Notre-Dame des Miracles (Saint-Maur)
Médiatrice auprès de Jésus-Christ
Summary
Vénérée à Saint-Maur-des-Fossés depuis le VIIe siècle, Notre-Dame des Miracles est célèbre pour sa statue miraculeuse apparue achevée en 1061. Le sanctuaire a attiré de grandes figures spirituelles comme le Père de Condren et M. Olier. Elle est invoquée sous divers noms (Délivrande, Croix, Larmor) pour obtenir des guérisons, la pluie ou la protection des marins.
Biography
NOTRE-DAME DES MIRACLES,
N.-D. DE LA DÉLIVRANDE. — N.-D. DE LA CROIX. — N.-D. DE LARMOR.
Ut omnium educatus est ad Deum Christus, ita mediatrix ad Christum est Maria.
De même que Jésus-Christ est notre avocat auprès de Dieu, de même aussi Marie est notre médiatrice auprès de Jésus-Christ.
B. Alames de Ruye, *Part. I, in Apolog.*
Dans la péninsule que forme la Marne avant de se jeter dans la Seine, à Saint-Maur-des-Fossés, se trouve le sanctuaire de Notre-Dame des Miracles. Vers le milieu du VIIIe siècle, en 645, sous le règne de Clovis II, un dignitaire de l'Église de Paris, l'archidiacre Blidégésile, fonda en cet endroit un monastère avec une église dédiée à la sainte Vierge et aux apôtres saint Pierre et saint Paul.
Les traditions merveilleuses qui se rattachaient à cette Église ne tardèrent pas à y attirer un grand nombre de pèlerins. En effet, une antique tradition portait que le Sauveur était venu en personne en faire la dédicace. De plus, c'était une croyance générale qu'en 1061, Guillaume, comte de Corbeil, héritier de la piété de ses ancêtres et de leur zèle pour l'abbaye de Saint-Maur, ayant voulu lui faire don d'une image qui représentât la Vierge debout au pied de la croix, cette statue se trouva toute faite sans la main de l'homme, au moment où le sculpteur Rumel s'apprêtait à dégrossir le bois dont il voulait la tirer; ce que l'historien de Saint-Maur a exprimé par le titre suivant donné à son récit : *Iconia beatae Mariae virginis quam effigavit virtus Altissimi.*
Quoi qu'il en soit de l'origine de cette statue, il est certain qu'en priant à ses pieds on y obtint des guérisons sans nombre qui firent appeler la chapelle où elle était placée du nom de Notre-Dame des Miracles et qui la rendirent si vénérable, que les religieux de Saint-Maur n'y entraient jamais que pieds nus.
Au quatorzième siècle on rebâtit presque en entier l'église qui possédait un si précieux sanctuaire; la chapelle de Notre-Dame des Miracles fut reconstruite en dehors de la basilique, sur l'emplacement de l'église précédente, et conserva la statue miraculeuse. Ce renouvellement de l'édifice sembla renouveler la piété des fidèles, et le concours devint plus grand que jamais. On y venait surtout en foule le 24 juin.
Il y avait plus de huit cents ans que la sainte Vierge était ainsi honorée dans cette chapelle, lorsque Mgr de Gondy, premier archevêque de Paris et doyen-né du chapitre de Saint-Maur, autorisa l'établissement d'une confrérie sous le nom de Notre-Dame des Miracles, par ordonnance du 3 août 1624; et, le 13 mai 1627, le pape Urbain VIII accorda plusieurs indulgences aux fidèles de l'un et de l'autre sexe qui s'engageraient dans cette confrérie.
Peu d'années après, touché d'une dévotion spéciale pour Notre-Dame des Miracles, le père de Condren, cet homme éminent en sainteté, l'oracle et le modèle du clergé de son temps, réunit en communauté, à Saint-Maur, un certain nombre d'ecclésiastiques d'élite pour les y exercer, sous l'œil de Marie, aux vertus sacerdotales et les préparer aux travaux de l'apostolat. M. Olier, jaloux de s'adjoindre à cette pieuse compagnie, quitta la maison maternelle, et entra dans la nouvelle communauté fondée à Saint-Maur. Là, il aimait à aller passer de longues heures dans la chapelle de Notre-Dame des Miracles, à épancher son cœur dans le cœur de Marie sa mère, et il témoigna dans la suite qu'il avait reçu beaucoup de grâces dans ce saint lieu.
Malheureusement, en 1791, la sainte chapelle fut détruite; mais l'image miraculeuse fut, avant l'arrivée des démolisseurs, transférée en grande pompe dans une chapelle de l'église Saint-Maur où elle est encore aujourd'hui. Là, furent rétablies, après les mauvais jours de la révolution, les pratiques et solennités en usage dans l'ancienne chapelle; au mois de mai 1806, l'antique confrérie fut réorganisée, et Pie VII lui accorda de nombreuses indulgences. Chaque année, le second dimanche de juillet, la fête de la dédicace de cette chapelle se célèbre avec octave, suivie du service solennel pour les confrères défunts; et chaque mois une procession avec station à la chapelle rappelle aux fidèles la dévotion à Notre-Dame des Miracles si chère à leurs aïeux. Le pèlerinage continue d'être fréquenté, et les paroisses des environs s'y rendent avec empressement.
Notre-Dame de la Délivrande, chapelle de fondation récente, à peu de distance de Rauville-la-Place, dans le diocèse de Coutances, a été construite vers le commencement du XVIe siècle, sur l'emplacement même d'une antique chapelle de Saint-Jacques. Les pèlerins, accourant de toutes parts à ce sanctuaire, il fallut allonger et élargir la nef, multiplier les autels; et ces agrandissements provoquèrent avec de nouveaux pèlerins, non-seulement un concours de prêtres étrangers qui avaient à cœur d'y offrir le saint sacrifice, mais encore l'établissement d'un chapelain chargé de desservir régulièrement la dévote chapelle. Depuis cette époque jusqu'aux mauvais jours de 93, la dévotion des peuples pour ce sanctuaire ne se ralentit jamais. Si le danger en empêcha pendant quelque temps la manifestation, on la fit éclater dès qu'on le put sans péril; et en 1800 l'on y vit jusqu'à quatorze paroisses venues en procession avec croix et bannières, pour solliciter la cessation d'une sécheresse qui allait faire périr les récoltes. Une pluie abondante, récompense de leur foi, vint, dans la semaine même, rendre la vie aux moissons et l'espérance aux habitants. Alors les prêtres étaient encore en exil; mais les fidèles n'en venaient pas moins, aux fêtes de la Vierge, chanter ses louanges, réciter à ses pieds des prières, lui demander surtout le retour de leurs prêtres. Ce retour ne tarda pas: en 1803 arriva d'exil M. Marie, prêtre de Rauville, qui fut chapelain du sanctuaire jusqu'à sa mort, arrivée en 1812. Pendant les années suivantes, la chapelle ne fut guère desservie que par les vicaires de Rauville qui y venaient chaque semaine, à jours fixes, offrir le saint sacrifice. Mais en 1845, elle recouvra un chapelain en titre, qui, depuis lors, n'a pas cessé de la desservir.
Cette dévote chapelle, longue de seize mètres sur sept de large, éclairée par six belles fenêtres, et toujours tenue dans une propreté parfaite, possède une grande arcade qui sépare le chœur de la nef, un beau retable orné des tableaux de saint Joachim, de sainte Anne, et une belle statue de la Vierge qui semble être de la fin du seizième siècle. Elle est surmontée d'un élégant clocher de forme carrée avec ouvertures artistement faites. À ses murs extérieurs est adossée une chaire en pierre, pour faire entendre la parole de Dieu aux jours de grande réunion, où son enceinte est trop étroite pour contenir la foule des auditeurs; et, au-dessus du portail, s'offre à la vénération publique une Vierge gravée sur une croix de pierre, de la forme la plus antique.
Telle est la dévotion pour cette chapelle, qu'en 1821 un seul homme, simple entrepreneur de bâtiments, prit à sa charge tous les travaux de consolidation, d'agrandissement et d'embellissement même qu'elle réclamait, sans exiger d'autre indemnité que les offrandes des fidèles pendant quatorze ans, tandis que, d'un autre côté, le Révérend Père du Mesnildot et sa famille faisaient les frais des lambris et du pavé de la nef et de la sacristie. Tous les jours, si l'on en excepte les mois de décembre et de janvier, ainsi que les dimanches, il y vient des pèlerins, dont la plupart communient; et le lundi de la Pentecôte, le 24 juin et le 8 septembre, il s'y trouve jusqu'à quatre à cinq cents personnes, dont deux cents au moins approchent de la sainte Table. Aussi l'évêque de Coutances y a autorisé la réserve du saint Sacrement, et le Saint-Siège y a accordé la faveur d'un autel privilégié avec des reliques de plusieurs Saints.
On ne saurait dire les faveurs que la sainte Vierge dispense dans ce sanctuaire. On en peut juger par le nombre vraiment extraordinaire de messes d'action de grâces qu'on y fait célébrer, ou de cierges que la reconnaissance y envoie. Le curé de Rauville cite entre autres plusieurs guérisons dont il atteste avoir été témoin. Ce sont, en 1845, un marin de Granville sauvé de la tempête en invoquant Notre-Dame de Rauville, et peu après, son enfant atteint d'une fièvre cérébrale, désespéré des médecins, guéri subitement dès que sa grand'mère l'a recommandé à Notre-Dame de Rauville; c'est, en 1846, une femme de Fresville qui ne marchait que difficilement avec des béquilles, et qui est délivrée tout à coup de son infirmité; c'est, en 1848, l'instituteur de Saint-Sauveur-le-Vicomte, sauvé à Paris, par l'invocation de Notre-Dame de Rauville, d'un péril imminent de mort dont le menaçaient les balles de la guerre fratricide de cette époque. C'est, en 1850, un autre habitant de Saint-Sauveur, attaqué par une tempête affreuse en revenant du Chili, et sauvé par une prière à la Vierge de Rauville. C'est, à toutes les époques, la sérénité obtenue dans les mauvais temps, la pluie dans les sécheresses, la préservation ou la cessation du mal dans les épidémies ou les calamités publiques. Ainsi en 1832, la paroisse de Quettehou, envahie par le choléra, fit vœu d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Rauville, et aussitôt le choléra cessa ses ravages. En 1840, la paroisse de Doville vint en procession demander la fin d'une sécheresse qui allait faire périr les moissons, et les habitants s'en retournèrent inondés par la pluie.
Près de Saint-Thomas, dans le diocèse de Toulouse, on voit un sanctuaire célèbre de la sainte Vierge, appelé Notre-Dame de la Croix, où, en exécution d'un vœu très-ancien, la paroisse de Saint-Thomas allait autrefois en procession tous les dimanches et fêtes du mois de mai, ainsi qu'aux quatre principales fêtes de la Vierge; et, le lendemain des quatre principales fêtes de l'année, on y célébrait la messe solennelle. Cette chapelle, démolie en 93, a été rebâtie depuis la révolution. Le 24 juin, ou, s'il y a empêchement, le dimanche suivant, les paroisses de Saint-Thomas et de Bragayrac s'y rendent simultanément pour obtenir d'être préservées de la grêle; et il y a alors exposition et bénédiction du saint Sacrement. On peut y gagner une indulgence plénière, d'abord le 14 mars, où l'on célèbre la fête de la Compassion, puis tous les dimanches et fêtes d'obligation du mois de mai; enfin le jour du mois de juin où se fait la procession pour les fruits de la terre.
Le canton de Plémeur, à l'extrémité de la rade de Lorient, possède une chapelle dédiée à Notre-Dame de Larmor, au village de ce nom; cette chapelle était en si grande vénération au siècle dernier, que tout vaisseau qui entrait dans la rade de Lorient ou en sortait la saluait d'un coup de canon en passant devant elle : c'était comme une prière commune adressée à l'Étoile de la mer pour tous ceux qui allaient courir les dangers de la navigation, ou une action de grâces pour ceux qui revenaient de leur long voyage. Pendant un demi-siècle, cet antique usage fut interrompu; mais, depuis dix ans, on l'a repris à la grande satisfaction des marins. Cette chapelle est célèbre depuis bien des siècles par la bénédiction annuelle du bras de mer qui sépare l'île de Groix de la terre ferme et qu'on appelle le Coureau de Groix. Cette cérémonie a lieu, le 24 juin, dans le but d'obtenir que la pêche de la sardine, unique ressource des habitants de cette côte, soit abondante. Le matin du jour de la Saint-Jean, arrivent au village de Larmor une multitude de paysans, de pêcheurs, d'habitants de Lorient et de Port-Louis. Bientôt le clergé de Plémeur, croix et bannière en tête, sort de la chapelle, se rend processionnellement au rivage et prend place dans une embarcation préparée d'avance pour le recevoir. Des chaloupes en grand nombre, montées par des pêcheurs et des curieux, entourent le canot, et l'accompagnent jusqu'au milieu du Coureau, qui est large de trois lieues marines. Arrivé à ce point, après une traversée plus ou moins longue, selon que la mer est calme ou tourmentée, le vent propice ou contraire, le cortège s'arrête pour attendre la procession de l'île de Groix, si elle n'est pas déjà arrivée au rendez-vous. Dès qu'elle est arrivée, le clergé de l'île passe dans l'embarcation de celui de Plémeur, et les deux croix paroissiales s'inclinent l'une vers l'autre jusqu'à se toucher. À ce signal, les chants partent à la fois de toutes les embarcations réunies au nombre de plusieurs centaines, et se continuent jusqu'à ce que le curé de Plémeur, debout sur un des bancs de son canot, imposant silence de la main, avertisse que la bénédiction va commencer. Alors il adresse une prière à Dieu et à la patronne des nautoniers; puis il asperge la mer aux quatre points cardinaux, et pendant cette solennelle cérémonie, toutes les têtes sont découvertes et inclinées, toutes les mains jointes. Maîtres et matelots ont abandonné le gouvernail et les avirons. Toutes les bouches se taisent, sauf un murmure doux et confus de prières et de pieuses oraisons, qui s'échappent de toutes les poitrines religieusement émues en présence d'un acte auquel tous attachent le succès de leur pêche future et l'existence de leurs familles.
Monsieur le Curé de Saint-Sulpice : Notre-Dame de France.