Saint Léonore (Lunaire)
Évêque régionnaire en Bretagne
Summary
Fils du roi Hoël Ier, Léonore fut formé par saint Iltut avant de devenir évêque en Cambrie. Il émigra en Armorique avec ses disciples pour fonder un monastère et évangéliser la région sous la protection de Childebert. Il est célèbre pour avoir protégé le prince Judual contre l'usurpateur Conomor et pour plusieurs miracles légendaires liés à la nature.
Biography
SAINT LÉONORE OU LUNAIRE,
ÉVÊQUE RÉGIONNAIRE EN BRETAGNE
*Renuntianum est sæculo omnibusque rebus, ut nobis Deus partio sit.*
Il faut renoncer au monde et à tous les biens, afin que Dieu soit notre unique héritage.
S. Hilar., *sup. psalm. CXVIII.*
Hoël Ier, surnommé le Grand, roi des Bretons, et sainte Pompée, donnèrent le jour à saint Léonore, qui naquit dans la Cambrie vers l'an 509, dans le temps qu'ils habitaient ce pays. Ils étaient l'un et l'autre d'une piété remarquable, et eurent tous deux quelques prédictions de la naissance de cet enfant et des présages de sa grandeur future ; ce qui les rendit plus sougneux de son éducation. À peine eut-il atteint l'âge de cinq ans, qu'ils le conduisirent à l'école de saint Iltut, où il eut pour condisciples saint Tugdual, son frère, saint Paul Aurélien, saint Samson et saint Magloire, et où il se disposa par une vie austère aux ordres sacrés et à l'épiscopat. On avait remarqué en lui de bonne heure les plus heureuses dispositions pour la vertu. Les pauvres, dès lors, lui étaient si chers qu'il se privait en leur faveur de tout ce dont il pouvait disposer. Une conduite si charitable fixa sur lui l'attention de son maître, qui, d'ailleurs, remarquait dans ce jeune homme un esprit solide, joint à une sagesse et à une capacité prématurées. Iltut, se voyant près de sa fin, présenta Léonore à saint Dubrice, évêque de Caerléon, afin qu'il fût admis et employé dans le ministère ecclésiastique. Le jeune serviteur de Dieu parcourut tous les degrés de la milice sainte. Dubrice, avant de mourir, crut devoir répondre au vœu que les peuples exprimaient et le sacrer évêque. Il fut promu de bonne heure, à cause de son mérite extraordinaire ; mais on ne peut croire ce que disent les Leçons de son office, dans l'ancien Bréviaire du diocèse de Léon, qu'il n'avait que quinze ans lorsqu'on l'éleva à l'épiscopat, quelque résistance que son humilité pût faire.
Le désir de se rendre utile à ses compatriotes, qui, ayant formé des établissements dans les pays de Vannes et de Quimper, avaient besoin de secours spirituels ; celui, peut-être aussi, de suivre son vertueux frère Tugdual, et de trouver un séjour plus paisible que ne l'était alors la Grande-Bretagne, occupée presque entièrement par les Saxons, déterminèrent Léonore à quitter la Cambrie et à passer dans l'Armorique, afin d'y vivre dans une plus grande retraite, pour laquelle les forêts qui s'y trouvaient offraient de grandes commodités. La grâce du Saint-Esprit et son inclination particulière le portaient efficacement à ce genre de vie ; car sa dignité épiscopale ne l'empêcha point de vivre toujours en solitaire, et il y a même apparence qu'il n'avait point de siège particulier, et que, sans l'obliger de sortir de son monastère, on lui conféra la dignité d'évêque pour le bien spirituel des peuples voisins ; ce qui semble avoir été fort ordinaire à la nation bretonne dans le pays de Cambrie. Léonore, voulant comme Abraham quitter tout pour suivre l'inspiration intérieure qui l'appelait hors de sa patrie, s'embarqua avec soixante-douze disciples et quelques domestiques, pour venir dans la Bretagne armoricaine, dont Childebert était souverain. Ce fut dans le nord qu'il prit terre, à la côte qui est entre les rivières de Rance et d'Arguenon, et il ne fut pas plus tôt arrivé dans ce pays, que lui et ses compagnons s'établirent dans ce lieu qui leur fut accordé par son frère Hoël ou Jona, second du nom, qui régnait alors en Bretagne. Léonore ayant trouvé dans ce lieu un oratoire en ruines, le rétablit et y plaça un autel qu'il avait apporté avec lui. Il se livra ensuite avec zèle au ministère de la prédication. Les habitants du voisinage, touchés de ses discours et édifiés de ses vertus, se déterminèrent d'un commun consentement à lui défricher la forêt dans laquelle il se trouvait, afin qu'il pût y construire un monastère.
Le roi Childebert, averti de la vie admirable de ces saints solitaires, et surtout de Léonore, l'invita d'une manière très-pressante à le venir voir à Paris. Le Saint y alla suivi de quelques-uns de ses disciples, et fut reçu du roi et de la reine Ultrogothée avec de grands témoignages d'estime et de vénération. Il ne demeura pas longtemps à la cour, parce qu'il y était trop honoré, et que le concours de ceux qui s'adressaient à lui l'empêchait de vaquer librement à ses exercices spirituels. Ce fut pendant son séjour à Paris qu'arriva, en 547, le cruel assassinat de son frère Hoël II, nommé aussi Jona. Quand Léonore fut de retour dans sa retraite, il passa les jours au travail, les nuits en prières ; et, vivant moins en homme qu'en ange, il édifiait par sa conduite et animait par ses exhortations sa sainte communauté.
Le monastère de Léonore n'était pas fort éloigné de la demeure des souverains de la Bretagne, où Conao ou Conomor, meurtrier de Jona, était alors avec la veuve de ce prince qu'il avait épousée. Judual, fils de Jona, se réfugia dans le monastère de Léonore, son oncle, qui ne jugea pas devoir le retenir dans sa maison, où il voyait bien que le jeune prince ne serait pas en sûreté. Mais, prenant d'autres mesures pour sauver la vie de son seigneur légitime que l'usurpateur, enfin démasqué, cherchait pour le mettre à mort, il fit embarquer Judual pour la Grande-Bretagne, sans craindre de s'exposer lui-même à toute la fureur de Conao. Il ne se contenta pas d'avoir tiré l'innocent du péril, il brava même le persécuteur, en lui montrant le vaisseau dans lequel Judual voguait à pleines voiles.
L'usurpateur, toutefois, ne fit pas mourir saint Léonore, soit qu'il n'aimât à commettre des crimes que lorsqu'il en pouvait retirer quelque avantage, soit qu'il redoutât cette fois de tremper les mains dans le sang de son frère, ou qu'il craignît de se perdre tout à fait dans l'esprit du roi et de la reine, et des peuples, qui aimaient et honoraient le saint évêque comme un homme tout divin. La légende de saint Léonore dit que Conao lui donna un soufflet, et qu'après cette insulte, tout hors de lui-même, il piqua son cheval ; que le cheval prit sa course avec tant d'impétuosité, qu'il ne put se retenir au bord d'un précipice, où il se cassa le cou ; que Conao se rompit la cuisse en trois endroits par cette chute, ne put jamais en être guéri, et mourut enfin misérablement après avoir souffert longtemps de très-cruelles douleurs. Mais ce fait n'est pas certain ; il paraît au contraire que ce mauvais prince, ayant soutenu Cramne révolté contre Clotaire, son père et roi de France, périt en 560 avec ce fils rebelle.
La mort de Conao ayant donné à Judual la possibilité de revenir en Bretagne, saint Léonore, qui joignait à l'affection naturelle qu'il avait pour son neveu, la charité dont sont animés les Saints, s'appliqua de tout son pouvoir à le faire rentrer dans la possession de ses États. Il ne survécut pas beaucoup à ce dernier événement, et termina, par une mort précieuse aux yeux de Dieu, sa sainte carrière, à l'âge de cinquante et un ans environ, vers l'an 560.
On représente saint Léonore : 1° une clochette à la main. Le roi Childebert lui avait concédé, dit-on, autant de terres qu'en pourrait parcourir le son de la clochette du Saint. Celui-ci appela les intendants royaux et monta sur une colline d'où il fit retentir sa sonnette. Les témoins déposèrent qu'on l'avait entendue à quatre milles à la ronde, et la prise de possession fut établie sur ce fait. — 2° Labourant avec douze cerfs, à défaut de bœufs. Les Bollandistes rapportent qu'au moment où, en compagnie de ses disciples, notre Saint se rendait à ses terres pour les labourer, ils aperçurent gisant à terre un cerf d'une grandeur extraordinaire. Saint Léonore ordonna de le dépouiller et sa peau seule servit à confectionner des rênes. Au même instant, douze autres cerfs se présentèrent à leurs yeux étonnés ; baissant la tête, ils se laissèrent attacher au joug, et pendant cinq semaines et trois jours, ils se rendirent régulièrement sur les terres du Saint pour l'aider à les cultiver; seulement les jours de dimanche ils restaient dans la forêt voisine. L'ouvrage étant terminé, ils vinrent tous ensemble supplier leur maître de les laisser partir : celui-ci les bénit alors de la main et les congédia. — 3° Suspendant son manteau à un rayon de soleil. Les mêmes hagiographes prétendent qu'un jour le roi Childebert pria notre Saint de célébrer devant lui et toute sa cour les saints mystères. Le serviteur de Dieu, avant de revêtir les ornements sacerdotaux, se débarrassa de son manteau et voulut le suspendre quelque part; comme il cherchait à l'accrocher, soudain un rayon de soleil entra par la fenêtre de la chambre où il se trouvait et se chargea, à la grande surprise des spectateurs, de soutenir ce précieux fardeau.
## CULTE ET RELIQUES.
L'ancien bréviaire de Léon marque la fête de saint Léonore au 1er juillet, et en donne l'office en neuf leçons. L'ancien bréviaire de l'abbaye de Saint-Méco en fait mémoire le même jour. Cette mémoire se faisait aussi à Paris jusqu'en 1607, époque à laquelle on la supprima. Son nom se trouve encore dans le martyrologe parisien au 1er juillet. On faisait sa fête à Dol le 16 février, à Saint-Malo le 16 juillet, et à Coutances le 3 de même mois. Il y a une paroisse, auprès de Saint-Malo, qui porte le nom du Saint, qu'on y appelle par corruption Saint-Lunaire. On voit dans l'église paroissiale son tombeau, élevé de deux pieds de terre, et l'on y conservait ses reliques, le chef à part dans un reliquaire d'argent, et les autres ossements dans deux reliquaires d'ébène. Une autre partie avait été portée à Paris dans le Xe siècle avec celles des autres saints bretons, et ensuite à Beaumont-sur-Oise, où saint Léonore était honoré dans un prieuré qui portait son nom, et avait été fondé, en 1185, par Mathieu, comte de Beaumont; ce seigneur avait à cette époque obtenu les reliques du Saint. Elles furent brûlées par les Calvinistes dans le XVIe siècle. Outre sa fête que l'église de Saint-Malo célébrait le 1er juillet, on y en faisait encore une autre le 13 octobre, sous le nom de Translation. Il y avait dans l'église de Rennes une chapelle dédiée à saint Léonore, et plusieurs paroisses le reconnaissent pour patron, quelques-unes sous les noms de Lunaire, Lourmel et Launeuc.
Nous avons tiré cette biographie des *Vies des Saints de Bretagne*, par Dom Lobineau. — Cf. L'ancien Bréviaire de Léon; les Bollandistes, tome 1er de juillet; les *Propres de Dol* et *Saint-Malo*, et le Bréviaire de Coutances de 1741.
Key Events
- Naissance en Cambrie vers 509
- Éducation à l'école de saint Iltut
- Sacre épiscopal par saint Dubrice
- Émigration en Armorique avec soixante-douze disciples
- Fondation d'un monastère entre la Rance et l'Arguenon
- Visite au roi Childebert à Paris
- Protection de son neveu Judual contre l'usurpateur Conomor
Miracles
- Délimitation de terres par le son d'une clochette
- Labour avec douze cerfs sauvages
- Manteau soutenu par un rayon de soleil
Quotes
Renuntianum est sæculo omnibusque rebus, ut nobis Deus partio sit.