Saint Agapit Ier (Agapet)
Pape et Confesseur
Résumé
Pape romain du VIe siècle, Agapit Ier se distingua par sa fermeté doctrinale face à l'hérésie eutychienne. Envoyé en ambassade à Constantinople par le roi Théodat, il y déposa le patriarche intrus Anthime malgré les menaces de l'empereur Justinien avant d'y mourir subitement.
Biographie
SAINT AGAPIT OU AGAPIT Ier, PAPE ET CONFESSEUR (536).
Le successeur de Jean II (532-535) fut saint Agapit ou Agapet, Romain de naissance, fils de Gordien, et archidiacre de l'Église romaine.
Élu d'une voix unanime par le clergé et le peuple, il fit preuve, dans son court pontificat, de la science, de la sagesse et de la fermeté qu'il avait montrées avant d'arriver à cette suprême dignité.
L'empereur Justinien Ier (527-565) menaçait le roi des Goths Théodat. Pour détourner l'orage, celui-ci força le Pape de se rendre à la cour de Constantinople, et ne lui fournit pas même l'argent nécessaire pour faire le voyage ; le Pontife fut obligé d'engager les vases sacrés de l'église de Saint-Pierre pour une certaine somme d'argent que lui préférèrent les trésoriers du prince. Agapit traversa la Grèce où il guérit miraculeusement un homme muet et perclus, qui ne pouvait ni proférer une parole ni se lever de terre, et il fit son entrée à Constantinople le 2 février 536.
Ce voyage ne changea rien aux affaires politiques de l'Italie, que Bélisaire allait conquérir ; mais il contribua puissamment au bien de l'Église en Orient. Cédant aux sollicitations de l'Impératrice Théodora, qui était toute dévouée aux Eutychiens, Justinien avait consenti à la translation d'Anthime, évêque eutychien de Trébizonde (Turquie d'Asie), sur le siège même de Constantinople. Agapit, prié de communiquer avec le patriarche intrus et hérétique, refusa ; les obsessions de l'empereur et de l'impératrice le trouvèrent inflexible. Le Pape ne consentait à recevoir Anthime dans la communion de l'Église que s'il revenait à son erreur et retournait à Trébizonde. À la fin, poussé par Théodora, Justinien lui dit : « Accordez-vous avec nous, ou je vous exilerai ».
Le Pape, jetant sur le prince un regard plein d'une angélique sérénité, répondit : « J'étais venu à Constantinople dans l'espoir de connaître un empereur très-chrétien : mais c'est un Nicéen que je rencontre. Vos menaces ne me font pas trembler. Je veux cependant vous montrer que votre évêque n'est pas digne de l'être ; faites-le venir pour qu'il confesse les deux natures en Jésus-Christ ».
Anthime fut appelé, mais il refusa de faire une profession de foi orthodoxe. Justinien, qui avait été trompé sur le compte d'Anthime, reconnut son erreur. Le Pape déposa solennellement cet évêque eutychien et ordonna Mennas à sa place, faisant ainsi, dans la capitale même de l'empire d'Orient, acte de suprême autorité.
Saint Agapit venait de convoquer un Concile pour terminer toutes les affaires qui troublaient l'Église d'Orient, lorsqu'il tomba soudainement malade à Constantinople et y mourut (avril 536). Il avait régné onze mois et dix-huit jours. Son corps, renfermé dans un cercueil de plomb, fut rapporté à Rome et enseveli dans l'église de Saint-Pierre du Vatican (20 septembre 536).
Extrait du Propre de Rome; de l'Histoire populaire des Papes, par J. Chantrel; et du Liber Pontificalis.
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## LE BIENHEUREUX JEAN EUSTACHE,
## PREMIER ABBÉ DU JARDINET, AU DIOCÈSE DE NAMUR (1441).
Jean, dès sa jeunesse, se retira dans le couvent des chanoines réguliers de Saint-Augustin, à Mons, en Hainaut. Ayant appris que dans les environs de Namur la Règle de Cîteaux avait été ramenée à sa première sévérité et s'y observait d'une manière digne de tout éloge, il partit, du consentement de ses supérieurs, pour le couvent de Moulin, situé sur la Meuse, entre Namur et Dinant. Il y était depuis quelques années et y avait mené une conduite exemplaire, lorsque l'abbé d'Alne l'envoya au Jardinet (Hortulus Beata Maria), pour y rétablir le couvent des religieuses de l'Ordre de Cîteaux. Il y trouva trois religieuses, que l'irrégularité de leur conduite le força de mettre dans d'autres couvents; et ayant fait venir quelques moines de Moulin, dont le nombre s'accrut de trois jeunes ecclésiastiques, venus sous sa direction par le désir de mener une vie vraiment monastique, il y passa ses jours dans la simplicité et la plus grande pauvreté. Sa conduite plut extrêmement à Philippe le Bon, duc de Bourgogne et de Brabant, et à son épouse Élisabeth; ce prince, étant venu un jour au Jardinet, lui donna mille ducats d'or pour bâtir un nouvel oratoire. Il y vécut avec une si grande tempérance que, dans l'espace de sept ans, il n'avait bu ni vin ni cidre, ce qui excita quelques autres couvents à suivre son exemple. On dit que Dieu l'honora du don de prophétie, dont il fit usage pour secourir son prochain, que d'ailleurs il cherchait sans cesse à aider par toutes sortes d'œuvres de miséricorde.
Après avoir été abbé pendant trente-neuf ans, il fut, à sa demande réitérée, déchargé de ce fardeau par ses supérieurs, afin de pouvoir mieux se préparer à la mort, qui vint le délivrer de cette vallée de larmes quatre années après (1441), à l'âge de soixante-dix-huit ans. Son corps fut enterré devant le maître-autel, dans l'église du couvent.
Tiré des Continuateurs de Godeau, édition de Bruxelles, 1854.
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## LE VÉNÉRABLE YVES MAHYEUC,
## RELIGIEUX DOMINICAIN ET ÉVÊQUE DE RENNES (1541).
Yves Mahyeuc naquit en 1462 dans le territoire de Plouvern, paroisse du diocèse de Quimper, à quatre lieues de Morlaix. Ses parents, qui étaient de riches marchands, lui apprirent de bonne heure à craindre Dieu, et l'envoyèrent à Saint-Paul s'instruire des belles-lettres et de la philosophie. Il évita soigneusement la compagnie des écoliers déréglés, et, assidu à la prière, il répandait fréquemment son cœur devant Dieu au pied des autels. Quand il eut achevé sa philosophie, son attrait le poussa à postuler l'habit de Saint-Dominique : il le reçut en 1483 dans le monastère de Morlaix où il passa son noviciat dans la pratique de l'oraison, dans l'exercice de la pénitence, dans
l'obéissance et la mortification. Peu de temps après il fut envoyé à Nantes pour y étudier la théologie, après quoi les supérieurs le destinèrent pour le couvent de Rennes (1489), où il fut employé à entendre les confessions.
Ce fut dans l'exercice de cet emploi qu'il eut occasion d'être connu de la jeune duchesse de Bretagne, Anne, fille aînée du dernier duc, François II : il devint son confesseur, et celui de Charles VIII, son époux. La reine, appréciant de plus en plus les hautes qualités de l'humble religieux, le présenta au chapitre de Rennes pour élire évêque de cette ville devenue veuve de son pasteur. Aussitôt qu'il eut été informé des dispositions d'Anne de Bretagne, frère Yves alla se jeter à ses pieds pour la supplier de se désister de son entreprise. La reine ne laissa pas de poursuivre son élection qui fut faite unanimement, au grand contentement de toute la ville. Les larmes et la résistance du religieux avaient été inutiles et il fut sacré évêque de Rennes (1507).
Le nouveau prélat retraça dans sa vie toutes les vertus qui font le véritable évêque. Sa tendre charité envers les pauvres de son diocèse a rendu son nom immortel. Son zèle pour la maison de Dieu ne connaissait point de bornes, et les travaux incessants qu'il entreprit pour la plus grande gloire de Dieu durant le cours d'un épiscopat de trente-cinq ans, ont assez démontré qu'il ne voyait dans cette dignité qu'un pénible fardeau, un joug pesant dont il n'avait consenti à se charger que pour procurer l'avancement spirituel des âmes.
Aimé de Dieu et des hommes, plein de jours, de vertus et de mérites, après avoir combattu le bon combat et fourni une longue et utile carrière, le bienheureux Yves s'endormit doucement dans le Seigneur, le 20 septembre 1541, à la soixante-dix-neuvième année de son âge. Il fut enseveli dans son église cathédrale. On ouvrit son tombeau le 15 janvier 1596, et son corps fut trouvé sans corruption. Depuis la démolition de la basilique de Rennes (1755), on ne sait ce qu'il est devenu.
Extrait des Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lubineau.