Saint Vitalien
Pape
Résumé
Pape de 657 à 671, Vitalien navigua avec prudence face à l'empereur monothélite Constant II tout en restaurant la discipline ecclésiastique. Il joua un rôle crucial dans l'organisation de l'Église d'Angleterre en y envoyant Théodore de Tarse. On lui attribue traditionnellement, bien que sans preuve formelle, l'introduction des orgues dans la liturgie romaine.
Biographie
SAINT VITALIEN, PAPE
657-671. — Empereurs de Constantinople : Constant II, le Monothélite ; Constantin Pogonat.
L'espoir de l'hypocrite périra, sa confiance est comme une toile d'araignée. Joè, VIII, 13, 14.
Vitalien était de la ville de Segni, en Campanie ; son père se nommait Anastase. Deux mois environ après la mort d'Eugène, premier du nom, il fut mis à sa place aux applaudissements de tous les gens de bien. Grand ami de la discipline ecclésiastique et son gardien vigilant, il la remit à son successeur aussi florissante qu'il l'avait reçue de son prédécesseur : et jamais il n'omit rien de ce qui pouvait en maintenir la splendeur.
Constant II, cet ardent fauteur de l'hérésie monothélite, le même qui avait envoyé le pape saint Martin mourir de faim en Crimée, régnait à Constantinople. Ce tyran aussi cruel à lui seul que plusieurs Nérons, et exécré de son peuple, voulait abandonner Constantinople, expulser les Lombards d'Italie, et rétablir à Rome le siège de l'empire, disant que la mère méritait plus de considération que la fille. Lors donc que, suivant la coutume, le pape saint Vitalien lui fit part de son élection, le fourbe accueillit fort bien l'ambassade romaine et offrit même en don à l'église de Saint-Pierre un livre d'Évangiles couvert d'or, enrichi de pierreries : c'était de la part de l'hypocrite monothélite une marque d'adhésion à la foi catholique. Ceci se passait en 657, année de l'élévation de saint Vitalien. Poursuivant son dessein, Constant prépara une expédition, et en 662 s'embarqua avec tous ses trésors pour l'Italie : il voulut emmener sa famille, mais les Byzantins s'y opposèrent. Ce refus ne le retint pas un moment : il monta sur le tillac de son vaisseau, cracha contre la ville et fit sur-le-champ mettre à la voile. Il arriva à Rome le 5 juillet de l'an 663 et y séjourna peu de jours. Le Pape alla au-devant de lui jusqu'à deux lieues de la ville, et le conduisit à l'église de Saint-Pierre, où, continuant à cacher ses mauvaises intentions, il laissa un riche présent. Il visita plusieurs autres églises et laissa partout des offrandes. Le douzième jour de son arrivée, il prit congé du pape. Jusque-là il n'avait donné que des marques de dévotion et de pieuse libéralité. Mais ayant appris que les Lombards venaient de battre son arrière-garde à Naples, il perdit l'espoir de se fixer en Italie. Alors se dépouillant de la peau de brebis qu'il avait revêtue pour tromper les Occidentaux, avant de partir il pilla les églises, reprit les présents qu'il avait offerts, et enleva tout ce qu'il y avait de plus précieux dans la ville : on lui avait proposé d'orner le Panthéon, disposé en église ; mais Constant II aima mieux le dépouiller de toutes les tuiles de métal dont il était couvert. On vit ainsi un empereur romain commettre plus de violences qu'on ne pouvait en reprocher aux Goths et aux Vandales. Incontinent il fit transporter toutes ces richesses à Syracuse. Une telle conduite ne pouvait que fortifier la puissance des Papes en Italie.
La justice de Dieu devait s'appesantir sur Constant II comme sur tous les princes qui ont persécuté les successeurs de Pierre. Le 15 juillet de l'an 668, l'empereur se rendant aux bains de Daphné à Syracuse, reçut la mort de la main d'un obscur garçon de salle qui, faisant mine de prendre un vase pour lui verser de l'eau, lui en donna sur la tête et s'enfuit. Comme l'empereur tardait trop, ceux qui étaient dehors entrèrent et le trouvèrent mort. Son successeur, Constant Pogonat, eut pour le saint Pape la plus grande vénération : il fit rétablir sur les dyptiques son nom que les Monothélites en avaient effacé.
L'empereur Constant II, en paraissant craindre les Lombards, n'avait pas semblé redouter un autre danger qui menacerait un jour ses successeurs dans leur propre capitale : nous voulons dire Mahomet et sa doctrine ; sa doctrine qui fut si fatale à celle de Jésus-Christ. Les Musulmans, qui ont causé tant de maux au Saint-Siège, firent de grands progrès sous le pontificat de Vitalien : ils vinrent jusqu'en Sicile dont ils emmenèrent la moitié des habitants à Damas (663). Mais respirons encore : nous n'aurons que trop de fois à déplorer des malheurs qui occasionnèrent les croisades, nous coûtèrent saint Louis et couvrirent de ruines l'univers chrétien.
Le soin pastoral qui occupa plus particulièrement saint Vitalien et qui, d'ailleurs, produisit d'heureux résultats, ce fut de relever en Angleterre la religion qui tombait. Comme il y avait dans ce pays une grande pénurie de ministres sacrés, Vitalien y envoya le grand Théodore de Tarse et Adrien, abbé : le premier, pour être primat de l’Église d’Angleterre, et le second pour restaurer la discipline monastique. Enfin, ayant brillé et ayant occupé le siège pontifical pendant quatorze ans et cinq mois, il passa de cette vie à Dieu, l’an de Notre-Seigneur 671, et fut enseveli au Vatican.
Il nous reste de saint Vitalien six lettres : quatre sont relatives à l’affaire de Jean, évêque de Lappe en Crète. Ce prélat ayant été déposé sans raison par son métropolitain, celui-ci le fit emprisonner et condamner par un conciliabule qui était à sa discrétion, sans vouloir même permettre à Jean d’en appeler au Pape. L’évêque de Lappe ayant enfin pu s’échapper, vint à Rome où un concile assemblé par saint Vitalien cassa la procédure du métropolitain de Crète et rétablit l'innocent dans tous ses droits.
C’est de son temps, dit-on, que l’usage des orgues commença dans les églises, et lui-même les aurait introduites à Rome : mais ce fait n’est pas prouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est que saint Vitalien s’appliqua avec le plus grand soin à maintenir les traditions du chant grégorien.
Pour l’érudition, Vitalien pouvait être comparé aux plus savants pontifes : il ne fut inférieur à aucun dans son zèle pour propager la religion et dans son courage pour la défendre.
Cf. Histoire des Pontifes romains, par le chev. Arland de Montor.
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Événements marquants
- Élection au pontificat en 657
- Réception de l'empereur Constant II à Rome en 663
- Envoi de Théodore de Tarse et de l'abbé Adrien en Angleterre
- Rétablissement de l'évêque Jean de Lappe lors d'un concile à Rome
- Maintien des traditions du chant grégorien
Citations
L'espoir de l'hypocrite périra, sa confiance est comme une toile d'araignée.