Saint Précord
Solitaire dans le Soissonnais
Résumé
Originaire d'Écosse, saint Précord vint en France au temps de Clovis et fut guidé par saint Remi vers une vie solitaire à Vailly. Ses reliques, volées et emmenées en Angleterre au Xe siècle, furent récupérées par le prêtre Thiard avant d'être déposées à l'abbaye de Corbie. Il est traditionnellement invoqué pour mettre fin aux sécheresses.
Biographie
SAINT PRÉCORD, SOLITAIRE DANS LE SOISSONNAIS (VIe siècle).
Le diocèse de Soissons honore aujourd'hui la mémoire de saint Précord, qui naquit en Écosse, et qui vint en France au temps du roi Clovis. Attiré par la renommée de saint Remi, il se rendit auprès de lui. Puis, ayant appris de ce grand Saint à quelle vocation il était appelé de Dieu, il se dirigea vers une petite ville du Soissonnais, située sur l'Aisne, et qui se nommait Vailly. C'est là qu'après avoir vécu, ne s'occupant que du ciel, et connu de Dieu seul, il décéda et fut enseveli au même endroit.
Or, vers l'an 944, il arriva ceci : l'affluence des pèlerins enrichissait tellement l'église où les reliques de saint Précord étaient déposées, que cette église devint un objet de convoitise ; un prêtre nommé Thiard parvint à obtenir ce bénéfice, et paya un autre prêtre pour remplir son office et garder ce trésor précieux. Celui-ci enleva la châsse et s'enfuit en Angleterre. Thiard se met à la poursuite du voleur et le retrouve dans un village de cette île où il s'était fixé. À force d'adresse, Thiard à son tour put s'emparer des reliques et revenir en France. Dans son empressement à regagner Vailly, il se trompe de route et arrive à Fouilloy, domaine du monastère de Corbie. L'abbé de ce monastère les acheta à Thiard et les plaça dans l'église de Saint-Pierre, où elles sont restées jusqu'à la Révolution française.
Le culte du Saint n'en continua pas moins de fleurir à Vailly, qui parvint à recouvrer au XVIIIe siècle une partie notable de son corps, par l'entremise de D. Jean Poncelet, religieux bénédictin originaire de cette ville (1633). — On célèbre la mémoire de cette translation le 22 juillet, tandis que la principale fête du Saint a lieu le 4 février. Depuis la destruction de l'église de Saint-Précord de Vailly, au temps de la Révolution, l'église de la ville abrite les reliques du Saint, sauvées par quelques pieux citoyens et de nouveau reconnues par Jean-Claude Leblanc de Beaulieu, premier évêque de Soissons, après le concordat de 1802.
Saint Précord est invoqué, en temps de sécheresse, pour avoir de la pluie.
Propre de Soissons et Annales du diocèse de Soissons, par M. l'abbé Pêcheur.
SAINT SEVER, ÉVÊQUE D'AVRANCHES.
SAINT AGRIPAN OU AGRÈVE DU PUY (VIe siècle).
Agripan, le seul des évêques du Velay qui ait enduré le martyre, naquit en Espagne. Dès l'enfance, il se fit remarquer parmi ceux de son âge autant par sa docilité que par son esprit, et fit de grands progrès dans la science. Souvent, lorsqu'il le cherchait pour prendre sa réfection, son maître le trouva dans le temple, qui nourrissait son âme par une longue et fervente oraison. Voulant se dérober aux importunités de ses parents qui le poussaient au mariage, il partit secrètement pour Rome, où le souverain pontife Martin le distinguant pour son instruction et pour sa science, le consacra évêque de l'église du Velay.
A son arrivée en ce pays, il le trouva encore infecté des superstitions païennes et tout souillé des erreurs d'Arins et d'Helvidius. Muni des armes de l'oraison et du jeûne, et s'abstenant de vin et de viande, cet excellent pasteur combattit le monstre de l'erreur avec une vigueur d'âme invincible et une infatigable constance. Toute sa vie épiscopale se passa à confirmer les fidèles par la fréquente prédication de l'Évangile, à confondre les païens, à ramener les hérétiques à une plus sainte doctrine, s'exposant sans crainte à de nombreux dangers dont le secours divin le retirait toujours.
Il fit un second voyage à Rome ; il en revenait et se trouvait déjà au milieu de son troupeau, lorsqu'il rencontra des adorateurs des idoles à vingt milles de la ville du Puy. Les ayant sévèrement réprimandés de leurs cérémonies sacrilèges, il fut saisi par eux et jeté en prison, et trois jours après, par l'instigation de la dame du lieu qui était païenne, il fut décapité avec Ursicin, son serviteur et le compagnon de son martyre. Selon la tradition, la tête du Saint, en tombant, fit jaillir une source dans une vallée, laquelle ensuite fournit de l'eau pour guérir les maladies et baptiser un grand nombre de païens. Les chrétiens, en veillant la nuit à son tombeau dans la prière, éprouvèrent souvent l'efficacité de sa protection. La couronne du martyre fut accordée au saint évêque le 1er de février. — Saint Agripan a donné son nom à la ville de Saint-Agrève (Ardèche).
SAINT SEVER, ÉVÊQUE D'AVRANCHES (VIe siècle).
Sever naquit d'une humble famille du Contentin, et ses parents, forcés par l'indigence, le donnèrent à Corbec, homme noble et infidèle, pour être employé aux travaux serviles. Il mena ainsi, dès l'enfance, une vie dure et champêtre qu'il ennoblissait par l'exercice de la prière et de l'aumône, et sa vertu se manifesta par des miracles. Corbec en fut ébranlé et se convertit avec toute sa famille à la foi chrétienne.
Sever faisait donc l'admiration de tout ce qui l'entourait ; mais le désir d'une vie plus secrète le fit se retirer dans une solitude voisine. Un grand nombre de disciples étant venus le trouver, il fonda un monastère en l'honneur de la sainte Mère de Dieu, qu'il pourrait d'une excellente règle. Mais la renommée de ses vertus, qui se propageait de jour en jour, le mit dans la nécessité de se charger du gouvernement de l'église d'Avranches.
Après avoir porté pendant quelques années ce fardeau avec autant de piété que de prudence, le saint homme, qui regrettait son ancienne vie solitaire, se démit volontairement de l'épiscopat, et se retira dans son monastère, où il dépensa le reste de sa vie en pieux exercices et en sublimes contemplations. Enfin, épuisé par l'âge, il rendit son âme à Dieu entre les bras de ses disciples, et fut enseveli dans l'église construite par ses soins. Sa sainteté éclata par de nombreux miracles opérés après sa mort.
Son corps, que l'on avait caché en terre à l'époque des invasions normandes, fut retrouvé intact à la fin du Xe siècle, et transféré à Rouen par les soins de Richard-Sans-Peur, duc de Normandie, qui voulut en enrichir la capitale de ses États.
Le corps de saint Sever s'arrêta à Emendroville, et imposa bientôt son nom à ce faubourg de Rouen (999).
L'église métropolitaine de Rouen eut le bonheur de conserver les reliques de saint Sever jusqu'à la Révolution. On voit encore dans l'église paroissiale qui porte son nom la belle chasse qui les contenait.
Rouen célèbre sa fête le 1er février, et Coutances le 5 juillet.