Saint Florentin, Hilaire et Aphrodise
Martyrs
Résumé
Soldats chrétiens en Bourgogne au IIIe siècle, Florentin et Hilaire furent capturés par le chef vandale Chrocus. Après avoir survécu miraculeusement au supplice de la langue coupée et brisé des idoles, ils furent décapités avec Aphrodise. Leurs reliques, sources de miracles, furent partiellement transférées à Lyon au IXe siècle.
Biographie
LES SAINTS FLORENTIN, HILAIRE OU HILIER, ET APHRODISE,
MARTYRS PRÈS DE BRÉMUR, AU DIOCÈSE DE DIJON (IIIe siècle).
Les soldats qui veillaient dans le Duesmois (partie de l'ancien Aunais) à la sûreté de l'empire, comptaient dans leurs rangs des chrétiens zélés. L'un d'eux, nommé Florentin, s'était fait l'économie des pauvres, le maître des ignorants et l'appui de tous ceux qui souffraient. Il avait pour compagnon et pour émule un saint homme, Hilaire ou Hilier. Ensemble, ils servaient Dieu dans la prière et la pénitence; ensemble ils instruisaient les païens et menaient une vie pauvre, afin de pouvoir donner davantage. L'abondance de leurs membres et l'éclat de leurs vertus disposèrent le peuple à les écouter, et déjà le nom de Jésus-Christ était reçu par un grand nombre, lorsqu'une armée de Vandales, sous la conduite du fameux Chrocus, envahit le Duesmois et s'empara de Sedunum, aujourd'hui Semond, résidence habituelle de Florentin et d'Hilaire.
Les biens qu'ils possédaient les désignaient tout d'abord à la cupidité du chef barbare, et, quand il les sut chrétiens, il se les fit amener et se mit à discuter avec eux sur le culte des dieux et la puissance des idoles. Florentin le réfuta sans peine. Alors Chrocus changea de rôle, et, fixant sur lui ses regards, il lui fit des menaces terribles.
Irrité par ses réponses, il ordonne qu'on le frappe sur la bouche et qu'on lui brise les dents pour le punir de son impie. Quand les bourreaux eurent obéi, Florentin rendit grâces à Dieu, et se moqua des idoles. « Qu'on lui coupe la langue jusqu'à la racine », s'écria Chrocus. Et la langue du saint Martyr fut coupée jusqu'à la racine; et, par la toute-puissance de Dieu, il n'en continua pas moins à glorifier Notre-Seigneur et à se railler de la folie de son bourreau. En même temps, armés du signe de la croix, Florentin et Hilaire se mirent à renverser et à briser les idoles qui étaient en ce lieu, et à chasser les démons qui les habitaient. Les démons chassés s'emparèrent aussitôt du chef barbare et de quelques-uns de ses officiers, et les tourmentèrent horriblement. A la vue de ces prodiges, la multitude épouvantée demande à adorer Jésus-Christ.
Un chrétien de noble famille, nommé Aphrodise, osa blâmer ouvertement Chrocus de son impiété. Celui-ci lui fit aussitôt couper la langue. Mais Dieu renouvela en sa faveur le miracle qu'il avait déjà fait pour Florentin, et Aphrodise loua Jésus-Christ. Le prince ordonna, pour mettre fin à cette lutte inégale, que les disciples du Christ eussent la tête tranchée. A peine le bourreau avait-il achevé son œuvre, que la main de Dieu s'apposait sur Chrocus et le rendit aveugle. Ce châtiment lui inspira des sentiments de repentir, et, dans l'espoir d'être guéri, il se prosterna devant les saints Martyrs, confessa son péché et les supplia de lui rendre le bien pour le mal. Ils prièrent en effet pour lui et lui obtinrent la santé et la vue. En reconnaissance, il les fit ensevelir avec honneur. Les chrétiens entourèrent le sépulcre de prières et d'amour. A travers les bouleversements politiques, les invasions et les guerres, ce culte diminua, et la chapelle qui protégeait les saintes reliques s'écroula de vétusté. En 855, Aurélien, archidiacre d'Autun et abbé de Saint-Martin d'Ainay, obtint de l'évêque diocésain Jonas, d'Autun, l'autorisation de les transporter à Lyon. Le chef de saint Florentin fut laissé à Semond et est conservé dans l'église de Brémur (arrondissement de Châtillon-sur-Seine), voisine du lieu où il est tombé sous le glaive.
On montre encore, dit Mabillon, un chêne appelé chêne de Saint-Florentin, près duquel la tradition fixe le lieu du martyre. On y va en procession dans les temps de sécheresse pour obtenir de la pluie.
Acta Sanctorum, traduction de M. l'Abbé Duplus, dans sa Vie des Saints du diocèse de Dijon.
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## SAINT CÉRAUNE OU CÉRAN,
## VINGT-CINQUIÈME ARCHEVÊQUE DE PARIS ET CONFESSEUR (621).
Saint Céranne ou Céran succéda à l'évêque Simplice. En sa personne, l'Église de Paris eut un préfet digne des premiers siècles du christianisme, et en qui la science marcha de pair avec la vertu. Il s'appliqua d'abord à s'instruire à fond, dans les sources mêmes, de tous les dogmes de la religion; et, quand il eut reçu la plénitude du sacerdoce, il se fit un devoir capital de travailler à imiter par ses actions les plus saints évêques des temps apostoliques. Un des principaux fruits de son savoir et de sa piété fut de recueillir les Actes des Martyrs, afin de les conserver dans son Église comme des monuments précieux de leur constance et de leur foi. Il s'adressa, à cet effet, à un clerc de Langres, nommé Warnahaire, pour avoir ceux de quelques Saints. Warnahaire les lui adressa avec la lettre suivante : « Vous ne cessez de marcher sur les traces et d'égaler le mérite des plus illustres évêques par toute votre conduite dans le sacerdoce, où vous ne cherchez d'autre éclat que celui que donne la religion. Vous vous êtes déjà rendu habile dans les saintes lettres, et, pour mettre le comble à votre gloire, vous voulez recueillir dans la ville de Paris les Actes des Martyrs; en quoi vous êtes comparable à saint Eusèbe de Césarée. Excusez mon peu de capacité : je vous louerais mieux si j'avais plus d'éloquence; mais vous connaîtrez du moins mon obéissance. Je vous envoie, comme vous m'avez ordonné, les Actes des trois jumeaux de Langres (Spenstippe, Eleusippe et Meleusippe), et ceux de saint Didier, martyr et évêque de cette ville ». C'est là tout ce que nous savons de précis sur saint Céranne. Son zèle pour recueillir les histoires des Saints méritait bien cependant qu'on nous conservât la sienne. Il est néanmoins indubitable qu'il assista au Concile qui se réunit le 18 octobre 614, par l'ordre du roi Clotaire II, dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, à Paris, où se trouvèrent soixante-dix-neuf évêques de toutes les provinces des Gaules qu'il avait nouvellement réunies sous sa domination. Peut-être aussi saint Céranne assista-t-il au Concile que, deux ans après, Clotaire convoqua dans une de ses maisons royales, à Bonneuil (apud Bonagilum), dans le territoire de Meaux. Sa mort peut être fixée entre les années 618 à 621. On l'inhuma le 27 septembre, jour où sa fête se célèbre dans le diocèse, et son corps fut déposé dans la chapelle souterraine de l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, à gauche du tombeau de sainte Geneviève. Sa translation eut lieu le 16 novembre 1628; mais, pendant la Révolution, ses reliques, dans la crainte d'une profanation, furent brûlées avec d'autres que l'on conservait dans l'église de Sainte-Geneviève. De pleuses mains en recueillirent les cendres; et, lorsque la paix fut rendue à l'Église de France, on les déposa dans l'église paroissiale de Saint-Leu et Saint-Gilles, où elles sont aujourd'hui conservées.
Dom Rivet, Histoire littéraire de la France; Gallia Christiana nova.
MARTYROLOGES. 459