Saint Savin
Martyr au diocèse de Poitiers
Summary
Prêtre originaire de Bresse, Savin partit évangéliser le Poitou avec son frère Cyprien au Ve siècle. Poursuivi par les Wisigoths pour sa foi en la Trinité, il fut capturé près de la Gartempe et décapité après avoir subi de nombreux tourments. Son tombeau devint le site d'une célèbre abbaye carolingienne.
Biography
SAINT SAVIN ET SAINT CYPRIEN,
MARTYRS AU DIOCÈSE DE POITIERS
Ve ou VIe siècle.
Sint martyres Christi presentem vitam non decipierent, nisi certiorem animorum vitam sequi scirent.
Les saints martyrs du Christ ne mépriseraient pas la vie présente s'ils n'étaient sûrs qu'une vie meilleure les attend au ciel.
Saint Grégoire le Grand.
Dans le cours du Ve siècle, deux frères, nés dans cette partie de la Gaule lyonnaise, qu'on a depuis appelée Bresse, quittèrent leur pays et leur famille qui y tenait une position élevée, pour répandre au loin, par un apostolat volontaire, la connaissance et l'amour de Jésus-Christ. Savin, l'aîné, était prêtre, selon toutes les apparences ; car leurs actes nous les montrent accompagnés dans leur pieux pèlerinage de deux autres prêtres, nommés Asclepius et Valère. Après s'être arrêtés en plusieurs provinces, ils arrivèrent dans le Poitou et y continuèrent leurs prédications.
C'était le temps où l'Église, délivrée dans la Gaule du poison de l'arianisme, respirait sur le tombeau de saint Hilaire après des combats longs et animés. Cependant l'erreur ne laissait pas d'apparaître dans le Poitou avec les hordes barbares qui possédaient l'Aquitaine : les Wisigoths y étaient les
maîtres, et cette contrée surtout avait à supporter leurs brutales exactions.
Arrivés dans cette partie du haut Poitou où la Gartempe se jette dans la Creuse, les deux jeunes gens trouvèrent le pays occupé par quelques détachements de ces barbares. La foi de la Trinité qu'ils prêchaient déplut aux farouches ennemis de cet adorable mystère : ils poursuivirent les deux Saints, qui se virent ainsi forcés de se séparer pour leur échapper plus facilement à travers les bois dont le pays était couvert. Mais Dieu permit qu'un même sort les réunît bientôt dans un séjour que personne ne pourrait leur ravir. Savin s'était réfugié dans une petite île de la Gartempe, nommée le Gué-de-Sceaux, entre la ville actuelle de Saint-Savin et Antigny (Vienne). Il y exerçait déjà son zèle charitable envers quelques pauvres âmes qui écoutaient ses instructions quand il y fut découvert, tout près d'un lieu appelé alors Le Cerisier. Ses persécuteurs le saisirent, et, pour le forcer de renoncer à Jésus-Christ, lui firent subir de cruels tourments. Les fouets, le chevalet, les peignes de fer exercèrent tour à tour sa constance ; mais la douleur ne put vaincre cet intrépide soldat de Jésus-Christ : il oubliait son supplice pour exhorter ses bourreaux à se convertir, et ceux-ci ne purent lui imposer silence qu'en lui coupant la tête sur le lieu même de son généreux combat.
Cyprien avait pu gagner Antigny, mais il n'y fut pas longtemps en sûreté. Des hommes ardents à sa poursuite s'étaient élancés sur ses traces et l'y rejoignirent. Pressé de renoncer à Jésus-Christ, au nom de sa jeunesse que ces barbares semblaient vouloir respecter, le jeune homme repoussa avec horreur cette indigne apostasie, et mourut de la mort de son frère.
Les deux prêtres, qui avaient été forcés de se séparer des deux Martyrs, ne les avaient pas perdu de vue, et se hâtèrent, la nuit suivante, de venir dérober leurs corps à la terre dont on les avait recouverts. Ils furent portés et ensevelis dans le même tombeau, aux Trois-Cyprès, maison de campagne du voisinage, qui occupait l'éminence connue aujourd'hui sous le nom de Mont Saint-Savin. Le nom des deux frères ne tarda pas à devenir célèbre dans la contrée, et étendit au loin la renommée de leurs miracles.
## CULTE ET RELIQUES.
Charlemagne fonda, en 806, sur les bords de la Gartempe et près d'un lieu sanctifié par nos deux Martyrs, une magnifique abbaye. On y suivit la règle de Saint-Benoît jusqu'à sa destruction en 1794. Les miracles s'y continuèrent nombreux et éclatants, de telle sorte que Pépin Ier, roi d'Aquitaine, qui avait sa cour à Poitiers, jaloux d'y posséder quelque chose de ces pieuses richesses, obtint des moines ce qui n'avait pas été accordé à d'autres églises des restes de saint Cyprien. Ils furent transportés à Poitiers en 828, au milieu de grandes pompes et d'une foule immense de peuple, qui était allé les chercher dans l'église abbatiale et qui les accompagna jusque dans la capitale du Poitou.
Il y avait alors en dehors de la ville, et sur les bords du Clain, une petite église dédiée à Notre-Dame et à saint Martin : c'est là que les saints corps reçurent un nouvel asile, et qu'une église plus vaste et plus belle fut élevée sous l'invocation de saint Cyprien. Pépin y ajouta un monastère où furent placés des Bénédictins, et qu'il dota de terres et de revenus. Peu de temps après, en 846, les Normands vinrent assiéger Poitiers et renversèrent l'église et les bâtiments. Rebâtie dans les premières années du Xe siècle par l'évêque Frottier II, elle fut dédiée, en 936, à la sainte Vierge et au saint Martyr. Mais il semblait que les deux frères, que Dieu avait unis pendant leur vie d'une si sainte amitié, dont la mort avait été la même, qui avaient reposé près de quatre siècles dans le même tombeau, et qu'on n'avait enfin séparés que pour les honorer davantage, il semblait, disons-nous, qu'ils devaient se retrouver ensemble dans la dévotion de la grande cité. C'est pourquoi une église paroissiale y fut dédiée à saint Savin peu de temps après, et ne fut supprimée, comme l'abbaye de Saint-Cyprien, qu'aux jours malheureux où il fut donné à l'ennemi de Dieu de « prévaloir pour un temps contre son Église ». Elle devait recouvrer dans notre siècle sa première splendeur.
L'église de Saint-Savin est aujourd'hui une basilique de deux cent quarante pieds de longueur,
récemment restaurée par l'État et signalée comme le chef-d'œuvre du style roman, sans parler de ses fresques du XIIe siècle, qui en font un véritable musée, et ont une réputation presque européenne, de sa flèche qui est incontestablement aujourd'hui une des plus belles de France, et de ses inscriptions des XIe et XIIe siècles dont tous ses autels sont couverts. Les fresques de la crypte de cette basilique donnent, en peinture, l'histoire la plus complète de saint Savin.
Les matériaux de cette biographie nous ont été fournis par M. l'abbé Auber, qui a fait la Vie des Saints de Poitiers, et par M. le curé doyen de Saint-Savin.