Saint Prudence de Troyes
Évêque de Troyes
Résumé
Né en Espagne sous le nom de Galindo, Prudence s'enfuit en France et devient évêque de Troyes au IXe siècle. Savant théologien, il joua un rôle majeur dans les disputes sur la prédestination et travailla à la réforme des monastères français. Il mourut en 861, laissant une œuvre de défense de la doctrine catholique sur la grâce.
Biographie
SAINT PRUDENCE, ÉVÊQUE DE TROYES EN CHAMPAGNE (861).
Prudence, né en Espagne, passa en France pour se soustraire à la fureur des Musulmans, et changea alors son nom de Galindo en celui de Prudence. On ne sait rien de ses premières années, si ce n'est qu'il fut obligé de servir dans les gardes de nos rois, ce qui autoriserait assez l'opinion qui le dit de la même famille que Galindo, deuxième comte d'Aragon. Une lettre de lui écrite à son frère, évêque en Espagne, nous apprend qu'il essuya de cruels revers de fortune. Il passa plusieurs années à la cour des rois de France, et c'est là sans doute qu'il reçut son éducation.
Son rare mérite le fit élever, en 840 ou 845, sur le siège épiscopal de Troyes. Il fut un des plus savants prélats de l'église de France, et il était consulté de toutes parts comme un oracle. Nous apprenons par son sermon sur sainte Maure, vierge, qu'il prêchait souvent, qu'il vaquait avec assiduité à toutes les fonctions de l'épiscopat, et qu'il administrait encore les sacrements de Pénitence, de l'Eucharistie et de l'Extrême-Onction.
Ce fut vers le même temps que Gotescalc, qui avait fait profession dans l'abbaye d'Orbais, au diocèse de Soissons, commença à dogmatiser sur la prédestination. Ce moine vagabond enseignait que Dieu avait prédestiné les réprouvés au péché et à l'enfer, de sorte qu'il n'était point en leur pouvoir d'éviter ni l'un ni l'autre. Nottingue, évêque de Bresse ou de Vérone, fit connaître ses erreurs à Raban Maur, archevêque de Mayence, qui jouissait alors d'une grande réputation de vertu et de savoir. Celui-ci, après avoir examiné Gotescalc dans un concile tenu à Mayence en 848,
VIES DES SAINTS. — TOME IV. 17
condamna ses blasphèmes, et l'envoya au célèbre Hincmar, archevêque de Reims. Hincmar, avec Wenilon de Sens et plusieurs autres évêques, examina de nouveau la doctrine du moine d'Orbais, dans un synode qui se tint, en 849, à Quercy-sur-Oise, au diocèse de Soissons. Gotesecle, n'ayant point voulu se soumettre, fut condamné, dégradé de la prêtrise et emprisonné dans l'abbaye de Hautvilliers, au diocèse de Reims. Saint Prudence, que l'on consulta, crut qu'il ne fallait point le priver de la communion laïque ; mais Hincmar, voyant qu'il persistait toujours dans son opiniâtreté, l'excommunia quelque temps après.
Quelques personnes soupçonnèrent Hincmar d'avoir donné dans l'erreur des semi-pélagiens sur la nécessité de la grâce ; et Ratramne de Corbie écrivit contre lui. Saint Prudence prit la plume pour éclaircir un point que la vivacité des disputes avait embrouillé. Il établit solidement la doctrine catholique, en montrant : 1° que l'homme est libre et que Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes ; 2° qu'on ne peut rien sans la grâce et que Jésus-Christ a offert sa mort d'une manière spéciale pour le salut des élus.
Malheureusement l'esprit de dispute entretint les préjugés. On ne s'entendait point de part ni d'autre, quoiqu'on professât la même foi. Loup, abbé de Ferrières, en Gâtinois, Amolon, archevêque de Lyon, et saint Remi, son successeur, écrivirent contre Raban et Hincmar, malgré l'horreur qu'ils avaient pour les blasphèmes des prédestinationnistes. Amolon même et son Église, qui semblent avoir excusé Gotescale dans les commencements, parce qu'ils ne le connaissaient pas bien, rejetèrent toujours les erreurs que l'on condamnait en lui. On doit admettre en effet la prédestination des élus comme un article de foi, mais on doit rejeter en même temps comme une hérésie monstrueuse toute grâce qui détruirait le libre arbitre. Quant à saint Remi de Lyon et à saint Prudence, jamais ils ne prirent la défense de Gotescale.
En 853, Hincmar et plusieurs autres évêques publièrent, dans un second synode, tenu à Quercy, quatre articles, où ils établissaient que l'homme est libre et que Jésus-Christ est mort pour le salut de tous les hommes. Saint Prudence souscrivit ces quatre articles, comme nous l'apprenons de Hincmar et de l'annaliste de saint Bertin. L'église de Lyon fut alarmée de la doctrine qui y était contenue, la croyant incompatible avec la nécessité de la grâce. C'est ce qui fit que, en 853, le concile de Valence, où présidait saint Remi de Lyon, publia six canons, dans lesquels il exposait de la manière la plus précise la doctrine de la nécessité de la grâce et de la prédestination des élus. Saint Prudence obtint du pape Nicolas Ier, en 859, la confirmation de ces canons ; il fit même plus, car dans la crainte où il était qu'on n'abusât, en faveur du pélagianisme, des articles de Quercy qu'il avait lui-même approuvés, il écrivit pour réfuter le mauvais sens qu'on aurait pu leur donner et pour établir solidement la croyance de l'Église sur la grâce de Jésus-Christ. Cette précaution était d'autant plus nécessaire que quelques-uns, à l'occasion des disputes, renouvelaient les erreurs condamnées dans Pélage.
Vers le même temps, Jean Scot, dit Erigène, fameux sophiste, publia un ouvrage sur la prédestination contre Gotescale. Il y enseignait ouvertement le semi-pélagianisme et plusieurs autres erreurs. Woulton, archevêque de Sens, en ayant extrait dix-neuf articles, les envoya à saint Prudence, qui réfuta solidement l'ouvrage de Scot.
Le zèle que le saint Évêque de Troyes avait toujours montré pour le maintien de la discipline et pour l'abolition des abus lui attira une vénération singulière. Ce fut ce qui le fit nommer, conjointement avec Loup de Ferrières, pour travailler à la réforme de tous les monastères de France. Il s'acquitta de cette importante commission avec autant de vigueur que de sagesse. Il mourut le
l'authenticité. Il appuyait ce qu'il disait sur la conduite que saint Martin avait tenue en pareils cas et sur le décret du pape Gélase. Quant aux prétendus miracles de quelques femmes qui tombaient en convulsion et qui souffraient en présence de ces reliques, il disait qu'il fallait les rejeter et les mépriser. Les vrais miracles, ajoute-t-il, rendent souvent la santé aux malades, mais ils ne l'ôtent jamais, non plus que l'usage de la raison, etc. Bibl. Patr., t. xiv, p. 329 ; Op. Agobardi., t. II, append., p. 135. Voir Migne Patrolog., t. cxvi.
6 avril 861. On trouve son nom dans les martyrologes de France. De l'année 1100 à l'année 1652, saint Prudence a eu un office de neuf leçons dans les livres liturgiques du diocèse de Troyes : de 1652 à 1867 les leçons ont été réduites à trois. On célèbre encore aujourd'hui sa fête le 6 avril.
En 1648, le corps de saint Prudence se trouvait encore parmi les nombreuses autres reliques que possédait la cathédrale de Troyes.
Il est représenté, à la cathédrale de Troyes, dans un vitrail de la galerie du sanctuaire (deuxième tribune, quatrième ogive) ; il est sur un fond rouge ouvré, tenant une crosse d'or et un livre.
Voir Dom Cellier, t. xii ; *Hist. littér. de la France*, t. IV ; les *Vies de saint Prudence de Troyes et de sainte Moore*, Troyes, 1735 ; Nicolas Antonio, *Bibl. Hispanica vatus*, l. vi. cap. 1, no. 259 ad 279. Ce dernier ouvrage a été publié à Rome, en 1696, par les soins du cardinal d'Aguirre.
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Événements marquants
- Fuite d'Espagne vers la France pour échapper aux Musulmans
- Service dans les gardes des rois de France
- Élévation au siège épiscopal de Troyes en 840 ou 845
- Participation aux débats théologiques sur la prédestination (Gotescalc)
- Souscription aux articles du synode de Quercy en 853
- Confirmation des canons du concile de Valence par le pape Nicolas Ier en 859
- Réforme des monastères de France avec Loup de Ferrières