Saint Jean Climaque (de l'Échelle)
Abbé du Mont-Sinai et Père de l'Église grecque
Résumé
Originaire de Palestine et disciple de Grégoire de Nazianze, Jean Climaque se retira au Mont-Sinai dès l'âge de seize ans. Après quarante ans d'ascèse solitaire à Thole, il devint abbé du monastère du Sinaï et rédigea 'L'Échelle du Paradis', ouvrage mystique majeur. Il est célèbre pour sa sagesse, ses miracles et sa piété exemplaire.
Biographie
SAINT JEAN CLIMAQUE,
ABBÉ DU MONT-SINAI ET PÈRE DE L'ÉGLISE GRECQUE
Tous ceux qui s'adressèrent à lui dans la tentative furent délivrés de l'esprit impur.
On ne peut pas dire avec certitude quelle est l'heureuse terre qui a donné au monde cette belle fleur et cet excellent fruit, saint Jean, surnommé Climaque, ou de l'Échelle, à cause du livre qu'il a composé sous le titre de Climax, ou échelle du ciel. On le croit communément originaire de la Palestine. Il naquit vers l'an 525. Il fut disciple de saint Grégoire de Nazianze et étudia avec tant d'assiduité et de succès, qu'il se rendit parfait en toutes sortes de sciences. À l'âge de seize ans, il se consacra à Dieu dans le monastère du Mont-Sinai, où il fut mis sous la conduite d'un excellent religieux nommé Martyrius. Cette résolution était d'autant plus héroïque de sa part, qu'il avait de grands biens et de hautes espérances. Son esprit et sa capacité ne l'empêchèrent pas de se rendre parfaitement soumis, et d'obéir comme un enfant à tous les ordres et à tous les règlements de son supérieur ; et, par ce moyen, il s'éleva à un si haut degré de perfection, qu'il devint comme mort au monde et à tous ses appétits. Martyrius l'ayant mené en sa compagnie à Anastase qui fut depuis patriarche d'Antioche, ce Saint lui demanda qui était celui qui avait donné l'habit à ce novice. « C'est votre serviteur », répondit Martyrius. « Et qui aurait dit », répliqua saint Anastase, « que vous avez donné l'habit à un abbé du Mont-Sinai ? » Le même Martyrius le mena encore chez un admirable solitaire, nommé Jean-le-Sabait. Celui-ci les reçut avec beaucoup de respect, mais surtout le jeune Climaque, et il voulut lui laver les pieds, quoiqu'il ne fît pas cet honneur à son maître, disant que c'était à un abbé du Mont-Sinai qu'il rendait ce bon office.
Martyrius étant mort vers l'an 560, saint Jean se retira dans un lieu solitaire nommé Thole, qui n'était néanmoins éloigné d'une église que d'environ cinq jets de pierre. Il y passa quarante ans dans un grand repos d'esprit et une sainteté merveilleuse. Il ne refusait rien, pour sa nourriture, de tout ce que sa profession lui permettait ; mais il en mangeait si peu, qu'il semblait plutôt le vouloir goûter que s'en nourrir ; ainsi il évitait la vaine gloire qui naît souvent de la singularité, et il triomphait de la gourmandise qu'un usage sobre des aliments ne peut satisfaire. Il ne combattait pas avec moins de soin et de vigueur ses autres passions, et il les assujétit si parfaitement à l'esprit, qu'il devint comme un homme céleste et un esprit angélique parmi les hommes. Il occupait continuellement son âme de l'oraison et de la contemplation des choses divines, et, se retirant dans une caverne qui était à côté de sa cellule, il la faisait retentir de ses cris, de ses gémissements et de ses soupirs. Ses yeux étaient aussi deux fontaines de larmes. Il ne laissait pas néanmoins, avant de prendre un moment de repos pour satisfaire à la nécessité du corps, de réciter plusieurs prières vocales, et de composer quelques traités de dévotion ; et c'est cette assiduité à l'oraison et au travail qui nous a produit le livre admirable, appelé *l'Échelle du Paradis* ; par trente degrés, comme par trente échelons mystiques, il conduit une âme au plus haut point de la vie spirituelle ; il y a néanmoins de l'apparence qu'il n'acheva cet ouvrage qu'après avoir été élu abbé, comme nous le dirons bientôt.
Il avait un fervent disciple nommé Moïse ; celui-ci ayant porté de la terre à un certain lieu pour y semer quelques légumes, se mit dans la chaleur du jour à l'abri d'un grand rocher et s'y endormit. Ce rocher étant sur le point de tomber, il entendit dans son sommeil comme la voix de son maître qui l'appelait ; il se leva promptement, et courut pour lui parler ; mais à peine fut-il sorti de ce lieu, que ce rocher se fendit en deux, et s'écroula en la même place où il venait de dormir. Cette grande merveille lui fit reconnaître la puissance de son maître auprès de Dieu ; en effet, le saint homme ayant été averti, dans une vision, du danger de son disciple, s'était mis en prières pour lui, et lui avait obtenu cette marque insigne de la protection du ciel.
Un autre religieux, nommé Isaac, tourmenté par une violente tentation de la chair, s'adressa à lui, et lui découvrit son état, les larmes aux yeux. Il le consola, et l'ayant fait mettre en oraison avec lui, il l'en délivra sur-le-champ. Sa grande érudition et sa sainteté extraordinaire attirèrent, avec le temps, beaucoup de personnes des plus considérables à sa cellule, pour écouter de sa bouche la parole de la vie éternelle ; et, comme sa charité était extrême, il ne refusait pas de leur communiquer les lumières qu'il avait reçues lui-même dans l'oraison. Cela lui ayant suscité quelques envieux qui le voulurent faire passer pour un discoureur, il ne parla plus que par des actions et des exemples d'une douceur, d'une patience et d'une modestie angélique : cela confondit tellement ses adversaires, que, touchés du repentir de leur faute, ils lui en vinrent demander pardon, et le prièrent de continuer les divines instructions que leurs médisances lui avaient fait interrompre.
Il s'était rendu si recommandable par toutes sortes de vertus, que l'on pouvait dire qu'il n'avait point son semblable dans tous les déserts ; l'abbé du Mont-Sinai étant mort, tous les Pères qui l'habitaient l'élurent en sa place, et le forcèrent, malgré ses excuses et ses résistances, de prendre leur conduite (600). Ainsi, pour parler avec son historien, ils élevèrent la lumière sur son chandelier, afin qu'elle répandît plus loin sa clarté, et ils ne furent pas trompés dans leur choix : car ce grand homme étant monté sur la montagne, et étant, comme un autre Moïse, dans une obscurité sacrée, il y reçut de la main de Dieu la loi, qu'il leur communiqua ensuite ; tirant du bon trésor de son cœur une bonne parole et une doctrine émanée du ciel. C'est sans doute de son *Échelle du Paradis* que cet auteur veut parler, ce qui nous donne sujet de croire qu'il ne la composa, ou du moins qu'il ne l'acheva que quand il fut dans cette dignité.
Le jour de son installation, six cents pèlerins étant arrivés au monastère, il y parut un homme extraordinaire qui fit tous les devoirs d'un excellent maître d'hôtel, pour bien traiter toute cette compagnie, et quand on chercha cet inconnu, pour qu'il prît son repas, il ne put jamais être trouvé : ce qui fit croire que c'était un ange. On dit aussi que, dans une grande sécheresse dont toute la Palestine était affligée, il obtint, par ses prières, aux habitants, une pluie abondante, qui rendit la fertilité à leurs terres, et qu'étant près de mourir il assura à son frère, nommé Georges, qui l'assistait
VIER DES SAINTS. — TOME IV.
Dans le gouvernement de son monastère et était extrêmement affligé de lui survivre, qu'il ne lui survivrait pas plus d'un an : ce qui arriva. Jean reçut une lettre du pape saint Grégoire le Grand, qui se recommandait à ses prières et lui envoyait de l'argent et de quoi meubler l'hôpital fondé pour les pèlerins, à quelque distance du Mont-Sinai. Enfin, comme il avait vécu très-saintement, il mourut aussi très-saintement. Daniel, moine de Raithe, écrivit, bientôt après, sa vie, pour être mise à la tête de son *Echelle mystique* ; et un autre religieux du Mont-Sinai y ajouta quelques particularités. Outre son surnom de *Climaque*, Jean porte encore celui de *Scholastique*, qui ne se donnait alors qu'aux personnes pleines de talents et de connaissances.
On le représente tenant une échelle en main, à cause de son livre *l'Echelle du Paradis*.
Événements marquants
- Naissance vers l'an 525
- Consécration au Mont-Sinai à l'âge de seize ans
- Retraite de quarante ans au lieu solitaire de Thole
- Élection comme abbé du Mont-Sinai vers l'an 600
- Rédaction de l'Échelle du Paradis (Climax)
- Correspondance avec le pape saint Grégoire le Grand
Miracles
- Sauvetage à distance de son disciple Moïse d'un éboulement de rocher
- Délivrance instantanée du religieux Isaac d'une tentation charnelle
- Apparition d'un ange sous forme de maître d'hôtel lors de son installation
- Obtention d'une pluie abondante par la prière durant une sécheresse
- Prophétie de la mort de son frère Georges