Saint Anselme de Lucques

Évêque de Lucques, Patron de Mantoue

Fête : 18 mars 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Lucques au XIe siècle, Anselme fut un défenseur acharné de la réforme grégorienne contre les investitures laïques. Proche conseiller de la comtesse Mathilde de Toscane et légat du pape, il mourut à Mantoue après une vie d'austérité et de combats pour l'indépendance de l'Église.

Biographie

SAINT ANSELME, ÉVÊQUE DE LUCQUES, PATRON DE MANTOUE (1086).

Saint Anselme naquit à Mantoue au commencement du XIe siècle. Il se livra d'abord à l'étude de la grammaire et de la dialectique. Il embrassa ensuite l'état ecclésiastique, et s'appliqua avec ardeur à l'étude de la théologie et du droit canon, dans lesquels il fit de grands progrès. Badage, évêque de Lucques, son oncle, étant devenu pape en 1061, sous le nom d'Alexandre II, le nomma au siège qu'il venait de quitter. Le nouvel évêque fit le voyage d'Allemagne pour y recevoir, des mains de l'empereur Henri IV, l'investiture de son siège, qui se faisait, suivant l'usage du temps, par la remise de la crosse et de l'anneau. Mais Anselme revint sans avoir voulu la recevoir aux conditions que proposait le César, persuadé, comme c'est en effet la vérité, qu'il n'appartenait pas à la puissance séculière de conférer ainsi les dignités ecclésiastiques.

Ayant été sacré par saint Grégoire VII en 1073, il consentit enfin à recevoir de Henri l'anneau et la crosse, mais il en eut des scrupules, et alla quelque temps après se faire moine à Cluny : il fallut un ordre du Pape pour lui faire prendre le gouvernement de son diocèse.

De retour à Lucques, il voulut, en 1079, obliger les chanoines de sa cathédrale à suivre la vie commune, conformément à un décret de Léon IX. La comtesse Mathilde, souveraine de Lucques et d'une grande partie de la Toscane, le secondait dans cette entreprise ; mais il ne put vaincre la résistance des chanoines. Ceux-ci excitèrent une sédition contre l'évêque, qui fut forcé de quitter Lucques : il se retira auprès de Mathilde dont il dirigeait la conscience. Le souverain Pontife ne le laissa pas longtemps dans la retraite qu'il s'était choisie ; il le fit son légat en Lombardie, et le chargea de la conduite de plusieurs diocèses que la fameuse querelle des investitures avait laissés vacants.

Ce qui a immortalisé aux yeux de l'histoire le grand pape Grégoire VII, c'est d'avoir ravi aux princes les investitures. On appelait ainsi le droit que prétendaient avoir les souverains de conférer les bénéfices ecclésiastiques, et par suite de mettre leurs créatures à la tête des évêchés et des abbayes. Les évêques et les abbés s'étant trouvés, sous le régime féodal, surtout en Allemagne, possesseurs de forêts, de châteaux et même de villes entières, il était juste qu'avant de régir ces domaines qui faisaient partie de l'empire, ils se soumissent à l'empereur et reçussent de lui l'autorité temporelle qu'ils avaient à exercer sur les contrées relevant de leur abbaye ou de leur évêché. Mais cette dépendance dans l'ordre temporel ne tarda pas à devenir une cause d'asservissement pour l'Église entière. Les princes exigèrent qu'à la mort d'un évêque ou d'un abbé on leur apportât l'anneau et le bâton pastoral, et transmirent ensuite ces insignes à ceux qu'il leur plut de désigner. Le droit d'élection fut ainsi retiré au clergé, aux fidèles et aux religieux : la nomination aux dignités ecclésiastiques ne dépendit plus que des souverains. Ils firent un trafic honteux de ces dignités et trouvèrent des acheteurs des choses saintes. Le plus souvent ils les conférèrent à des courtisans qui déshonoraient le sanctuaire par leurs dérèglements. Grégoire VII et tout ce qu'il y eut de saint, de pieux et de désintéressé dans son siècle, s'insurgèrent contre ces abus. Saint Anselme de Lucques et Mantoue fut un des plus nobles champions de la bonne cause. Son attachement à la chaire de Pierre fut pour lui la source de nombreuses persécutions. Cela se comprenait de la part des aides de César ; mais ce qui ne se comprend pas, c'est que des vies de saints qui sont encore entre les mains de tous aujourd'hui, cherchent à excuser Anselme de s'être mêlé d'une question dont après tout dépendait l'avenir de l'Église de Jésus-Christ. Non- seulement la conduite de saint Anselme n'a pas besoin de palliatif, mais encore elle est digne de tous les éloges.

Ce saint évêque, dit Fleury, vivait dans une grande abstinence, ne buvant point de vin, et se privant sous divers prétextes de viandes délicates, quand il se trouvait à quelque table bien servie. Il dormait très-peu, et ne se mettait presque jamais au lit. Il fondait en larmes en disant la messe, quoiqu'il la célébrât presque tous les jours, et de quelque affaire qu'il fût occupé, il ne perdait point de vue les choses célestes. Dans tous les États de la comtesse Mathilde, il établit la régularité chez les moines et les chanoines, disant qu'il eût mieux aimé que l'Église n'eût ni moines ni clergé, que d'en avoir de dériglés.

Il mourut à Mantoue, sa patrie, le 18 mars 1086, et sa sainteté fut bientôt attestée par de nombreux miracles. Il en avait déjà opéré plusieurs de son vivant, ce qui l'a fait honorer d'un culte public en Italie, et choisir par la ville de Mantoue pour son patron.

Il était d'une vaste érudition, et lorsqu'on le questionnait sur quelque passage de l'Écriture sainte — qu'il savait tout entière par cœur — il exposait sur-le-champ comment chaque saint Père l'avait expliqué. Parmi les ouvrages qu'il a écrits, nous citerons : 1° l'Apologie pour Grégoire VII ; 2° l'Explication des lamentations de Jérémie ; 3° une Collection de Canons ; 4° la Réfutation des prétentions de l'antipape Guibert ; 5° et l'Explication des Psaumes. Il avait entrepris ce dernier ouvrage à la prière de la comtesse Mathilde ; mais la mort ne lui permit pas de l'achever.

On le représente devant une armée en déroute. Dans les guerres entre la comtesse Mathilde et l'empereur d'Allemagne Henri IV, pour la cause de Grégoire VII, il obtint, par ses prières, la déroute des ennemis du bon droit.

Diverses hist. de l'Église.

---

## LE BIENHEUREUX SALVADOR D'ORTA, CONFESSEUR (1567).

Salvador, surnommé d'Orta à cause de son long séjour dans le couvent d'Orta, au diocèse de Tortose, en Espagne, naquit à Sainte-Colombe, diocèse de Girone, de parents pauvres et pieux. Les ayant perdus dans son enfance, il donna ses soins à la garde d'un troupeau, et ensuite exerça à Barcelone la profession de cordonnier. Dans ces divers états, il régla si bien sa conduite, qu'il fixa sur lui l'attention de tout le monde. A vingt ans, pour répondre à l'inspiration de l'Esprit-Saint, il entra dans le couvent de Sainte-Marie-de-Jésus, hors des murs de la ville, se fit inscrire dans l'Ordre de Saint-François, et prononça les vœux solennels. Donné pour compagnon au frère cuisinier, il remplit en toute simplicité les fonctions de cet emploi pénible et peu relevé, et fit voir bientôt des marques éclatantes d'une haute perfection. Dès lors, Dieu lui accorda la gloire des miracles, et les frères furent persuadés qu'il illustrerait l'Ordre par une éminente sainteté. Mais le serviteur de Dieu, aspirant encore à une vie plus parfaite, se rendit au couvent de Sainte-Marie-de-Jésus, à Tortose, puis à la solitude de Sainte-Marie-des-Anges, à Orta, où florissait particulièrement la discipline régulière ; il habita encore un autre monastère, et revint à Barcelone. Partout il excella dans la pratique des vertus. Il montra une obéissance admirable, observa la pauvreté à tel point, qu'il était heureux de manquer du nécessaire, et garda la chasteté la plus parfaite. Dans son ardeur à mortifier sa chair, il se flagellait tous les jours, ne marchait jamais que pieds nus, portait sous sa tunique grossière les plus rudes cilices, observait presque continuellement les jeûnes les plus rigoureux, prenait à terre, ou sur une simple planche, un sommeil bien court, afin d'avoir plus de temps à donner à la prière et à la contemplation des choses célestes. Dieu glorifia sa sainteté par le don des miracles du premier ordre. Avec le signe de la croix et l'aspersion de l'eau bénite, il éclairait les aveugles, affermit la marche des boiteux, délia la langue des muets, ouvrit les oreilles des sourds. Il révéla quelquefois les secrets des cœurs et fit des prédictions.

La dévotion toute particulière qu'il avait pour la très-sainte Vierge et pour l'apôtre saint Paul, lui mérita de jouir de leur présence. Le bruit de sa sainteté se répandit de tous côtés, et des pays les plus éloignés en accourait en foule pour le voir. Les malades surtout venaient auprès de lui afin d'être guéris. Le Saint s'étant rendu en Sardaigne, par ordre de ses supérieurs, reçut dans cette île l'avertissement de sa mort prochaine, et redoubla de ferveur dans la pratique des vertus. Enfin, ayant été atteint par une dangereuse maladie, il reçut les sacrements de l'Église avec la plus grande dévotion, puis, après avoir baisé l'image du Sauveur crucifié, et échangé de délicieux colloques avec Jésus et sa très-sainte Mère, il s'endormit dans le Seigneur à Cagliari, l'an 1567, le 18 mars. Aussitôt il commença à être honoré par la vénération publique. Ces marques de dévotion ayant persévéré et s'étant accrues de jour en jour, furent autorisées par le pape Clément XI.

On le représente entouré d'estropiés et de paralytiques qu'il guérit; mettant ses pieds sur des charbons ardents, pour rappeler que le bienheureux Salvador ayant placé par mégarde la plante de ses pieds nus sur de la braise qu'on lui apporta en hiver pour se réchauffer, il n'en ressentit aucune atteinte; près de lui est un chaudron sur le feu, pour rappeler qu'une fois il fut chargé de la cuisine en manière de disgrâce, et qu'une autre fois on trouva prêt le repas auquel il avait oublié de donner ses soins; il entre en extase près d'une grenade qu'on lui sert à table et qui lui fournit l'occasion d'admirer les œuvres de Dieu: à cette occasion, il fut élevé de terre en présence de nombreux témoins; — on l'invoque à Cagliari contre la fièvre.

Bréviaire franciscain.

Date de fête

18 mars

Époque

11ᵉ siècle

Décès

18 mars 1086