Le Bienheureux Geoffroy II de Loudon
Évêque du Mans et Confesseur
Résumé
Évêque du Mans au XIIIe siècle, Geoffroy de Loudon se distingua par sa piété, son humilité et son zèle pour la discipline ecclésiastique. Principal fondateur de la chartreuse du Parc-d'Orques, il acheva le chœur de la cathédrale du Mans et créa la confrérie de Saint-Julien. Il mourut à Anagni en 1255 après avoir défendu les droits de son Église.
Biographie
LE BIENHEUREUX GEOFFROY II DE LOUDON,
ÉVÊQUE DU MANS ET CONFESSEUR.
à Dieu et aux hommes : pureté angélique, vigilance continue sur tous ses sens, austérité rigoureuse envers lui-même, humilité profonde et probité entière, tels étaient les caractères qui le distinguaient. Sa jeunesse, tout adonnée à la science et aux œuvres de piété, ne tarda pas à jeter de l'éclat; et l'évêque Maurice s'empressa de le fixer dans l'église du Mans, en lui conférant la première dignité après celle de doyen, celle de chantre, et une prébende. Il commença dès lors à jouir de revenus considérables, dont il n'usait que pour le soulagement des pauvres et la splendeur du culte. Outre ses bénéfices, il possédait la baronnie de Trèves, qu'il administra avec une sagesse remarquée par les historiens.
Élu pour gouverner l'Église du Mans, Geoffroy de Loudon parut plus humble encore qu'auparavant; et toutes ses vertus commencèrent à briller d'un nouvel éclat. L'année de son élection et la suivante furent marquées par une famine terrible dans le diocèse du Mans. Pour secourir la misère des indigents, le clergé fit des efforts héroïques, et vendit une partie des ornements du sanctuaire. Le chapitre distribua aux pauvres le prix d'un magnifique baldaquin en argent que l'archidiacre Payen avait légué au tombeau de saint Julien. Comme ces sommes ne suffisaient pas encore aux besoins, plusieurs chanoines proposèrent de vendre une partie des ornements du chef de saint Julien; et leur avis allait l'emporter; mais l'évêque donna cent cinquante livres tournois de son patrimoine, et les chanoines soixante livres tournois de la fabrique de l'église; ainsi le précieux reliquaire fut conservé à la cité.
Geoffroy de Loudon s'appliqua de tout son pouvoir au maintien ou au rétablissement de la discipline, non-seulement dans son diocèse, mais encore dans tout le royaume. Au milieu de ces incessantes occupations, il trouvait encore le temps de se livrer aux œuvres de charité. Jamais on ne le trouvait oisif; il chérissait la contemplation comme la nourriture de l'âme, et il était attiré par un puissant attrait vers l'étude des livres saints. C'est sans doute cette lecture assidue qui l'avait rendu l'un des prédicateurs les plus éloquents de son temps. Avec cette activité et ce zèle, Geoffroy fit un grand nombre de règlements disciplinaires pour l'administration du diocèse; il affermit la division du territoire en archidiaconés, et il obtint une bulle de Grégoire IX pour l'approuver. On cite plusieurs églises consacrées par Geoffroy de Loudon, entre autres celle de Ségrie et celle de Vivoin. En 1247, l'église du prieuré de Sainte-Catherine de Laval fut consacrée par Michel de Villoiseau, évêque d'Angers, en présence et du consentement de l'évêque du Mans, qui dédia lui-même l'autel de la crypte.
Au mois de juin 1236, Marguerite, noble dame de la famille de Beaumont-le-Vicomte, veuve d'un prince de la maison de Stuart, comte de Fife en Écosse, jeta les fondements d'un monastère de Chartreux dans la paroisse de Saint-Denis-d'Orques. Le lieu avait été donné l'année précédente à la pieuse veuve par Raoul III de Beaumont, son oncle, pour cette fondation, et il se nommait le Parc-d'Orques; d'où la chartreuse fut nommée Notre-Dame du Parc-d'Orques. Sur la demande de Raoul, le roi saint Louis autorisa la fondation, en 1236, et au mois de février de l'année suivante, Grégoire IX donna (4 février 1237) une bulle dans le même but. Dès les premiers moments, Geoffroy de Loudon avait encouragé cet établissement; aussi apprit-il avec une vive douleur que les Chartreux songeaient à l'abandonner, rebutés de la stérilité du lieu et de l'insuffisance de leurs premiers revenus. Il employa tous ses moyens pour retenir ces religieux, et poussa si loin ses sacrifices pour eux, qu'il a toujours été regardé comme le prin-
cipal fondateur. Il fit construire à ses frais une église plus spacieuse que la première, et dans une situation plus commode; il éleva des cloîtres, des cellules pour les religieux, diverses officines et un vaste mur de clôture. Il fit pratiquer des conduites d'eau, et pour donner plus de salubrité au pays et plus de fertilité à la terre, il fit faire plusieurs étangs, qui viennent d'être desséchés. Afin de subvenir à des dépenses aussi considérables sans rien retrancher de ses bonnes œuvres accoutumées, il se vit obligé de vendre une partie de son patrimoine. En outre, il assura vingt livres de rente sur la cure de Marolles, des dimes sur les paroisses de Meslay et de Montahon, et plusieurs autres bienfaits spirituels et temporels. Entre autres preuves de la sollicitude de ce prélat pour les moines, nous remarquerons le soin avec lequel il garantit leurs privilèges contre les entreprises du clergé séculier. Plusieurs seigneurs du voisinage réclamèrent contre l'établissement du nouveau monastère, sous le prétexte ordinaire de leurs droits lésés; ils troublèrent les religieux par les chasses qu'ils dirigèrent près de leur cloître, et les vexèrent en différentes manières: Geoffroy obtint une bulle d'Innocent IV, pour garantir les personnes et les biens des disciples de saint Bruno contre toute violence et usurpation. Hervé de Chaources était l'un des seigneurs dont les meutes bruyantes jetaient le plus souvent le trouble dans la solitude des Chartreux; sur les représentations de Geoffroy de Loudon, il renonça à ses prétentions. Raoul de Thorigné-en-Charnie imita cet exemple. N'épargnant aucun sacrifice pour établir solidement cette pieuse communauté, notre prélat acheta de ses deniers les terres adjacentes, qui avaient fourni prétexte à ces vexations. Ayant été appelé en 1252 par les moines d'Évron pour faire la dédicace de l'église qu'ils venaient de bâtir, le jour même de la solennité, il déclara aux religieux réunis en chapitre, que les Chartreux du Parc allaient être contraints d'abandonner leur maison, faute de revenus suffisants pour subsister. Les moines d'Évron s'empressèrent de venir à leur secours; ils leur donnèrent à perpétuité le prieuré de Saint-Denis-d'Orques, avec moyenne et basse justice, se réservant seulement les droits de suzeraineté et de patronage et une rente de dix-huit livres. Par ces soins incessants, notre pieux évêque put faire la dédicace de l'église des Chartreux, le jour de saint Denys de l'an 1244, en présence d'une foule de clercs, de nobles et de gens du peuple. Il la consacra en l'honneur du Sauveur, de Notre-Dame et de saint Jean-Baptiste, et il bénit le cimetière au mois de septembre de l'année suivante.
Vers la fin de l'année 1239, l'évêque du Mans fit le voyage de Rome. Il assista le souverain Pontife dans la séance solennelle où celui-ci excommunia l'empereur Frédéric II, le 28 mars. En 1245, Geoffroy se rendit au concile de Lyon, auquel Innocent IV l'avait appelé. Il assista à toutes les sessions, entre autres à la troisième, dans laquelle le concile tout entier déposa l'empereur Frédéric II, et déclara ses sujets relevés de leur serment de fidélité. Il s'arrêta quelque temps dans l'abbaye de Tournus, où il assista l'abbé Bérard dans ses derniers moments. Une fresque de cette église le représente encore présidant aux obsèques accompagné d'un autre évêque.
Les moines d'Évron appliquaient tous leurs efforts à l'achèvement de la splendide église qu'ils élevaient à la gloire de la Mère de Dieu. Cet édifice sacré, l'un des plus beaux du diocèse du Mans après la cathédrale, porte vivement empreintes les traces de la foi qui inspira ses auteurs. L'unité parfaite du plan, l'harmonie complète des détails et la hardiesse de l'exé-
cution ont donné au chœur de l'église d'Évron une grandeur et une beauté que beaucoup d'églises cathédrales lui envieraient. La dédicace de ce nouveau sanctuaire se fit en l'an 1252, par Geoffroy de Loudon, au milieu d'un nombreux concours, et avec la réunion de tous les prieurs qui relevaient de l'abbaye.
Après trente-sept ans de travaux continuels, le chœur de l'église cathédrale du Mans était enfin terminé (1254). À voir encore aujourd'hui cette œuvre sublime, il est facile de comprendre l'enthousiasme qui transporta nos pères, et que les historiens ont dépeint avec des couleurs si naïves. Le chœur de Saint-Julien du Mans est le produit le plus pur, le plus harmonieux, le plus suave du système d'architecture qui a l'ogive pour générateur. Tout le diocèse aspirait à voir l'inauguration de ce temple magnifique, et Geoffroy de Loudon le fixa au lundi de Quasimodo, jour déjà marqué dans les fastes de l'Église du Mans par deux solennités semblables, sous Hildebert en 1120, et sous Guillaume de Passavant. Comme l'édifice était encore encombré de débris et de matériaux inutiles, à l'appel de l'évêque, tous les habitants de la cité s'empressèrent de le disposer pour la fête. Les évêques voisins furent invités à se réunir pour la solennité. La multitude du peuple accourue non-seulement de tout le diocèse, mais même de tout le royaume, pour être témoin de la translation des reliques de saint Julien, qui devaient être déposées dans la partie neuve de l'église, engagea le clergé à accomplir cette cérémonie pendant la nuit pour prévenir le tumulte. Tous les évêques étaient présents; mais Geoffroy se réserva le bonheur de porter lui-même les sacrés ossements du lieu où ils avaient reposé auparavant, jusque sur l'autel où ils devaient rester exposés à la vénération des fidèles. Durant quinze jours que les reliques furent exposées, la piété des chanoines ne se fatigua pas de veiller jour et nuit à leur garde; les habitants de la ville sollicitèrent la faveur de partager ces veilles; le vicomte de Beaumont, le seigneur de Montfort-le-Rotrou, les barons et le reste de la chevalerie du diocèse se disputaient l'honneur de faire la garde toutes les nuits. Les abbayes et les couvents de la ville et des faubourgs chantaient solennellement les vigiles tour à tour, en commençant avec la nuit; puis les chanoines célébraient leurs offices; en sorte que les louanges de Dieu ne cessaient presque pas un instant de retentir dans le lieu saint. Geoffroy de Loudon ne mit pas le pied hors de la ville durant tout ce temps; chaque jour il se rendait à l'église pour assister aux offices, y faire ses prières et y apporter ses offrandes.
Geoffroy de Loudon s'occupait avec bonheur du soin d'orner l'église de Saint-Julien; il fit exécuter à ses frais plusieurs verrières où se voient ses armoiries, et légua des ornements d'un grand prix et des livres précieux. Il fonda cinq anniversaires, pour sa mère, sa sœur et ses deux frères, Foulques et le chevalier Eméry, et enfin pour lui-même. Dans le but de donner au culte plus de splendeur, il accorda au chapitre l'église de Saint-Vincent des Prés. Il assura à ce corps des droits sur l'église d'Ancinnes, et lui unit celle de Sargé qui se trouvait vacante. Enfin, il unit aussi au chapitre l'église de Charné, que son prédécesseur avait déjà voulu donner aux chanoines; et ces dispositions furent respectées après lui. Geoffroy de Loudon légua aussi à la cathédrale une grande quantité d'ornements précieux par la matière et le travail. Dans le nombre, on en remarque beaucoup en soie, et plusieurs enrichis de pierres précieuses ou de perles orientales. Il donna cinq ornements pontificaux complets, cinq mitres, une crosse, deux bassins d'argent pesant huit marcs, plusieurs tentures en tapisserie et en soie
aux armes du roi de France, et d'autres objets de même nature. Pour orner la châsse de saint Julien, il donna dix-sept anneaux d'or, ornés de pierres d'un très-grand prix; on parle même d'un saphir qui avait la grosseur de l'œil d'un bœuf. Enfin, il laissa à la cathédrale plusieurs livres remarquables par la beauté et la richesse de leurs ornements et de leurs vignettes : un antiphonaire, trois graduels, un tropaire, un épistolier, un évangéliaire, un missel et deux ordinaires.
Portant sa sollicitude sur tous les intérêts qui lui étaient confiés, Geoffroy de Loudon mit l'ordre le plus régulier dans les affaires de l'évêché. Il fit de grandes dépenses pour réparer, agrandir et reconstruire les châteaux de Touvoye, d'Yvre-l'Évêque et d'autres. Il acheta à Paris, de ses propres deniers, un hôtel vaste et magnifique, situé sur la montagne Sainte-Geneviève, et il le laissa à l'évêché du Mans. À sa mort on trouva les différentes résidences épiscopales fournies de tout l'ameublement convenable, approchant même de la somptuosité.
De tous les bienfaits de Geoffroy de Loudon envers son Église, le plus signalé peut-être fut l'établissement de la confrérie de Saint-Julien et les pardons et indulgences qu'il obtint du Saint-Siège. Dans le but d'exciter la piété des fidèles, et pour les porter à contribuer à la construction et à la décoration de l'église cathédrale, Geoffroy forma une association de prières et de bonnes œuvres, qui a subsisté jusqu'en 1791, sous le nom de Confrérie de Saint-Julien. Elle était très-nombreuse, et se divisait en trois sections, les ecclésiastiques, les laïques et les femmes, comprenant chacune plusieurs subdivisions. Elles assistaient dans leur ordre aux processions générales et aux solennités particulières de la confrérie. Il y avait une amende au profit de la caisse, pour celui à qui il arrivait d'enfreindre volontairement certains points des statuts. Les indulgences dont les souverains Pontifes l'enrichirent étaient très-abondantes. Le premier dont on possède un titre certain est Innocent IV, qui, en 1254, accorda cent jours de pardon et indulgence à ceux qui visiteraient l'église de Saint-Julien et y feraient quelque aumône. En 1460, Pie II; en 1483, Sixte IV, et surtout Jules II, au temps du cardinal Philippe de Luxembourg, accordèrent des faveurs plus considérables à cette association. En même temps que Geoffroy de Loudon poursuivait l'établissement de cette œuvre, il avait à soutenir des luttes pénibles avec le comte Charles Ier. La douceur, qui était le trait saillant du caractère de notre prélat, ne put fléchir ce seigneur, qui lui suscita plusieurs embarras; le plus grave de tous regardait le serment de fidélité que l'on voulait exiger de l'évêque. Geoffroy résista courageusement et se montra inflexible. Il partit pour Rome après le mois de juin 1255, dans l'espoir de trouver près du successeur de saint Pierre la lumière et l'appui dont il avait besoin. Il se rendit à Anagni, où se trouvait la cour romaine, et reçut un accueil très-favorable d'Alexandre IV et des cardinaux; mais il ne put terminer l'affaire qui le conduisait à la chaire apostolique; car il fut atteint d'une maladie si dangereuse, qu'il succomba en peu de temps, et fut enterré le septième jour qui suivit son arrivée, à Anagni, le 3 août de l'an 1255. Il avait gouverné le diocèse du Mans vingt et un ans, dix mois et quelques jours.
## CULTE ET RELIQUES.
On lui fit de magnifiques obsèques dans l'église des Frères Mineurs d'Anagni, où ses dépouilles restèrent pendant assez longtemps. Plus tard, elles furent apportées en France et ensevelies dans l'église de la chartreuse du Parc de Saint-Denis, ainsi qu'il l'avait ordonné. Ce sanctuaire devint
aussitôt le théâtre de pouvoir miraculeux de notre saint évêque : le peuple s'y rendait en foule pour obtenir la guérison de ses maladies; et on a observé que les personnes attaquées de la fièvre surtout y recevaient du soulagement. Lorsqu'elles ne pouvaient se rendre à la Chartreuse, elles y envoyaient un vêtement intérieur que les religieux faisaient toucher, soit au tombeau, soit à un calice dont le Bienheureux s'était servi et qu'il leur avait donné; presque toujours leurs vœux étaient accomplis lorsqu'elles se servaient de ce vêtement. Les exemples de ces prodiges ont été innombrables; on peut même dire qu'ils n'ont pas cessé de notre temps, puisque les informations faites par Mgr J.-B. Bouvier ont constaté des faits récents. Le monument du bienheureux évêque était placé dans le mur du côté gauche du chœur. Il fut refait au XVe siècle, comme le démontre la pierre tombale qui sert aujourd'hui de revêtement à un autel dans l'église de Saint-Denis d'Orques.
Quatre figures d'anges, un livre à la main, occupaient les quatre coins du monument. Deux autres anges au-dessus soutenaient l'écusson, qui se trouvait répété en plusieurs endroits. La pierre tombale, le monument arqué sous lequel elle reposait, le tympan et tout l'ensemble étaient ornés de peintures. Des deux côtés on avait posé des tablettes renfermant des oraisons à l'usage des pèlerins. Dès le XVIe siècle, dom Pierre Cousturier, à qui la science et la vertu assurèrent un rang distingué dans son Ordre, affirma que, pendant qu'il gouvernait la Chartreuse du Parc en qualité de prieur, le concours des pèlerins était si grand, que, plusieurs fois, les religieux mirent en délibération s'ils ne transporteraient pas les saintes reliques hors de leur église pour assurer le calme de leur solitude.
Le culte de notre Bienheureux a cessé, en 1790, avec la destruction des Ordres religieux; quelques-unes de ses reliques sont encore vénérées de nos jours à Saint-Denis-de-Parc et à Loudun (Vienne).
Extrait de l'Histoire de l'Église du Mans, par D. Plotin. — Cf. Acta Sanctorum, ad diem III Augusti.
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## SAINTE MARANE ET SAINTE CYRE, VIERGES,
## RECLUSES À BÉRÉE, EN SYRIE (vers 443).
Marane et Cyre étaient nées toutes deux à Bérée, en Syrie; elles appartenaient à de nobles parents, et elles avaient été fort bien élevées. Le monde offrait à leurs yeux un séduisant avenir: mais elles méprisèrent ses agréments et ses plaisirs pour se vouer tout entières à l'amour de Jésus-Christ. Elles se lièrent d'une amitié intime qui ne cessa qu'à la mort. Résolues de se sauver des dangers du monde, unies entre elles par la même pensée et le même désir, elles se retirèrent en un lieu solitaire, un peu en dehors de la ville où elles étaient nées. Elles emmenèrent chacune leurs suivantes, qui ne voulurent point quitter leurs saintes maîtresses ni vivre séparées d'elles.
Les deux saintes filles, avec l'aide de leurs compagnes, fermèrent avec des pierres et du sable, les avenues du lieu où elles voulaient vivre loin de toute distraction, et elles y demeurèrent, sans maison ni abri d'aucune sorte, exposées aux rigueurs du soleil, des pluies, des hivers, et à toutes les variations du temps et des saisons. Elles avaient pratiqué dans leur mur d'enclos une espèce de fenêtre, par où elles recevaient leurs vivres et les choses d'absolue nécessité, et par où Marane parlait aux femmes qui venaient les consulter et s'édifier de leur sainte conversation.
Les deux austères recluses étaient revêtues d'un long voile ou manteau, qui leur couvrait non seulement tout le corps, mais la face, les pieds et les mains. Elles s'étaient chargées de fers qui les écrasaient : un collier, une ceinture, des bracelets et des ceps. Cyre, qui était la plus faible, en était accablée au point de ne pouvoir presque redresser son pauvre corps accablé sous le faix. Il y avait quarante-deux ans qu'elles menaient cette vie austère, quand le pieux Théodoret, évêque de Cyr, vint les visiter dans ses pérégrinations ascétiques; il les pria de se décharger un instant de leur fardeau de fer, pendant la conversation qu'il eut avec elles: ce qu'elles firent par déférence; mais, à son départ, elles en reprirent aussitôt la charge, douce à l'amour qui les brûlait pour leur Époux céleste.
Une gaieté charmante, une allégresse toute divine, animaient ces pauvres filles, ainsi recluses, exposées à toutes les injures de l'air, vivant de quelques mauvais et rares aliments et d'un peu d'eau claire. Par trois fois, elles passèrent un carême entier sans rien manger, à l'imitation du Sauveur, qui les nourrissait de sa brûlante charité. Elles sortirent une seule fois de leur asile; ce fut pour aller au pèlerinage de la Terre Sainte; elles firent à pied, sans prendre aucune nourriture, le chemin de Bérée à Jérusalem; elles s'en retournèrent de même, après avoir confessé leur dévotion, et se renfermèrent, pour n'en plus sortir, dans l'enceinte de leur muraille. Elles moururent saintement le 3 août, vers l'an 443.
Extrait de La Vie d'une Sainte pour chaque jour de l'année, par M. le curé de Vitel.