Saint Denis d'Alexandrie (le Grand)

Évêque d'Alexandrie, Docteur de l'Église

Fête : 17 novembre 3ᵉ siècle • sainte

Résumé

Élève d'Origène et évêque d'Alexandrie au IIIe siècle, saint Denis fut un pasteur infatigable surnommé 'le Grand'. Il traversa les persécutions de Dèce et de Valérien, alternant entre exils et direction clandestine de son diocèse. Grand théologien, il combattit de nombreuses hérésies et œuvra pour l'unité de l'Église jusqu'à sa mort en 265.

Biographie

SAINT DENIS, ÉVÊQUE D'ALEXANDRIE

Saint Basile et les autres Grecs donnent ordinairement à saint Denis le titre de Grand, et saint Athanase l'appelle le docteur de l'Église catholique. Ses parents étaient riches et distingués dans le monde. Il naquit à Alexandrie, qui était alors le centre des sciences. Dans sa jeunesse, il parcourut avec succès les différentes branches de la littérature profane, et le désir qu'il avait d'apprendre le conduisit insensiblement à connaître le ridicule et l'impiété du paganisme dans lequel il était né. Les Épîtres de saint Paul, qu'il voulut lire, lui offrirent des charmes qu'il n'avait point trouvés dans les écrits des philosophes : son cœur fut touché en même temps que son esprit était éclairé. Enfin il quitta l'idolâtrie et se fit chrétien. Il nous apprend lui-même qu'il dut sa conversion à une voix qui se fit entendre à lui dans une vision, ainsi qu'à son amour pour des lectures réfléchies et à l'impartialité avec laquelle il examinait les diverses opinions.

Son changement fut si parfait qu'il ne voulut plus vivre que pour Dieu. Il foula aux pieds toute la gloire du monde; il méprisa les avantages qu'il devait se promettre de sa naissance, de son mérite et des premières dignités. Il se mit au nombre des disciples d'Origène, qui tenait l'école des catéchèses à Alexandrie. Ses progrès dans la science de la religion et de la piété le firent élever au sacerdoce. Il fut chargé de la même école en 231, l'année qu'Héraclas, qui avait aussi exercé cet emploi, fut élu évêque d'Alexandrie; et, en 248, il lui succéda sur le siège de cette ville.

Le règne de Philippe avait été favorable aux chrétiens, mais la paix dont ils jouissaient fut troublée par l'exaltation de saint Denis. Une persécution excitée par la populace d'Alexandrie fit répandre dans cette ville le sang de plusieurs fidèles. Peu de temps après, Décius massacra Philippe et prit la pourpre. La persécution devint alors générale et plus violente. On fit souffrir des tortures horribles aux chrétiens, sans distinction d'âge, de sexe ni de rang. Plusieurs se sauvèrent sur les montagnes et dans les bois, où ils périrent de faim et de misère. Quelques-uns tombèrent entre les mains des Sarrasins et furent condamnés à une servitude pire que la mort même. Mais de tous ces maux, il n'y en eut point qui toucha plus vivement le saint évêque que l'apostasie de ceux qui s'étaient laissé vaincre par les tourments. Ce scandale fut cependant en quelque sorte réparé par la constance invincible du plus grand nombre et par la conversion miraculeuse de plusieurs païens. Il y en eut en effet parmi ceux-ci, qui, ayant d'abord insulté les martyrs, furent tellement frappés de leur douceur et de leur courage, qu'ils déclarèrent tout à coup qu'ils étaient chrétiens et prêts à souffrir les plus cruels supplices pour la religion qu'ils embrassaient. Deux firent cette déclaration en présence même du juge; et leur résolution courageuse le surprit et l'effraya tout à la fois. Ayant été condamnés, ils allèrent au lieu du supplice en remerciant Dieu et en se réjouissant du glorieux témoignage qu'ils rendaient à Jésus-Christ.

Ce fut au commencement de l'année 250 que les édits sanglants de Dèce furent publiés à Alexandrie. Le saint évêque ne négligea rien pour préparer au combat les soldats de Jésus-Christ. Sabin, préfet ou gouverneur d'Égypte, envoya un garde pour se saisir de sa personne; mais il échappa en restant quatre jours caché dans sa maison, où le garde n'alla point, persuadé sans doute qu'il ne devait plus y être. Denis en sortit alors, dans le but de trouver une retraite assurée. Dieu permit que les choses tournassent autrement; il tomba dans les mains des persécuteurs, avec ceux qui l'accompagnaient, et tous furent conduits à la petite ville appelée Taposiris. Une troupe considérable de paysans, informés de ce qui venait de se passer, prennent les armes et volent au secours de leur évêque. Ils se présentent aux gardes que la crainte fait fuir, et se rendent maîtres des prisonniers. Ils enlèvent de force l'évêque qui attendait la mort à chaque instant, et l'obligent de pourvoir à sa sûreté. Denis se retira dans un désert de la province de Marmarique, et y resta caché avec les prêtres Pierre et Catus, qui l'avaient accompagné, jusqu'à la fin de la persécution, qui arriva au milieu de l'année 251. Durant cet intervalle, il ne cessa de veiller aux soins de son troupeau, de ceux surtout qui souffraient pour la foi. Il leur envoyait des prêtres pour les consoler, et il leur donnait par lettres les instructions relatives à la situation où ils se trouvaient.

Saint Denis était de retour à Alexandrie lorsqu'il fut instruit du schisme formé contre le pape Corneille et qui avait Novatien pour auteur. Cet antipape lui représenta son élection comme ayant été faite selon les règles. Denis lui fit une réponse dont l'intrus n'eut pas lieu d'être satisfait. « Vous devriez », lui disait-il, « tout souffrir plutôt que d'exciter un schisme dans l'Église. Mourir pour la défense de l'unité de l'Église est aussi glorieux, et même selon moi plus glorieux, que de refuser aux dépens de sa vie de sacrifier aux idoles, parce qu'il s'agit alors du bien général de l'Épouse de Jésus-Christ... Si vous ramenez vos frères à l'unité, vous réparerez votre faute, vous la ferez oublier, et vous mériterez de justes éloges. Si vous ne pouvez gagner les autres, vous sauverez du moins votre âme ». Le saint évêque écrivit plusieurs fois au clergé de Rome et aux confesseurs qui, trompés par les apparences, s'étaient déclarés en faveur du schisme. Ses exhortations eurent le succès qu'il en espérait. Les confesseurs renoncèrent au schisme avant la fin de l'année, et comme Novatien enseignait que

l'Église n'avait point le pouvoir de remettre certains péchés, il ordonna, pour témoigner l'horreur qu'il avait de cette hérésie, d'accorder la communion à tous ceux qui la demanderaient à la mort.

Fabien, évêque d'Antioche, paraissait incliner pour le rigorisme outré de Novatien envers ceux qui étaient tombés dans la persécution. Saint Denis lui écrivit plusieurs lettres à ce sujet. Il lui raconte dans une de ces lettres ce qui était arrivé à Sérapion. C'était un vieillard qui avait eu le malheur de succomber aux tourments et de sacrifier. On l'avait exclu de la communion, et il était en pénitence depuis sa chute. Une maladie dont il fut attaqué fit craindre pour sa vie. Il fut trois jours sans parler et même sans connaissance. Étant enfin revenu à lui-même, il s'écria : « Pourquoi suis-je retenu ici ? Je demande à être délivré ». Il dit ensuite à son petit-fils, encore enfant, d'aller chercher le prêtre; celui-ci était malade et hors d'état de sortir de sa maison. Il envoie l'Eucharistie par l'enfant, auquel il recommande de la détremper pour la faire couler dans la bouche du vieillard. Lorsque l'enfant fut arrivé, Sérapion lui dit : « Le prêtre ne peut venir; faites ce qu'il vous a ordonné, afin que je ne sois pas retenu ici plus longtemps ». À peine eut-il reçu l'Eucharistie, qu'il expira en poussant un léger soupir. Dieu, suivant saint Denis, lui conserva miraculeusement la vie afin qu'il ne fût pas privé de la sainte communion.

Le saint évêque eut la douleur de voir périr une partie de son troupeau par la peste qui commença en 250 et dont les ravages se firent sentir plusieurs années. Il procura à ceux qui furent attaqués de ce fléau tous les secours qui furent en son pouvoir. Il inspira le zèle dont il était animé aux prêtres, aux diacres, aux laïques mêmes, et plusieurs moururent martyrs de la charité en cette occasion.

Quelques passages de l'Apocalypse mal entendus donnèrent lieu au Millénarisme. Cette erreur consistait à croire que Jésus-Christ régnerait mille ans sur la terre avec ses élus avant le jour du jugement. Ceux qui pensaient avec Cérinthe que ce règne se passerait dans la jouissance des plaisirs sensuels, furent toujours regardés comme des hérétiques abominables. Les catholiques millénaires prétendaient qu'il ne serait question que de plaisirs spirituels. L'Église toléra quelque temps cette opinion. Népos, pieux et savant évêque des Arsinoïtes, lequel mourut dans la communion catholique, répandit dans cette partie de l'Égypte la doctrine du Millénarisme, entendue dans le dernier sens; il la défendit même par écrit dans deux livres intitulés des Promesses. Saint Denis les réfuta. Il fit aussi un voyage dans le canton d'Arsinoé, où il eut une conférence publique avec Corracion, chef des Millénaires. Il parla avec tant de solidité, et en même temps avec une telle douceur et une telle charité, que Corracion et ses partisans reconnurent qu'ils entendaient mal l'Écriture, que leur sentiment était contraire à la tradition, et qu'il fallait s'en tenir à la doctrine commune, qui n'était combattue que par quelques docteurs ou par quelques églises particulières.

Notre Saint travailla toujours avec zèle à maintenir la paix dans l'Église. Lorsque le pape Étienne menaça les Africains de les excommunier parce qu'ils persistaient à vouloir rebaptiser les hérétiques, il lui écrivit les lettres les plus pressantes pour l'engager à suspendre l'exécution de cette menace. Saint Jérôme était mal informé, lorsqu'il lui a attribué l'opinion des Africains, puisque, au rapport de saint Basile, il admettait même le baptême des Pépuzéniens, qui était rejeté en Asie. C'est que ces hérétiques, par une suite de variations communes à toutes les sectes, corrompaient dans

certains lieux la forme essentielle du baptême, qu'ils retenaient en d'autres endroits.

Valérien ayant renouvelé la persécution contre les chrétiens, en 257, Émilien, préfet d'Égypte, fit arrêter saint Denis, avec Maxime prêtre, Fauste, Eusèbe et Chérémon, diacres, et un nommé Marcel, Romain de naissance. Lorsqu'on les eut conduits devant lui, il les pressa de sacrifier aux dieux conservateurs de l'empire : « Tous les hommes », répondit Denis, « n'adorent pas les mêmes divinités. Pour nous, nous adorons le vrai Dieu, qui a créé tout ce qui existe et qui a donné l'empire à Valérien et à Gallien. Nous lui offrons sans cesse des prières pour la paix et pour la prospérité du règne de ces princes ». Le préfet essaya vainement de leur persuader de joindre au culte de leur Dieu celui des divinités de l'empire. Enfin il les exila à Céphro en Libye. Il défendit en même temps aux chrétiens de tenir des assemblées et d'aller aux lieux appelés cimetières, c'est-à-dire aux tombeaux des martyrs. Saint Denis convertit au christianisme les païens qui habitaient le pays où il avait été envoyé. Mais le préfet donna ordre qu'on le conduisît, avec ses compagnons, à Collouthion, dans la Maréote. Par ce changement d'exil, le saint évêque se trouvait moins éloigné d'Alexandrie, et plus à portée d'y avoir des correspondances pour l'instruction de son peuple. Pendant son exil, qui dura deux ans, il écrivit deux lettres pascales.

La captivité de Valérien, que les Perses firent prisonnier en 260, changea la face des affaires. Gallien, par des édits publics, rendit la paix à l'Église, et saint Denis eut la liberté de revenir au milieu de son troupeau.

Les hérésies qui troublèrent alors l'Église donnèrent un nouvel exercice au saint pasteur. Sabellius de Ptolémaïde, en Libye, disciple de Noët de Smyrne, renouvela les blasphèmes de Praxéas en niant la distinction des personnes divines. Saint Denis, auquel appartenait le soin des Églises de la Pentapole, avertit les auteurs de cette erreur du crime dont ils se rendaient coupables, et les pressa de revenir à l'unité de l'Église ; mais ils soutinrent leur doctrine impie avec opiniâtreté. Ils furent condamnés dans un concile tenu à Alexandrie en 261. Le pape Sixte II, qui siégea depuis 257 jusqu'en 259, avait été informé auparavant de l'hérésie de Sabellius, par une lettre que saint Denis lui avait écrite et dont Eusèbe nous a conservé un fragment. Dans la lettre que le même Saint écrivit à Euphanor et à Ammonius sur le même sujet, il insista beaucoup sur l'humanité de Jésus-Christ, afin de montrer que le Père n'est point le Fils. Quelques personnes, qui entendaient mal le saint évêque d'Alexandrie, lui prêtèrent une doctrine qu'il n'enseignait pas, et le calomnièrent auprès du pape Denis, successeur de saint Sixte. Ce souverain Pontife en écrivit à notre Saint, qui se justifia en faisant voir que lorsqu'il disait que Jésus-Christ était une créature et qu'il différait du Père en substance, il ne parlait que de sa nature humaine. Ce fut la matière de son Apologie à Denis, évêque de Rome. Il y démontrait encore que le Fils, quant à la nature divine, est de la même substance que le Père. Saint Athanase l'a fait voir clairement dans son livre de l'opinion de Denis. Notre Saint établissait aussi dans le même ouvrage la divinité du Saint-Esprit, et les passages que saint Basile en rapporte ne permettent pas d'en douter.

Malheureusement les écrits de saint Denis d'Alexandrie n'ont point échappé aux ravages du temps ; il ne nous reste que quelques fragments, avec son épître canonique à Basilide. Cette épître tient un rang distingué parmi les anciens canons de l'Église. Le Saint y fait mention d'une difficulté qu'on

proposait alors, et qui avait pour objet de savoir à quelle heure du matin on pouvait rompre le jeûne du Carême le jour de Pâques. « C'est », dit-il, « à minuit que le jeûne est censé finir (ce qui est décidé depuis longtemps quant au précepte de l'Église) ; néanmoins, comme il n'est ni naturel ni ordinaire de manger alors, on ne pourrait le faire sans s'attirer le reproche d'intempérance. Il faut donc attendre le matin pour rompre le jeûne ». Les chrétiens passaient alors en prières toute la nuit de la veille de Pâques. Le Saint parle des jeûnes de superposition qui s'observaient la dernière semaine de Carême. Quelques-uns jeûnaient les six derniers jours avant Pâques, sans prendre aucune nourriture ; les autres jeûnaient plus ou moins de jours, selon leurs forces et leur dévotion, d'où il suit que ce jeûne extraordinaire n'était point de précepte. Saint Denis insiste encore dans son épître canonique, sur l'extrême pureté de l'âme et du corps requise dans tous ceux qui approchent de la Table sainte et qui reçoivent le corps et le sang du Seigneur.

Quelque temps avant sa mort, il défendit la divinité de Jésus-Christ, contre Paul de Samosate, évêque d'Antioche, qui joignait à l'hérésie un orgueil insupportable et beaucoup d'autres vices. Il fut invité au concile qui se tint à Antioche en 264 contre cet hérésiarque. Son grand âge et ses infirmités ne lui ayant point permis d'y assister, il réfuta les nouvelles erreurs dans plusieurs lettres qu'il écrivit à l'église de cette ville et dans lesquelles il ne salua point celui qui en était évêque. Paul, par son hypocrisie, évita pour lors la condamnation qu'il méritait, et resta encore quelque temps sur son siège. Saint Denis mourut à Alexandrie, vers la fin de l'année 265, après avoir gouverné son église avec autant de sagesse que de sainteté environ dix-sept ans. Sa mémoire, dit saint Épiphane, se conserva à Alexandrie par une église qui fut dédiée sous son nom, et encore plus par ses incomparables vertus et par ses excellents écrits.

Godescard ; Dom Cellier ; Fleury.

Événements marquants

  • Conversion au christianisme suite à la lecture des Épîtres de saint Paul
  • Direction de l'école des catéchèses d'Alexandrie en 231
  • Élection au siège épiscopal d'Alexandrie en 248
  • Exil à Taposiris puis dans le désert de Marmarique durant la persécution de Dèce (250-251)
  • Lutte contre le schisme de Novatien et l'hérésie de Sabellius
  • Exil en Libye (Céphro) puis à Collouthion sous Valérien (257-260)
  • Réfutation du Millénarisme lors de la conférence d'Arsinoé

Miracles

  • Conversion suite à une vision et une voix céleste
  • Survie miraculeuse de Sérapion pour recevoir l'Eucharistie

Citations

Mourir pour la défense de l'unité de l'Église est aussi glorieux, et même selon moi plus glorieux, que de refuser aux dépens de sa vie de sacrifier aux idoles.

— Lettre à Novatien