Saint Matthieu (Lévi)

Apôtre et Évangéliste, Martyr

Fête : 21 septembre 1ᵉʳ siècle • saint

Résumé

Ancien publicain en Galilée, Matthieu abandonne tout pour suivre Jésus. Après avoir écrit son Évangile, il évangélise l'Éthiopie où il accomplit de nombreux miracles, dont la résurrection du fils du roi. Il meurt martyr, assassiné au pied de l'autel pour avoir défendu le vœu de virginité de la princesse Iphigénie.

Biographie

SAINT MATTHIEU, APÔTRE ET ÉVANGÉLISTE,

MARTYR EN ÉTHIOPIE.

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Sanctitas beati Matthæi agnoscitur in omnium desertione, in veloci obedientia, in Christi imitatione, in hospitalitatis exhibitione, in precationum suarum manifestatione.

Je reconnais la sainteté du bienheureux Matthieu dans l'abandon qu'il fait de tous ses biens, dans sa prompte obéissance à Jésus, dans son zèle à imiter son maître, dans l'hospitalité qu'il exerce envers lui, et dans la confession qu'il lui fait de ses fautes.

S. Thomas d'Aquin, Sermons.

Saint Matthieu est appelé Lévi par deux évangélistes. Il porta probablement ce dernier nom avant sa conversion, et l'autre depuis. On le croit natif de Galilée. Il était publicain ou receveur des impôts pour les Romains, profession très-odieuse aux Juifs dont elle rappelait la dépendance.

Un jour qu'il était assis dans son bureau, sur le bord de la mer de Génézareth, Notre-Seigneur, qui passa devant lui, en eut pitié, et, le regardant d'un œil de miséricorde, lui dit : « Suivez-moi ».

A ces paroles, Matthieu fut rempli d'une lumière céleste qui lui fit connaître en un instant la vanité de toutes les choses de la terre ; il vit que son bonheur consistait à suivre Jésus-Christ. Il se leva donc aussitôt, abandonna son emploi et se mit à la suite de ce grand Maître.

Cela nous apprend avec quelle promptitude il faut obéir à la voix de Dieu, quand il frappe à la porte de notre cœur et qu'il nous appelle à son service. Saint Matthieu ne délibéra point, ne consulta personne, ne demanda point de temps, n'exigea point de miracles, ne proposa point de s'éprouver auparavant pour savoir s'il pouvait suivre celui qui l'appelait ; la présence de ceux avec lesquels il était ne l'embarrassa pas ; ses richesses ne l'arrêtèrent pas non plus ; en un mot, ni le respect humain, ni l'attachement à sa fortune, ni aucune des considérations qui retiennent ordinairement dans le monde, ne furent point capables de lui faire différer un moment de se donner tout entier et sans réserve à Jésus-Christ. Voilà de quelle manière nous devons correspondre à la grâce.

L'Évangile nous apprend encore qu'après sa conversion il fit dans sa maison un festin, auquel il convia Jésus-Christ et plusieurs publicains avec lui. Dans son zèle ardent, il désirait faire connaître Notre-Seigneur et procurer aux autres la même grâce que lui-même avait reçue.

Nous trouvons aussi dans son propre Évangile un bel exemple de son humilité : faisant le dénombrement des douze Apôtres que Jésus-Christ choisit entre ses disciples, il confesse qu'il n'avait été qu'un publicain, afin de faire paraître davantage l'excellence de la grâce par laquelle il avait été appelé à l'apostolat. C'est tout ce que le Texte sacré nous apprend de notre saint Évangéliste.

Après l'Ascension de Notre-Seigneur au ciel, et la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, il commença à prêcher, avec les autres, les Mystères d'un Dieu crucifié ; et, lorsqu'ils se dispersèrent par toute la terre et quittèrent la Judée, qu'ils avaient tâché d'éclairer et de convertir la première, l'Éthiopie lui tomba en partage. On croit qu'à cette époque il avait déjà écrit son Évangile : il le composa en hébreu, ou plutôt en syriaque, qui était la langue vulgaire des Hébreux, afin de confirmer ceux de cette nation qui avaient déjà reçu la foi. Saint Épiphane dit qu'il l'écrivit par ordre des autres Apôtres.

La distribution des provinces étant faite, saint Matthieu prit aussitôt le chemin d'Éthiopie pour y porter la foi. Il passa par l'Égypte, où son ardeur à annoncer la loi de grâce lui fit surmonter une infinité de traverses qui s'y présentèrent. Il montra le chemin du ciel à ces peuples, autant par la sainteté de sa vie que par la force de sa doctrine et par l'éclat de ses miracles. Clément d'Alexandrie dit qu'il était très-adonnée à la contemplation, qu'il menait une vie très-austère, qu'il ne mangeait point de viandes, qu'il ne vivait que d'herbes, de racines et de fruits sauvages. De l'Égypte, il se rendit en Éthiopie, dans la ville de Naddaver, ville considérable par sa population, et métropole du royaume Éthiopien, où il fut reçu par cet eunuque de la reine de Candace que saint Philippe, diacre, avait baptisé, ainsi qu'il est rapporté aux Actes des Apôtres. Il trouva dans cette ville deux magiciens, nommés Zaroës et Arfaxat, qui, par leurs prestiges, trompaient ces pauvres idolâtres, leur causant des maladies et puis les en guérissant, afin de se faire rendre, par ces faux miracles, des respects qui ne leur étaient point dus. Quand ils virent que l'Apôtre découvrait leurs sortilèges, et qu'il désabusait le peuple, ils firent venir, par leur art diabolique, deux dragons épouvantables pour jeter la terreur dans toute la ville ; mais saint Matthieu, ayant fait le signe de la croix, rendit ces animaux doux comme des agneaux, et les obligea de retourner dans leurs cavernes. Cette merveille commença à rassurer les habitants contre les charmes de ces imposteurs, et donna moyen au saint Apôtre de leur annoncer le Sauveur, par la vertu duquel il avait opéré ce prodige : de sorte que plusieurs se convertirent par ses prédications et embrassèrent la religion chrétienne. Mais un autre miracle, bien plus éclatant que le premier, lui fit faire des progrès encore plus considérables et acheva de perdre le crédit de deux magiciens. La mort avait enlevé le fils du roi, nommé Euphranor, et saint Matthieu, ayant invoqué le nom de Jésus-Christ sur le corps du défunt, lui rendit incontinent la vie.

Cette merveille fut cause de la conversion du roi, de la reine, de la maison royale et de toute la province, qui reçurent tous le saint baptême. Ce qui consola merveilleusement notre Apôtre, ce fut que la princesse Iphigénie, fille de ce même roi, laquelle était un prodige de beauté et de sagesse, lui ayant ouï parler du bonheur des Vierges qui choisissent Jésus-Christ pour Époux, résolut de garder sa virginité et de consacrer à Dieu seul toutes les inclinations de son cœur. Son exemple ayant excité plusieurs autres jeunes filles à en faire de même, le Saint leur conseilla de se retirer toutes ensemble dans une maison particulière, pour y vivre, sous la conduite de la princesse, comme les fidèles Épouses du Fils de Dieu.

Quelques écrivains ont inféré de là que saint Matthieu est l'auteur du Voile et de la Consécration des vierges. Mais cette illustre conquête, qu'il fit au Sauveur du monde, lui coûta enfin la vie; car, après la mort d'Eglippe, Birtace, son frère, s'étant emparé du royaume, voulut épouser Iphigénie, soit à cause de sa beauté, soit pour s'assurer davantage la couronne en épousant l'héritière. Pour réussir dans son dessein, comme il connaissait le pouvoir que l'Apôtre avait sur l'esprit de la princesse, il le pria de la disposer à consentir à ce mariage; le Saint lui répondit qu'il pouvait assister à un discours qu'il devait faire à la communauté des vierges, et qu'il entendrait lui-même le conseil qu'il donnerait à Iphigénie. Birtace ne manqua pas de s'y trouver. Mais saint Matthieu, bien loin de la porter au mariage, ne parla que de l'excellence de la virginité, des bénédictions du ciel dont elle est toujours accompagnée et des grandes récompenses qui sont dues à son mérite. Birtace, que la passion aveuglait, entra dans une telle colère à ce discours qu'il résolut sur-le-champ de s'en venger; et, sortant de l'église, il y envoya, presque à l'heure même, des bourreaux pour mettre à mort le saint Apôtre. Ils le trouvèrent à la fin du sacrifice de la messe qu'il célébrait; et sans respecter la sainteté du lieu, ni les mystères sacrés qu'il avait entre les mains, ils lui donnèrent plusieurs coups dont il tomba raide mort aux pieds de l'autel, qui fut teint de son sang. Saint Hippolyte l'appelle l'Hostie et la victime de la Virginité, parce qu'il fut martyrisé pour la défense et la gloire de cette vertu angélique. Il avait demeuré vingt-trois ans en Éthiopie, durant lesquels il avait gagné des milliers d'âmes au vrai Dieu, renversé les temples des idoles, érigé des églises en leur place, ordonné des prêtres et sacré des évêques pour l'entier établissement de la religion chrétienne. Voilà ce que les meilleurs auteurs de l'Histoire ecclésiastique nous apprennent sur saint Matthieu. À quoi les leçons du Bréviaire romain sont entièrement conformes.

Nous trouvons dans les Constitutions de saint Clément, pape, liv. VIII, chap. xxv, que saint Matthieu est l'instituteur de l'eau bénite, et il rapporte même l'oraison dont il se servait pour faire cette bénédiction. Il ajoute que ce fut lui aussi qui ordonna que les fidèles offriraient à Notre-Seigneur les prémices et la dîme de leur revenu pour l'entretien des ministres de l'Église et l'assistance des pauvres.

Saint Matthieu est représenté, sur les plus anciens monuments, ordinairement debout, sans attribut qui le distingue des autres Apôtres. À Saint-Paul hors les murs, à Rome, on le voit debout, les bras croisés. Un vitrail de la cathédrale de Chartres le représente monté sur le dos d'un Prophète: cette représentation a une haute portée symbolique. C'est, dit-on, une figure de l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament par les figures du Nouveau. Il est aussi représenté avec une tête de bœuf, pour rappeler l'animal qu'on lui donne pour attribut. Au cabinet des estampes de Paris, on le voit représenté: 1° tué à l'autel pendant qu'il disait la messe; 2° éteignant un incendie et tuant deux dragons; 3° quittant son bureau de recettes, à la voix de Jésus-Christ, qui lui ordonne de le suivre; 4° voyant dans le ciel la tige de Jessé; 5° tenant un sac, pour rappeler ses fonctions de receveur des impôts; 6° tenant une épée comme instrument de son martyre. On le voit aussi tenant un livre ouvert et quelquefois une banderole sur laquelle est écrit : *Liber generationis Jesu Christi*, etc.

## CULTE ET RELIQUES. — ÉCRITS.

Un grand nombre de lieux et d'églises ont été, de temps immémorial, consacrés à Dieu sous le vocable de saint Matthieu. Parmi les plus célèbres églises qui lui furent dédiées, on peut citer celle du Monastère dit de Saint-Matthieu, en Mécopotamie, appelée aujourd'hui Dierbeckie, située près de Mosul, ou nouvelle Ninive ; à Rome, l'église de Saint-Matthieu (in Merulana), qui possède un bras du Saint.

Le corps de ce saint Apôtre a toujours été conservé avec beaucoup de vénération dans la ville de Naddaver, en Éthiopie, où il endura le martyre, jusqu'à ce qu'il fut transféré à Salerne, au royaume de Naples, en 954. Comme on se trouvait souvent alors dans des périls de guerre, et que l'on craignait que quelqu'un ne vînt furtivement s'emparer des reliques, on les cachait, et le lieu secret où on les déposait, n'était connu que de peu de personnes ; c'est ce qui fit que le corps de saint Matthieu demeura environ cent vingt ans caché dans un caveau secret qui fut découvert à Salerne, en 1080, sous le pontificat de saint Grégoire VII, comme on le voit dans une lettre de ce Pape écrite à Alfane, évêque de Salerne. De là son chef sacré a été transporté en France, et déposé dans la cathédrale de Beauvais, excepté une partie qui se conserve encore religieusement dans le monastère de la Visitation de Sainte-Marie, à Chartres. Quant au chef de saint Matthieu, conservé dans la cathédrale de Beauvais avant la Révolution, il a disparu en 1792.

Saint Matthieu écrivit son évangile à la prière des Juifs convertis de la Palestine. Il entre dans le détail circonstancié des actions du Sauveur. Depuis le cinquième chapitre jusqu'au quatorzième il diffère des autres évangélistes dans la manière de ranger les faits ; il néglige l'ordre des temps pour réunir les instructions de Jésus-Christ et montrer plus parfaitement la liaison qui existe entre elles. Il insiste principalement sur les préceptes moraux, et donne la généalogie du Sauveur, pour faire voir l'accomplissement des promesses selon lesquelles le Messie devait sortir de la race d'Abraham et de David.

Tous les anciens Pères assurent de la manière la plus positive que son Évangile fut originairement écrit en hébreu moderne, ou en syro-chaldéen, qui était la langue que parlaient les Juifs après la captivité. Il fut traduit en grec du temps des Apôtres. Saint Jérôme dit que le texte hébreu était à Césarée dans la bibliothèque de saint Pamphile et qu'il en avait lui-même une copie tirée de l'exemplaire dont se servaient les Nazaréens de la ville de Bérée.

L'Évangile de saint Matthieu fut trouvé, par révélation divine, dans l'île de Chypre, avec le corps de saint Barnabé, sous l'empire de Zénon.

Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de *L'Histoire des Apôtres*, par l'abbé Maistre, et de *Notes fournies par M. le vicaire général de Beauvais et par M. Paquest*, vicaire général de Chartres.

Événements marquants

  • Appel par Jésus au bureau des impôts
  • Rédaction de l'Évangile en hébreu ou syriaque
  • Prédication en Égypte puis en Éthiopie
  • Miracle des dragons et résurrection du fils du roi Euphranor
  • Martyre à l'autel sur ordre du roi Birtace

Miracles

  • Apprivoisement de deux dragons épouvantables
  • Résurrection d'Euphranor, fils du roi
  • Multiplication de la nourriture pour les pauvres
  • Institution de l'eau bénite

Citations

Suivez-moi

— Paroles de Jésus à Matthieu

Liber generationis Jesu Christi

— Incipit de son Évangile