Saint Calais (Karilef)
Premier abbé d'Anisole
Summary
Moine auvergnat du VIe siècle, Calais fuit les honneurs pour chercher la solitude. Après s'être formé à Micy, il fonde l'abbaye d'Anisole dans le Maine sous la protection du roi Childebert Ier, après avoir miraculeusement apprivoisé un buffle sauvage. Il est réputé pour son austérité et l'interdiction stricte faite aux femmes d'entrer dans son monastère.
Biography
SAINT CALAIS OU KARILEF,
PREMIER ABBÉ D'ANISOLE, DANS LE MAINE
Fuge hominem et exculi rumores, quia non potes satis esse Deo et hominibus.
Fuyez les hommes et le bruit du siècle : vous ne pouvez satisfaire à la fois Dieu et les hommes.
S. Bonar., in Alphabet. religiosar.
Calais était né au pays des Arvernes, de parents qui occupaient dans le monde un rang très-distingué, et qui servaient Dieu avec une grande ferveur. Parvenu à l'âge convenable aux études, il fut envoyé au monastère de Ménat, au diocèse de Clermont, peu éloigné du lieu de sa naissance, pour y faire son éducation. Là, les leçons et les exemples d'une florissante communauté le formèrent bientôt à la piété et à la science. Comme les qualités précieuses qu'il avait montrées tout d'abord avaient prévenu tous les moines en sa faveur, chacun s'empressait de hâter ses progrès dans les études et de le faire avancer dans la vertu. Il y avait du reste, dans le monastère de Ménat, une brillante école, et plusieurs moines s'y distinguaient à la fois par leur expérience dans les voies spirituelles, et par leur habileté dans les lettres.
Calais craignit les applaudissements que lui attiraient ses grandes qualités, il redoutait surtout le séjour d'un pays où ses proches étaient riches et honorés. Déjà il s'était consacré à Dieu dans le monastère de Ménat, mais il recherchait une plus complète solitude. Un jour il manifesta le désir qu'il éprouvait à Avit, moine du même monastère, et auquel la grâce avait inspiré une pensée semblable.
Avit avait conçu comme Calais un vif désir de la solitude. Charmés de se rencontrer dans une même pensée, ils cherchèrent à connaître aussitôt la volonté du ciel, dans leur impatience d'exécuter l'inspiration qu'ils croyaient en avoir reçue. Suivant un usage fort commun dans ces temps-là, et que pratiquaient même les plus graves personnages, ils ouvrirent les saints Évangiles pour y trouver la réponse à leur doute. « Celui qui aime son père, ou sa mère, ou ses frères, ou ses sœurs, plus que moi, n'est pas digne de moi ». Telles furent les paroles qui se présentèrent les premières à leurs yeux ; ils crurent y voir une confirmation de leur dessein, et ils se disposèrent à partir du monastère la nuit suivante.
Avit s'empressa de rassembler aussitôt les clefs des différents offices qui lui avaient été confiés, et il les plaça doucement sous le chevet de son abbé, pendant le sommeil de la communauté, puis il se mit en chemin avec son jeune compagnon ; car saint Calais était beaucoup moins âgé que lui. Après une longue marche, ils arrivèrent sur les bords de la Loire, passèrent le fleuve sur une barque et gagnèrent l'un des faubourgs d'Orléans.
Ils ne tardèrent pas à entendre parler de saint Maximin et du monastère qu'il dirigeait à peu de distance de cette ville. Sous la conduite de ce saint abbé, cette nouvelle communauté était devenue très-florissante ; les saintes psalmodies, une étude continuelle, et le travail des mains faisait toute l'occupation des moines qui la composaient. Tel était le monastère de Micy où furent formés, aux vertus du cloître, un si grand nombre de religieux qui cherchèrent ensuite une profonde solitude dans le diocèse du Mans. Maximin reçut avec bonté les deux moines, et les engagea à demeurer dans les cellules qu'il venait de construire. Nos saints donnèrent dans ce monastère l'exemple de toutes les vertus, et y firent de nouveaux progrès dans la perfection.
Mais personne n'apprécia mieux leur mérite que saint Maximin, qui eut soin de les faire ordonner prêtres tous les deux. Il s'attacha même à Calais, et il le gardait presque toujours auprès de lui.
Cependant les deux saints amis ressentaient toujours le besoin de cette solitude, qui les avait portés à s'enfuir de Ménat. Pour obéir à cette inspiration, ils se retirèrent d'abord dans l'une des parties les plus désertes de la Sologne, et s'y bâtirent des cellules de branches d'arbre. Ils y passèrent plusieurs années dans les exercices de la plus austère pénitence, et de la plus douce contemplation. Ils se retirèrent ensuite dans les vastes déserts du Perche. Après avoir parcouru un assez grand espace de terrain boisé, ils arrivèrent presque à l'extrémité de ces forêts, dans le pays des Cénomans. Ayant trouvé près de la petite rivière de la Braye un lieu propre à leur dessein, ils s'y arrêtèrent.
Ils y construisirent un petit oratoire en l'honneur de saint Pierre, et quelques cellules pour eux-mêmes et pour un petit nombre de disciples qui les avaient suivis. Ils y restèrent quelque temps; mais ayant bientôt été connus et visités par les habitants du pays d'alentour, ils rentrèrent dans l'épaisseur de la forêt en retournant du côté du Perche.
En parcourant ces bois, ils rencontrèrent un endroit fertile qui portait le nom de *Piciaeus* (Piciac), et qui s'appelle aujourd'hui Saint-Avit. Le Seigneur fit jaillir miraculeusement en ce lieu une source pour étancher la soif de ses serviteurs; Calais bâtit un petit mur pour protéger cette fontaine, et plus tard la piété des fidèles y fit élever une construction plus importante. Ayant adopté cet emplacement comme désigné par la Providence, Calais et Avit y établirent leurs cellules.
Cependant, l'odeur de leur sainteté se répandait de plus en plus, et le bruit des œuvres et de la vie vertueuse de ces anachorètes parvint jusqu'aux oreilles du roi Childebert Ier. Ce prince fit bâtir pour Avit, Calais et leurs compagnons, une basilique et un monastère qu'il dota avec une magnificence royale. Ce monastère fut depuis connu sous le nom de Saint-Avit-de-Châteaudun; on y suivit d'abord l'Institut de saint Paul et de saint Antoine. Il devint bientôt florissant par le nombre de moines qui y accoururent pour servir Dieu sous la conduite de l'abbé Avit.
Deux hommes d'une aussi éminente sainteté ne devaient pas rester dans un même monastère, et comme il entrait dans les vues secrètes de la Providence de multiplier ces pieux asiles dans le diocèse du Mans, les deux saints abbés durent se séparer. Toujours unis par les liens de la plus étroite amitié, Avit continua à demeurer dans le nouveau cloître, tandis que Calais, ayant avec lui Daumère et Gall, tourna ses pas vers le pays des Cénomans. Il vint en un lieu nommé par les anciens *Casa-Gaiani*, situé dans le canton de Lavardin, arrosé par la rivière d'*Anisola*, l'Anille, et alors au milieu d'une profonde solitude. Cette retraite lui plut, et il s'y arrêta avec ses compagnons.
Ils ne tardèrent pas à reconnaître que le sol était très-fertile ; ils y trouvèrent aussi une fontaine d'eau vive et les murailles d'un antique édifice tombant de vétusté, et dont les ruines encore existantes plusieurs siècles après, attestaient l'importance première. Il y avait aussi tout près une petite vigne que Calais remarqua. A la vue d'une demeure si bien préparée pour leur retraite, le saint abbé et ses compagnons n'eurent point d'abord d'autre pensée que de rendre des actions de grâces à Dieu, et de lui demander qu'il leur fût donné d'y recueillir pareillement les fruits d'une moisson spirituelle. Après une première nuit entièrement consacrée à la prière, ils construisirent au milieu des ruines, en entrelaçant des branchages, un oratoire et des cellules pour chacun d'eux ; puis ils s'appliquèrent à cultiver la terre.
Dieu donna bientôt à son serviteur un signe des grandes destinées qu'il réservait à cette nouvelle solitude. Un jour que le saint abbé travaillait à la culture de sa vigne, il fut contraint par l'ardeur du soleil de déposer une partie de ses habits, et il les suspendit à un chêne voisin. Un passereau vint s'y cacher, et, en se retirant, y laissa un œuf. Calais ayant terminé le travail de la journée, sur le soir, vint à l'arbre pour y reprendre ses habits et découvrit l'œuf du petit oiseau : cette vue lui causa la joie la plus vive, et il passa la nuit à louer Dieu.
Dès que le jour fut venu, ayant pris avec lui Daumère, il alla trouver Avit pour le consulter, et lui faire part des avantages que présentait le lieu qu'il avait découvert. Dans leur pieuse conférence, Calais raconta au saint l'événement qui l'avait amené près de lui. Avit écouta son récit avec une vive émotion, et y reconnut un signe du ciel, puis il ajouta : « O mon frère, persévère dans tes travaux, ces promesses ne sont point vaines ; l'œuf que l'oiseau a mis au jour présage les abondantes moissons que ce lieu doit produire ; sache que le troupeau du Seigneur qui s'y réunira sera beaucoup plus nombreux que celui qui se presse autour de nous. Les habitants de ce lieu, comme de vaillants soldats, consacreront leur vie aux exercices du Seigneur, et après les triomphes remportés sur la chair, Dieu récompensera leurs travaux par des fruits incorruptibles ». Ensuite ils passèrent la nuit en de saints entretiens, et en des chants à la louange de Dieu ; mais dès que le jour reparut, Calais reprit le chemin de sa chère solitude.
La sainteté de Calais n'attirait pas seulement autour de lui les petits oiseaux, mais encore les hôtes les plus sauvages du désert : souvent le saint homme était visité par eux, en sorte qu'il semblait désigné spécialement par ces paroles du livre de Job : « Et les animaux de la terre seront pacifiques pour toi ».
Souvent un buffle, animal déjà rare dans ces forêts, venait vers le serviteur de Dieu, courbait devant lui sa tête énorme, comme s'il eût voulu l'adorer ; le saint abbé approchait sans crainte, promenait ses doigts entre les cornes de l'animal sauvage, sur son poil épais, sur son cou musculeux.
Le roi Childebert et la reine Ultrogothé étaient venus avec une suite nombreuse, passer quelque temps dans la ferme royale de Matovall, voisine du cloître nouveau bâti par Calais. Pendant que le roi se livrait avec les chefs de la truste, aux exercices qu'il chérissait par-dessus tout, la chasse, la pêche, la natation, on le prévint qu'un buffle se trouvait dans le désert voisin. Aussitôt il ordonne à ses piqueurs de préparer tout ce qui était nécessaire pour la poursuite de cette bête, parce qu'il voulait, dès le jour suivant, en faire la chasse. On fit tous les préparatifs avec la plus grande célérité, et le lendemain, dès avant l'aube, le roi et ses compagnons étaient à la recherche de l'animal. Les chiens l'eurent bientôt découvert ; mais le buffle, sur le point d'être surpris, accourt vers le saint abbé, et se réfugie près de lui comme dans un asile assuré. Cependant les chasseurs, acharnés à la poursuite et dirigés par les aboiements des chiens, arrivent à la cellule du solitaire. Ce qui les frappe tout d'abord, c'est la vue de l'homme de Dieu occupé à la prière, et derrière lui l'animal paisible, mais tremblant. Troublés eux-mêmes par cette rencontre extraordinaire et inattendue, ils n'osent ni frapper la bête, ni causer la moindre peine au saint homme. Cependant le roi étant arrivé, demande la cause de ces retards, et accuse ses compagnons de paresse et de lâcheté. Ils répondent qu'ils ont fait leur devoir ; pouvaient-ils aller plus loin ? « Nous avons trouvé », disent-ils, « dans une cabane un homme qui nous est inconnu, et l'animal féroce se tenait comme apprivoisé près de lui. Cet homme qui dompte ainsi les animaux ne serait-il pas un serviteur de Dieu ? Pouvions-nous troubler son repos, frapper l'animal qu'il protège ? » A ces propos le roi entre en fureur : « Allons voir », dit-il, et toute la chasse se dirige vers la cellule de Calais.
Arrivé à la porte de l'humble demeure, et apercevant le Saint toujours occupé à sa prière, et le buffle près de lui, Childebert dit avec fureur : « D'où te vient, inconnu, tant de présomption et tant d'audace ? Oses-tu bien, sans ma permission, envahir des forêts qui sont à moi, et entraver ainsi le plaisir de ma chasse par ton importune présence ? » Calais n'opposa que de la douceur à cette fougue : « Ce n'est point pour vous braver, excellent prince », dit-il, « ni pour mettre obstacle à vos chasses que nous sommes venus ici, mais pour servir Dieu avec plus de dévouement ». Le roi, trop irrité pour entendre, ajouta : « Je t'enjoins de t'éloigner d'ici, toi et tes compagnons ; prends garde qu'aucun de vous ne s'y rencontre désormais ». Calais, sans s'émouvoir, répondit : « Nous, vos serviteurs, illustre roi, nous avons recueilli quelque peu de vin, produit d'une petite vigne que nous avons trouvée ici, et que nous cultivons de nos mains ; que votre Sérénité nous fasse la grâce d'en boire, afin qu'elle-même et les personnes qui l'accompagnent puissent plus gaiement retourner au palais ». La fureur du prince l'avait rendu sourd, il se détourna et lança son cheval dans la route qui devait le conduire au domaine royal.
Dieu fit un prodige pour consoler ses serviteurs et éclairer le prince barbare. Tout à coup, au moment où Childebert presse son cheval pour le faire marcher avec la plus grande vitesse, l'animal, frappé d'une stupeur soudaine, s'arrête, et l'éperon devient impuissant sur lui. Le roi étonné demande à ses compagnons quelle peut en être la cause ; l'un d'eux lui dit : « Cet homme que nous avons accablé d'injures et d'outrages est un serviteur de Dieu, et, si mes pensées ne me trompent pas, le Seigneur accorde cette merveille à ses vertus ; c'est parce que vous l'avez injustement traité qu'il vous est interdit de poursuivre votre route ». Cet avis parut sage, le roi y applaudit, et envoya quelqu'un de la troupe vers le serviteur de Dieu. Le messager ayant exposé à Calais l'accident qui venait d'arriver au roi, le Saint rendit grâces à Dieu et dit à l'envoyé : « Allez, mon fils, dites au roi de revenir, et, comme il est sorti d'ici sans notre bénédiction et plein de courroux, qu'il vienne recevoir la bénédiction de Dieu par l'entremise de son serviteur, et il regagnera ensuite son palais sans aucune mésaventure ». Cet ordre fut aussitôt porté à Childebert, qui, sans retard et avec une complète docilité, vint se jeter aux pieds du Saint, et, se frappant la poitrine, fit l'aveu de ses torts.
Calais montra autant de douceur que le roi faisait paraître d'humilité, il le releva, le serra dans ses bras et l'exhorta à se préserver désormais de
semblables emportements. Childebert demanda le premier de ce vin qu'il avait refusé, et Calais lui en offrit de sa main. Le roi en but et tous ses compagnons également ; mais, chose merveilleuse ! quoique Childebert et tous les siens eussent bu à discrétion et que la coupe fût petite, le vin ne se trouva point diminué.
Childebert dit encore à Calais avant de se retirer : « Maintenant je suis sûr, ô le meilleur des hommes, que vous êtes un vrai serviteur de Dieu et qu'il exauce vos prières ; c'est pourquoi je demande que vous vous rendiez à mes vœux en acceptant dans ce domaine qui m'appartient, une portion de terrain aussi étendue que vous le jugerez convenable, afin d'y construire un monastère que le Christ bénira ». L'homme de Dieu résista longtemps à cette offre, mais le roi insista et Calais dut se rendre. Toutefois, il déclara qu'il n'accepterait point un plus grand espace de terre que celui dont il ferait le tour, en voyageant sur son âne pendant une journée.
Childebert demanda la bénédiction du serviteur de Dieu et se dirigea vers son palais. Quand il eut revu Ultrogoth, et qu'il l'eut instruite de ce qui venait de se passer et des promesses qu'il avait faites au saint homme, elle s'associa à ses bons desseins et le pressa de les exécuter.
Calais se réjouissait moins de ces avantages temporels pour ce qui le regardait personnellement, que parce qu'ils le mettaient à même de soulager les pauvres et les voyageurs. Mais bientôt la Providence lui fit connaître par un nouveau signe qu'un grand monastère devait s'établir en ce lieu-là. Un jour qu'il travaillait seul à remuer la terre avec son hoyau, car la communauté manquait encore de charrue, pendant que les frères se reposaient, il découvrit un trésor. Cette rencontre lui offrit l'occasion de porter tous ses disciples à louer Dieu, et de leur donner de nouveaux encouragements à la perfection. Du reste, il leur fournissait lui-même l'exemple de toutes les vertus ; il était très-libéral dans ses aumônes, très-fervent dans les jeûnes, infatigable dans les veilles ; ses oraisons et ses austérités faisaient l'admiration de tous. La terre elle-même produisait des fruits à son commandement et sans culture ; mais ce que l'on admirait surtout, c'était de voir le buffle, dont nous avons déjà parlé, obéir docilement à sa voix.
Tant de merveilles ne purent rester longtemps cachées aux habitants du voisinage. Sept familles fort pauvres habitaient assez près des cellules de Calais et de ses compagnons ; leurs chefs vinrent s'adresser au saint abbé. Il soulagea leur indigence, en leur faisant part d'une partie du trésor qu'il avait découvert, et ceux-ci en retour aidèrent les moines dans la construction d'un plus vaste monastère, et ils contractèrent même envers les religieux des liens de vasselage, auxquels leurs descendants se montraient encore fidèles plusieurs siècles après.
Lorsque la basilique de la nouvelle abbaye eut été construite, elle fut consacrée sous l'invocation de saint Pierre et de saint Martin.
La reine Ultrogoth désirait depuis longtemps voir le saint abbé. Elle lui envoya quelques-uns de ses officiers pour le prier de la venir trouver à son palais de Matovall. Calais ne se rendit pas à sa demande : « Allez, mes bons jeunes gens », dit-il aux envoyés de la princesse, « et rapportez ces paroles à la reine : « Si je puis quelque chose, je prierai pour elle ; mais qu'elle sache que tant que je vivrai, jamais je ne verrai le visage d'une femme, et aucune n'entrera dans le monastère que j'ai fondé ». — « Cette Règle », ajoute le biographe de notre Saint, « a été par la grâce du Seigneur inviolablement observée dans ce monastère jusqu'à ce jour, c'est-à-dire pendant plus d'un siècle entier ». Pour l'épouse de Childebert, bien qu'elle ressentît de la peine de voir son projet anéanti, elle admira la sagesse du serviteur de Dieu, et craignit même de l'avoir inquiété.
Ce trait n'a rien de surprenant de la part de Calais, car il fuyait la société des hommes, et ne redoutait rien tant que leur estime ; mais, malgré toutes ses précautions pour cacher ses vertus, et les trésors que le ciel avait mis en lui, on voyait accourir vers sa solitude des âmes avides de contemplation et de science. En peu de temps, des chœurs nombreux de moines remplirent les cloîtres qu'il avait bâtis. Il leur distribuait à la fois, et la doctrine qui anime les âmes dans le service du Seigneur, et la science qui éclaire les esprits. Ces leçons du saint abbé attirèrent à l'académie qu'il avait fondée, de son vivant même, une réputation de savoir et de piété qui se répandit dans toute la Gaule. Les pèlerins de l'ascétisme et des lettres se dirigèrent dès lors vers ce monastère devenu promptement fameux. L'histoire nous a conservé le souvenir d'un des plus infatigables amis des études sacrées, qui vint séjourner quelque temps dans le cloître d'Anisole.
Plusieurs années avant la mort de Calais, l'existence de son monastère fut garantie par un acte royal, qui prouve en quelle recommandation l'illustre abbé était auprès de Childebert. Pendant un séjour que le roi faisait dans son domaine de Matovall, il y rassembla un plaid, et là il donna la charte de fondation du monastère d'Anisole. Le prince commence par déclarer qu'il obéit à la coutume des rois ses prédécesseurs, en assurant aux serviteurs de Dieu une demeure paisible ; puis il dit que Calais, venu du pays des Arvernes, lui a demandé pour lui et pour ses moines un lieu où ils puissent habiter en paix, et implorer pour le monarque et son peuple la miséricorde de Dieu. Comme cette demande lui a paru juste, et qu'il a reconnu d'ailleurs la sainteté de cet homme par les miracles qu'il opère, il a écouté favorablement sa requête. En conséquence, il lui a accordé dans le domaine fiscal de Matovall, au lieu désigné sous le nom de Casa-Gaiani, un terrain pour y bâtir un oratoire et une cellule pour lui et les moines qui viendront ensuite, ainsi qu'un hospice pour recevoir les pauvres, et cette aumône il l'a faite pour le soulagement de son seigneur et père, le roi Clovis. Après avoir énuméré fort au long les lieux qu'il assigne pour limites à la dotation de l'abbaye naissante, il déclare qu'il donne toutes ces terres à Calais et à ses moines pour les cultiver, y planter et y construire des bâtiments. Ainsi il prend sous sa protection et défense spéciale l'homme de Dieu, tous ses moines et tous leurs biens. « Nous ordonnons par ce décret », ajoute-t-il en finissant, « que nul d'entre vous, nul d'entre vos successeurs, ni qui que ce soit d'entre nos fées ne s'ingère dans les affaires de ce saint homme, ne diminue les biens et les terres que nous lui accordons, et ne lui nuise en quelque chose. Qu'on le laisse au contraire jouir en paix du privilège qu'il possède sous notre patronage, et que lui assure notre autorité ; qu'il en jouisse non-seulement lui, mais encore ses successeurs ».
Childebert pouvait avoir encore d'autres motifs dont il ne parle pas dans cette charte, pour accorder une dotation aussi magnifique au monastère fondé par Calais, car, quoiqu'il soit difficile de préciser toutes les limites qui y sont désignées comme bornant le domaine de l'abbaye, il faut reconnaître qu'il était d'une grande étendue, et d'une richesse peu commune. L'abbé d'Anisole, comme nous l'avons dit, appartenait à une famille puissante de l'Auvergne, et l'ambitieux roi de Paris, qui n'avait point abandonné
VIES DES SAINTS. — TOME VII.
ses projets sur cette province, devait s'y ménager toutes les intelligences et toutes les sympathies.
Le monastère d'Anisole dès son origine ne dépendait en rien de l'évêque du Mans ; mais, étant de fondation royale, il était soumis à l'inspection de l'archichapelain du palais. Au reste, pour la discipline régulière, il ne relevait que de son supérieur régulier.
Calais, après une longue et laborieuse carrière, comprit que l'heure du repos approchait pour lui. Une fièvre violente finit d'épuiser les forces de son corps, mais son âme impatiente de s'unir à Dieu n'éprouva aucune défaillance, et la prière ne quitta point ses lèvres. Ses moines se pressaient en foule et dans une grande inquiétude autour de lui ; il les avertit que sa mort était proche, les pria de se souvenir de lui dans leurs oraisons, et ajouta dans un suprême effort : « Mes enfants, mon heure dernière est arrivée, c'est pourquoi, je vous en supplie, n'oubliez pas vos engagements envers le Seigneur ; soyez inébranlables dans votre foi, préservez-la de tout impur alliage ; suivez les préceptes du Christ, que la charité et l'obéissance s'unissent dans votre cœur et dans vos œuvres, afin non-seulement d'éviter les peines de l'enfer, mais encore de conquérir, avec l'aide de Dieu, les couronnes triomphales de l'éternité ». Il continua ces enseignements comme un dernier adieu qu'il offrait à ses frères, et rendit enfin son âme à son Créateur, le 4 juillet, vers l'an 545.
Après avoir donné quelque temps à leur douleur, les moines préparèrent la sépulture du serviteur de Dieu, et l'inhumèrent dans la basilique qu'il avait lui-même construite. Ce lieu devint bientôt célèbre par le nombre des miracles qui s'y opérèrent. Ne pouvant les rapporter tous, le biographe de notre Saint s'est contenté de donner le suivant.
Nous avons dit que Calais, suivant un usage qui se pratiquait alors dans plusieurs monastères de la Gaule, avait interdit aux femmes l'entrée non-seulement du cloître, mais même de l'église. Cette Règle fut inviolablement gardée pendant longtemps dans l'abbaye d'Anisole. Lorsque saint Siviard était abbé de ce monastère et qu'il écrivait la vie du saint fondateur, une femme nommée Gunda, qui était peu réglée dans ses mœurs, résolut d'éprouver si le Saint, du haut du ciel, s'intéressait encore au maintien de cet usage. A cet effet, elle se coupe les cheveux et se déguise sous des habits d'homme, afin de pénétrer ainsi dans le cloître sans être connue, et de tromper les serviteurs de Dieu. Elle choisit le moment où les frères venant à l'office, les portes de la basilique étaient ouvertes. Déjà elle se dirigeait vers la tombe du Saint, regardant de côté et d'autre avec effronterie, lorsque tout à coup elle se sent frappée de la main de Dieu ; elle perd subitement la vue, et le démon, s'emparant d'elle, fait jaillir de sa poitrine des flots d'un sang noir. En même temps, elle poussait des cris si horribles, qu'ils attirèrent l'attention de tous ceux qui étaient dans l'église. On crut d'abord que c'était un homme qui venait visiter le tombeau du Saint, mais, quand on l'interrogea, elle fit l'aveu du crime qu'elle venait de commettre. Ce châtiment infligé par le ciel à l'impudente présomption de cette femme, produisit un salutaire effet ; il suffit longtemps pour arrêter les personnes qui auraient été tentées de prendre une semblable liberté.
On représente saint Calais : 1° priant dans sa solitude ; 2° creusant la terre et y trouvant un trésor au moment où il se demandait comment il pourrait nourrir les compagnons de sa retraite ; 3° un baril à la main. Ayant trouvé le roi Childebert dans une forêt où il chassait, le Saint voulut lui verser à boire par manière de réjouissance ; un petit baril suffit pour désaltérer le roi et les chasseurs qui l'accompagnaient; 4° avec une espèce de buffle s'abaissant sous sa main. La bête, poursuivie par les chasseurs du roi, s'était réfugiée près de la cabane où vivait notre Saint dans un bois du Maine. Ce fut ainsi que les veneurs découvrirent la retraite du solitaire et que Childebert fit sa connaissance.
## CULTE ET RELIQUES.
A l'époque de l'invasion des Normands, les religieux de l'abbaye de Saint-Calais, prévoyant le triste sort réservé à leur monastère, transportèrent à Blois, sous la sauvegarde du comte Robert, le corps de leur illustre fondateur. Le saint abbé obtint bientôt un culte spécial sur ce nouveau théâtre que le ciel avait destiné à sa gloire. Dès l'an 874, il repensait dans un oratoire bâti dans l'enceinte même du château et dédié sous son nom. En 1171, l'archevêque de Sens, Guillaume, qui passa depuis à l'archevêché de Reims, et qui était alors légat du Pape en France, fit l'ouverture du tombeau du Saint, à Blois, dont le comte Thibaut, son frère, gendre du roi Louis le Jeune, était le seigneur. Il en ôta une partie des ossements, dont il fit la translation le 25 août de la même année. La chapelle du château, ou l'église dédiée sous le nom de Saint-Calais, était alors desservie par des moines de Saint-Benoît. Elle fut depuis réduite en prieuré dépendant de l'abbaye de Bourgmoyen, qui appartenait aux Chanoines réguliers de la même ville. En 1853, l'évêque de Chartres, Jacques Lescot, ouvrit aussi la châsse de saint Calais en présence de Gaston, duc d'Orléans, comte de Blois, frère du roi Louis XIII. Il en tira quelques reliques consistant en une partie considérable de son crâne, et en quelques vertèbres qui furent transportées le dimanche 21 septembre, et déposées dans l'abbaye d'Anisole, que depuis longtemps l'on ne connaissait plus que sous le nom de Saint-Calais qu'elle conserve toujours, de même que la petite ville qui s'y est formée. Outre ces reliques, les habitants de Saint-Calais, au commencement de la Révolution, demandèrent que les reliques de leur patron, qui étaient à Blois, leur fussent restituées, et les obtinrent.
Tiré de l'Histoire de l'Église du Mans, par le R. P. Dom Paul Piolin, bénédictin de la Congrégation de France.
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## SAINT GAL Ier, MOINE A COURNON,
## ÉVÊQUE DE CLERMONT EN AUVERGNE
de la ville de Clermont, de le recevoir parmi ses religieux ; ce qui lui fut accordé, lorsqu'il eut obtenu le consentement de son père. Il vit arriver avec joie le jour où il renonça à toutes les vanités mondaines pour embrasser la pauvreté monastique.
On le remarqua bientôt, entre tous les autres, à son zèle pour la mortification et à sa ferveur dans tous les exercices de la communauté. Sa piété et la douceur de sa voix dans le chant des psaumes charmaient tous ceux qui le voyaient et l'entendaient au chœur. Saint Quintien, évêque de Clermont, voulut se l'attacher et l'ordonna diacre. Il lui enseigna lui-même la théologie et fut son directeur dans la vie spirituelle.
Quelque temps après, Thierri, roi d'Austrasie, obligea Quintien à le lui céder. Il le fit venir à sa cour, et l'y retint jusqu'à l'an 527. Ayant un jour accompagné le roi à Cologne, notre Saint vit avec douleur les superstitions du peuple, et les abominations qui se commettaient dans un temple consacré aux divinités païennes. Le zèle qu'il avait pour la gloire de Dieu ne put souffrir ces impuretés, de sorte que la nuit suivante, n'étant accompagné que d'un clerc, il alla mettre le feu au temple alors désert. Les païens en voyant la fumée s'élever jusqu'au ciel, accoururent en toute hâte éteindre l'incendie. Saint Gal se réfugia dans le palais du roi ; mais les idolâtres l'y poursuivirent, se plaignirent au roi et lui demandèrent justice pour le tort qu'on leur avait fait. Le roi, ayant su ce qui s'était passé, apaisa les mécontents par des paroles pleines de douceur. Cependant saint Gal ne fut satisfait qu'à demi de ce qu'il avait fait, et il se reprocha bien des fois depuis, et toujours les larmes aux yeux, la timidité qui l'avait fait fuir devant ceux qui le poursuivaient, et qui l'avait empêché de répandre son sang pour Jésus-Christ en cette occasion. Le saint évêque d'Auvergne étant mort, le peuple lui demanda saint Gal pour pasteur, et il eut enfin la satisfaction de l'obtenir. L'humilité, la douceur, la charité et le zèle du nouvel évêque brillèrent du plus vif éclat.
On admirait surtout sa patience à supporter les injures. Un homme brutal lui ayant déchargé un coup sur la tête, il souffrit en silence l'affront qu'on lui faisait, et désarma, par sa douceur, celui qui l'avait insulté. Evode, qui de sénateur était devenu prêtre, s'oublia un jour au point de lui parler de la manière la plus indigne : le Saint se leva tranquillement sans rien lui répondre ; il traita son ennemi avec bonté, et s'en alla visiter les églises de la ville. Evode fut si touché d'une telle conduite, qu'il se jeta aux pieds du Saint, au milieu de la rue, et lui demanda pardon. Depuis ce temps-là, ils vurent toujours dans une parfaite intelligence.
Saint Gal travailla au salut de ses peuples avec beaucoup de zèle et de vigilance dans tout le cours de son épiscopat. Il se trouva, autant qu'il lui fut possible, à toutes les assemblées que tinrent les évêques du royaume pour maintenir la pureté de la foi, et rétablir la bonne discipline dans l'Église. Il s'en tint une dans sa ville en 535, que l'on appelle communément le concile d'Auvergne, où on lui donne le premier rang après le métropolitain qui était Honorat, évêque de Bourges. Ne pouvant assister au troisième d'Orléans, que l'on assembla trois ans après, il y députa en son nom, comme il avait fait au second de cette même ville l'an 532. Mais il se trouva en personne au quatrième et au cinquième tenus dans la même ville : l'un en 541 et l'autre en 549, où il eut part à tout ce qui se fit pour la réformation des mœurs dans les Églises de France.
Saint Gal fut favorisé du don des miracles. Il arrêta par ses prières les flammes d'un incendie, qui naturellement devait réduire toute la ville en
cendres. Une autre fois, il délivra, par le même moyen, son troupeau d'une maladie épidémique qui causait de grands ravages dans les provinces voisines. Ce fut à cette occasion qu'il institua des Rogations à la mi-carême, pour aller en procession à pied, en chantant des psaumes, jusqu'à Saint-Julien de Brioude.
La dernière maladie qu'il eut, fut si violente, qu'elle lui fit tomber entièrement la barbe et les cheveux ; mais elle ne servit qu'à faire éclater encore en ces derniers moments la patience qu'on avait admirée en lui dans tout le cours de sa maladie. Trois jours avant sa mort il fit assembler les fidèles dans sa chambre ; et par un effort où Dieu l'assista visiblement, il rompit encore à tous le pain de la communion. Le troisième jour, qui était un dimanche, étant venu, il voulut encore achever son office, qu'il termina par le psaume Miserere, et un autre de louanges et d'actions de grâces. Il rendit ensuite son esprit à Dieu, plein de bonnes œuvres et de mérites, vers l'an 553. Quatre jours après sa mort les évêques provinciaux firent ses funérailles, qui furent accompagnées d'une foule incroyable de peuple ; ils enterrèrent son corps dans l'église de Saint-Laurent. Il y demeura jusqu'en 1285, époque à laquelle Guy, évêque de Clermont, en fit la translation dans l'église cathédrale appelée Notre-Dame du Port.
Un grand nombre de miracles illustrèrent son tombeau ; on l'invoque principalement contre la fièvre.
On représente saint Gal : 1° avec un ange qui lui présente une aube ou une chasuble blanche comme signe de la grâce divine que sa sainte vie lui avait méritée ; 2° faisant cesser un incendie en y jetant le livre des Évangiles, peut-être pour rappeler son zèle contre les païens de Cologne dont il brûla le temple ; 3° priant Dieu pour la cessation de la peste : un ange dans le ciel remet l'épée dans le fourreau.
Tiré de Godoncard, de saint Grégoire de Tours, *Vit. Patr. c. 6, et Hist. Franc. liv. IV, c. 5*. Voir les remarques de Habilton, *suc. I, Ben.* ; la *Gallia christ. nova*, t. II, p. 287, et Sollier, un des continuateurs de Bullandus, t. I, *julii*, p. 109.