Saintes Maure et Sainte Brigide

Vierges et Martyre

Feast : July 13th 5th century • sainte

Summary

Sœurs jumelles et princesses d'Écosse au Ve siècle, Maure et Brigide fuient leur pays avec leur frère Hyspade pour consacrer leur virginité à Dieu. Après des pèlerinages à Rome et Jérusalem, elles accomplissent de nombreux miracles en France avant d'être massacrées par des barbares à Balagny. Leurs reliques, transportées miraculeusement à Nogent-sur-Oise, devinrent un centre de dévotion majeur contre les épidémies.

Biography

SAINTES MAURE ET SAINTE BRIGIDE,

VIERGES ET MARTYRES, AU DIOCÈSE DE BEAUVAIS

Vè siècle.

Tu qui calcesti mundum, ut calcato eo gradum tibi quædam ascendendi ad cælum faceres, mundi gloriam ne requiriss.

Vous qui avez foulé aux pieds le monde, afin de vous en faire un marche-pied pour monter au ciel, ne recherchez pas la gloire du monde.

S. Jérôme, Ep. 1 ad Dem.

La dévotion de la ville et du diocèse de Beauvais envers ces saintes Vierges, et les grâces extraordinaires que l'on reçoit par leur intercession, nous invitent à donner ici un abrégé de leur vie. Leur histoire dit qu'elles étaient sœurs jumelles, filles d'Ella, roi d'Écosse et de Northumberland, et de Pantiémone, sa femme. À leur naissance, la peste, qui dépeuplait l'Écosse, fut heureusement éteinte : Maure, qui était l'aînée, parla au moment de son baptême, pour déclarer que sa mère, qui était morte en donnant le jour à ces deux filles, jouissait déjà de la vie éternelle, et Brigide, qui était la cadette, sortit des fonts de baptême tout environnée de lumières. Elles ne purent avoir toutes deux qu'une même nourrice : celle qu'on avait donnée à Brigide ayant perdu son lait, la petite n'en voulut point prendre d'autre que celui que prenait sa sœur ; enfin leur nourrice n'ayant du lait que d'un côté, elles sucèrent toutes deux une même mamelle.

Le lieu de leur éducation fut le château d'Édimbourg, capitale du royaume d'Écosse, dans le comté de Lothiane. Quelques auteurs ont écrit que c'est pour cela que ce château a été appelé Agnetes ou le château des Pucelles. À l'âge de treize ans, Notre-Seigneur les ayant invitées à être ses épouses, elles firent ensemble vœu de virginité : elles y persistèrent si courageusement, que le roi, leur père, leur offrant des partis très-avantageux qui devaient les rendre souveraines, et les mettre dans la jouissance de tout ce que la vie présente a de charmant et de délicieux, elles répondirent avec fermeté, « que s'étant données pour épouses au Fils de Dieu, elles ne pouvaient nullement s'engager dans l'alliance des hommes ». Cette résolution affligea ce prince, qui prétendait tirer de grands avantages du mariage de ses filles avec ses voisins : il eut néanmoins assez de vertu pour ne leur point faire violence, et peu de temps après il mourut, laissant sa couronne et ses États à Hyspade ou Éspain, son fils.

Ce jeune homme avait autant d'aversion du commandement que les ambitieux ont de passion de se le procurer. Le sceptre et le diadème, qui paraissaient aux autres tout chargés de fleurs, lui paraissaient tout hérissés d'épines. La difficulté qu'il sentait à se bien gouverner lui-même lui faisait croire qu'il lui serait impossible de bien gouverner un grand peuple. Ainsi, ne pouvant se résoudre à régner, il pria ses sœurs, dont il connaissait la prudence et la vertu, de se charger de ses États et d'en prendre le timon à sa place. Cette proposition surprit extrêmement ces saintes vierges, d'autant plus qu'elles virent bien que, si elles se portaient pour reines, les grands du pays et les communes les forceraient à se marier pour avoir des héritiers de leur couronne. Ainsi, sans balancer sur cette affaire, elles dirent résolument à leur frère qu'elles ne pouvaient accepter son offre, parce que, s'étant entièrement consacrées à Jésus-Christ, elles ne pouvaient plus avoir d'autre soin que de lui plaire. Cependant, comme elles avaient sujet de craindre que les comtes et les seigneurs d'Écosse, qui pouvaient prétendre à leur alliance, ne les forcèssent d'être leurs reines, elles se déterminèrent ensemble à abandonner secrètement leur pays et à passer dans une terre étrangère pour se délivrer de leurs poursuites. Hyspade, leur frère, à qui elles ne purent celer leur résolution, à cause de la grande union de cœur et d'ésprit qui régnait entre eux, voulut être de la partie. Ainsi, une nuit s'étant sauvés à pied d'Édimbourg, ils se rendirent promptement au port de la mer britannique qui regarde la France.

Dieu fit paraître en deux occasions que ces chastes princesses étaient sous sa protection spéciale. Ayant été obligées de coucher une nuit chez une pauvre veuve, elles y furent délivrées miraculeusement de l'insolence du fils de cette femme, qui jeta un regard impudique sur sainte Maure, sans que l'éclat de son visage, qui brillait au milieu de la nuit comme un soleil, fût capable d'éclairer son entendement, ni d'amortir la violence de sa passion. La chaste vierge s'étant aperçue de son mauvais dessein et du danger où elle était, eut recours à la prière, et demanda instamment à son époux qu'il lui plaît changer le cœur de ce misérable, et, d'impudique et lascif qu'il était, le rendre pur et ami de la continence. Son oraison fut exaucée : car, à l'heure même, il se fit un si grand changement dans l'âme de ce sacrilège, qu'il éteignit lui-même le feu de sa passion par ses larmes, et que, se jetant aux pieds de la Sainte, il la supplia avec instance de lui pardonner sa folie et de lui en obtenir le pardon de la miséricorde de Dieu. La seconde occasion fut encore plus miraculeuse. Dans une autre hôtellerie, un homme osait aussi venir avec un désir criminel à la chambre où reposaient les deux vierges. Il croyait qu'elles ne pouvaient nullement échapper à sa passion; mais, pendant qu'elles dormaient, leur ange, veillant sur elles, était auprès d'elles pour les garder. En effet, lorsque cet homme entra, il vit un prêtre, en habit sacerdotal, qui avait d'une main une lampe allumée dont il éclairait toute la chambre, et de l'autre un encensoir dont il la parfumait. Plein de dépit, il mit le feu à la chambre pour se venger.

L'incendie fut grand et n'épargna ni les meubles, ni les murailles, ni les planchers de la chambre; mais, par un prodige de la puissance divine, le lit où étaient les chastes sœurs ne put être attaqué de la flamme, et on les y trouva toutes deux saines et sauves comme les trois enfants au milieu de la fournaise de Babylone.

Ces prodiges les eussent fait découvrir si elles n'éussent passé promptement la mer. Elles vinrent donc en France, et de là se rendirent à Rome, pour y visiter les tombeaux des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, auxquels les Anglais et les Ecossais avaient une très-particulière dévotion. Nous ne savons rien de ce qui leur arriva pendant ce grand voyage; mais leur histoire nous apprend qu'étant à Rome, elles logèrent chez un homme nommé Ursicin; elles le délivrèrent par leurs prières d'un démon qui l'obsédait.

De là, elles firent le voyage de Jérusalem avec leur frère et cet Ursicin, qui, pour reconnaître la grâce qu'il avait reçue par leur intercession, se voua à leur service et ne voulut plus les abandonner; après la visite des saints lieux qu'elles arrosèrent de leurs larmes, elles repassèrent en Italie, et ensuite en France, où Dieu leur préparait un très-glorieux martyre. Le lieu où l'on dit qu'elles abordèrent, fut le port de Marseille, sur les côtes de Provence. Elles vinrent de là dans l'Anjou, où Ursicin, s'étant brisé la jambe, fut miraculeusement guéri par le seul attouchement du voile de sainte Maure, qui le donna pour lui servir de bandage. Un baiser de sainte Brigide rendit aussi la vue à une petite fille aveugle: ce qui mit les chastes sœurs en grande réputation, et les fit honorer comme Saintes.

Cependant leur fidèle compagnon étant retombé malade, après huit jours de fièvre, fut ravi en extase; il apprit par révélation divine que ces glorieuses princesses, avec leur frère, recevraient bientôt la palme du martyre. L'avis qu'il leur en donna leur fut si agréable, que, pour récompense, elles lui méritèrent une seconde guérison: ensuite, elles entrèrent dans Angers, et logèrent chez une honnête veuve, nommée Aldegonde, qui venait de perdre son fils; sainte Maure ressuscita ce jeune homme, et le rendit vivant à sa mère. Une grâce si peu espérée remplit le fils et la mère d'une reconnaissance extraordinaire, et, comme deux ou trois jours ne suffisaient pas pour remercier dignement leur bienfaitrice de cette insigne faveur, la voyant résolue à partir avec sa compagnie, pour aller au tombeau de saint Martin, ils l'y accompagnèrent et ne voulurent plus la quitter. Ce fut en ce voyage que la même sainte Maure ressuscita encore le fils d'un seigneur nommé Géronce, que l'on appelait Johel, et qui avait été tué, par accident, d'un coup de flèche; mais elle lui prédit en même temps qu'il perdrait bientôt la vie pour la foi: ce qui lui procurerait l'honneur et la couronne du martyre. En effet, il eut la tête tranchée à vingt-deux ans par les ennemis de notre sainte religion. Outre cette résurrection, elle rendit la santé au fils d'un cordonnier, affligé d'une paralysie, qui lui ôtait l'usage de ses membres : d'autre part, sainte Brigide, sa sœur, et saint Hyspade, leur frère, délivrèrent beaucoup de possédés et guérirent plusieurs fiévreux qui vinrent se présenter à eux dans la maison de Géronce, ou qui se trouvèrent dans le bourg. C'est pour cela que cette maison, qui est auprès de Sainte-Catherine de Feribois en Touraine, a depuis été changée en une église qui porte le nom de Sainte-Maure.

Nous ne savons pas par quel chemin ces admirables pèlerins vinrent dans le Beauvaisis ; mais leur histoire nous apprend qu'y étant arrivées auprès d'une fontaine, avec leurs compagnons, en un lieu nommé Balagny, pour y prendre quelque nourriture, elles furent rencontrées par des brigands, ou plutôt par des barbares dont la France alors était remplie : car c'était après les invasions des Alains, des Vandales, des Suèves, et autres peuples du Nord. Ils massacraient ceux qui refusaient de satisfaire leur superstition ou leur avarice, ou leur brutalité. Saint Hyspade se mit en état de défendre ses sœurs, mais un coup d'épée lui trancha la tête. On dit que ce bienheureux prince ramassa sa tête en même temps, et la porta aux pieds de sainte Maure, en prononçant ces dernières paroles de l'Oraison dominicale : *Sed liberas nos a malo*, auxquelles les saintes sœurs répondirent : *Amen*. La cruauté de ces impies ne fut pas rassasiée du sang de saint Hyspade ; ils se jetèrent sur Aldegonde, cette pieuse veuve d'Angers dont sainte Maure avait ressuscitié le fils, et sur ce même fils appelé Jean, qui avait suivi les sœurs à l'exemple de sa mère, et les mirent tous deux à mort ; et comme nos deux princesses n'en continuèrent pas moins de résister de toutes leurs forces aux désirs de ces barbares, elles furent aussi massacées.

Ursicin, dont nous avons parlé dans cette histoire, n'était pas présent à cette cruelle exécution : il connut bientôt ce qui était arrivé aux deux saintes par une lumière céleste qui parut sur le lieu de leur supplice ; il vit aussi une troupe d'esprits bienheureux qui emportaient leurs âmes au ciel, et, d'autre part, il aperçut les barbares qui s'’entr'égorgeaient par une juste punition de leur crime. Il donna avis aux habitants de Balagny de ce qui s'était passé, et on rendit aux saintes Martyres l'honneur de la sépulture. L'évêque de Beauvais fit information de l'affaire, et, en ayant reconnu la vérité, il permit d'honorer Maure et Brigide comme deux saintes vierges et martyres.

Il y en a qui croient que les Vierges de Touraine, sainte Maure et sainte Britte, dont nous avons donné la notice au 28 janvier, sont les mêmes que celles du Beauvaisis, dont nous venons de parler. En effet, les noms sont peu différents, et le temps s'accorde assez bien, puisque saint Euphrone est mort après le milieu du VIème siècle ; mais, comme les unes ont été enterrées au diocèse de Tours, et les autres dans celui de Beauvais, où l'on a trouvé et honoré de tout temps leurs dépouilles sacrées, il y a plus d'apparence que ce sont des Saintes entièrement différentes, d'autant plus que saint Grégoire n'appelle celles de Tours que Vierges, au lieu que celles du Beauvaisis sont Vierges et Martyres.

La fête de celles-ci est marquée, au diocèse de Beauvais, le 13 juillet, que l'on croit être le jour de leur martyre.

On les invoque surtout aux époques de mortalité et de disette.

À Bus, au diocèse d'Amiens, on célèbre la fête solennelle de sainte Brigide le premier dimanche de mai, avec neuvaine. Le but du pèlerinage est d'attirer les bénédictions du ciel sur les vaches. Un pèlerinage semblable, où se rendent, à la même date, beaucoup d'habitants du Santerre, a lieu à Candor, canton de Lassigny, au diocèse de Beauvais.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Sainte Bathilde, reine de France, ayant appris les miracles qui se faisaient par leur intercession, se rendit au bourg de Balagny, pour honorer leurs corps sacrés et pour les faire transporter dans l'abbaye de Chelles, qu'elle faisait bâtir auprès de Lagny, avec beaucoup de magnificence.

En effet, on les chargea sur des chariots, et ils étaient déjà sur le chemin de Paris, pour aller à Chelles. Mais quand ils furent au carrefour de Nogent, près de Creil, les bœufs qui les traînaient s'arrêtèrent tout court, sans qu'il fût possible de les faire avancer. On fut donc contraint de leur laisser la liberté d'aller où l'instinct les conduirait; et, aussitôt, ils tournèrent de leur propre mouvement vers le lieu que l'on appelle *la Croix de Sainte-Maure*; et, de là, prenant le chemin de l'église de Nogent, ils y portèrent le fardeau sacré dont ils étaient chargés. Il fut mis dans le cimetière vis-à-vis de l'autel, du côté de l'orient, et y est demeuré jusqu'au pontificat d'Urbain III, qui fut fait Pape en l'année 4185. Ce Pontife, informé des guérisons miraculeuses qui se faisaient continuellement par le mérite et au tombeau de ces illustres Martyres, manda aux évêques de Beauvais et de Senlis de lever leurs précieux ossements: ce qu'ils firent avec beaucoup de cérémonie; et, pour conserver la mémoire de cette élévation, ils donnèrent, par l'autorité du Saint-Siège, cent jours d'indulgences à perpétuité, à tous ceux qui visiteraient l'église de Nogent, depuis le dimanche dans l'octave de l'Ascension jusqu'au jour de Saint-Jean-Baptiste. Le bourg, à cause de nos Saintes, est appelé *Nogent-les-Vierges*.

L'an 4242, le roi saint Louis, par une dévotion singulière envers sainte Maure et sainte Brigide, visita leur église, et, l'ayant trouvée trop petite, il la fit augmenter de tout le chœur, et transférer leurs reliques dans de nouvelles châsses: ce qui fut exécuté par Eudes, coadjuteur à l'évêché de Beauvais, ainsi qu'il fut reconnu dans l'ouverture qu'en fit, l'an 4343, Jean de Marigny, évêque de la même ville, et depuis archevêque de Rouen. Enfin, ces châsses étant trop vieilles, l'Ordinaire les fit renouveler en l'année 4635: ce qui réveilla la dévotion des peuples envers nos saintes Vierges. Elle devint encore plus fervente dans la ville de Beauvais, par le puissant secours que le peuple en reçut deux ans après, dans une grande contagion qui s'était répandue dans la paroisse de Saint-André. Le curé et tous les paroissiens firent vœu d'aller à la chapelle de Sainte-Maure et Sainte-Brigide, à Balagny, pour obtenir par leur intercession l'extinction de ce feu pestilentiel, et ils exécutèrent aussitôt leur promesse; ce qui fut si efficace, que, le jour même de la procession, ce fléau cessa: de sorte que personne n'en fut plus frappé depuis, et que tous ceux qui étaient atteints guérirent en peu de temps, sans que personne en mourût.

Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de la *Vie des Saints du diocèse de Beauvais*, par l'abbé Sabatier.

Key Events

  • Naissance en Écosse, filles du roi Ella
  • Vœu de virginité à l'âge de treize ans
  • Fuite d'Écosse avec leur frère Hyspade pour éviter le mariage et le trône
  • Pèlerinage à Rome et Jérusalem
  • Série de miracles et résurrections en France (Anjou, Touraine)
  • Martyre à Balagny par des brigands barbares

Miracles

  • Parole de Maure au baptême
  • Lumière divine entourant Brigide au baptême
  • Protection contre un incendie criminel (lit épargné)
  • Guérison de la jambe d'Ursicin par le voile de Maure
  • Restitution de la vue à une aveugle par un baiser de Brigide
  • Résurrection du fils d'Aldegonde et du fils de Géronce
  • Céphalophorie de saint Hyspade
  • Arrêt miraculeux des bœufs transportant les reliques à Nogent

Quotes

S'étant données pour épouses au Fils de Dieu, elles ne pouvaient nullement s'engager dans l'alliance des hommes.

— Réponse au roi Ella

Sed liberas nos a malo

— Dernières paroles de Saint Hyspade