Saint Florent de Strasbourg

Évêque de Strasbourg, Fondateur et Abbé de Haslach et de Saint-Thomas

Fête : 7 novembre 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Originaire des îles britanniques, Florent se retira en Alsace comme ermite avant de guérir la fille du roi Dagobert II. Devenu évêque de Strasbourg à la fin du VIIe siècle, il fonda les monastères de Haslach et de Saint-Thomas. Il est considéré comme un nouvel apôtre de l'Alsace pour son zèle contre l'idolâtrie.

Biographie

SAINT FLORENT, ÉVÊQUE DE STRASBOURG,

FONDATEUR ET ABBÉ DE HASLACH ET DE SAINT-THOMAS

Vers 693. — Pape : Sergius Ier. — Roi de France : Clovis III.

Validiora sunt exempla quam verba.

Les exemples sont plus efficaces que les paroles.

Davis le Chartreux.

Après la mort de saint Arbogaste, Dagobert II offrit le siège de Strasbourg à saint Wilfrid, évêque d'York, qui eut la générosité de le refuser; alors le pieux monarque jeta les yeux sur saint Florent, dont la réputation était déjà étendue dans toute la basse Alsace. Celui-ci naquit en Écosse, ou plutôt en Irlande, cette île si féconde en Saints, qui a fourni à la Gaule tant d'hommes apostoliques.

Issu d'une des plus illustres familles du pays, il avait reçu en naissant tout ce qui peut flatter l'ambition : mais la Providence ne lui avait départi les avantages de la nature que pour rendre plus glorieux le triomphe de la grâce. Ses historiens nous le représentent dès sa naissance comme un enfant de bénédictions. Entouré des exemples édifiants de ses pieux parents, Florent, peu sensible aux espérances qui l'attendaient dans le monde, et frappé des dangers qui l'y menaçaient, choisit le Seigneur pour son partage et renonça généreusement à tous les avantages de la terre. Mais pour rendre son sacrifice plus parfait encore, il quitta ses parents et sa patrie même, et chercha dans la solitude les véritables moyens de se sanctifier. La Providence le conduisit en Alsace, et il vint s'établir dans une petite vallée au pied d'une montagne dite Ringelberg, sur le ruisseau de Hasel. Il y bâtit une petite cellule et y mena une vie très-mortifiée.

Plusieurs historiens donnent à Florent, pour compagnon, un saint prêtre, nommé Fidèle, qui devint dans la suite archidiacre de son église. Notre Saint ne sortait de sa cellule que pour aller de temps en temps travailler au salut des âmes. Son zèle fut couronné d'un succès complet, et le roi Dagobert II, qui habitait alors son palais de Kirchheim, l'appela à la cour et le combla de faveurs. Ce prince avait une fille aveugle et muette, à laquelle le Saint rendit la vue et l'usage de la parole. Cependant notre Saint voulut bientôt retourner dans son désert. Sa vertu y brilla du plus vif éclat et il lui survint de toutes parts des chrétiens pour se mettre sous sa conduite. Florent, muni des libéralités de Dagobert, fonda, à une demi-lieue de sa cellule, le monastère de Haslach et y rassembla ses disciples. L'histoire ne nous dit pas combien d'années il passa ainsi à la tête de sa communauté; mais après la mort de saint Arbogaste et le refus de saint Wilfrid d'accepter l'évêché de Strasbourg, le roi nomma à ces importantes fonctions Florent, dont il avait appris à connaître la sainteté. Le clergé et le peuple applaudirent à ce choix : mais Florent, effrayé du poids d'une responsabilité qui lui paraissait au-dessus de ses forces, refusa d'accepter; il fallut toute l'autorité du roi et les instances du clergé pour triompher de son opiniâtreté et vaincre sa modestie.

On eut lieu de se féliciter de cet heureux choix : car Florent se montra le digne successeur des Amand et des Arbogaste, en conduisant les fidèles dans le sentier de la vraie foi et en formant un clergé religieux et savant. Ses travaux lui méritèrent le nom de nouvel apôtre de l'Alsace. Il combattit avec force l'idolâtrie, mal domptée ou renaissant de ses cendres, déracina les abus accrédités, réforma les désordres et réprima la licence des mœurs. Les peuples, touchés de ses exemples et entraînés par la force de son éloquence, se convertissaient ; le vice n'osait plus se montrer et devenait odieux, parce que Florent savait rendre la vertu aimable.

La renommée publia bientôt partout les merveilles qu'opérait en Alsace le saint évêque de Strasbourg, et attira de nouveaux anachorètes du fond de l'Écosse et de l'Irlande, qui accoururent pour jouir de la présence et des exemples de leur ancien compatriote. L'évêque, pour les fixer près de lui, leur fit bâtir hors de l'enceinte des murs de Strasbourg, un hospice auquel il ajouta une église, qu'il dédia à l'apôtre saint Thomas. Cet hospice, converti d'abord en monastère, devint plus tard un chapitre de chanoines, qui fut longtemps célèbre par le grand nombre de nobles Alsaciens qui y entrèrent, et dont plusieurs furent élevés sur le siège épiscopal de Strasbourg.

Il paraît que saint Florent connut par une révélation particulière le moment de sa mort : il fit alors assembler son clergé et lui annonça que sa fin était proche. Comme un tendre père, il réitéra à ses disciples de Haslach et de Saint-Thomas les leçons qu'il leur avait données, et les exhorta à être fidèles à leur vocation. Alors, adressant la parole au clergé de sa cathédrale, il lui recommanda de même de remplir scrupuleusement les obligations qu'impose l'état ecclésiastique. Le saint pontife mourut, selon les anciens martyrologes, bréviaires et calendriers, le 7 novembre, vers l'an 603.

On représente saint Florent : 1° entouré de divers animaux. Comme il cultivait un petit terrain auprès de son ermitage et que les bêtes de la forêt y faisaient du dégât, on prétend qu'il leur défendit de franchir l'enceinte, et que ces animaux, respectant son ordre, s'arrêtaient près de là, s'y rassemblaient même, sans dépasser les limites marquées par le solitaire ; 2° guérissant la fille du roi d'Austrasie, comme nous l'avons rapporté ; 3° monté sur un âne. Dagobert lui ayant envoyé un cheval, avec prière de se rendre au palais, le Saint ne voulut point d'autre monture que son âne, et son humilité fut récompensée par des miracles ; 4° portant une petite église sur la main, comme fondateur d'abbayes.

On l'invoque à Strasbourg contre les hernies et la pierre ; nous n'avons pas réussi à nous rendre compte du motif de cette confiance.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS.]

Son corps fut enterré d'abord dans l'église de Saint-Thomas. Les hommages publics accompagnèrent le bienheureux prélat au tombeau, et le jour de sa pompe funèbre devint presque aussitôt le premier jour de son culte. On célébrait sa fête dans tout le diocèse de Strasbourg au commencement du IXe siècle, et c'est alors que l'évêque Rachion transféra son corps de l'église de Saint-Thomas dans celle de Haslach. Il s'opéra plusieurs miracles lors de cette translation.

Les religieux de Saint-Thomas furent singulièrement affligés de se voir privés de cette relique, et, pour s'en dédommager et attirer de nouveau la foule, qui ne visitait plus leur église depuis cette translation, ils eurent recours à une fraude, que la religion réprouvait aussi bien que la morale. Ils firent courir le bruit que l'évêque Rachion avait à la vérité tenté d'enlever le corps de saint Florent, mais qu'il en avait trouvé moyen de le cacher à Saint-Thomas, et qu'ainsi il était toujours conservé dans leur église. Cette prétention, malgré sa fausseté, trouva crédit près du peuple, et l'évêque Darcard, voulant mettre un terme à la supercherie et faire triompher la vérité, se rendit à Haslach avec Berthold, custode de la cathédrale et prévôt de Haslach, Meinhard, abbé de Marmoutier, et Offen, abbé d'Altorf. On ouvrit en leur présence le tombeau de saint Florent, le 26 octobre 1143, et on y trouva le corps entier.

Darcard fit dresser acte public de tout ce qui s'était passé et imposa silence aux prétentions des chanoines de Saint-Thomas ; mais ceux-ci, bien loin d'y renoncer, soutinrent qu'ils en avaient conservé seulement le chef et l'exposaient même à la vénération publique. L'évêque Berthold de Buchock, afin de réprimer ces abus, publia deux mandements, du 22 novembre 1350 et du 5 mars 1353 : il fallut l'autorité impériale pour maintenir la collégiale de Haslach dans la possession du corps entier de saint Florent.

L'empereur Charles IV se trouvait à cette époque en Alsace ; étant venu à Molsheim le 6 novembre 1353, et ayant appris qu'on célébrait le lendemain la fête de saint Florent à Haslach, il s'y rendit, accompagné de Gerlach, archevêque de Mayence, d'Albert, évêque de Wurtzbourg, et de Jean de Lichtenberg, son secrétaire, prévôt de la cathédrale de Strasbourg. Il fit ouvrir la châsse de saint Florent, qui était enrichie d'or et d'argent : on y trouva le corps entier du Saint ; les titres les plus authentiques décidèrent en faveur de la tradition, et le monarque, après avoir fait dresser acte de cette visite, attesta que le corps de saint Florent existait à Haslach et nulle part ailleurs, menaçant de son indignation royale ceux qui prétendraient le contraire.

Les chanoines de Haslach, par reconnaissance, lui firent présent du bras droit du bienheureux pontife, et l'empereur emporta cette relique à Prague. Cinq ans après, l'archiduc Rodolphe, landgrave d'Alsace, obtint la moitié du bras gauche du saint évêque.

La châsse de saint Florent fut enlevée de Haslach, en 1525, par George Schulleiss, de Rosheim, qui s'était mis à la tête des rustres révoltés. Après en avoir jeté les ossements vénérables, il la transporta à la commanderie de Saint-Jean près de Dorlisheim, où il partagea avec ses soldats l'or, l'argent et les pierreries dont elle était enrichie. Le corps de saint Florent fut depuis retrouvé et

replacé ; il a été préservé des désastres de la Révolution, et est encore de nos jours dans l'église de Haslach l'objet de la vénération des peuples.

L'église de Haslach, fondée par saint Florent, tombait en ruines pendant le XIe siècle, et on en commença la reconstruction en 1274. Ce travail fut interrompu, en 1287, et repris en 1294. On en confia la direction à un des fils du célèbre Erwin de Steinbach, architecte du portail de la cathédrale de Strasbourg, et elle ne fut achevée qu'en 1335. La façade occidentale, surmontée d'une flèche élégante, fut privée de cet ornement par les Suédois qui mirent le feu à cette église, en 1633, et détruisirent en même temps les bâtiments des chanoines.

L'église, construite dans le style gothique, a trois nefs. Le chœur, qui est très-profond, est divisé en deux parties. À l'entrée du sanctuaire on voit le tombeau de saint Florent, et, au-dessous, celui de l'évêque Rachion, qui avait fait transférer les reliques du Saint à Haslach. Les connaisseurs admirent les vitraux du chœur, qui sont d'une grande beauté et peints avec beaucoup de délicatesse.

Extrait des Saints de l'Alsace, par M. l'abbé Hunckler. — Cf. Bucelin, Germania Sacra ; Louis, Vie de saint Florent ; Grandidier, Histoire de l'Église de Strasbourg.

Événements marquants

  • Naissance en Écosse ou Irlande
  • Retraite érémitique au Ringelberg en Alsace
  • Guérison de la fille aveugle et muette du roi Dagobert II
  • Fondation du monastère de Haslach
  • Élection au siège épiscopal de Strasbourg après le refus de saint Wilfrid
  • Fondation de l'hospice et de l'église Saint-Thomas à Strasbourg
  • Annonce prophétique de sa mort à son clergé

Miracles

  • Guérison de la fille aveugle et muette de Dagobert II
  • Obéissance des animaux de la forêt respectant les limites de son champ
  • Multiples miracles lors de la translation de ses reliques

Citations

Validiora sunt exempla quam verba.

— Davis le Chartreux (cité en exergue)