigne, ne sachant pas remercier Dieu pour toutes les grâces qu'il lui avait faites et que lui versait journellement sa main libérale, et sans cesse multipliant le nombre de ses offenses. Elle sentait une répugnance extrême pour toute espèce de louanges, et fuyait tout ce qui pouvait tourner à sa propre gloire, notamment pour les sacrés stigmates dont l'avait empreinte le Sauveur, et qu'elle cachait de tout son possible, de peur d'en être estimée et honorée.

Elle eut, cette humble fille, ce qu'elle souhaitait, le mépris des hommes, la haine des démons, les persécutions et les railleries. On la calomnia facilement; on la traita d'hypocrite et de sorcière; on la voulut faire passer pour folle, et on alla jusqu'à la confier aux médecins pour guérir sa tête dérangée. Ces tracasseries lui remplirent l'âme de perplexités et d'inquiétudes; elle tomba en proie aux scrupules, et fut tentée un moment de se livrer à un fatal désespoir. Les démons, animés contre elle d'une étrange furie, la maltraitèrent plus d'une fois, l'accablant de coups pendant la nuit, et la laissant presque sans vie. Ils essayèrent d'enflammer son âme des feux impurs de la concupiscence charnelle, lui disant, par moquerie, qu'elle pouvait bien tant se gêner et se vaincre, puisqu'elle était destinée aux flammes de l'enfer. « Allez, maudits », leur dit-elle; « oui, mes péchés méritent l'enfer, mais je me confie aux mérites de mon Sauveur; il aura pitié de mon âme ».

Enfin la paix lui revint : la prière, la confession, la confiance en Dieu, avaient triomphé de tout; rien ne put ébranler cette âme uniquement appuyée sur son amour pour le Seigneur. Après avoir ainsi triomphé du monde, des démons et d'elle-même; après avoir soutenu tant de combats d'où elle sortit toujours victorieuse; arrivée à la cinquante-sixième année de sa vie, Ozanne sentit qu'elle allait mourir. Elle se recueillit en son Dieu, recommanda son âme à l'Époux sacré qu'elle avait aimé de toutes les affections de son cœur, puis elle s'endormit du sommeil paisible de la mort des justes, le 18 juin 1505. Son corps fut inhumé en grande pompe dans l'église des Dominicains, où Dieu l'honora de nombreux miracles. Léon X a permis son office pour le diocèse de Mantoue.

La vie d'une Sainte pour chaque jour de l'année, par l'abbé Chapin.

Feast Date

July 17th

Death

vers l'an 750