Saint Rodrigue de Cordoue
Prêtre et Martyre
Résumé
Prêtre à Cordoue au IXe siècle, Rodrigue fut faussement déclaré converti à l'Islam par son frère apostat alors qu'il était inconscient. Refusant de renier sa foi chrétienne devant le cadi, il fut emprisonné avec Salomon. Tous deux furent exécutés en 857 pour leur fidélité au Christ.
Biographie
SAINT RODRIGUE ET SAINT SALOMON, MARTYRS À CORDOUE (857).
Un auteur espagnol commence ainsi les actes des martyrs de Cordoue sous Abdérame II et son fils Méhéméd ou Mohammed :
« En ce temps-là, par un juste jugement de Dieu, l'Espagne était opprimée par les Maures... »
La lecture des actes des martyrs de cette époque donne, en effet, une assez pauvre idée des chrétiens, descendants des Wisigoths et des Ibères. La division régnait dans les familles, et il en était peu qui ne comptassent des apostats parmi leurs membres. Les Musulmans eux-mêmes étaient scandalisés du peu d'énergie avec laquelle les Espagnols prenaient la défense de leur religion et ne leur épargnaient par la raillerie à ce sujet.
Les actes de saint Rodrigue et de saint Salomon, dont nous insérons ici l'abrégé, nous semblent peindre parfaitement l'état social de l'Espagne au IXe siècle.
Rodrigue avait deux frères dont l'un abjura la religion de ses pères pour se faire musulman, et dont l'autre était un fort mauvais chrétien ; ce qui occasionna souvent des disputes avec le troisième. Une nuit qu'ils les poussaient à l'excès, Rodrigue essaya de les apaiser. Ils se jetèrent tous deux sur lui, et, sans le vouloir, ils le blessèrent à mort. Pendant qu'il tentait en vain de se coucher sur son lit, n'en ayant pas la force, le musulman le fit mettre sur un brancard et porter dans les rues du voisinage, en disant : « Voici mon frère que Dieu a éclairé, qu'il soit prêtre, il a embrassé notre religion, et, se trouvant, comme vous voyez, à l'extrémité, il n'a pas voulu mourir sans vous déclarer son changement ».
Au bout de quelques jours, Rodrigue recouvra la santé ; mais il n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé, parce qu'il n'avait alors ni sentiment ni connaissance, tant son corps était accablé des mauvais traitements qu'il avait reçus. On lui raconta ce que son frère l'apostat avait fait, et, à l'exemple du Seigneur qui crut devoir se soustraire aux embûches d'Hérode, il se retira de sa maison de campagne en un autre lieu. Obligé de venir à Cordoue pour quelques affaires, il fut rencontré par ce frère musulman, qui le mena au cadi, l'accusant d'avoir abandonné la secte de Mahomet. Rodrigue nia qu'il l'eût jamais embrassée, et déclara qu'il était non-seulement chrétien, mais prêtre. Le cadi, après avoir tenté inutilement de l'ébranler, l'envoya en prison. Rodrigue y lia amitié avec Salomon, emprisonné pour la même cause. Le cadi, informé des bonnes œuvres qu'ils faisaient ensemble et de leur liaison, les fit séparer, avec défense de les laisser voir à personne ; ensuite il les fit venir jusqu'à trois fois devant lui. Voyant que ses discours ne faisaient aucune impression sur leur esprit, il les condamna à mort. Ils se préparèrent l'un et l'autre à ce supplice par le signe de la croix. Rodrigue fut exécuté le premier. Saint Euloge, ayant appris qu'ils avaient consommé leur martyre, célébra la messe, puis il vint sur le bord du fleuve où l'on avait exposé leurs corps. Il y remarqua que les infidèles prenaient des cailloux teints du sang de ces martyrs et qu'ils les jetaient dans le fleuve, de peur que les chrétiens ne les gardassent comme des reliques. Ils sont honorés dans l'Église le 13 mars, jour de leur martyre, en 857.
On doit ces Actes à saint Euloge, dont nous avons donné la vie le 11 mars.