Saint Pardulphe (Pardoux) de Sardent
Abbé et Patron de Guéret
Résumé
Abbé du VIIIe siècle en Limousin, Saint Pardoux est célèbre pour ses nombreux miracles, notamment la guérison d'un homme étouffé par des champignons volés et celle d'un paralytique de Tours. Mort en 737 à l'âge de 80 ans, il est le saint patron de Guéret et est invoqué pour les maladies des yeux.
Biographie
SAINT PARDULPHE OU PARDOUX DE SARDENT,
ABBÉ ET PATRON DE GUÉRET
Plusieurs fois Dieu lui accorda le don des miracles. Un paysan, appelé Germanus, étant à couper du bois dans une forêt, trouva sous un vieil arbre des champignons, qu'il ramassa pour les porter à l'homme de Dieu. Comme il se rendait vers lui, il rencontra un homme riche, nommé Regnarius, qui, abusant de son autorité, lui enleva ces champignons et ordonna à son serviteur de les apprêter avec soin pour les servir quand viendrait l'heure du repas. Il les eut à peine goûtés qu'il ne put les rejeter ni de la bouche ni du gosier, où ils s'étaient arrêtés; dans cette extrémité, il ordonna à l'un de ses serviteurs d'aller trouver Pardoux afin de le supplier de lui pardonner la faute qu'il avait commise à son égard et d'implorer pour lui la miséricorde du Seigneur. Le Saint alla prier dans son oratoire et remit au serviteur de l'eau et de l'huile bénites de ses mains; lorsque celui-ci fut de retour, et que son maître eut frotté d'huile la partie souffrante et introduit de l'eau dans sa bouche, les champignons sortirent de son gosier et il recouvra la santé.
Un forgeron de Limoges était possédé du démon, et on lui avait mis une chaîne au bras et au cou; il fut conduit à l'homme de Dieu par deux gardiens, l'un marchant en avant et l'autre le retenant par derrière. Lorsqu'il fut arrivé près du Saint, il se répandit en injures et en outrages contre lui, en lui donnant les noms de voleur, de faussaire et de persécuteur. Celui-ci, plein de patience et de charité, lui fit donner à boire et à manger; entrant ensuite dans son oratoire, il pria pour lui, le garda quelques jours dans le monastère et le renvoya complètement guéri.
Il y avait à Tours un paralytique qui, depuis cinq ans, se faisait porter sous le portique de l'église consacrée à saint Martin, sans avoir pu obtenir sa guérison. Pendant son sommeil, il entendit une voix qui lui disait : « Lève-toi, hâte-toi de te rendre au territoire des Lémovices, pour y trouver l'homme de Dieu Pardoux; par lui le Seigneur te rendra la santé ». Il fit part de ce qu'il venait d'entendre à un moine du monastère, qui le rapporta à l'abbé; celui-ci fit préparer un âne et ordonna à deux serviteurs de conduire le paralytique vers saint Pardoux. Lorsqu'il fut arrivé, l'homme de Dieu fit sur lui le signe de la croix, toucha ses membres avec sa main et le renvoya guéri. Ces miracles ne sont pas les seuls qu'il ait faits : un grand nombre d'autres lui sont attribués.
Le bienheureux Pardoux arriva à une grande vieillesse; il atteignit presque sa quatre-vingtième année; son visage resplendissait d'une douceur angélique et sa chevelure était devenue d'une éclatante blancheur; il n'était cependant affaibli par aucune infirmité, et on croit même qu'il avait recouvré la vue. Un dimanche, le 6 octobre de l'année 737, il sentit que sa mort était prochaine et s'endormit quelques instants. Quand il fut réveillé, il dit à ses frères qui l'entouraient : « Quelle est cette trompette que j'ai entendue à la porte du monastère ? » Les religieux comprirent alors que le chœur des anges allait recevoir son âme et l'introduire dans les demeures célestes. À la même heure, un de ses disciples entendit des voix qui chantaient dans le ciel. C'était le moment où le Saint rendait son âme à Dieu.
On le représente aveugle et guérissant les aveugles qui viennent à lui.
## CULTE ET RELIQUES.
Il fut enseveli dans une église voisine, dédiée à saint Aubin, et le peuple de la contrée l'a regardé depuis comme son patron et son protecteur à cause des grands miracles accomplis à son tondeur. Ces miracles furent si fréquents, dit un ancien auteur, qu'il passait dans les Aquitaines pour un autre saint Martin. On garda avec un grand soin ses reliques, et les évêques de Limoges les déclarèrent plusieurs fois authentiques, notamment dans les années 1623 et 1712. Le chroniqueur Geoffroy du Vigeois dit qu'elles furent portées à Sarlat (Dordogne) et de là à Arnaç, vers l'an 1028 ; mais il est probable que ce transport doit s'entendre seulement d'une partie du corps. Plusieurs paroisses du Périgord portent son nom, et on voit une fontaine de ce même nom à Saint-Pardoux-Larivière.
L'office et les litanies de saint Pardoux, imprimés à Guéret, en 1635, sont d'une grande beauté. On y trouve cette belle antienne aux Vêpres :
| O lampas Ecclesiae, | O flambeau de l'Église, | | --- | --- | | Gemma paritatis, | Perle de pureté, | | Sylloculum munditiae, | Miroir de chasteté, | | Cella sanctitatis, | Sanctuaire de sainteté, | | Linca justitiae, | Vêtement de justice, | | Exemplar virtutis, | Modèle de vertu, | | Adelanti familiae | Donne à tes enfants qui t'implorent | | Fer quem salutis. | La grâce d'opérer leur salut. |
Le Propre de Sarlat offre, au 10 octobre, cette gracieuse oraison du Saint : Deus, qui in corporali excitate copioso spiritus splendore beatum Perdulphum, confessorem tuum, illustrati ; ejus meritis et precibus calcete nobis lumen largiter infunde, quo omnes mundi fabricas detegentes, ad aërcum gloriae tuae claritatem semper intendamus. — « O Dieu, qui n'avez voulu priver saint Pardoux, votre serviteur, de la lumière du corps, que pour lui prodiguer celle de l'esprit, répandez dans nos âmes cette lumière précieuse qui, nous faisant découvrir toutes les erreurs dont ce monde est rempli, nous permettra de nous abîmer un jour dans l'océan des splendeurs de votre gloire ».
Nous devons cette notice à l'obligeance de M. l'abbé Antoine Ricard ; il l'a tirée de l'ouvrage intitulé : La Vie et les Miracles de saint Pardoux, par Conturier de la Prugne. Guéret, 1721.
---
## TRANSLATION DE SAINT PRUDENT OU PROUENTS, MARTYR,
## A L'ABBAYE DE BÈZE, DIOCÈSE DE DIJON (883).
Saint Prudent, d'une noble famille narbonnaise, fut engendré à la vie chrétienne dès sa naissance (IIIe siècle), et reçut du ciel, avec les meilleurs dons de l'esprit et du cœur, un caractère facile et une volonté résolue. Il obtint de grands succès dans l'étude des lettres, et à voir la sagesse précoce de sa conduite, il n'était pas douteux que son âme fût le sanctuaire de l'Esprit-Saint.
Honoré du diaconat, il brilla dans l'assemblée des fidèles, comme un soleil à son midi, par l'éclat de son enseignement et la sainteté de sa vie manifestée par de nombreux miracles. C'est pourquoi le démon furieux suscita pour le perdre la haine de ses suppôts. Après l'avoir chargé de chaînes et tourmenté cruellement, ils lui briseront le crâne avec un marteau de maçon, le troisième jour de septembre.
Les bourreaux arrachèrent du sépulcre, où les chrétiens l'avaient enseveli, le corps du martyr, et le jetèrent en pâture aux oiseaux de proie et aux animaux immondes. Mais Dieu, qui garde les os des Saints, en éloigna les bêtes, et permit aux fidèles de le soustraire à la profanation et de l'enfouir secrètement. Quand la paix fut sur l'Église, on s'empressa de mettre dans un tombeau les saintes reliques avec l'instrument du martyre et d'élever au-dessus un oratoire ou église. Cette petite église fut incendiée par les Sarrasins au VIIIe siècle, et ses revenus donnés par Charles-Martel à l'un de ses hommes d'armes. Or, en 882, Gédon, évêque de Langres, revenant de Saint-Jacques de Compostelle, s'arrêta pour passer la nuit dans une hôtellerie, proche de Narbonne, et il y apprit que saint Prudent, martyr, reposait dans une chapelle voisine. Il s'y rend aussitôt pour le vénérer et réciter Matines ; il ouvre la châsse posée en arrière de l'autel et s'agenouille avec respect. En voyant cette chasse qui tombait en poussière et les linges en pourriture, il pleura, et, dans sa douleur, il eut la pensée d'emporter les reliques afin de les mieux honorer : « O saint martyr », dit-il tout haut, « que nous serions heureux si vous consentiez à nous suivre ! »
Répondant à ce désir, le chapelain du prélat, homme très-érudit et d'une éloquence habile, lui représente que, vu l'abandon des reliques dans une chapelle en ruine où l'on célèbre une fois par an les saints mystères, il est permis de les prendre, avec l'intention de leur rendre le culte qui leur est dû. L'évêque se laisse persuader et, sans plus de discussion, prend les ossements sacrés et se hâte vers la Bourgogne. En arrivant dans son diocèse, il annonce au peuple le trésor qu'il apporte ; aussitôt une foule nombreuse lui fait cortège, et des miracles attestent la puissance du martyr et sa joie d'être ainsi glorifié. Le 6 octobre 883, le pieux évêque déposa les reliques au monastère de Bèze, et pour subvenir aux dépenses qu'entraînait l'affluence des pèlerins, il concéda aux moines « la prébende de Saint-Mamès de Lux-le-Haut, la chapelle de Saint-Marcellin, l'ontaillez avec son église dédiée à saint Hippolyte, et l'église de Chasueil, menaçant des anathèmes et des peines éternelles le sacrilège qui oserait porter atteinte à ces donations.
La confiance des fidèles fut magnifiquement récompensée. Des paralytiques, des aveugles, des possédés, de Bière, de Bourberain, de Blagny, de Fleix, de Manioche, de Saint-Seine, de Pouilly-sur-Vingeanne, de Lux, de Viévigne, d'Is-sur-Tille, d'Echirey, de Lantenay, de Fleurey, de Courchamp et d'autres lieux sont guéris ou délivrés !
L'église de l'abbaye, quoique vaste et spacieuse, ne pouvant contenir les pèlerins, un moine, Grimerius, bâtit sur un monticule voisin une chapelle où l'abbé Etienne déposa le buste du saint martyr, afin que chacun pût à loisir satisfaire sa dévotion, sans troubler le silence des cloîtres ni interrompre les offices.
En 887, à l'approche des Normands, les moines de Bèze transportèrent le corps de saint Prudent à Saint-Etienne de Dijon et le déposèrent devant le maître autel. Quand le flot de l'invasion fut écoulé, ceux qui avaient échappé à la mort relevèrent les ruines de l'abbaye et vinrent redemander saint Prudent. Les Dijonnais refusèrent ; mais, contraints d'obéir à l'injonction de l'évêque diocésain, Gauthier, de Langres, ils feignirent de se soumettre, et, en réalité, ils donnèrent le corps de saint Silvin.
Le secret gardé, la fraude parut réussir ; mais un jour que l'évêque était à Dijon, saint Prudent lui apparut et lui dit : « Eh quoi ! pieux pontife, demeurez-vous satisfait d'un tel échange, et vous plaît-il qu'un autre soit honoré sous mon nom dans le sanctuaire qu'on m'a bâti et sur le siège qu'on m'a élevé ? » L'évêque, surpris, demanda à comprendre, puis convoqua aussitôt les prêtres de Saint-Etienne, et après avoir blâmé leur ruse, il les déclara frappés d'anathème tant qu'ils garderaient les reliques.
Les coupables ainsi humiliés se mirent en devoir d'obéir, et saint Prudent fut reconduit en grande pompe de Dijon à Bèze (931). Ce jour-là un aveugle de Viévigne, nommé Aldegandus, recouvra la vue.
Le 8 juin 1116, le corps de saint Prudent fut porté aux grands plaids de Dieu, tenus entre Lux et Til-Châtel, par Jucerand, évêque de Langres, sous la présidence de Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne, qui fut pape sous le nom de Calixte II, pour mettre fin aux querelles, aux procès et autres maux dont souffrait la province. On le plaça sous un temple de verdure avec d'autres saints, et il se fit là plusieurs grands miracles.
Des parcelles des reliques de saint Prudent ont été accordées, en 1675, à l'église de Châtillon-sur-Seine, et, en 1686, à la ville de Narbonne.
Les reliques de saint Prudent, celles de saint Silvin et de sainte Régisilde, échappées à tous les désastres qui, de siècle en siècle, sont tombés sur l'abbaye de Bèze, enrichissent l'église paroissiale.
Extrait de la Vie des Saints du diocèse de Dijon, par M. l'abbé Replus.
MARTYROLOGES. 123