Saint Pierre d'Alcantara

Confesseur

Fête : 19 octobre 16ᵉ siècle • saint

Résumé

Religieux franciscain espagnol du XVIe siècle, Pierre d'Alcantara est célèbre pour son ascétisme extrême et sa réforme de l'ordre séraphique. Ami de sainte Thérèse d'Avila, il fut un mystique profond, auteur d'un traité sur l'oraison, et manifesta de nombreux dons miraculeux comme la lévitation et la marche sur les eaux.

Biographie

SAINT PIERRE D'ALCANTARA, CONFESSEUR,

DE L'ORDRE DE SAINT-FRANÇOIS

Marchant dès son jeune âge dans l'horreur du péché, évitant la sensualité et les plaisirs dangereux, fuyant le commerce des hommes, il s'adonnait à la contemplation des choses divines, et déjà embrasé de l'amour céleste, il s'initiait en sagesse et en grâce, et, par la maturité de sa conduite, devançait le cours des années.

Bulle de sa canonisation.

Voici l'une de ces fleurs d'une odeur exquise et ravissante, que l'Ordre du séraphique saint François a données à l'Église. Il naquit en Espagne,

l'an 1499, à Alcantara, bourg situé sur les frontières du Portugal et de l'Estramadure, et le lieu le plus considérable de l'Ordre militaire de ce nom. Son père Pierre Garavito, grand et fameux jurisconsulte, en était gouverneur; et sa mère, Maria Villela de Sanabria, y était par ses bonnes mœurs un modèle de vertu pour les habitants. L'un et l'autre étaient alliés aux premières familles d'Espagne. Dès qu'il eut l'usage de la raison, il commença l'exercice de l'oraison mentale; ce qui lui fit aimer la solitude et fuir les divertissements ordinaires aux enfants. Il n'avait pas encore sept ans, qu'on le trouva à genoux derrière les orgues de l'Église, tellement ravi en Dieu, qu'il ne connaissait ni n'entendait personne. Il avait une rare pénétration d'esprit, un naturel doux et agréable et une discrétion qui surpassait son âge. A seize ans, ayant déjà fort bien étudié et même fait un cours de droit canon, il résolut de quitter le monde et de prendre l'habit de Saint-François. Il se présenta donc au couvent de Manjarès, de la province de Saint-Gabriel, près de Valence, lequel étant environné de rochers et de précipices, lui parut plus propre pour s'éloigner du commerce des hommes. Dieu fit connaître par un miracle que cette résolution lui était agréable; car le saint jeune homme, étant parti de ce couvent pour aller prendre l'habit dans un lieu plus éloigné où était son supérieur, et ne trouvant point de batelier pour le passer au-delà de la rivière de Titar, il demanda à Dieu un prompt secours en cette extrémité, et, à l'instant même, il fut transporté de l'autre côté de l'eau par le ministère d'un ange. Pendant son noviciat, il fut le modèle de tous les autres religieux par son zèle admirable pour la pénitence et sa très-profonde humilité.

Lorsqu'il eut fait profession, continuant dans cet esprit de ferveur avec lequel il avait commencé sa vie religieuse, il fut avancé par degrés dans les Ordres sacrés; puis il s'appliqua aux ministères de la prédication et de la confession avec un succès merveilleux. Sa prudence le fit ensuite juger digne de la conduite de ses frères. Il fut donc élu, premièrement gardien en divers couvents, puis définiteur, enfin provincial de sa province de Saint-Gabriel, et on le remit deux fois en cette charge. Mais, comme il aspirait toujours à une vie plus parfaite, il entra dans la Congrégation de Saint-Joseph, qui suivait à la lettre la Règle de Saint-François, et il souffrit de grandes peines pour la soutenir contre ses adversaires et pour la conserver dans son intégrité. Enfin, l'an 1561, qui précéda son décès, ayant été nommé, par le pape Paul IV, vicaire et visiteur général de cette Congrégation, il en assembla le Chapitre, et il l'érigea en province, sous l'obéissance du ministre général de tout l'Ordre séraphique. Voilà, en abrégé, tout le plan de la vie de ce grand personnage. Il faut maintenant, pour connaître à quel degré de sainteté il a plu à Dieu de l'élever, faire connaître les vertus qui ont éclaté dans toute sa conduite.

Son austérité était si extraordinaire, qu'on ne peut en entendre parler sans étonnement. Dès qu'il eut l'habit religieux, il se fit une loi d'avoir toujours les yeux baissés, pour ne point donner entrée dans son cœur à la vanité du siècle: ce qu'il exécuta fidèlement toute sa vie. Il fut bien du temps sans savoir si sa cellule avait un plancher ou non, et de quelle façon était fait le chœur où il entrait à tous moments. Jamais il ne jetait la vue sur personne, ni même sur ses confrères, se contentant de les reconnaître à la voix. Son jeûne était continuel, et à son repas il ne prenait, même dans ses maladies, que du pain et de l'eau. Dans sa vieillesse seulement, il y ajoutait quelques herbes ou légumes à demi cuits, qu'il préparait pour toute une semaine, de peur qu'en s'occupant chaque jour de cela, il ne perdît quelques moments du temps qu'il donnait à l'oraison. Si ces mets lui semblaient trop bons, il y jetait de la cendre ou de l'eau froide pour en ôter le goût. Pour l'ordinaire il ne mangeait qu'un jour sur trois, et quelquefois il en était huit sans prendre aucune nourriture. Cette rigueur était accompagnée d'une autre, qu'il avoua à sainte Thérèse lui avoir donné beaucoup plus de peine; c'était de ne dormir presque point. Il se plaignait du sommeil, parce qu'il fait, disait-il, ce que la mort ne fait pas, qui est de nous séparer de la présence de Dieu; aussi il en prenait le moins qu'il pouvait, et seulement une heure et demie par jour; pendant quarante ans, il n'a jamais dormi que soutenu sur ses genoux, ou assis sur ses pieds et la tête appuyée sur la muraille ou contre une corde tendue d'un bout de la chambre à l'autre. Il ne s'étendait jamais de tout son long, parce que sa cellule était toujours plus courte, plus basse et plus étroite que lui. Pendant l'hiver, qui est quelquefois très-rude en Espagne, il ouvrait la fenêtre et la porte de sa chambre pour ressentir tout le froid, et croyait faire une grande miséricorde à son corps de les refermer après pour s'échauffer. Il marchait toujours les pieds nus et sans sandales. S'il arrivait qu'il se blessât un pied, il prenait une sandale de ce côté-là, sans en prendre de l'autre côté, parce qu'il n'était pas raisonnable que le pied sain fût à son aise, tandis que l'autre était incommodé. En tout temps il allait la tête découverte et s'exposait ainsi à la pluie, à la neige et aux ardeurs du soleil, tant pour honorer la présence de Dieu, qui est partout, que pour imiter l'état de Notre-Seigneur, qui a été nu-tête dans tout le cours de sa Passion. Il ajoutait à toutes ces mortifications le cilice et la discipline; il la prenait deux fois par jour avec des chaînes de fer, qui lui mettaient tout le corps en sang; et, pour son cilice, sainte Thérèse assure que pendant vingt ans il en eut un de lames de laiton percées de tous côtés à la manière d'une râpe. Enfin, tant d'austérités lui avaient tellement desséché et brûlé la peau, qu'elle paraissait plutôt être la peau d'un homme mort que d'une personne vivante.

Ce zèle admirable pour les souffrances venait de l'impression profonde que la Passion de Notre-Seigneur avait faite dans son cœur. En effet, on le voyait souvent prosterné devant une grande croix, les bras étendus et versant des torrents de larmes; et, quelquefois, sa ferveur était si véhémente qu'on le trouvait ravi en extase, et le corps élevé de terre jusqu'aux bras du crucifix. Il y parut un jour tout couvert de flammes qui sortaient de l'ardeur dont son cœur était embrasé; et, alors, la croix s'enflamma aussi de ce même feu et devint toute rayonnante: ce qui marquait assez les communications amoureuses de Notre-Seigneur avec son serviteur. Il tâchait aussi d'inspirer à tout le monde la dévotion envers cet adorable mystère; et, pour y réussir, il plantait des croix dans tous les endroits qu'il lui était possible; et quelque grandes et pesantes qu'elles fussent, il les portait lui-même sur ses épaules jusqu'aux lieux où elles devaient être placées: ce qui le mettait tout en sang, parce que ces croix, posant sur son cilice de laiton percé, lui déchiraient la peau et en faisaient couler le sang en abondance. La première qu'il eut le bonheur d'arborer, fut sur la montagne de Gata, dans l'Estramadure. Les anges l'aidèrent sans doute à la porter; car, quoiqu'elle fût extrêmement grande et d'un poids au-dessus de ses forces, il ne souffrit pas, néanmoins, qu'aucun homme lui donnât du secours; depuis le milieu de la montagne il la porta à genoux, et alla ensuite les pieds nus sur la pointe du rocher où jamais personne n'était monté, et qui était tout couvert de cailloux et de ronces. Il en fit de même sur plusieurs autres montagnes voisines, où il assemblait les peuples, leur prêchait les mystères de la croix, et leur imprimait, par ce moyen, de grands sentiments de composition et de pénitence. C'était principalement sur ces montagnes, où il avait coutume de se retirer pour faire son oraison, qu'il plaisait à la divine Bonté de le visiter et de lui apprendre la science des Saints. Les bergers l'y ont vu plusieurs fois élevé en l'air à la hauteur d'une pique ou des plus grands arbres de ces forêts.

Ces excellentes lumières, qu'il recevait de Dieu, ne servaient qu'à le rendre plus humble. Il avait toujours ces paroles à la bouche : « Je parlerai à mon Seigneur, quoique je ne sois que poudre et que cendre. Souvenez-vous, mon Dieu, s'il vous plaît, que vous m'avez fait de boue et que je dois retourner dans la même boue ». Il se maintint toute sa vie dans la soumission d'un novice; étant même supérieur, il s'abaissait aux plus vils offices de la maison et reconnaissait ses fautes devant son vicaire, qu'il priait de lui imposer des pénitences publiques. Il se plaisait à porter l'aumône aux pauvres à la porte du couvent, et prenait cette occasion pour les instruire et pour les consoler. L'empereur Charles-Quint et Jeanne, princesse de Portugal, sa fille, l'ayant choisi pour leur confesseur, il refusa constamment cet emploi, que tout autre eût ambitionné comme un degré aux premières dignités de l'Église : ce qui fit dire à ce grand prince, que Pierre n'était pas de ce monde, mais un homme tout céleste et tout abîmé en Dieu.

Son amour pour la pauvreté était extrême: il ne pouvait considérer celle de Jésus-Christ naissant et mourant, qu'il ne ressentit une ardeur incroyable de l'imiter. Il était ravi quand tout lui manquait et que son indigence l'obligeait à souffrir quelque chose. Il n'avait qu'un habit fort court et fort étroit, et un manteau si court qu'il ne lui couvrait pas la main lorsqu'il étendait le bras; l'un et l'autre étaient de très-mauvaise étoffe, et souvent couverts de pièces. Dans sa cellule, il n'y avait qu'une Bible, une croix de bois sans façon, et une pauvre courge avec des instruments de pénitence. Encore croyait-il être trop riche, et regardait-il ces meubles comme un bien qui ne lui était que prêté: ce qui fit qu'il se dessaisit de tout avant sa mort entre les mains de son gardien. Il se refusait les choses les plus nécessaires, et même une monture pour ses voyages, dans des temps où il pouvait à peine marcher sans le secours d'un religieux. Il faisait son possible pour avoir à ses repas le pain le plus dur et le plus noir du couvent, et croyait encore qu'il ne l'avait pas mérité et qu'il en était indigne. Il exhortait ses religieux à se contenter de peu de choses, et à se réjouir lorsqu'ils étaient dans la nécessité. Les couvents qu'il faisait bâtir paraissaient plutôt des cabanes ou des nids d'oiseaux que des logements pour des hommes. Celui du Pedroso, au diocèse de Plasencia, n'avait que trente-deux pieds de long et vingt-huit pieds de haut, et on eût pris les cellules pour des sépulcres; les portes étaient si étroites qu'on n'y pouvait passer sans incommodité. Les ouvriers lui représentèrent cet inconvénient, mais il leur dit qu'il le fallait ainsi, afin qu'on se souvînt que la porte du ciel est fort étroite. Il ne voulait point que les ornements de ses églises fussent de toile d'or, d'argent ni de soie, mais de laine seulement. Enfin, ce fut lui qui fortifia sainte Thérèse dans son premier dessein de ne point prendre de fonds ni de rentes dans ses monastères, lui écrivant pour cela cette belle lettre du 14 avril 1562, où il lui dit que c'est faire injure à Dieu de craindre qu'il n'assiste pas les pauvres évangéliques, après les promesses authentiques qu'il en a faites lui-même dans l'Évangile.

Sa constance dans la chasteté parut avec éclat lorsque, étant violemment tenté contre cette vertu, il se mit tout le corps en sang avec des épines et se jeta ensuite jusqu'au cou dans un étang glacé; il remporta, par ce moyen, une glorieuse victoire sur son ennemi, et son nom est demeuré à l'étang où il s'était plongé. Son oraison fut très-éminente. Dès le commencement, il se mit par l'oraison dans le recueillement et la présence de Dieu, ce qui l'entretenait dans une paix profonde. De là, il fut élevé à une union si étroite avec Dieu, que son âme fut tout inondée des torrents délicieux qui coulent de cette source éternellement vive. Souvent elle était ravie et portée jusque sur la couche royale de l'Époux céleste, où elle n'avait plus d'autre opération que de sentir et de jouir. Cet état fut suivi d'un amour violent mais crucifiant, qui lui venait des impressions intimes et délicates de la divinité. Alors, ne pouvant arrêter les mouvements de cette ardeur, il poussait des soupirs et jetait des cris si hauts et si éclatants, qu'ils mettaient ses confrères dans la crainte et dans l'admiration. Ce même amour excitait aussi quelquefois un tel incendie dans sa poitrine, qu'il était obligé de sortir de sa cellule pour s'exposer au grand air, afin d'en tempérer la véhémence. Les extases et les ravissements accompagnaient aussi ces impressions, et ils lui étaient si ordinaires, qu'à peine, pendant l'oraison, avait-il l'usage des sens et l'application aux choses du dehors. Il mérita ce grand recueillement par un silence presque continu, et il s'accoutuma à ce silence en portant plus de trois ans de petites pierres dans sa bouche, « parce que », disait-il, « la vie et la mort sont attachées au mouvement de la langue ».

Il ne faut pas s'étonner si saint Pierre d'Alcantara, étant ainsi prévenu et pénétré de Dieu, portait avec lui une bénédiction qui le faisait réussir dans tout ce qu'il entreprenait. Il prêchait d'une manière si touchante et si pathétique, que les cœurs les plus endurcis se rendaient à ses exhortations et entraient, par ce moyen, dans les voies de la pénitence. Étant à la cour de Don Jean III, roi de Portugal, où ses supérieurs l'avaient envoyé à l'instance de ce prince, il est impossible d'exprimer le bien qu'il y fit, et la grande quantité de personnes de l'un et de l'autre sexe qu'il attira au service de Dieu, ou qu'il porta à embrasser la vie religieuse dans les monastères les plus réformés. Par son conseil, la reine Catherine fit de son palais une école de vertu et de dévotion. L'infant Don Louis, frère du roi, fit bâtir le couvent de Salvaterra en sa faveur, et s'y retira pour y vivre comme le plus pauvre religieux, après avoir vendu ses meubles et son équipage, payé ce qu'il avait de dettes, et fait vœu solennel de pauvreté et de chasteté. L'infante Marie, sœur de ce prince, fit aussi vœu de chasteté, et employa tous ses biens au service de Notre-Seigneur. Outre ces liaisons qu'il eut avec les premières personnes du Portugal, il en eut encore de très-étroites avec saint François de Borgia et avec sainte Thérèse, à laquelle il fut d'un grand secours dans les voies extraordinaires par lesquelles Dieu l'attirait à lui. Ces fonctions éclatantes ne l'empêchèrent pas d'exercer sa charité envers les pauvres et les étrangers. Dieu lui donna pour ceux-ci le don des langues, dont il se servit avantageusement pour leur expliquer les mystères de notre foi et les maximes de la sainte Écriture; et pour les pauvres, il les visitait dans les hôpitaux et leur rendait toutes les assistances spirituelles et temporelles qui lui étaient possibles.

Mais le plus grand fruit qu'il ait procuré à l'Église a été de contribuer, avec plusieurs autres serviteurs de Dieu, à la réforme de l'Ordre de Saint-François, en établissant avec eux la Province de Saint-Joseph, dans l'étroite observance de la Règle, que cet homme séraphique a reçue du ciel.

Cette réforme a fait, depuis ce temps-là, des progrès si merveilleux, qu'elle s'est étendue, non-seulement dans toute l'Europe, mais aussi jusqu'aux dernières extrémités du Japon et des Indes orientales : de sorte qu'elle a réparé avec avantage les ravages que les hérétiques, contre lesquels il semble que Dieu l'ait voulu opposer, avaient faits dans la France, l'Angleterre et l'Allemagne.

On peut encore mettre au nombre des services que saint Pierre a rendus à la religion chrétienne, son *Traité de l'Oraison*, qu'il composa, à l'instance de dom Rodrigue de Chaves, gentilhomme de qualité et très-pieux. Il ne fut pas plus tôt publié, que les religieux les plus réformés le prirent pour leur exercice; et c'est sa lecture qui a porté le R. P. Louis de Grenade, ami de notre Saint, à se consacrer à la composition de ces beaux ouvrages spirituels qu'il a mis au jour, et qui ont été cause du salut de tant d'âmes. Le pape Grégoire XV en a rendu ce témoignage authentique, qu'il renfermait une lumière très-claire et très-pure pour conduire les âmes au ciel, et que le Saint-Esprit avait gouverné sa plume pour en écrire chaque article. Ce pieux pontife lui donna le nom de docteur, et le fit peindre avec le Saint-Esprit en forme de colombe, lui dictant à l'oreille une doctrine si admirable.

Saint Pierre reçut dès cette vie des faveurs extraordinaires de la bonté de Notre-Seigneur. Un jour qu'il lisait la messe, en présence de sainte Thérèse et d'Isabelle d'Ortega, qui se fit depuis carmélite, saint François et saint Antoine de Padoue furent vus par la Sainte lui servir de diacre et de sous-diacre, lorsqu'il vint la communier avec sa compagne. Une autre fois, un célèbre prédicateur de l'Ordre de Saint-Dominique, qui honorait sa vertu, mais ne le croyait pas dans un si haut degré de sainteté, le vit, accompagné d'une multitude d'anges, qui le suivaient partout et lui rendaient toutes sortes de services. Jésus-Christ l'honora lui-même quelquefois de sa visite; de quoi la même sainte Thérèse rend témoignage. Entre autres, il le fit dans la maison d'un grand seigneur, en présence d'une femme pieuse qui, voyant ce divin Maître, s'écria : « Comment, Seigneur, votre Majesté infinie daigne-t-elle bien venir ici? » Mais il lui répondit : « Où voulez-vous que j'aille, sinon aux lieux où je trouve mes élus? »

Notre Saint avait éminemment le don de prophétie et celui des prodiges et des miracles. Nous avons dans les historiens de sa vie un grand nombre de prédictions qu'il a faites et qui ont été heureusement accomplies. Il connaissait les choses les plus secrètes et les plus éloignées. Il lui était ordinaire de ne ressentir aucun effet des orages et des tempêtes qui s'élevaient dans les lieux où il était, et il obtenait la même grâce pour ceux de sa compagnie. Souvent la pluie avait tant de respect pour sa personne, que, tombant tout autour de lui, elle n'arrivait pas jusqu'à lui. Ayant été un jour surpris par la neige dans la campagne, les anges lui en formèrent une petite chapelle, où il passa paisiblement la nuit avec ses confrères. Il a passé le Tage en marchant sur les eaux à pied sec, en un temps où le marinier ne voulait pas se hasarder à le passer avec son bateau. La même chose lui est encore arrivée en d'autres occasions. A sa prière, le bâton dont il s'était servi allant à Rome, et qu'il planta au couvent du Pedroso, fut changé en un bon figuier : son fruit, ainsi que celui de plusieurs autres, qui en sont des rejetons, est devenu une source de santé pour les malades. On l'appelle le figuier aux miracles. Par la force de son oraison et de ses pénitences il obtenait de Dieu le temps propre pour les biens de la terre,

SAINT PIERRE D'ALCANTARA, CONFESSEUR.

et, par ce moyen, il a souvent empêché les fléaux de la stérilité et de la famine; ce qu'il fit surtout une fois en faveur du royaume de Valence. En effet, ses prières étaient si puissantes auprès de Dieu, que sainte Thérèse assure avoir appris de son Époux céleste, qu'il ne pouvait rien refuser de ce qui lui était demandé par son entremise; elle-même l'appelait Saint, tout vivant qu'il était, et avait souvent recours à ses intercessions.

Enfin, il plut à Dieu de mettre fin à ses travaux, et de le couronner de la gloire immortelle. Étant donc venu à Villa-Viciosa, il y fut atteint d'une fièvre aiguë qui prit bientôt un caractère alarmant. Hors d'état de procurer au malade un traitement convenable, les religieux songèrent au comte de Oropesa qui le fit aussitôt transporter à son château. Le mal augmentant toujours, Pierre demanda d'être transporté au couvent d'Arenàs. Là, il demanda le saint viatique, qu'il reçut les genoux en terre, en versant des torrents de larmes, quoiqu'il fût dans une extrême faiblesse. Peu de temps après, on lui administra l'Extrême-Onction; et alors il entra dans un grand ravissement, où il eut le bonheur de voir la sainte Vierge, accompagnée de saint Jean l'Évangéliste, et reçut d'elle les assurances de son salut éternel; ainsi, après avoir donné des marques admirables de pénitence, d'humilité, de résignation et de pur amour pour Dieu, il rendit son âme chargée d'un trésor infini de mérites, en disant ces paroles du Psaume: « Je me suis réjoui dans les bonnes nouvelles que l'on m'a annoncées, savoir, que nous irons dans la maison du Seigneur ». Ce fut le 18 octobre 1562, dans la soixante-troisième année de son âge; il en avait passé quarante-sept en religion.

On le représente : 1° marchant sur les eaux avec un de ses religieux; 2° avec une colombe qui lui parle à l'oreille, pour exprimer les dons merveilleux qui le distinguèrent dans la prédication, la direction des âmes et ses fréquentes prophéties.

## CULTE ET RELIQUES.

Aussitôt après sa mort, le Saint apparut tout éclatant de gloire à sainte Thérèse et à plusieurs autres personnes. Au moment où il expira, une odeur suave s'exhala de sa personne; une lumière surnaturelle éclaira sa cellule, et les anges firent entendre une céleste mélodie. La nouvelle du trépas de l'illustre religieux, promptement répandue dans le royaume, causa en Espagne une douleur qui se propagea au loin et s'étendit jusqu'en Portugal. Le corps, placé sur un lit funèbre, fut visité par un nombre immense de fidèles qui voulaient considérer une dernière fois celui qui avait passé en faisant le bien. Comme le Saint n'avait rien laissé, il fut impossible de satisfaire aux pieux désirs des visiteurs qui demandaient à l'envi quelque chose qui lui eût appartenu. Quelques lambeaux découpés dans sa tunique furent les seules reliques distribuées. Plusieurs guérisons miraculeuses obtenues près du lit funèbre accrurent encore l'émotion publique.

Le Saint fut inhumé dans l'église des Franciscains d'Arenas, à quelques pas de l'autel, mais dans un local particulier, en une terre séparée et distincte de toute autre sépulture. On eut soin d'envelopper la tête d'un voile blanc. Les malades vinrent se recommander à cet ami de Dieu, et de nombreuses guérisons miraculeuses autorisèrent la confiance toujours croissante des fidèles. Des instances très-actives furent faites auprès des Pères, en vue d'obtenir que le corps fût transféré en un lieu plus digne. Les religieux s'y refusèrent, ne voulant pas préjuger la décision du Siège apostolique. Toutefois, quatre ans après la mort du Saint, le Provincial ouvrit le tombeau et trouva le corps sans corruption, en bon état, et exhalant un doux parfum. Les cheveux, autrefois blancs, avaient pris une teinte fortement dorée; les yeux conservaient l'éclat et le feu qu'ils avaient eus après la mort du Saint, et le corps distillait une liqueur odorante. Après avoir vénéré les saints ossements, le Provincial les remit à leur place et les fit couvrir de chaux vive, afin de consumer les chairs. On recouvrit ensuite la fosse de terre; mais, instruits du miraculeux état de conservation du corps, les fidèles, affluant en plus grand nombre que jamais, emportaient la terre et l'enlevaient en si grande quantité, qu'il fallut plusieurs fois la renouveler.

Pendant plusieurs années, les choses demeurèrent en cet état; mais les prodiges opérés au tombeau du Saint devinrent si nombreux que les religieux crurent devoir solliciter de dom Pedro

Fernandez de Ternino, évêque d'Avila, l'autorisation de placer les reliques sacrées dans un lieu plus décent. Le Prélat ayant accédé à cette demande, le Provincial, assisté d'un grand nombre de religieux, procéda à l'ouverture du sépulcre. Le saint corps, intact en quelques parties, fut trouvé en quelques autres attaqué par l'action de la chaux. Les os étaient comme imprégnés de cette liqueur odorante surnaturelle déjà mentionnée. Les reliques, enveloppées avec beaucoup de précaution dans un tissu blanc, furent recueillies dans une chasse très-belle, et ensuite placées près de l'autel, dans une niche que l'on mura avec des briques. Le Provincial, avant de fermer la chasse, détacha du corps une très-petite relique qui, plongée dans de l'eau, donnait à celle-ci la vertu d'opérer des guérisons miraculeuses.

Au commencement du XVIIe siècle, quarante ans après la mort du Saint, la vénération qui s'attachait à sa mémoire augmentait encore. On venait de tous les points du royaume ou remercier le Bienheureux, ou lui demander des grâces. L'invocation de son nom produisait des cures miraculeuses jusque dans les Indes. Des pèlerins passaient les mers pour venir vénérer ses reliques. Le couvent d'Arenas était devenu l'un des sanctuaires les plus fréquentés du royaume.

Quelque temps après on construisit dans l'église des Pères d'Arenas une chapelle spéciale où le corps pût être déposé. Le souverain Pontife en ayant autorisé la translation, l'évêque d'Avila se rendit à Arenas le 15 décembre 1616. Il fit retirer la chasse de la muraille où elle avait été déposée, et après avoir déplié les saints ossements, il présenta à la vénération des fidèles la tête du Saint, qui exhala aussitôt un parfum miraculeux qui se répandit au loin et parfuma toute l'église. Les saintes reliques, enveloppées par le Prélat dans un riche tissu de soie, furent renfermées dans une chasse nouvelle, plus somptueuse que la première, puis déposées sur le principal autel. Le lendemain eut lieu la bénédiction de la chapelle, et ensuite une procession solennelle dans laquelle fut portée la chasse du Saint au milieu de l'allégresse publique. La puissance du Saint sembla se manifester et se développer en proportion des hommages qui lui étaient rendus. De nouveaux miracles, plus éclatants, plus nombreux, provoquèrent de nouvelles manifestations populaires. La gloire de notre Bienheureux prit un caractère national. Le vœu public appelait sur lui la suprême consécration de la sainteté. Déclaré Bienheureux par le pape Grégoire XV, le 18 avril 1622, il fut inscrit au Catalogue des Saints par le pape Clément IX. La solennité de la canonisation se fit dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, le 4 mai 1669. Le pape Clément IX étant décédé peu après, la bulle de canonisation ne fut publiée que l'année suivante par le pape Clément X, son successeur, le 19 mai 1670. La fête du Saint se célèbre le 19 octobre, sous le rit double.

Nous nous sommes servi, pour compléter cette biographie, de la Vie du Saint, par un membre du Tiers Ordre de Saint-François. — Cf. Vie du Saint, par le Père Talon, de l'Oratoire, et par Fauvel, etc.

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## SAINT AQUILIN DE BAYEUX,

### ÉVÊQUE D'ÉVREUX ET CONFESSEUR (vers 693).

Aquilin naquit à Bayeux, vers l'an 620, de parents nobles qui lui donnèrent une excellente éducation. Lorsqu'il fut en âge d'être établi dans le monde, on lui fit épouser une femme digne de lui. Il alla servir dans les armées pendant les guerres que Clovis II fit aux barbares qui menaçaient les frontières de ses États. La guerre finie, il revint dans sa patrie. En arrivant à Chartres, il trouva sa femme qui était venue au-devant de lui. Ils remercièrent Dieu, l'un et l'autre, de la grâce qu'il leur faisait de se revoir ; ils résolurent de ne plus vivre que pour lui et ils s'engagèrent par un vœu à passer le reste de leur vie dans la continence. Ils se retirèrent à Évreux, dont l'église était alors gouvernée par saint Elerne. Là ils se consacrèrent uniquement aux bonnes œuvres ; ils firent de leur maison une espèce d'hôpital et employèrent leurs biens à soulager les malades et tous ceux qui étaient dans le besoin.

Saint Elerne étant mort quelque temps après, Aquilin fut élu pour lui succéder, et l'on crut voir revivre en lui son prédécesseur dont la mémoire était en bénédiction. Ce fut alors que l'on connut qu'il en agissait avec sa femme comme si elle eût été sa sœur. Il remplit avec fidélité tous les devoirs de l'épiscopat. Mais comme il craignait que les fonctions du ministère n'affaiblissent en lui la ferveur, il se fit construire une petite cellule à quelque distance de son église, et il allait s'y renfermer de temps en temps pour ranimer sa piété et s'entretenir dans le recueillement. Il priait sans cesse pour les péchés de son peuple : sa pénitence était fort austère ; il affligeait son corps par de longues veilles et par des jeûnes rigoureux. Son amour pour la pauvreté paraissait

dans tout son extérieur. Il se proposait surtout pour modèles saint Martin de Tours et saint Germain d'Auxerre. Tant d'éminentes vertus furent récompensées par le don des miracles. En 689, il assista au concile de Rouen qui avait été assemblé par saint Ansbert, son métropolitain. Dans les dernières années de sa vie, il fut affligé de la perte de la vue. Il regarda cet accident comme une grâce de Dieu qui voulait le préserver de bien des dangers ; on dit même qu'il l'avait souvent demandée au ciel dans ses prières. Quoi qu'il en soit, il ne diminua rien de son zèle, et continua toujours d'exercer les fonctions épiscopales. Enfin il mourut à la fin du VIIe siècle (vers 695), après quarante-deux ans d'épiscopat, et fut inhumé dans une église qu'il avait élevée dans un faubourg d'Évreux. Depuis, cette église est devenue paroissiale sous le nom de Saint-Aquilin. On dit que Goubert, évêque d'Évreux, déroba ses reliques à la fureur des Normands, en les transportant en Auvergne. Saint Bernou les reçut à Gigny, en Bourgogne, où elles ont été conservées. Saint Aquilin est honoré le 19 octobre. Sa fête se célèbre en Franche-Comté, sous le rite semi-double, et à Évreux sous le rite double mineur.

On le représente agenouillé devant un autel avec sa femme ; c'est pour rappeler le vœu qu'ils firent de vivre dans la continence.

Propre d'Évreux et Godescard.

Date de fête

19 octobre

Époque

16ᵉ siècle

Décès

18 octobre 1562