Saint Vincent de Cimiez

Martyr

Fête : 22 janvier 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Cimiez et converti au christianisme, Vincent part en Espagne avec son frère Oronce pour braver la persécution de Dioclétien. Accompagnés du diacre Victor, ils sont arrêtés par le proconsul Rufin et décapités pour leur foi. Leurs reliques, transportées miraculeusement vers la France, s'arrêtèrent à Embrun où elles devinrent source de nombreux miracles.

Biographie

SAINT VINCENT, SAINT ORONCE ET SAINT VICTOR

MARTYRS, HONORÉS À GAP ET EMBRUN

IVe siècle.

Il est facile d'honorer les martyrs en célébrant leur fête ; mais il est difficile d'imiter leur foi et leur patience.

Saint Thomas d'Aquin, Quæst. 22, art. 2, arg. 3.

Vers la fin du troisième siècle, dans une ville considérable alors des Alpes maritimes, nommée Cimiez, non loin de Nice, naquirent deux frères : Vincent et Oronce. Leurs parents, d'illustre origine, étaient païens. Mais Dieu, qui avait sur ces deux jeunes hommes des desseins de miséricorde, les appela bientôt des ténèbres de l'infidélité à son admirable lumière.

L'Évangile annoncé, dès le temps même des Apôtres, dans les Alpes et dans les Gaules, comptait déjà de nombreux disciples. Vincent et Oronce entendirent donc la parole de vie ; désabusés des vaines croyances, ils se soumirent à la vérité et demandèrent le baptême.

A peine néophytes, ils devinrent apôtres. Leur première conquête fut leur propre famille. Le ciel leur accorda la plus douce, la plus intime consolation que des enfants puissent goûter sur cette terre : celle de procurer la vie de l'âme à ceux de qui ils tiennent la vie du corps.

Ce premier succès ne fit qu'accroître leur zèle. Ils résolurent de quitter les douceurs de la famille, de dire adieu à la patrie et d'aller porter au loin la bonne nouvelle qu'ils avaient reçue.

Une violente persécution ensanglantait alors les provinces septentrionales de l'Espagne.

Les cruels empereurs Dioclétien et Maximien avaient trouvé, dans le proconsul Rufin, un farouche exécuteur de leur haine contre les disciples de l'Évangile.

Le récit de ces luttes violentes venu jusqu'aux oreilles de Vincent et d'Oronce avait enflammé leur courage et excité leur charité ; ils forment l'héroïque projet d'aller soutenir leurs frères dans la foi et cueillir pour eux-mêmes les palmes du martyre ; et, sans se laisser rebuter par la longueur, les difficultés et les périls de ce voyage, ils prennent, pleins d'ardeur, le chemin qui conduit en Espagne.

La persécution avait dispersé les pierres du sanctuaire, amoncelé des ruines et arrosé de sang les débris de cette Église désolée.

L'évêque Pontius, suivi d'une foule nombreuse, fuyait alors devant le tyran et s'en allait chercher, dans quelque solitude profonde, un abri contre le glaive des persécuteurs et un lieu assez sûr pour qu'il pût y dresser sans crainte un autel et y adorer son Dieu en toute liberté.

Avec lui fuyait un pieux lévite nommé Victor, déjà célèbre par plusieurs miracles et fort connu par son héroïque dévouement à la cause chrétienne.

Ce fut près de Gérone que nos jeunes apôtres, respirant le zèle et la foi, rencontrèrent Pontius et la multitude qui l'accompagnait dans sa retraite. Après avoir confondu leurs larmes et mêlé leurs douleurs à celles du vénérable prélat, ils lui dirent le motif de leur voyage, et comment ils espéraient adoucir les souffrances de leurs frères, en soutenant leur courage au milieu de ces dures épreuves. L'évêque, plein d'admiration, les bénit, puis ils se séparèrent. Mais Victor ne put les voir partir seuls ; il demanda et il obtint la permission de les seconder dans leur sainte entreprise et leur périlleux ministère.

Nos trois confesseurs parcourent les bourgs et les cités, portant aux fidèles des paroles pleines de force et d'une généreuse ardeur.

Après avoir rempli cette sainte mission avec tout le zèle et toute l'abnégation que la charité met au cœur d'un apôtre, comprenant que le martyre ne pouvait plus longtemps tromper leurs espérances, ils se retirèrent à la maison de campagne de Victor pour retremper leurs âmes dans la prière et se disposer à la dernière lutte. Cette maison de campagne devait se trouver près de Julia Lybica, aujourd'hui Puycerda, patrie de Victor.

Leurs ardentes aspirations vers le ciel allaient être satisfaites. Rufin, instruit de leurs courses évangéliques, était entré en fureur ; il avait juré de leur faire cruellement expier leur audace et de laver dans leur sang leur désobéissance aux ordres des empereurs.

La retraite où ils s'étaient renfermés sans grande précaution fut aisément découverte. Rufin, suivi de quelques soldats, se présente devant la maison de Victor. Mais sur les instances de ce généreux jeune homme, Vincent et Oronce avaient consenti, quoique à regret, à se retirer, lui faisant auparavant promettre qu'il révélerait leur asile si le proconsul l'exigeait. Rufin, furieux, adresse au saint diacre d'amers reproches : « Comment », lui dit-il d'un ton insultant, « comment oses-tu retirer chez toi ces deux séducteurs qui viennent, jusque sous mes yeux, propager la superstition qu'il m'est enjoint de détruire ? J'en jure par Jupiter, si tu ne me découvres la retraite de tes hôtes, je déchargerai sur toi-même tout le poids de ma colère ». — « Non », reprit Victor, avec un noble courage et après s'être muni du signe de la croix ; « non, ils ne sont point des séducteurs, ces hommes que vous recherchez pour en faire les victimes de votre impiété ; ils sont les amis du Dieu tout-puissant et les serviteurs de Jésus-Christ ; le sauveur et le maître du monde, le vôtre et le mien... Non loin d'ici, sur la montagne voisine, ils demandent, pour eux et pour leurs frères, l'abondance des bénédictions célestes ».

Sans perdre de temps, Rufin précipite ses pas vers la montagne.

Cependant les serviteurs de Dieu, dans l'attente d'une arrestation imminente, priaient.

Ils priaient encore quand Rufin, essayant tour à tour les menaces et les promesses, s'écria : « Malheureux, ignorez-vous donc les ordres et le pouvoir que j'ai reçus de poursuivre, jusqu'à extinction, tout ce qui porte le nom de chrétien ? Ne soyez pas assez ennemis de vous-mêmes pour braver mon courroux. Sacrifiez aux divinités de l'empire, et par votre soumission aux lois, méritez ma protection qui peut vous élever aux charges et aux honneurs ».

Insensibles à ce faux semblant d'un intérêt passionné et cruel, nos saints se bornent à répondre avec un calme inaltérable : « Ordonnez ce qu'il vous plaira ; mais nous restons fidèles au Dieu vivant, et nous nous confions en Jésus-Christ, qui nous a rachetés par son sang précieux ». À cette réponse, Rufin, furieux de voir ses avances dédaigneusement méprisées, fit venir les bourreaux. Les têtes de Vincent et d'Oronce tombèrent, et leurs âmes montèrent brillantes et glorieuses vers les cieux.

Victor avait prévu ce sanglant dénoûment ; il voulut aller vénérer les restes mortels des deux martyrs, les soustraire à la profanation et leur rendre les honneurs de la sépulture. Il se prosterne donc, saisi d'un religieux respect, devant ces précieuses dépouilles, il les baise avec amour, les enveloppe avec soin et les emporte secrètement dans sa demeure pour les dérober aux sacrilèges profanations des persécuteurs.

Mais les saintes reliques ne devaient pas rester longtemps dans le secret de la tombe. Le saint évêque Pontius avait eu une révélation du Seigneur. Jésus-Christ lui était apparu, et lui avait ordonné de placer sur un char les corps des martyrs et de les faire transporter dans leur patrie. Pontius ayant fait part des desseins du ciel à Victor, le chargea de la pieuse entreprise.

Le saint diacre se met en devoir d'exécuter les ordres de son évêque ; le char est prêt, Victor va partir ; mais le cruel proconsul ne laissera pas cette victime lui échapper. Ses émissaires se saisirent du courageux lévite et le conduisirent devant leur maître.

L'interrogatoire ne fut pas long ; le saint confesseur dut choisir entre sacrifier aux dieux ou mourir. À cette déshonorante proposition, il répond : « Je n'offre mon encens et mes hommages qu'au Seigneur Jésus, le fils du Roi des rois ; quant à vos ridicules divinités, je ne professe pour elles qu'un souverain mépris ».

Irrité de cette noble résistance, Rufin fait conduire le généreux Victor à l'endroit même où avaient été immolés ses deux amis ; puis, par un raffinement de cruauté commun en ce temps-là, on lui coupa d'abord les bras, ensuite il fut décapité.

Ses parents, arrêtés avec lui, furent traînés jusqu'au lieu du supplice. À la vue du sang, le père du martyr fut ébranlé ; mais Aquilina, son épouse, remplie d'un mâle courage, le retint : « Demeurons fermes », dit-elle, « et mourons pour Jésus-Christ, puisque pour Jésus-Christ nous avons vécu ». Ces paroles communiquèrent au vieillard une incroyable ardeur ; son cœur en fut réchauffé et il vit venir la mort sans frayeur. Leur tête tomba à côté de celle de leur fils ; les flots de leur sang se mêlèrent, et leurs âmes victorieuses dans les mêmes luttes partagèrent le même triomphe.

Heureuses les familles dont tous les membres suivent ainsi, avec persévérance, la voie du ciel, et s'animent à la pratique et à l'héroïsme de la foi !

Cependant les ordres de Pontius, inspiré d'en haut, devaient s'exécuter : on mit le corps de Victor sur le char où il avait placé lui-même ceux de Vincent et d'Oronce, et un fervent chrétien, nommé Hector, consentit à conduire les glorieuses dépouilles en Italie. Les anges des contrées qu'il traversait dirigèrent sa marche.

Le convoi était arrivé près d'Embrun, lorsque tout à coup les bœufs attelés au char s'arrêtent et font retentir la vallée de leurs mugissements. En vain on les presse, en vain on les perce de l'aiguillon pour les faire marcher, le char demeure immobile. Arator, vénérable prêtre que la Providence avait amené au-devant du convoi, court annoncer ce singulier événement à saint Marcellin, qui illustrait alors, par ses vertus et ses miracles, le siège archiépiscopal d'Embrun. « Seigneur », dit-il, « je viens de voir une chose bien extraordinaire ». — « Quoi donc, mon frère ? » repart saint Marcellin. — « Les corps de trois martyrs décapités en Espagne sont portés sur un char, et celui qui le conduit dit qu'il veut se rendre à Cimiez en Italie. Or, à peine arrivé en face du pavillon des Juifs, où vous savez qu'on a tout nouvellement construit une crypte si riche, si bien bâtie en pierres taillées et recouverte en marbre précieux, voilà que le char s'arrête tout à coup. Les bœufs mugissent ; vainement on les tourmente ; le char est aussi inébranlable que notre montagne ».

Le saint prélat jugea, à l'heure même, que Dieu pouvait seul être l'auteur du prodige. S'étant prosterné à terre, il s'écria avec attendrissement : « Dieu éternel, qui présidez à tout, accordez encore une faveur à cette pauvre ville, et permettez qu'elle se glorifie de posséder ces corps saints ». Après quoi il se rend sur le théâtre de l'événement, il interroge le conducteur ; puis, heureux et fier de ce nouveau trésor dont le ciel semble vouloir enrichir son église, il cherche pour les saintes reliques un tombeau digne d'elles.

Marcellin propose au Juif, maître de la crypte dont nous avons parlé, de la lui acheter ; il lui en offre une valeur double, avec prière de la céder. Mais, soudain, le Juif est touché d'une grâce intérieure : il abandonne le monument au saint archevêque, tout en refusant la somme offerte, et répond avec larmes : « Dieu se déclare en faveur des martyrs de votre foi. Ne me comptez plus au nombre des infidèles ; car je crois, moi et toute ma famille. Je ne vous demande ni or, ni argent ; disposez de ce tombeau et de toute ma maison, mais ne me refusez pas le baptême ».

Le sépulcre des martyrs devint bientôt célèbre dans toute la contrée par les prodiges sans nombre qui ne cessaient de s'y opérer. On y apportait en foule les malades et les possédés, et tous s'en retournaient guéris, délivrés et bénissant Dieu.

Le bruit de ces merveilles se répandit bientôt au-delà des montagnes, et le culte des trois martyrs pénétra dans toutes les Alpes maritimes et cottiennes. Longtemps il y fut en grand honneur, et nous voyons dans les annales contemporaines qu'au sixième siècle, le monastère de Novalaise en Savoie, d'autres disent celui de Lyons en Suisse, sollicitait avec instance et obtenait comme un trésor une portion des glorieuses reliques.

Lors de la dernière incursion des Sarrasins dans les Alpes, au commencement du dixième siècle, l'église d'Embrun perdit les restes vénérés de ces saints martyrs. Les chrétiens les avaient peut-être cachés pour empêcher qu'ils ne fussent profanés par l'impiété de ces barbares. Plus tard, en 1435, sous l'épiscopat de Mgr Jean Giraud, des ouvriers faisant des fouilles dans l'Église paroissiale de Saint-Vincent, bâtie par saint Pélade et consacrée par saint Galican II, son successeur, découvrirent ces précieuses reliques, qui furent de nouveau exposées à la vénération des habitants de la ville et du diocèse.

La fête des saints martyrs Vincent, Oronce et Victor, se célèbre aujourd'hui dans tout le diocèse de Gap, le 22 du mois de janvier, jour où elle est inscrite dans le Martyrologe romain. Mais celle de l'invention des reliques des mêmes saints martyrs a été supprimée, parce que le malheur des temps n'a pas permis à la cathédrale d'Embrun de les sauver de la profanation et de l'anéantissement lors du pillage de la métropole par les protestants, le 15 mars 1585.

Nous avons tantôt analysé, tantôt reproduit l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap, par Monseigneur Dépery.

Date de fête

22 janvier

Époque

4ᵉ siècle

Décès

IVe siècle